Le Masque de la Mort Rouge

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Le Masque de la Mort Rouge
Image illustrative de l'article Le Masque de la Mort Rouge
Illustration de Harry Clarke en 1919.
Publication
Auteur Edgar Allan Poe
Titre d'origine The Masque of the Red Death
Langue Anglais
Parution Drapeau : États-Unis mai 1842, Graham's Lady's and Gentleman's Magazine
Recueil Nouvelles histoires extraordinaires
Traduction française
Traduction Charles Baudelaire

Le Masque de la Mort Rouge (en anglais: The Masque of the Red Death) est une nouvelle d'Edgar Allan Poe publiée pour la première fois en mai 1842 dans le Graham's Lady's and Gentleman's Magazine sous le titre The Mask of the Red Death, avec le sous-titre A Fantasy. Une version révisée est parue le 19 juillet 1845 dans le Broadway Journal sous son titre définitif. Traduite en français par Charles Baudelaire, elle fait partie du recueil Nouvelles histoires extraordinaires. La nouvelle se situe dans la tradition du roman gothique et a souvent été analysée comme une allégorie sur l'inéluctabilité de la mort, bien que d'autres interprétations aient été faites.

Résumé[modifier | modifier le code]

L'histoire se situe dans une abbaye fortifiée, dans laquelle le prince Prospero s'est enfermé, avec mille de ses courtisans, afin de fuir l'épidémie foudroyante de Mort Rouge, terrible fléau qui frappe le pays. Indifférent aux malheurs des populations frappées par la maladie, ils mènent alors une vie parsemée de vices et de plaisirs en toute sécurité derrière les murs de l'abbaye.

Une nuit, Prospero organise un bal masqué dans sept pièces de l'abbaye, décorées et illuminée chacune d'une couleur différente : bleu, pourpre, vert, orange, blanc, violet. La dernière est tapissée de noir et éclairée par une lumière rouge sang. Elle inspire une si grande crainte aux invités que rares sont ceux qui osent s'y aventurer. Il s'y trouve une grande horloge d'ébène qui sonne sinistrement à chaque heure; alors, chacun arrête de parler et l'orchestre cesse de jouer.

Durant la soirée, Prospero remarque une figure dans une robe qui ressemble à un linceul, avec un masque semblable au crâne dépeignant une victime de la Mort Rouge. Se sentant gravement insulté, Prospero exige qu'on lui donne l'identité de l'invité mystérieux. Mais, comme nul n'ose obéir, il tire un poignard et le poursuit à travers les sept pièces. Quand il arrive dans la septième pièce, le mystérieux personnage se retourne et fait face à Prospero, qui s'effondre, mort. Les courtisans, horrifiés et furieux, se jettent sur l'inconnu et lui arrachent son masque, mais découvrent que le costume est vide. Tous comprennent qu'il s'agit de la Mort Rouge elle-même et ils succombent peu après à la maladie.

Analyse[modifier | modifier le code]

Illustration d'Aubrey Beardsley (1894-1895).

Dans Le Masque de la Mort Rouge, Poe adopte plusieurs conventions du roman gothique traditionnel, notamment le cadre de l'intrigue (une abbaye médiévale fortifiée). Les différentes pièces décorées dans une couleur unique ont été vues comme des représentations de l'esprit humain, indiquant différents types de personnalités. L'imagerie du sang et du temps est associée au domaine corporel alors que l'épidémie peut représenter les attributs typiques de la vie et de la mortalité[1]. Ceci implique que toute l'histoire est une allégorie à propos des vaines tentatives de l'être humain pour conjurer la mort, interprétation qui est communément acceptée[2]. Toutefois, certains analystes de l'œuvre de Poe la contestent et soutiennent que la nouvelle n'est pas allégorique, s'appuyant en cela sur le mépris du didactisme en littérature affiché par Poe[3]. Si l'histoire a vraiment une morale, Poe n'établit pas explicitement quelle est cette morale[4]. La nouvelle pourrait donc aussi traiter du thème de la vengeance, imaginée par Poe d'après ses observations des distinctions des classes sociales et sublimée par ses propres frustrations, où les riches indifférents subissent le sort qu'ils « méritent ». Le narrateur omniscient du récit présente l'arrivée de la Mort Rouge de façon impassible, comme une conséquence logique de la dépravation morale.

Le sang, mis en avant dans l'histoire à travers la couleur rouge, représente à la fois la vie et la mort. La figure masquée, qui n'est jamais explicitement désignée comme la Mort Rouge elle-même mais seulement comme un invité costumé, fait en effet son apparition dans la pièce décorée en bleu, couleur souvent associée avec la naissance[5]. Bien que l'abbaye fortifiée ait pour fonction de préserver ses habitants de l'épidémie, elle est en fait un élément oppressant. Sa conception à la façon d'un labyrinthe et ses fenêtres grandes et étroites deviennent presque burlesques dans la pièce noire, tellement oppressante « que bien peu de danseurs se sentaient le courage de mettre les pieds dans son enceinte magique »[6]. De plus, l'abbaye est censée être un espace clos et impénétrable mais l'étranger en costume de Mort Rouge s'y introduit aisément, suggérant que le contrôle est une illusion[7].

Comme nombre de récits de Poe, Le Masque de la Mort Rouge peut également être vu de façon autobiographique. De ce point de vue, le prince Prospero représente Poe, un riche jeune homme faisant partie d'une famille distinguée comme l'étaient les parents adoptifs de Poe. Suivant cette interprétation, Poe cherche à se protéger des dangers du monde extérieur, et son portrait de lui-même comme la seule personne voulant se confronter à l'étranger est emblématique de la propension de l'écrivain à se précipiter dans les ennuis[8].

La maladie appelée « Mort Rouge » est fictive. Poe la décrit comme causant « des douleurs aigües, un vertige soudain, et puis un suintement abondant par les pores, et la dissolution de l'être » avec comme symptôme « des taches pourpres… sur le visage de la victime », et entraînant la mort en une demi-heure. Il est probable que cette maladie soit inspirée par la tuberculose puisque l'épouse de Poe, Virginia, en souffrait au moment où la nouvelle a été écrite. Poe, tout comme le personnage du prince Prospero, tente d'ignorer l'issue fatale de cette maladie, qui a déjà emporté sa mère et son frère[9]. Mais la Mort Rouge peut aussi faire référence au choléra, Poe ayant été témoin d'une épidémie de cette maladie à Baltimore en 1831[10]. D'autres analystes ont suggéré qu'il s'agissait en fait de la peste bubonique (représentant plus particulièrement l'épidémie de peste noire) en se basant sur la fin du récit représentant la « Mort Rouge » dans la pièce noire[11]. Enfin, il a également été suggéré que la Mort Rouge n'est pas une maladie mais quelque chose qui est partagé de façon inhérente par toute l'humanité[12].

Adaptations et influence de la nouvelle[modifier | modifier le code]

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Le Fantôme de l'Opéra costumé en Mort Rouge dans le film de 1925.

Influence littéraire[modifier | modifier le code]

Adaptations musicales[modifier | modifier le code]

La nouvelle a inspiré plusieurs œuvres musicales dont :

Autres médias[modifier | modifier le code]

  • Le cycle de la Mort Rouge (écrit par Robert Weinberg), se situant dans le monde "rolistique" du Monde des ténèbres reprend volontairement le titre en hommage à Poe.
  • Le jeu vidéo Under a Killing Moon (1994) comprend des interludes dans lesquels l'acteur James Earl Jones lit des passages de la nouvelle.
  • Une campagne de scénarios du jeu de rôle Donjons et Dragons se situant dans l'univers de Ravenloft s'intitule Masque of the Red Death (1994).
  • Un roman graphique de Wendy Pini, Masque of the Red Death (2007), est une adaptation futuriste de la nouvelle.
  • Dans le jeu de rôle Warhammer, l'intrigue du récit a été transposé dans la ville de Moussillon, en Bretonnie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Benjamin Fisher, The Cambridge Companion to Edgar Allan Poe, Cambridge University Press,‎ 2002, « Poe and the Gothic tradition », p. 88
  2. (en) Joseph Roppolo, Poe: A Collection of Critical Essays, Prentice-Hall, Inc.,‎ 1967, « Meaning and 'The Masque of the Red Death », p. 137
  3. (en) Joseph Roppolo, Poe: A Collection of Critical Essays, Prentice-Hall, Inc.,‎ 1967, « Meaning and 'The Masque of the Red Death », p. 134
  4. (en) Arthur Hobson Quinn, Edgar Allan Poe: A Critical Biography, Johns Hopkins University Press,‎ 1998, p. 331
  5. (en) Joseph Roppolo, Poe: A Collection of Critical Essays, Prentice-Hall, Inc.,‎ 1967, « Meaning and 'The Masque of the Red Death », p. 141
  6. (en) Sabrina Laurent, « Metaphor and Symbolism in The Masque of the Red Death », Boheme: An Online Magazine of the Arts, Literature, and Subversion,‎ juillet 2003
  7. (en) Scott Peeples, The Cambridge Companion to Edgar Allan Poe, Cambridge University Press,‎ 2002, « Poe's 'constructiveness' and 'The Fall of the House of Usher' », p. 186
  8. (en) David M. Rein, Edgar A. Poe: The Inner Pattern, Philosophical Library,‎ 1960, p. 33
  9. (en) Kenneth Silverman, Edgar A. Poe: Mournful and Never-ending Remembrance, Harper Perennial,‎ 1991, p. 180-181
  10. (en) Jeffrey Meyers, Edgar Allan Poe: His Life and Legacy, Cooper Square Press,‎ 1992, p. 133
  11. (en) Michael J. Cummings, « The Masque of the Red Death: A Study Guide », sur cummingsstudyguides.net (consulté le 23 novembre 2011)
  12. (en) Joseph Roppolo, Poe: A Collection of Critical Essays, Prentice-Hall, Inc.,‎ 1967, « Meaning and 'The Masque of the Red Death », p. 139-140

Liens externes[modifier | modifier le code]

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