Folke Bernadotte

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Folke Bernadotte af Wisborg

alt=Description de l'image Folke-Bernadotte.jpg.
Biographie
Titulature Comte de Visborg
Dynastie Maison Bernadotte
Distinctions Ordre du Séraphin
Nom de naissance Sigvard Oscar Fredrik Bernadotte
Naissance 2 janvier 1895
Stockholm (Suède)
Décès 17 septembre 1948 (à 53 ans)
Jérusalem (Israël)
Sépulture cimetière royal d'Haga
Père Oscar de Suède
Mère Ebba Bernadotte
Conjoint Estelle Romaine Manville (1904-1984)
Enfants Gustaf Bernadotte af Wisborg
Folke Bernadotte af Wisborg
Fredrik Bernadotte af Wisborg
Bertil Bernadotte af Wisborg
Religion Luthérien
alt=Description de l'image Armoiries des Comtes de Wisborg.svg.

Le comte Folke Bernadotte af Wisborg est un diplomate suédois, né le 2 janvier 1895 à Stockholm. Il est connu pour avoir négocié la libération de 15 000 prisonniers des camps de concentration durant la Seconde Guerre mondiale. Il est mort assassiné le 17 septembre 1948 à Jérusalem, par des membres du groupe terroriste juif sioniste Lehi.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Folke Bernadotte, comte de Wisborg, était le petit-fils de Oscar II de Suède, qui fut roi de Suède et de Norvège, et le neveu de Gustave V de Suède. Son père était Oscar Bernadotte 1859-1953, prince de Suède, comte de Wisborg. Sa mère était Ebba Munck af Fulkila 1858-1946. Ses parents se sont mariés en 1888.

Diplomate pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le comte Folke Bernadotte (à gauche) conversant avec des prisonniers de guerre australiens en Allemagne (1943)

En 1945, alors vice-président de la Croix-rouge suédoise, Bernadotte essaya de négocier un armistice entre l'Allemagne et les Alliés. À la toute fin de la guerre, il reçut l'offre faite par Heinrich Himmler d'une reddition complète de l'Allemagne vis-à-vis de la Grande-Bretagne et des États-Unis, à la condition que l'Allemagne soit autorisée à poursuivre la résistance contre l'Union soviétique. Cette offre fut transmise à Winston Churchill et Harry S. Truman.

Peu avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, Bernadotte organisa l'opération de sauvetage Bus blancs pour évacuer des déportés, notamment norvégiens et danois, dans des hôpitaux suédois, ainsi que des déportés francophones du Cap Arcona. Il libéra ainsi 15 000 personnes de l'enfer des camps de concentration, et acquit une immense popularité.

Cependant, des travaux historiques récents[1] indiquent que cette opération avait un coût moral, longtemps occulté : pour permettre la libération des prisonniers scandinaves, quelque 2 000 autres prisonniers, malades ou mourants, « principalement français, mais aussi russes et polonais », furent sortis du camp nazi de Neuengamme et transférés vers d'autres camps nazis. Le transfert fut effectué dans les mêmes « bus blancs », conduits par des chauffeurs suédois, qui servirent à l'évacuation des Scandinaves. « La plupart des prisonniers moururent pendant le trajet, ou juste après.[réf. souhaitée]»

Médiateur de l'ONU[modifier | modifier le code]

Plan de partage de la Palestine de 1947

À la suite du plan de partage de la Palestine de 1947, des affrontements éclatent entre juifs et arabes en Palestine. Bernadotte est nommé médiateur des Nations unies en Palestine le 20 juin 1948[2]. Il est ainsi le premier médiateur officiel de l'histoire de l'organisation. Sa mission est alors immense : faire cesser les combats et superviser la mise en application d'un partage territorial entre Israël et les États arabes.

Contexte de l'assassinat[modifier | modifier le code]

Le 27 juin, le comte propose un premier plan, avec un État juif sur 20 % de la Palestine, au lieu des 55 % prévus, qui plus est confédéré avec la Transjordanie. L'État arabe disparaît et son territoire est attribué à la Transjordanie. Ce plan est rejeté par toutes les parties, y compris arabes. « Bernadotte devient la cible, en Israël, d'une virulente campagne de presse »[3].

En juillet, les membres du Lehi menacent Bernadotte de mort, suite à une rencontre qu’il avait eue avec deux membres du Stern, le 24 juillet : « Nous avons l’intention de tuer Bernadotte et tout autre observateur des Nations unies en uniforme qui viendra à Jérusalem ». Lorsqu’il leur demanda pourquoi, « Ils répondirent que leur organisation était déterminée à ce que Jérusalem soit sous l’autorité de l’État d’Israël et qu’elle ne permettrait pas d’interférence de la part d’une organisation nationale ou internationale »[4],[5]

Le 1er août, Israël Eldad, un des trois dirigeants du Lehi, déclare, lors d'une assemblée publique à Jérusalem : « Les combattants pour la liberté d'Israël adressent une mise en garde aux observateurs des Nations Unies [et] aux généraux de Bernadotte […]. Nous emploierons contre les représentants d'un pouvoir étranger les mêmes méthodes que nous avons employées contre les Britanniques »[6].

D'après Israël Eldad, la décision de tuer Bernadotte est prise en août par les trois dirigeants du Lehi[7].

Le 16 septembre, Folke Bernadotte propose un nouveau plan de partage de la Palestine, dans lequel la Transjordanie annexerait le Néguev, la Judée et la Samarie. La confédération entre Israël et la Transjordanie disparaît. Ce plan prévoit également un État juif sur la Galilée, le passage de Jérusalem sous contrôle international et le rapatriement (ou dédommagement) des réfugiés. Concernant ce dernier sujet, le Comte Bernadotte écrivait « Ce serait offenser les principes élémentaires que d'empêcher ces innocentes victimes du conflit de retourner à leur foyer, alors que les immigrants juifs affluent en Palestine et de plus menacent de façon permanente de remplacer les réfugiés arabes enracinés dans cette terre depuis des siècles. » Il critique « le pillage sioniste à grande échelle et la destruction de villages sans nécessité militaire apparente. »[8]

Ce second plan est de nouveau refusé par les Israéliens et les pays arabes (la Transjordanie, grande gagnante du projet de Bernadotte, n'ose pas accepter, compte tenu de l'État de guerre contre Israël et des soupçons de collaboration qui pèsent sur lui.

Assassinat de Bernadotte[modifier | modifier le code]

On sait aujourd'hui que « le meurtre a été planifié par Zettler, le commandant de la section de Jérusalem (la dernière en activité et la plus dure), qu'il a été décidé en août au plus haut niveau par les trois responsables du centre[9] et que l'exécution en a été confiée à un vétéran du Lehi, Yéhochua Cohen[10]. Les deux autres tireurs étaient Yitzhak Ben-Moshe et « Gingi » Zinger, et le conducteur de la jeep s'appelait Meshulam Makover[11].

Après avoir rencontré les observateurs de la trêve et visité quelques emplacements possibles pour le bâtiment du quartier général, le convoi de Bernadotte, composé de trois voitures, entra dans le quartier Katamon de Jérusalem. Chaque voiture arborait les drapeaux des Nations Unies et de la Croix Rouge,et personne, dans ce convoi, n’était armé. Bernadotte quant à lui avait refusé à plusieurs reprises le Gilet pare-balles qu’on lui proposait.

Dans la voiture du médiateur, sur la banquette arrière, avaient pris place : Bernadotte, le colonel français André Sérot, chef des observateurs des Nations Unies à Jérusalem, et le général suédois Åge Lundström, chef de la supervision de la trêve en Palestine, et représentant personnel de Bernadotte.

Peu après avoir franchi un checkpoint de l’armée israélienne, le convoi est arrêté par une jeep qui lui barre le passage. Trois hommes armés, revêtus de l’uniforme de l’armée israélienne, surgissent de cette jeep tandis que le conducteur reste au volant. Les 3 voitures sont arrosées de balles. Bernadotte est abattu à bout portant de 6 rafales de mitraillette Schmesseir.

Conséquences de l'assassinat[modifier | modifier le code]

L’assassinat de Bernadotte suscita une condamnation unanime. Le Lehi est immédiatement suspecté. En 24 heures, plus de 250 membres du Lehi sont interpellés dans tout le pays. Le gouvernement en profite pour dissoudre les unités de l'IZL[12] à Jérusalem, bien qu'il sache qu'elles n'ont pas été mêlées au crime. Le surlendemain, le Lehi est officiellement dissous au titre d'une loi « pour la prévention du terrorisme »[13]. Zettler affirmera avoir reçu une promesse explicite du ministre de l'intérieur Yitzhak Grünbaum : « vous serez condamnés pour satisfaire l'opinion mondiale. Après quoi, vous serez amnistiés ». De fait, Yalin Mor et son adjoint Mattiyahu Shmulovitz, condamnés le 2 février 1949 à plusieurs années de prison, non pour meurtre mais pour appartenance à une organisation terroriste, seront relâchés deux semaines après […] tous les autres détenus du Lehi bénéficieront d'une amnistie générale[14].

Nathan Yalin Mor fut élu à la Knesset en janvier 1949 et le tireur Yeoshua Cohen devint le garde du corps personnel de Ben Gourion dans les années 1950. Yitzhak Shamir, le chef des opérations du Lehi, deviendra quant à lui premier ministre d'Israël à deux reprises.

Au niveau du droit international, les Nations-unies ont demandé l'avis consultatif de la Cour internationale de justice pour savoir s'ils pouvaient agir en justice pour réclamer à l'État responsable des réparations aux dommages subis. La réponse du 11 Avril 1949 a consacré la personnalité juridique en droit international d'une organisation internationale.

Ses propositions pour la paix[modifier | modifier le code]

Trois jours après son décès, fut publié un rapport décrivant les efforts proposés par Bernadotte pour aboutir à la paix. Il contenait les propositions suivantes :

  • Transformer la première accalmie dans les combats en une paix permanente, ou au moins en un cessez-le-feu, et déterminer les frontières définitives des États juif et arabe en Palestine ;
  • Accorder le désert du Néguev à l'État arabe et la Galilée à l'État juif ;
  • Internationaliser Jérusalem ;
  • Donner le contrôle des parties arabes de la Palestine aux États arabes (en fait à la Transjordanie) ;
  • S'assurer que le port d'Haïfa et l'aéroport de Lod desservent à la fois les parties arabes et juives de la région, ainsi que les États arabes du voisinage ;
  • Organiser le rapatriement des réfugiés palestiniens ou, à défaut, leur dédommagement ;
  • Établir un comité de réconciliation, première étape devant mener à une paix durable dans la région.

Le gouvernement israélien rejeta ces propositions. Bernadotte fut remplacé par le médiateur américain Ralph Bunche, qui négociera finalement un cessez-le-feu signé sur l'île grecque de Rhodes.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir « Le prestige terni des bus blancs suédois », Libération, 30 juin 2005 [1]
  2. D'après le site en français de l'ONU
  3. Histoire de la droite israélienne, P. 250
  4. Le chroniqueur du New York Times, C.L. Sulzberger
  5. Confirmé par Neff, Washington Report on Middle East Affairs
  6. Susan O'Person, Mediation & assasinations : count Bernadotte's Mission to Palestine, 1948, Londres, Ithaca Press, 1979.
  7. Interview de Israël Eldad à la radio israélienne le 9 septembre 1988, rapportée par Yediot Aharonot du 11 septembre 1988.
  8. U.N. Document A. 648, p. 14, déposé le 16 septembre 1948.
  9. Le « Centre » est le nom donné à la direction du Lehi : Nathan Yalin Mor, Yitzhak Shamir et Israël Eldad.
  10. Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, Editions complexe, 1991. P.253
  11. Kati Marton, A Death in Jerusalem
  12. IZL = Irgoun, un autre groupe armé sioniste.
  13. Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, Éditions complexe, 1991. P. 253
  14. Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, Éditions complexe, 1991, p. 254.

Bibliographie[modifier | modifier le code]