Feutre (textile)

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Échantillons de feutre

Le feutre est une étoffe faite de poils d'animaux agglomérés ensemble par pression et ébouillantage avec parfois traitement chimique (par sels de cuivre et de mercure par exemple pour le feutre de poils de Castor fiber puis C. canadensis dans le passé.

Par extension on parle parfois de feutres synthétiques pour désigner des non-tissé ssynthétiques, y compris maintenant à échelle nanométrique (ex : feutres de carbone [1]).

Histoire[modifier | modifier le code]

Asie centrale[modifier | modifier le code]

Dès la préhistoire, les nomades d'Asie centrale, Azerbaïdjan, Iran, Mongolie, Pakistan, fabriquaient leurs vêtements eux-mêmes, bottes et chapeaux mais aussi leurs tapis et leurs tentes (les yourtes) en feutre.

Pour ce faire, ils utilisaient des poils de chèvre, de mouton, de chameau mais aussi d'autres animaux (ours, castors, etc.) ou même simplement des cheveux. Bien que connaissant parfaitement l’art du tissage (voir leurs magnifiques tapis au point noué), ils trouvaient que le feutre, isolant phonique et thermique, imperméable, facile à fabriquer, était bien plus durable (il peut néanmoins être mangé par des mites).

Occident[modifier | modifier le code]

Durant l’Antiquité des peuples aux technologies évoluées (Chinois, Grecs, Romains, etc.) utilisèrent le feutre, comme couverture (de chariot par exemple) ou comme rembourrage de selles ou d’armures, comme pare-flèches (un feutre épais arrête mieux que le cuir).

Mais le feutre s'est perdu en Europe occidentale à la suite du déclin de l'Empire romain et ce sont les croisés qui l’ont rapporté de Constantinople.

Aux XIIe et XIIIe siècles, son usage connut un essor considérable en Europe occidentale où il reprit, en grande partie, la place des cuirs et des fourrures, qui étaient chers et n’offraient pas toujours une protection efficace contre la pluie et la neige. Ainsi des bottes de cuir glisseront sur la neige qui d’ailleurs les mouillera et les « brûlera » alors que des bottes de feutre (quasi-insensible à l'eau et à la neige) resteront sèches à l'intérieur.

Ainsi, avec le feutre, le Moyen Âge connu cinq tissus différents :

  • les tissus de laine qui donnèrent les langes (→vêtements) et dont les Génois tiraient le velours ;
  • les tissus de lin qui donnèrent les linges (→ draps ou vêtements) ;
  • les tissus de bure fait de chanvre souvent grossier proche de la ficelle, de basse qualité (→ vêtements (robes), ameublement : à l'origine du mot bureau) réservés aux moines, aux pèlerins et aux serfs ;
  • les tissus de soie, ou soieries, venus de Chine par la route de la soie, de haute qualité, ils étaient réservés aux seigneurs et aux évêques. Surtissés ou surcousus de fil d'or, ils donnaient de magnifiques brocarts. Leur usage était extrêmement marginal.

À ces cinq tissus, on peut ajouter le cuir et la fourrure.

Légende[modifier | modifier le code]

Selon la légende, saint Clément aurait découvert le feutre lorsqu'il était moine-errant ; pour se protéger les pieds pendant sa marche, il aurait pris l'habitude de mettre de la laine dans ses chaussures et aurait remarqué que le mélange sueur et laine, écrasé par ses pieds, se trouvait aggloméré. Par la suite, devenu évêque, il aurait formé des groupes de travailleurs pour améliorer la technique. Bien que cette légende ne repose que sur cette légende non vérifiée, Saint-Clément est le saint patron des fabricants de feutre et sa fête le 23 novembre est souvent chômée chez les chapeliers.

Fabrication[modifier | modifier le code]

Fabrication de feutre pour chapeaux 
  1. arrachage des poils ;
  2. mélange des poils ;
  3. bastissage : les poils sont projetés sur des cônes où ils adhérent par aspiration ;
  4. foulage : les cônes sont trempés dans un bain d'eau bouillante et d'acide sulfurique puis pressé dans une cloche ;
  5. une fois sec, le feutre peut être découpé et taillé.
Fabrication traditionnelle du feutre en Mongolie 
  1. tonte des moutons ;
  2. cardage de la laine à la main en famille ;
  3. répartition uniforme et régulière sur une bâche ou tissu, tapis… (sur tapis, couvertures… : dessins à base de laines colorées) ;
  4. humidification de la laine avec de l'eau de rivière ou de source ;
  5. le tissu est enroulé autour d'un tronc d'arbre coupé puis tiré par des chevaux ou des chameaux à travers la steppe pendant plusieurs heures.

Usage[modifier | modifier le code]

Dans l'industrie chapelière, le feutre est fabriqué avec des poils d'animaux notamment le lapin ou l'agneau. Le poil de bourre de castor était réservé aux chapeaux les plus luxueux ; utilisé jusqu'au XIXe siècle il a été source d'empoisonnement par le mercure de nombreux chapeliers, avant d'être remplacé pour le haut-de-forme par la soie, et il a failli faire disparaitre le castor, tant il a été pourchassé pour sa fourrure.

Jusque vers 1940 au moins, au Québec, de nombreuses familles qui disposaient de quelques moutons ou pouvaient acheter de la laine faisaient chaque hiver des bas et chausses de feutres ou fabriquaient des semelles à base de feutre[2]

De grandes pièces de feutres tournant de manière continue entre des rouleaux sont utilisées dans les machines à papier pour éponger l'eau de la pâte à papier et transformer cette pâte former la feuille de papier[3].

Le feutre huilé est aussi utilisé en mécanique comme filtre ou pour faire un joint d'étanchéité aux poussières.

Traitements contre les dépradateurs[modifier | modifier le code]

Quelques bactéries, champignons et larves d'invertébrés peuvent manger le feutre. Ces derniers sont souvent traités par des produits chimiques plus ou moins toxiques, et peuvent dans les collections de musées être « traitées par anoxie » sous atmosphère inerte afin de tuer par asphyxie les organismes vivant dans le feutre[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Danes, F., & Bardon, J. P. (1997). Conductivité thermique des feutres de carbone, isolants à forte anisotropie: modèle de conduction par la phase solide. Revue générale de thermique, 36(4), 302-311)
  2. Monique Dumas (1990) Le feutre au Québec : fabrication domestique des bas et des semelles Université Laval, Revue de la culture matérielle, Volume 32, Fall/Automne 1990
  3. Thibault X (2001) Contribution à l'étude de structures tissées déformables : application à l'évaluation du tenseur perméabilité des feutres de presses de papeterie (Doctoral dissertation, Grenoble, INPG).
  4. Chaumier S (1998) Un traitement curatif de désinfectisation par anoxie sous atmosphère inerte au musée-atelier textile du feutre de Mouzon. La lettre de l'OCIM, (58), 23-25.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Quéneudec M, Dupré B & Dheilly RM (2005) Procédé de fabrication de feutres végétaux à partir d’étoupes. brevet : FR, 2869254.
  • Dumas M (1990) Le feutre au Québec: fabrication domestique des bas et des semelles. Material Culture Review/Revue de la culture matérielle, 32(1).