King Crimson

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King Crimson

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King Crimson au Dour Festival, en 2003.

Informations générales
Pays d'origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre musical Rock progressif, art rock, jazz-rock fusion, rock expérimental, metal progressif
Années actives 1969-1974
1981-1984
1994-2009
depuis 2013
Site officiel DGM Live
Composition du groupe
Membres Robert Fripp
Mel Collins
Tony Levin
Pat Mastelotto
Gavin Harrison
Jakko Jakszyk
Bill Rieflin
Anciens membres Greg Lake
Michael Giles
Ian McDonald
Peter Sinfield
Gordon Haskell
Andy McCulloch
Boz Burrell
Ian Wallace
John Wetton
Jamie Muir
Bill Bruford
David Cross
Richard Palmer-James
Trey Gunn
Adrian Belew

King Crimson est un groupe britannique de rock progressif, fondé en 1969 à Londres par Robert Fripp, Ian McDonald, Greg Lake, Michael Giles et Peter Sinfield[1]. Avec des albums tels que In the Court of the Crimson King (1969) ou Red (1974), il est considéré comme l'un des plus emblématiques du genre[2].

La composition du groupe a continuellement changé tout au long de son histoire. Fripp en est le seul membre permanent, mais il a déclaré qu'il ne se considérait pas nécessairement comme son chef. Pour lui, King Crimson est avant tout « une façon de faire les choses », une constance musicale qui a persisté à travers l'histoire du groupe.

Histoire[modifier | modifier le code]

Première période : 1967-1974[modifier | modifier le code]

En 1967, les frères Mike (batterie) et Peter Giles (basse), originaires du Dorset, passent une petite annonce : ils cherchent un chanteur organiste. C'est un guitariste qui ne chante pas, également originaire du Dorset, qui répond à leur annonce : Robert Fripp. Il est engagé malgré cela, et le trio, simplement baptisé Giles, Giles & Fripp, signe chez Decca et sort un album en 1968. The Cheerful Insanity of Giles, Giles and Fripp ne se vend qu'à quelques centaines d'exemplaires[3], et les singles One in a Million et Thursday Morning ne font pas mieux.

Greg Lake.

Les trois hommes sont rejoints en juin 1968 par Judy Dyble, ex-chanteuse du groupe Fairport Convention, et son petit ami, le multi-instrumentiste Ian McDonald, qui maîtrise saxophone, clarinettes, flûte, guitare et claviers. Le groupe enregistre de nombreuses démos à son domicile londonien de Brondesbury Road (publiées en 2001 sur l'album The Brondesbury Tapes). Dyble rompt avec McDonald et quitte le groupe peu après, tandis que Peter Giles décide d'arrêter la musique. Robert Fripp fait alors appel à Greg Lake, qu'il a connu à Bournemouth, pour assurer le chant et la basse. Aux quatre musiciens composant désormais le groupe s'ajoute Peter Sinfield, une connaissance de McDonald, qui écrit les textes et s'occupe du light-show. Ce dernier vient d'écrire avec McDonald la chanson The Court of the Crimson King », qui donne son nom au groupe[4].

« King Crimson fut conçu dans la cuisine du 93a Brondesbury Road durant la deuxième moitié de novembre 1968 ; et il naquit le 13 janvier 1969 au Fulham Palace Cafe. »

— Robert Fripp[5]

King Crimson débute officiellement sur scène le 9 avril 1969, après trois mois de répétitions quotidiennes, au Speakeasy Club de Londres. Le groupe fait forte impression et acquiert rapidement une certaine notoriété. La BBC l'invite à enregistrer pour l'émission Top Gear, le patron du Marquee Club lui offre un concert hebdomadaire et plusieurs musiciens célèbres comme Jimi Hendrix ou Pete Townshend viennent l'écouter[4]. Le 5 juillet 1969, il joue à Hyde Park devant au moins 250 000 personnes, en compagnie des Rolling Stones et de Family[6]. The Guardian le décrit alors comme « un groupe sensationnel »[3]. Le sociologue Marc Touché se souvient de ce concert comme d'une date très importante[note 1],[7].

In the Court of the Crimson King sort entre deux concerts. Il est considéré comme l'un des albums fondateurs du rock progressif, dont King Crimson restera l'une des figures emblématiques, mélange de progressif, musique contemporaine et jazz. La formation s'envole ensuite pour les États-Unis. À la fin de la tournée américaine, McDonald et Giles quittent le groupe suivis peu de temps après par Greg Lake qui rejoint Keith Emerson pour fonder avec Carl Palmer le groupe Emerson, Lake & Palmer.

En 1970, Fripp et Sinfield poursuivent l'aventure en studio avec divers musiciens proches de Keith Tippett. Fripp avait demandé à ce dernier de rejoindre la formation, mais Tippett décline poliment. Avec l'aide des frères Giles et de Lake, le groupe enregistre In the Wake of Poseidon, qui adopte une structure et un imaginaire proche de l'album précédent. L'inventivité de Robert Fripp lui fait changer une première fois de cap et l'album suivant, Lizard, plus mâtiné d'instruments à vent (cor, hautbois, trompette) et à l'ambiance plus sombre, désarçonne une part importante de son public. Cet album reste l'un des plus atypiques et des plus originaux de la formation.

En 1971, un nouveau groupe pour la scène est enfin formé. Outre Fripp et Sinfield, qui utilise le synthétiseur VCS3 pour créer des effets sonores, il est constitué de Boz Burrell (un chanteur à qui Fripp enseigne des rudiments de basse), Mel Collins (flûte, saxophone et claviers) et Ian Wallace (batterie). Le groupe enregistre Islands, d'inspiration classique et précieuse, avec une utilisation subtile du mellotron par Robert Fripp. Au cours de la tournée, des tensions apparaissent et Sinfield est encouragé à quitter le groupe. Les autres membres suivent à la fin de la tournée américaine de 1972, laissant Fripp seul à la barre. Un album live intitulé Earthbound, au son particulièrement médiocre, est tiré de cette tournée.

Robert Fripp en 1974.

Fin 1972, Fripp crée un nouveau King Crimson avec John Wetton (basse et chant), David Cross (violon et clavier), Bill Bruford (batterie) et Jamie Muir (percussions). Ce dernier quitte rapidement le groupe, avant l'enregistrement de l'album Larks' Tongues in Aspic : même s’il participe à cet enregistrement, il n'apparaît plus en concert avec le groupe. Ce disque, encore marqué par l'empreinte de Fripp en qualité de compositeur, est un virage vers un durcissement de leur musique. L'antinomie entre Larks' Tongues in Aspic Part I, au climat hétéroclite et inquiétant qui ouvre le disque, et Larks' Tongues in Aspic Part II, un morceau ambitieux très progressif de 7 minutes qui le termine restera longtemps l'un des chevaux de bataille du groupe sur scène. Ce dernier est plagié par Pierre Bachelet et Hervé Roy pour la musique du film Emmanuelle[8].

En 1973 paraît Starless and Bible Black, enregistré partiellement en concert, notamment au Concertgebouw d'Amsterdam. Cette œuvre étrange est une parenthèse que l'on pourrait qualifier d'expérimentale et bien dans l'air du temps. L'année suivante, le groupe se sépare de David Cross et le trio Fripp-Wetton-Bruford enregistre Red, un album sombre et désespéré, avec la participation d'anciens membres du groupe (Ian McDonald et Mel Collins). Durant l'enregistrement Fripp a une vision qu'il interprète comme le signe annonciateur du début de l'apocalypse. Il enregistre l'ultime morceau de l'album "Starless" sous l'influence de cette vision puis décide de mettre un terme à King Crimson, décrétant la fin des groupes dinosaures et se voulant désormais « une petite cellule libre, mobile et intelligente ». L'année 1975 est marquée par la sortie de l'album live USA, enregistré durant la dernière tournée américaine du quatuor Fripp-Cross-Wetton-Bruford.

Deuxième période : 1981-1984[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1970, Fripp décide de revenir sur la scène musicale. Après diverses collaborations - entre autres il produit le deuxième album solo de Peter Gabriel, l'album solo de Daryl Hall "Sacred Songs" et réalise son propre album "Exposure" - , il forme un groupe nommé Discipline avec Adrian Belew (guitare et chant), Tony Levin (basse) et Bill Bruford. Suite à quelques concerts le groupe change de nom et redevient King Crimson. Cette version sort trois albums : Discipline (1981), Beat (1982) et Three of a Perfect Pair (1984). Le plus original reste Discipline et les flamboyants chevauchements de guitares entre Fripp et Belew. Dans le titre Elephant Talk notamment, Belew fait sonner sa guitare comme le barrissement d'un éléphant. Indiscipline dans le même ton, est un fleuve de lave en fusion et sur l'étonnant Sheltering Sky, Robert Fripp profite de sa GR-300 de Roland pour jouer avec des sons de violons octaviés saturés. Le morceau-titre de l'album illustre bien ces fameux chevauchements/décalages de guitares soulignés par la rythmique puissante de Bill Bruford ainsi que par les coups de basse de Tony Levin.

Entre 1974 et 1981, Robert Fripp s'intéresse davantage à la musique minimaliste et collabore avec Brian Eno et David Bowie eux-mêmes dans cette veine à ce moment-là. Ainsi l'influence de la musique minimaliste et plus particulièrement du phasing initié par Riley et Reich dans les années 1960' est particulièrement audible dans Discipline, véritable chef-d'oeuvre de virtuosité rythmique, mais également dans d'autres titres de l'album éponyme comme Elephant Talk, Frame by Frame, et dans une moindre mesure The Sheltering Sky. L'on y retrouve encore des traces comme dans Three of a Perfect Pair, Neal and Jack and Me, The Howler.

L'influence de la tradition du gamelan indonésien est également présente et compatible avec la "doctrine" crimsonienne : improvisations, modes harmoniques, rythmiques (The Sheltering Sky, Nuages, Sartori in Tangier, )

Une trilogie d'albums colorés, quelques concerts un peu partout, et King Crimson se remet en veilleuse à la fin de l'année 1984.

Troisième période : Années 1990 et 2000[modifier | modifier le code]

Pat Mastelotto.

Au début des années 1990, Fripp crée de nouvelles compositions qui lui semblent appropriées pour une nouvelle version de King Crimson. En 1993, Robert s'associe avec David Sylvian l'ex-Japan et sort l'album "The First Day" avec entre autres Trey Gunn au Stick et Jerry Marotta à la batterie et percussions, David Sylvian à la guitare et au chant. Ils sortent aussi un album en concert l'année suivante, "Damage Live". Des problèmes judiciaires avec son ancienne maison de disques E.G. repoussent à 1994 les premières répétitions du nouveau groupe constitué sur la base d'un « double trio » : Robert Fripp (guitare), Trey Gunn (stick ou « touch guitar ») et Pat Mastelotto (batterie et percussions) d'un côté, Adrian Belew (guitare et chant), Tony Levin (basse et stick) et Bill Bruford de l'autre. En 1994 sort VROOOM, un mini-CD promotionnel, immédiatement suivi de l'album THRAK. Ce disque est à nouveau un virage ample et violent du groupe qui enfouit la production des groupes métal du moment. La production de David Bottrill au cœur du fameux studio Real World de Peter Gabriel y est pour beaucoup. Deux ans plus tard, après des sessions infructueuses, des sous-groupes nommés « ProjeKct » constitués de 3 à 4 musiciens du double trio sont formés pour faire évoluer une musique abstraite, mi-écrite, mi-improvisée. Bill Bruford quitte rapidement le groupe et il apparaît de plus en plus difficile pour Tony Levin de continuer l'aventure en raison de ses divers engagements, notamment avec Seal et Peter Gabriel.

Le quatuor restant sort en 2000 The ConstruKction of Light, que suivra le live Heavy Construkction. En 2003 sort l’album, The Power to Believe dans lequel la formation s'est concentrée sur les effets engendrés par les « racks », ces pédaliers raccordés aux instruments. Les thèmes des chansons rejoignent ceux de THRAK, teintés d’un certain pessimisme. Suite à la tournée, Trey Gunn décide de quitter le groupe pour se consacrer à un projet multimédia nommé Quodia, poussant King Crimson à reprendre Tony Levin à la basse et au Chapman Stick.

En 2005, le groupe entre dans une nouvelle procédure de recherche et de développement. ProjeKct 6 (Adrian Belew à la batterie et Robert Fripp à la guitare) a déjà travaillé en studio et est apparu en concert en 2006, notamment en première partie de Porcupine Tree.

King Crimson est relancé en septembre 2013, sans Adrian Belew. Mel Collins fait son retour, sa dernière collaboration remontant à 1974, tandis que le chanteur Jakko Jakszyk et le batteur Bill Rieflin rejoignent le groupe. Cette nouvelle formation avec un trio de batteurs doit commencer à donner des concerts en septembre 2014[9].

Postérité[modifier | modifier le code]

King Crimson est l'un des groupes de rock progressif les plus influents. Nombre de musiciens et diverses formations s'en revendiqueront plus ou moins largement, et dans divers genres musicaux.

Le groupe de prog metal The Mars Volta s'inspire largement de King Crimson, ainsi que Tool (ayant fait une tournée commune en 2001 au Etats-Unis).

Le leader de Porcupine Tree Steven Wilson a remixé avec Robert Fripp lui-même nombre d'albums de King Crimson, et Gavin Harrison est batteur dans les deux formations. Dream Theater a également partagé l'affiche avec les deux trios d'Adrian Belew et Tony Levin. Mystery Jets revendique aussi l'influence du groupe[10].

Hommages[modifier | modifier le code]

En 2012, Médéric Collignon rend hommage à King Crimson avec l'album À la recherche du roi frippé dans lequel il transpose le répertoire du groupe pour des quatuors à cordes[11],[12].

Dans Golden Wind, la cinquième partie du manga culte JoJo's Bizarre Adventure, le Stand (pouvoir) de l'ennemi principal se nomme King Crimson.

Discographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Discographie de King Crimson.

Composition du groupe[modifier | modifier le code]

Membres actuels[modifier | modifier le code]

Anciens membres[modifier | modifier le code]

Chronologie de la composition[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Je ne connaissais pas leur disque. Ils venaient de sortir leur premier album. Ils démarrent leur concert avec « Twenty Century Schizoïd Man ». À fond ! C’était une sono comme à Woodstock. C’était pas énorme, mais quand même… Et là, il se passe un truc. Ça part dans tous les sens. Des guitares électriques monstrueuses, une voix… Des effets… Et puis ils alternent avec des passages hyper doux, hyper planants… Et c’est extrêmement bien joué. J’en conserve un excellent souvenir. Parce que ce concert m’ouvre de nouvelles perspectives. Je vois un axe plus neuf… Du coup, les Rolling Stones et tout ça passent du côté de la chanson à mes yeux. » (Touché, Guibert et Hein 2006)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site officiel
  2. (en) King Crimson sur Allmusic
  3. a et b Frédéric Delâge, Chroniques du Rock progressif : 1967 - 1979, La Lauze,‎ 2002, 240 p. (ISBN 2-912032-28-8)
  4. a et b Aymeric Leroy, Rock progressif, Le mot et le reste,‎ 2010, 456 p. (ISBN 9782360540037)
  5. Livret de la réédition du 40e anniversaire de l'album In the Court of the Crimson King.
  6. (en) Bill Wyman, Rolling with the Stones, Dorling Kindersley Publishers Ltd,‎ 2002
  7. Marc Touché, Gérôme Guibert et Fabien Hein, « Metal. Une culture de la transgression sonore », Volume !, vol. 5, no 2,‎ 2006 (lire en ligne)
  8. Sid Smith In the Court of King Crimson, Helter Skelter Publishing, 2001, p. 170
  9. (en) Sid Smith, « New King Crimson Line-Up Confirmed », sur DGM Live,‎ 24 septembre 2013 (consulté le 26 mai 2014).
  10. (en) Graham Fuller, « Why King Crimson are still prog-rock royalty », The Guardian,‎ 28 septembre 2009 (lire en ligne)
  11. Bruno Pfeiffer, « King Médéric trafique Fripp/Crimson », Libération,‎ 24 novembre 2012 (lire en ligne)
  12. Annie Yanbékian, « Médéric Collignon, jazzman prodige, revisite King Crimson à Paris : rencontre », Culturbox,‎ 5 décembre 2011 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aymeric Leroy, King Crimson, Le Mot et le Reste, 2012
  • (en) Sid Smith, In the Court of King Crimson, Helter Skelter Publishing, 2001
  • (en) Eric Tamm, Robert Fripp: From King Crimson to Guitar Craft Faber & Faber, 1990

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]