Culture du Kirghizistan

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Une culture d'origine nomade[modifier | modifier le code]

Traditionnellement un peuple nomade, les Kirghizes restent attachés à ces traditions. Le pastoralisme semi-nomade est encore respecté en de nombreux endroits, tandis que la liberté qu'il implique a un impact sur les mentalités du pays.

Le cheval[modifier | modifier le code]

Le cheval est intimement lié à la culture kirghize. Il occupe une grande place dans l'art, l'imaginaire et la symbolique collective. Il est présent dans les épopées, les chants, les poèmes et les récits des explorateurs. Banni à l'époque soviétique, en raison de l'industrialisation, de la mécanisation et de la sédentarisation forcées des Kirghiz, ce cheval est depuis lors en voie d'extinction ainsi que les traditions qui lui étaient associées1. Depuis 2004, sa sauvegarde est entre les mains de la Fondation "Kyrgyz Ate", ONG kirghize créée par Jacqueline Ripart, spécialiste française du cheval. Le "festival At Chabysh" est un événement culturel et sportif qui est dédié à ce cheval, et qui se déroule au Kirghizistan et dans le district kirghiz de Murghab (Pamir Oriental au Tadjikistan). Ainsi les jeux équestres traditionnels, dont Kyz Kumaï (poursuite d'une jeune fille au grand galop), Tyien Engmey (ramassage au galop de pièces d'or posées sur le sol), Oodarish (lutte entre deux cavaliers) et le Kok borou et l'Oulak tartysh, deux variantes du jeu équestre du bouc écorché, sont restés des sports très populaires, organisés à l'initiative des communautés villageoises elles-mêmes ou par des fédérations nationales. Des compétitions peuvent être commandées également par des particuliers à l'occasion des événements familiaux.

Au cours de festivités populaires rassemblant les représentants de différentes régions, appelée At Chabysh, sont organisées des courses en ligne sur longue distance, dites baïge. En effet, la particularité du cheval de type kirghize tient à son endurance et son adaptation au relief montagneux.

Le Kyz Kumaï est également un jeu très populaire, consistant en une double poursuite à cheval sur une distance d'environ 300 m. Dans un premier temps, un jeune homme poursuit une jeune fille, et tente de l'embrasser. Si la jeune fille a réussi à échapper au baiser, elle a le droit, à son tour de poursuivre le jeune homme pour lui asséner des coups de fouet.

Les arts appliqués[modifier | modifier le code]

Kirghize senti tapis

Les kirghizes ont développé avec beaucoup de raffinement les artisanats liés à la fabrication et à la décoration de la yourte. Faite d'épaisses toiles de feutre, arrimées à leur structure de bois par des bandes de laine multicolore tressées, la yourte peut être ornée de bandes décoratives à l'extérieur et surtout à l'intérieur. Les motifs traditionnels sont exécutés en couleurs très vives.

L'équipement traditionnel est fait de tapis noués, les kilem, ou de tapis de feutre, les chyrdak, qui isolent fortement du sol. Pour le coucher, des nattes de tissu sont effectuées en patchwork. Des décors en tissu brodé, les Tuch Kiiz, complètent la décoration textile.

Toutes ces pièces devaient être exécutées par la mère de famille et transmise en dot à sa fille dans de grands coffres traditionnels en bois au moment du mariage. La sculpture sur bois ou la damasquinerie permettaient d'orner ces coffres qui servaient de rangement principal dans les yourtes.

Les artisanats du feutre et du patchwork connaissent un grand renouveau, tandis que les broderies anciennes se vendent à prix d'or depuis l'ouverture du pays aux touristes.

L'improvisation littéraire[modifier | modifier le code]

L'épopée et le poème mélodique improvisé, sont les expressions artistiques par excellence. Ce dernier est accompagné au moyen d'un instrument à trois cordes, le komouz. L'improvisation poétique fait l'objet de joutes entre deux orateurs, les aïtysh, agrémentant les festivités officielles ou privées et récompensées de prix. C'est également un spectacle télévisé à succès.

L'épopée Manas, phénomène littéraire par son volume et son emphase, transmise et enrichie sur plusieurs siècles par la tradition orale, fait la fierté d'un peuple qui connaît actuellement un processus de réappropriation de ses racines historiques et mythologiques. Le nom de Manas est accolé à de nombreuses institutions telles que des universités, centres culturels, aéroports, ensembles architecturaux, formations artistiques, plans gouvernementaux, rues... Les valeurs incarnées par le héros éponyme (courage, fougue, noblesse…) sont mobilisées par les ouvrages éducatifs et la propagande publique. Il est le symbole de l'unité des kirghizes.

Outre Manas, le répertoire kirghize compte de nombreuses autres épopées de moindre importance et de moindre ampleur telles que Kokojach ou Kurmambek, qui mettent en scène des héros mythiques. Bien que mettant en scène des motifs variés (la bravoure, l'honneur, la fidélité...), chaque épopée est, en général, dominée par un thème anthropologique tel que le rapport à la nature, le rapport au père... Certaines d'entre elles, ou tout au moins certains personnages, appartiennent aussi au folklore kazakh.

Structure clanique[modifier | modifier le code]

Comme il est fréquent dans les sociétés d'origine nomade, les kirghizes sont structurés en « ailes », principalement les ailes gauche et droite, sorte de confédérations de tribus. Les tribus elles-mêmes sont au nombre de 40, ce qui explique, selon certaines théories, l'origine du nom kirghiz, les « quarante ».

L'appartenance tribale se transmet par le père. Bien qu'elle soit moins adaptée à la société contemporaine, elle conserve une importance pour l'identité des individus. Chaque enfant est censé apprendre le nom de ses sept ancêtres immédiats en ligne paternelle, ainsi que l'origine de sa tribu. Pour ce faire, les kirghizes conservent, le Sanjyra, ensemble de listes généalogiques autrefois récitées par les conteurs de la tribu et aujourd'hui mises par écrit.

La règle d'exogamie pousse à se marier hors de sa tribu. À défaut, le mariage est interdit entre individus en deçà du 7e degré de parenté.

Actuellement, la structure clanique, interférant avec l'origine géographique et les pratiques de népotisme et de clientélisme conserve une influence dans les domaines économique et politique. Le régime soviétique avait dû composer avec cette constante. Toutefois, son fonctionnement reste complexe à analyser.

Religion[modifier | modifier le code]

La religion principale est l'Islam sunnite, de l'école hanafite. Mais la pratique religieuse musulmane est marquée également par les influences du chamanisme, existant antérieurement à l'islam, et du soufisme, dont les missionnaires ont joué un grand rôle dans l'islamisation de la région.

Autrefois très influents, les barchy, sortes de bardes guérisseurs, sont les derniers relais d'un chamanisme fortement teinté d'islam populaire.

La minorité slave se reconnaît principalement dans l'orthodoxie, mais on rencontre également des églises catholiques et protestantes.

Actuellement, plusieurs mouvements religieux, tant islamiques que chrétiens ou autres, mènent un prosélytisme actif.

Langue[modifier | modifier le code]

La langue kirghiz appartient au groupe des langues turques. En 1924, un alphabet basé sur l'alphabet arabe fut introduit, remplacé par l'alphabet latin en 1928. En 1941, l'alphabet cyrillique fut définitivement adopté.

Les solennités familiales[modifier | modifier le code]

Outre les fêtes officielles et traditionnelles liées au cycle annuel, la vie sociale kirghize est ponctuée de nombreuses célébrations familiales, liées aux grandes étapes de la vie des individus :

  • fête du berceau,
  • fête des premiers pas,
  • circoncision,
  • fête de puberté,
  • fiançailles,
  • mariage,
  • invitations mutuelles des beaux-parents,
  • enterrement,
  • repas à la mémoire des défunts sept jours, quarante jours et un an après le décès,
  • repas donnés en reconnaissance d'un événement heureux, etc.

Comprenant de nombreux éléments rituels et symboliques, associant éventuellement l'iman local, ces fêtes sont aussi l'occasion de rassembler largement la parentèle et le voisinage pour des agapes abondantes auxquelles la famille consacre une part importante de ses revenus.

C'est le cas particulièrement du mariage, dont les dépenses, ajoutées à la dot, peuvent mettre les familles en difficulté. C'est l'une des raisons pour lesquelles se pratique le rapt des fiancées : Ala Kachuu. Il s'agit de l'enlèvement de la jeune fille convoitée par l'entourage du jeune homme. Pratiqué avec le consentement de la jeune fille ou non, ce rapt peut permettre d'échapper à l'organisation des fiançailles et au versement de la dot[1].

Musique traditionnelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Musique kirghize.

Les fêtes kirghizes sont toujours accompagnées de musique. Si les musiques pop russe, ouzbek et turque voisinent aujourd'hui avec la pop kirghize et l'influencent, les motifs traditionnels ne sont jamais loin et la musique folklorique est toujours à l'honneur.

Contrairement à la danse, la musique est un art caractéristique des kirghizes. On recense une multitude de mélodies traditionnelles dans les villages du Kirghizstan, qui comprenaient chacun leur formation folklorique dans un passé encore récent.

L'instrument roi, est le komuz, sorte de petite mandoline à trois cordes, dont les cordes sont frappés ou pincées, dans un jeu de doigts d'une étonnante dextérité. Le kial, un peu plus rare est une variété de viole. Ces instruments légers et de petite taille, extrêmement rustiques, étaient particulièrement adaptés à la vie des bergers. Ils étaient complétés par des guimbardes en métal, le temir komuz, ou en bois, ainsi que par des flûtes comme le chor en bois et le chopo chor en terre.

Aujourd'hui, des ensembles musicaux comme Ordo sakhna tentent de faire revivre avec beaucoup de noblesse ce patrimoine traditionnel.

Littérature[modifier | modifier le code]

Dans le domaine de la littérature écrite, se détache la figure de Tchinguiz Aïtmatov, auteur de nombreux livres, dont certains furent traduits en français par Louis Aragon. On peut citer notamment Le premier maître, Jamilia, Le billot et Un jour long comme un siècle. Ses livres ont fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Dans la seconde moitié du XXe siècle, le Kirghizstan s'est illustré par un cinéma poétique nourri de la clarté et de la rigueur des écoles soviétiques.

Les grands cinéastes du passé sont

Parmi les cinéastes russes ayant oeuvré dans la région : Gennadij Bazarov (1942-).

Parmi les autres productions des studios kirghiz d'avant 1980 :

  • Dinara Asanova (1942-) : Le pivert n'a pas mal à la tête (1974), Une clé strictement personnelle (1977)
  • Adolf Bergunker (1906-) : Djoura (1964)
  • Jurij Boreckij (1935-) : La cascade (1973), Ici se rassemblent les cygnes (1973)
  • Jzja Gerstejn : Le changement (1965), Retourne-toi, camarade (1970c)
  • Isenov Sagynbek (1934-) : La dispute des chiffres (1977)
  • Aleksandr J. Karpov (1922-) : Loin dans les montagnes (1958)
  • Ivan Kobyzev (1910-) : Ma faute (1957)
  • M. Kovalev : Chacun suit son chemin (1967)
  • Andrej Mihalkov-Konchalovski (1937-) : Le premier maître (1965)
  • Vladimir Nemoljaev (1903-) : Toktogoul (1959)
  • Aleksej Ockin (1922-) : La jeune fille du Tian-Chan (1960)
  • Vasilij Pronin (1905-) : Saltanat (1955)
  • Marianna Rosal (1925-) : La rue des cosmonautes (1963)
  • Aleksej Saharov (1934-) : La légende du coeur de glace (1957), Le col (1961)
  • Larisa Sepitko (1938-1979) : Chaleur torride (1963)
  • Roman Tihomirov (1915-) : Tcholpon, l'étoile du matin (1959)

Cinéma du Kirghizistan indépendant[modifier | modifier le code]

Depuis l'indépendance, la production cinématographique, bien que souffrant d'un manque d'investissement, reste très vivante et produit quelques chefs d'œuvre. Il convient de citer avant tout la trilogie d'Aktan Arym Kubat (ou Aktan Abdykalikov) composée des films Selkinchek, Beshkempir Le Fils adoptif et Maimyl (Le Singe).

En outre, se sont particulièrement signalés : Ernst Adbyjaparov avec Saratan, Étoile d'or au festival de Marrakech en 2005, et Boz Salkyn (traduit en Pure Coolness) en 2007, Nurbek Egen avec L'été d'Isabelle en 2006, où joue l'actrice belge Natacha Régnier, ou encore Marat Sarulu, avec le Faisan d'Or en 2001 et le Chant des Mers du Sud, Prix du jury du Festival des trois continents à Nantes en 2008. Vie villageoise, identités ethniques et religieuses, rapport à la tradition ou à la modernité, ouverture sur le monde, sont des thèmes transversaux à ces films. Saratan y ajoute, sur le ton de la farce rurale, une peinture de l'impuissance de l'administration actuelle face au délitement de la société kirghize contemporaine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

2 - Le site web de la Fondation "Kyrgyz Ate", dont l'objectif est de sauvegarder le cheval ancestral et la culture équestre des nomades kirghiz : http://www.atchabysh.org

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Rafis Abazov, Culture and Customs of the Central Asian Republics, Greenwood Press, 2006, 324 p. (ISBN 978-0313336560)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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