Système Hornbostel-Sachs

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La classification Hornbostel-Sachs ou système Hornbostel-Sachs (parfois Sachs-Hornbostel) est un système de classification des instruments de musiques (en) conçu par Erich von Hornbostel (en) et Curt Sachs en 1914[1]. Il s'agit du système le plus utilisé actuellement en organologie, en ethnomusicologie ou toute autre discipline qui demande une classification des instruments.

Historique[modifier | modifier le code]

Victor-Charles Mahillon (1841-1924), fondateur du musée instrumental de Bruxelles (créé en 1867, actuel musée des instruments de musique de Bruxelles) est le créateur d'une classification des instruments de musique. Elle est inspiré d'une classification issue d'un texte hindou, le Natyasastra de Bharata qui daterait du Ier ou IIe siècle av. J.-C., qui distingue les instruments « tendus » (tada vadya), c'est-à-dire les instruments à cordes, les instruments « recouverts » (annaddha ou avanaddha vadya) qui correspondent aux instruments à membrane, les instruments « frappés » ou « solides » (ghana vadya) qui sont les percussions sans membrane et les instruments « creux » (susira vadya) qui sont les instruments à vent. Mahillon, gestionnaire d'une collection importante d'instruments non européens, cherche un système de classification qui puisse se baser sur l'instrument en lui-même, en absence de données extérieures à sa structure physique, telles que la provenance, la fonction, le mode de jeu, etc. La classification Mahillon s'illustre d'abord dans le champ de l'ethnomusicologie et de l'organologie extra-européenne, mais elle permet également une étude beaucoup plus poussée des instruments européens.

La classification de Mahillon comporte quelques défauts, notamment le manque d'univocité. Mahillon classe par exemple le violon en instrument à cordes, ce qui est tout à fait logique ; cependant, il est difficile de dire si l'instrument doit être classé ensuite en instrument à cordes frottées ou pincées, le violon permettant ces deux modes de jeu. Mahillon, conscient de ce problème, essaye de justifier et clarifier son système en décrétant que seul l'usage « normal » compte pour la classification ; cependant, il peut être difficile de déterminer cet usage « normal » pour un instrument exotique, dont la provenance, le mode de jeu et la fonction ne sont pas connus.

Les musicologues allemands Curt Sachs (1881-1959) et Erich von Hornbostel (1877-1935) établissent une révision et une systématisation de la classification de Mahillon, qu'ils publient en 1914[1]. Ils réduisent les critères de classification à des éléments de la structure des instruments. Ainsi, même lorsque le critère est le mode de jeu (idiophones et membranophones), il peut être déduit de la structure de l'instrument uniquement. En définitive, il devient possible de classer chaque instrument sur la base d'un simple examen de ses caractéristiques intrinsèques et en l'absence de toute autre donnée concernant son mode de jeu, sa fonction, sa provenance. Il s'agit d'une classification d'ethnomusicologue, concernant en tout premier lieu la musique et les instruments extra-européens, à propos desquels les informations contextuelles sont souvent très succinctes.

Le problème de cette classification vient de sa systématisation. En effet, comme les critères se concentrent exclusivement sur des données uniquement physiques, perceptibles par le seul examen de l'instrument, toutes les autres données socio-musicales sont exclues du classement. Ainsi, on ne peut savoir si l'instrument est exclusivement à usage religieux, s'il n'est joué que pour une cérémonie particulière, ou encore s'il a une fonction primordiale dans les relations de groupe d'une culture donnée (communication par le biais de tambour, usage pour les danses sacrées, moyen de communion, identité nationale, etc.). En mettant de côté toutes réflexions sur le contexte culturel et sociologique des instruments, la classification Hornbostel-Sachs laisse une porte ouverte à la critique et à l'innovation. Elle laisse aussi une grande part d'insatisfaction pour les musicologues et organologues qui se concentrent exclusivement sur la musique européenne (organologie médiévale ou renaissance, organologie des époques baroque, classique ou romantique). En effet, elle ne fait aucune distinction réelle entre des instruments aussi différents que le violon, la contrebasse, la guitare ou le luth, tous classés dans la même catégorie. Il n'en reste pas moins qu'actuellement, le système Hornbostel-Sachs reste le plus utilisé car le plus scientifiquement stable et clair, malgré ses défauts.

La nomenclature, telle que publiée par von Hornbostel et Sachs en 1914, compte quatre catégories : idiophones, membranophones, cordophones et aérophones. Il manque à cette nomenclature une cinquième catégorie, donnée par les nouvelles recherches et les spéculations de l'époque sur l'usage de l'électricité dans la musique et sur les instruments. Curt Sachs en fait d'ailleurs le commentaire en 1940 et y ajoute la catégorie des électrophones.

Nomenclature[modifier | modifier le code]

Principe[modifier | modifier le code]

La classification Sachs–Hornbostel est modélisée d'après la classification décimale de Dewey, un système de numérotation multi-décimale utilisé pour les bibliothèques. Elle comporte cinq catégories de plus haut niveau qui possèdent chacune plusieurs niveaux inférieurs, donnant au total plus de 300 catégories de base. Un instrument est ainsi défini par une succession de chiffres : par exemple, le xylophone est placé dans le groupe labélisé 111.212 (des points sont généralement ajoutés après chaque groupes de trois chiffres pour simplifier la lecture). Après ces chiffres, un certain nombre de suffixes peuvent être ajoutés. Un 8 indique que l'instrument comporte un clavier, tandis qu'un 9 signifie qu'il est actionné mécaniquement. En outre, chaque classe de plus haut niveau comporte un certain nombre de suffixes indiquant des détails qui ne sont pas considérés comme cruciaux quant à la nature des instruments. Par exemple, dans la classe des membranophones, des suffixes explicitent si la peau d'un tambour est collée, clouée ou attaché à son corps.

Un long numéro de classification n'indique pas nécessairement que l'instrument est complexe. Par exemple, le clairon possède le numéro 423.121.22, bien qu'il soit relativement simple (il s'agit essentiellement d'un tube conique courbé dans lequel on souffle et qui ne comporte aucun trou ou piston). La classification du clairon se décompose ainsi :

  • 4 : il s'agit d'un aérophone (un instrument à vent)
  • 42 : l'air vibrant est confiné dans l'instrument
  • 423 : les lèvres du joueur provoquent directement la vibration de l'air (par contraste avec un instrument à anche comme la clarinette, ou un instrument dans lequel on souffle sur le côté, comme une flûte)
  • 423.1 : les lèvres du joueur sont le seul moyen de modifier le son de l'instrument (le clairon ne comporte aucun piston)
  • 423.12 : l'instrument est tubulaire (plutôt qu'un instrument en forme de conque)
  • 423.121 : le joueur souffle dans l'extrémité du tube (par opposition au côté du tube)
  • 423.121.2 : le tube est courbé ou replié (par opposition à droit)
  • 423.121.22 : l'instrument comporte une embouchure.

La classification 423.121.22 n'identifie pas le clairon de manière unique, mais l'identifie comme un certain type d'instrument qui possède de nombreux points communs avec les autres instruments de la même classe. Le lur, un instrument remontant à l'âge du bronze, est également classifié comme 423.121.22.

Le piano est désigné par la classification 314.122-4-8, ce qui correspond aux ensembles suivants :

  • 3 : il s'agit d'un cordophone (un instrument à cordes)
  • 31 : cordophone simple, ou cithare
  • 314 : cithare planche
  • 314.1 : cithare planche proprement dite
  • 314.12 : l'instrument comporte un résonateur
  • 314.122 : le résonateur est en forme de boîte
  • 314.122-4 : l'instrument est joué avec des marteaux
  • 314.122-4-8 : l'instrument possède un clavier

Dans le cas du piano, les termes « -4 » et « -8 » sont des suffixes additionnels à la catégorie des cordophones.

L'indice organologique de chaque instrument est sa carte d'identité au sein du système Hornbostel-Sachs. Il convient cependant de préciser qu'étant donnée une certaine complexité, ce système est assez peu utilisé ; il permet toutefois de retrouver rapidement les caractéristiques premières d'un instrument à l'intérieur de la nomenclature. Il est cependant rare qu'on parle du piano comme le numéro 314.122-4-8 de la nomenclature Hornbostel-Sachs.

Il est possible de classer des instruments même s'ils comportent des éléments de plus d'un groupe. Ils possèdent alors des numéros particulièrement longs avec des tirets ou des deux-points. Hornbostel et Sachs citent d'ailleurs le cas de diverses cornemuses où certains des tuyaux possèdent une hanche simple (comme une clarinette) et d'autres une hanche double (comme une hautbois).

Idiophones[modifier | modifier le code]

Dans un idiophone, le son est issu directement de la substance même de l'instrument, en raison de sa solidité et de son élasticité, sans avoir recours à une mise en tension d'une quelconque partie de l'instrument. La classification Hornbostel-Sachs prévoit quatre modes de jeu : percussion, pincement, frottement et souffle. Le pincement doit être imaginé dans le sens de pincer une corde d'un violon par exemple. Pour les idiophones, cela se concrétise par exemple sous la forme d'un pincement de lamelle.

Il est aussi fait distinction entre les idiophones frappés directement et indirectement. Dans le premier cas, le musicien frappe chaque coup qu'il veut porter sur l'instrument lui-même (xylophone), tandis que dans le second cas, l'instrument est secoué ou raclé (maracas). Les idiophones frappés indirectement ne produisent généralement pas de son à hauteur déterminée, ce qui est souvent le cas en revanche pour les idiophones frappés directement.

L'usage des idiophones restent assez peu courant en musique européenne savante, mais sont plus fréquents en musique extra-européenne.

Membranophones[modifier | modifier le code]

Dans un membranophone, le son est principalement produit par la vibration d'une membrane tendue. Ce groupe inclut les tambours et les kazoos.

Cordophones[modifier | modifier le code]

Dans un cordophone, le son est produit par la vibration d'une ou plusieurs cordes, tendues entre deux points. Ce groupe comprend tous les instruments appelés instruments à cordes dans la culture occidentale, ainsi que certains claviers comme les pianos et les clavecins.

Aérophones[modifier | modifier le code]

Les aérophones produisent du son par vibration de l'air. L'instrument ne vibre pas en lui-même et ne comporte aucune corde ou membrane.

Électrophones[modifier | modifier le code]

Le dernier groupe des électrophones, ajouté par Sachs en 1940, décrit les instruments utilisant l'électricité.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (de) Erich von Hornbostel et Curt Sachs, « Systematik der Musikinstrumente », Zeitschrift für Ethnologie, vol. 46,‎ 1914, p. 553-590 (lire en ligne)

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]