Désert des Agriates

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Vue satellite des Agriates.

Le désert des Agriates ou les Agriates (L'Agriate en langue corse) est une microrégion de Corse située dans la partie nord-ouest du Nebbiu, à l'est de la Balagne. Son territoire se partage d'ouest en est, entre les communes de Palasca, San-Gavino-di-Tenda, Santo-Pietro-di-Tenda et Saint-Florent. Les Agriates ont pour seul lieu habité le village épars de Casta.

Géographie[modifier | modifier le code]

L'Ostriconi, limite occidentale des Agriates

Les Agriates sont encore parfois improprement appelées « désert des Agriates » alors que l'étymologie même du nom évoque des terres agraires, propices à la culture des céréales et de l'olivier. Contrairement à l'image qu'on se fait d'un désert, la végétation des Agriates, adaptée aux conditions climatiques locales, est composée des essences traditionnelles du maquis (arbousiers, bruyères, myrtes, cistes, lentisques, chênes verts, oliviers…) ainsi que des pins maritimes, réminiscence de plantations réalisées au milieu du XXe siècle.

Elles furent, dans les années 1800, le grenier à blé de la Corse.

La superficie du territoire des Agriates est de 15 000 hectares environ, son point culminant est le Monte Genova 418 m. Son climat se caractérise par des températures très élevées durant l'été pendant lequel souffle un vent sec et chaud. Les précipitations sont rares mais souvent à caractère orageux.

Plusieurs ruisseaux s'écoulent dans les Agriates, d'est en ouest :

  • le Vaghju ;
  • le Fiume Santu 9,9 km prolongement du ruisseau de Monticellu ;
  • le Liscu, 10,7 km qui termine sa course sur la plage de la Saleccia ;
  • le ruisseau de l'Alga 1,2 km[1] qui se jette dans l'anse éponyme ;
  • ruisseau de Tettu[2], 6 km qui se jette dans l'anse près de la marina d'Alga et sépare le littoral de Santo-Pietro-di-Tenda et de San-Gavino-di-Tenda ;
  • la Piobetta 1,8 km.

Les Agriates sont bordées au sud par le massif du Tenda et au nord par la mer Méditerranée. La côte est constituée d'une série de caps et de plages de sable fin, que longe un « sentier des douaniers ». Deux tours génoises aujourd'hui ruinées : la tour de Mortella à l'Est et celle de I Magazini à l'Ouest, avaient été édifiées aux extrémités pour en assurer la surveillance.

D'est en ouest, on rencontre :

Plage de Lotu
Rencontres insolites sur le parking desservant la plage
Route des vins à Casta

Une zone marécageuse se situe entre la plage de Saleccia et la plage du Lotu : marais de Padulella, marais de Pardinela et marais de Cannuta. Elle se prolonge avec l'étang de Panecalellu (Saint-Florent) et l'étang de Lotu (Santo-Pietro-di-Tenda).

La route D81 traverse le territoire d'Est en Ouest, de Saint-Florent à la vallée de l'Ostriconi, où elle rejoint la Balanina (RN 1197) au lieu-dit Petra Moneta, en passant par le col de Vezzu (Bocca di Vezzu) 311 mètres d'altitude.

Casta, village de la commune de Santo-Pietro-di-Tenda et seule localité du désert, est traversée par la route D81. Des maisons et quelques rares commerces sont dispersés de part et d'autre de la route, sur près de quatre kilomètres. Au milieu, en bordure de route, se trouve la chapelle San Pancraziu bâtie en pierres de taille de granit blanc.

De la route D81 partent deux pistes en direction du nord, vers les plages. La première depuis Bocca di Vezzu, mène à Malfalcu/Alga Putrica ; la deuxième part du relais hertzien de Casta et conduit à Saleccia.

Le seul commerce de restauration de tout le littoral des Agriates se situe à Saleccia.

Au nord de Casta, sont deux domaines viticoles, des exploitations de 35 ha de vigne chacune, situées dans le périmètre du Patrimonio (AOC). Les quelques fermes qui s'y trouvent sont desservies par une piste démarrant au nord de Casta.

Au lieu-dit Bartolacciu existe un petit barrage édifié sur le cours du ruisseau de Bartolacciu (celui-ci prend en aval successivement les noms de Piedi Calvi, de Monticellu, enfin de Fiume Santu[3]).

Accès[modifier | modifier le code]

Panneau de prévention et d'information

Plusieurs entrées et pistes permettent l'accès aux sites des Agriates. Des panneaux de prévention et d'information sont en place pour chacune d'elles : Ostriconi, piste menant aux bergeries de Terriccie (San-Gavino-di-Tenda), Bocca di Vezzu d'où part la piste menant à Malfalcu/Alga Putrica, Casta (piste de Saleccia) et Fornali (Saint-Florent). Ces panneaux préviennent les visiteurs du degré des risques incendie qui peut aller jusqu'à la fermeture des pistes décidée en cas de risque exceptionnel d'incendie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Pagliaghju (en français « pailler »)
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Avant de retourner à l'état sauvage, les Agriates ont constitué le « grenier à blé de la Corse ». La République de Gênes, faute d'un arrière-pays suffisamment développé, l'utilisait également pour cultiver de quoi nourrir sa population métropolitaine. Il fut longtemps exploité de juin à octobre par des cultivateurs venus du Cap Corse (Nonza, Farinole, Centuri) ou de la Balagne. Ceux-ci restaient jusqu'aux moissons et s'en allaient après les défrichages, labours et semailles d'automne. Ils laissaient alors la place aux éleveurs de chèvres et de moutons, descendus des montagnes pour l'hiver. Au moment de leurs rencontres, les agriculteurs échangeaient leurs produits : du fromage contre du blé ou de l'huile.

Jusqu'au début du XXe siècle, on y cultivait encore le blé, les agrumes (cédrats, citrons, mandarines), l'olivier, le figuier… Cependant, l'écobuage et les incendies propagés par les vents forts ont eu raison de cette plaine fertile.

L'habitat humain a laissé de nombreuses traces dans le désert des Agriates. Pour se loger, les agriculteurs et éleveurs avaient construit des pagliaghji (en français « paillers »). Un pagliaghju est une cabane en pierre sèche, au toit arrondi ou en terrasse, qui servait d'habitation, de bergerie ou d'entrepôt pour le blé, le foin ou les outils. Ces abris contiennent une pièce unique fermée par une seule porte. Certains sont encore en bon état. D'autres ont été restaurés et aménagés en gîtes d'étape pour la location comme à Alga Putrica, à l'ouest de la plage du Guignu.

En 1958, le désert des Agriates fût envisagé comme site d'essais nucléaires [4].

À l'est des Agriates, le champ de tir de Casta coupé par la route D81. Il est toujours opérationnel et est utilisé par les militaires du 2e régiment étranger de parachutistes basé à Calvi. Un dolmen se trouve dans la partie nord du champ de tir, à 700 mètres à vol d'oiseau au sud-ouest du Monte Revincu (356 m - Santo-Pietro-di-Tenda). Ce dolmen est classé Monument historique[5].

Une grande partie occidentale des Agriates, propriété des familles Casabianca (ex-propriétaire de la société Casanis à Bastia) et Rothschild, était vouée au tourisme. Un projet de 1 000 lits avait même été étudié aux abords de la marina de Malfalcu. C'était sans compter sur le Conservatoire du littoral qui a acquis ce territoire comprenant le vaste Domaine de Cavallare.

Protection[modifier | modifier le code]

Agriate
Catégorie UICN IV (aire de gestion des habitats/espèces)
Identifiant 106767
Pays Drapeau de la France France
Collectivité territoriale Corse
Coordonnées 42° 42′ 00″ N 9° 09′ 53″ E / 42.7001, 9.164658 ()42° 42′ 00″ Nord 9° 09′ 53″ Est / 42.7001, 9.164658 ()  
Superficie 55,63 km2[6]
Création 1979
Administration Conservatoire du littoral

Géolocalisation sur la carte : Corse

(Voir situation sur carte : Corse)
Agriate

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Agriate
Vue des Agriates depuis Bocca di Vezzu

Depuis 1979, 5 532 hectares, représentant 35 kilomètres de côtes, ont été acquis par le Conservatoire du littoral dans l'Agriate. Environ 5 000 autres hectares sont propriété des quatre communes précitées.

Le Conservatoire assure la maîtrise foncière de ce vaste domaine public terrestre et maritime. Il est le garant sur le long terme de la préservation des paysages et de l'évolution naturelle des sites.

À la suite de concertation, le Conservatoire et le Conseil général ont élaboré un projet de territoire et un plan d'aménagement soutenu financièrement par l'Office de l'Environnement de la Corse. C'est le département à qui en a été confiée la gestion qui doit assurer la surveillance, l'entretien, les petits travaux, l'accueil des publics, l'animation et la valorisation du territoire.

Depuis 2008[7] huit « gardes départementaux du littoral » assurent la gestion des terrains. Un de ces agents assure l'accueil aux refuges de Ghignu en été. Leurs missions sont nombreuses, entre autres l'entretien et le nettoyage des plages et des sentiers. En été, ils sont intégrés au dispositif de prévention des incendies ; ils préviennent les visiteurs de la fermeture de la piste de Saleccia les jours de risque exceptionnel. Agents commissionnés (ou dotés de pouvoirs) et assermentés pour la plupart, ils combattent des pratiques interdites par la loi comme le camping sauvage, l'allumage de feux et la circulation motorisée hors des voies ouvertes à cet effet ; ils peuvent dresser procès-verbal. Pour effectuer leurs missions, ils se déplacent à pied, à cheval, en 4x4 et en bateau.

Une maison des gardes existe à Saleccia. Il s'agit d'un ancien pagliaghju restauré par le Conservatoire.

Sentier des douaniers[modifier | modifier le code]

Plan du désert des Agriates

Jusqu'à la fin du siècle dernier, la côte faisait l'objet de surveillance maritime par des escouades, terme utilisé par les douaniers, qui sont paramilitaires, pour désigner des équipes de deux à trois agents en uniforme, qui partaient à pied depuis la brigade des douanes à Saint-Florent. D'où le nom de « sentier des douaniers ». Deux à trois jours sont nécessaires pour parcourir tout le littoral du désert.

Un poste abri douanier en pierre existait à mi-chemin, proche de la Punta Mignola. Aujourd'hui il est effacé des cartes, tout comme il n'existe plus de brigade des douanes à Saint-Florent.

De nos jours, le sentier est emprunté par nombre de randonneurs, certains trouvant à se reposer dans les paillers (les refuges de Ghignu )[8] aménagés à Alga Putrica et au camping de Saleccia.

En littérature[modifier | modifier le code]

Le romancier Pierre Benoit (L'Atlantide, Kœnigsmark) contribua à faire connaître cette région par son roman Les Agriates paru en 1950.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sandre, « Fiche cours d'eau - Ruisseau de l'Alga (Y7521600) » (consulté le 13 mai 2012)
  2. Sandre, « Fiche cours d'eau - Ruisseau de Tettu (Y7520560) » (consulté le 13 mai 2012)
  3. Sandre, « Fiche cours d'eau - Fiume Santu (Y7510520) » (consulté le 13 mai 2012)
  4. Jean-Marc Régnault, « La France à la recherche de sites nucléaires (1957-1963) », Cahier du Centre d'études d'histoire de la défense, no 12 « Science, technologie et Défense. Stratégies autour de l’atome et de l’espace (1945-1998) »,‎ 1999, p. 24-47 (ISSN 2-9515024-0-0, lire en ligne)
  5. « Notice no PA00099247 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  6. « Agriate », sur Conservatoire du littoral (consulté en 3 décembre 2011)
  7. Bulletin du Conservatoire Agriate E nove Quoi de neuf ? - Décembre 2009
  8. http://www.agriate.org/fr/Contacts-07.html

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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