Bataille de Gembloux (1940)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bataille de Gembloux.
Bataille de Gembloux
Un Panzer IV. Les chars allemands subirent des pertes considérables le 15 mai 1940 lors de la bataille.
Un Panzer IV. Les chars allemands subirent des pertes considérables le 15 mai 1940 lors de la bataille.
Informations générales
Date du 14 au 15 mai 1940
Lieu Gembloux, Belgique
Issue Victoire tactique française
Victoire opérationnelle allemande
Belligérants
Drapeau français France Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Commandants
Drapeau de la France René Prioux Drapeau de l'Allemagne Erich Hoepner
Drapeau de l'Allemagne Viktor von Schwedler
Forces en présence
3 divisions motorisées
3 divisions d'infanterie
2 Panzerdivisions
3 divisions d'infanterie
Pertes
2 000 tués, blessés ou disparus 304 tués
413 blessés
29 disparus
plusieurs chars mis hors de combat
Seconde Guerre mondiale,
Bataille de France
Batailles
Bataille de France et campagne des 18 jours
Pour le front néerlandais, voir Bataille des Pays-Bas.

Prélude et traversée allemande des Ardennes

Drôle de guerre · Évacuation des civils de la ligne Maginot · Mobilisation · Offensive de la Sarre · Baie de Heligoland · Accident de Mechelen · Plan jaune · Plan Dyle · Luxembourg · Ében-Émael · Hannut

Percées de la Meuse et rupture du front belge :

Sedan · Dinant · Monthermé · Givet · La Horgne · Gembloux · Flavion · Louvain · Charleroi

Tentatives de contre-attaques alliées :

Stonne · Montcornet · La Sambre · Arras

Défense des ports de la Manche et rembarquement britannique à Dunkerque :

L'Escaut · Amiens · La Lys · Massacre de Vinkt · Boulogne-sur-Mer · Calais · Poche de Lille · Massacre du Paradis · Abbeville · Dunkerque · Capitulation belge

Effondrement de la Ligne Weygand et avancée allemande sur la Seine :

L'Aisne · L'Ailette · Opération Paula · l’Exode

Front italien et percée allemande dans le Sud :

Pont-de-l'Arche · Les Alpes · Vallon du Seuil · Bombardement de Toulon · Opération Vado · La Loire · La vallée du Rhône · Bombardements de Marseille · Pont Saint-Louis · Armistice du 22 juin

Coordonnées 50° 36′ 00″ N 4° 39′ 58″ E / 50.6, 4.666 ()50° 36′ 00″ Nord 4° 39′ 58″ Est / 50.6, 4.666 ()  

La bataille de Gembloux est livrée entre l'Armée française et les Allemands du 14 au 15 mai 1940 lors de la campagne de France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Elle représente une éphémère victoire tactique qui permet de retarder la progression allemande, se terminant toutefois par une retraite française. Cependant, à ce moment, les Allemands ne remportent pas encore la victoire stratégique décisive qu'ils recherchent depuis la percée de Sedan.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bataille de France, Plan jaune et Bataille de Hannut.

Le 10 mai 1940, le Troisième Reich envahit le Luxembourg, les Pays-Bas et la Belgique dans le cadre du plan jaune (Fall Gelb). Les armées alliées tentent de stopper les Allemands en Belgique. Le 12 mai, les troupes allemandes réalisent une percée à travers les Ardennes et foncent vers la Manche : c'est la percée de Sedan. L'armée française établit des positions défensives dans les villes de Hannut et de Gembloux en application du plan Dyle du général en chef Gamelin qui prévoyait la réunion des forces allies au centre de la Belgique en vue d'une bataille décisive. La 1re Armée française du général Blanchard reçoit donc l'ordre de défendre l'axe Gembloux-Wavre. Cette mission est confiée aux blindés du général Prioux qui sont envoyés en avant-garde dans le but de retarder la progression des Allemands qui menace les alliés dans le centre de la Belgique.

La bataille de Hannut, à environ 35 km au nord-est de Gembloux, représente la seule grande action défensive des Français sur le front belge. Elle ne représente qu'une partie du plan Dyle, car celui-ci ne put être appliqué, la réunion de toutes les forces alliées étant rendue impossible par la capitulation hollandaise et par la retraite précipitée du corps expéditionnaire anglais vers l'ouest, laissant l'armée belge dans la région d'Anvers à Wavre, au nord des Français du général Prioux.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Allemagne[modifier | modifier le code]

Déroulement de la bataille[modifier | modifier le code]

Un canon anti-char 25 mm Hotchkiss. L'artillerie française commença par dominer le champ de bataille.

Le 14 mai, la bataille pour le contrôle de Gembloux commence. La 3e Panzerdivision perce dans le secteur de Corbais. Les Français sous le commandement du général René Prioux parviennent à repousser les assauts allemands à de nombreuses reprises, ceci notamment grâce à l'emploi de canons anti-char Hotchkiss de 25 mm et de blindés Renault R35. L'infanterie de la 4e Panzerdivision parvient cependant à progresser, ne rencontrant pas de véritable résistance dans le secteur de Walhain et Ernage.

L'Armée de l'Air, qui ne dispose dans la région que de 26 chasseurs et d'un escadron d'avions de reconnaissance, ne peut contenir l'offensive aérienne allemande et ses avions sont abattus par les chasseurs ennemis en supériorité numérique écrasante et par la Flak qui accompagne systématiquement toute offensive allemande jusqu'en première ligne. Malgré cette insuffisance grave de protection aérienne française, la 1re division marocaine s'illustre cependant en stoppant pendant une journée la 3e Panzerdivision allemande à Pietrebais (musée de la bataille).

Le lendemain 15 mai, les défenses françaises faiblissent sous le pilonnage incessant des canons de 88 mm et des Stukas allemands. Leurs munitions commencent par ailleurs à s'épuiser.

La 1re Armée française est bientôt forcée de commencer une retraite vers Lille pour essayer de recoller aux forces du territoire français avant que la percée allemande venant de Sedan n'ait séparée les armées françaises de Belgique et de France. Cette retraite s'effectue sous les attaques du VIII. Fliegerkorps de la Luftwaffe.

Finalement, les Allemands perdent environ 300 hommes et 413 blessés et de nombreux chars furent mis hors de combat grâce à l'artillerie française qui joua un rôle crucial pendant la bataille tandis que les pertes françaises s’élevèrent au total à 2 000 tués, blessés ou disparus.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Un vol de Stukas de la Luftwaffe. La supériorité aérienne allemande contribua à la retraite des forces françaises.
Chars allemands en Belgique.

La retraite générale des Alliés résulte de l'absence de défense cohérente entre les Alliés sur le secteur central du front belge, ce qui a permis à la Wehrmacht de contrôler le centre de la Belgique. La bataille de Gembloux est la plus grande action française de blindés de la campagne de 1940; mais ce n'est qu'une victoire tactique, sans l'effet escompté qui était de stopper l'ensemble de l'avance allemande et ce par manque de coordination des forces alliées sur le reste des fronts. Elle s'inscrit dans le cadre plus général des batailles de Hannut et de Flavion menées contre les blindés allemands.

Pour la Wehrmacht, ces batailles permirent de distraire le gros des forces françaises de ce qui aurait dû être leur point de résistance principal, plus au sud, face à la percée décisive près de Sedan. Ainsi, les Allemands purent mener à bien l'objectif du plan jaune de débordement des alliés, au sud du territoire belge, leur permettant de foncer vers la Manche, ce qui allait aboutir à l'isolement des armées alliées de Belgique par rapport au reste des forces françaises. Toutefois, la résistance de la 1re Armée française, puis la résistance belge sur la Dendre parviendront à contrecarrer le plan complémentaire allemand qui était de percer les troupes alliées de Belgique avant qu'elles puissent retraiter vers leurs bases de la côte nord dans la région de l'Yser. Cela permettra le rembarquement du Corps expéditionnaire britannique (BEF) et de quelques éléments français et belges à Dunkerque, alors que ces forces étaient irrémédiablement coupées des forces françaises au sud par la réussite du plan jaune allemand lancé à partir de Sedan.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Les solides défenses françaises contre le IVe Corps du général von Schwedler avaient donc retardé les Allemands, mais sans pouvoir appliquer le plan Dyle qui prévoyait de livrer la bataille décisive qui aurait dû stopper l'invasion allemande. Car la percée de Sedan, au sud des armées alliées franco belgo anglaise et la capitulation hollandaise au nord menaçait celles-ci d'encerclement, les obligeant à un recul général sur tous les fronts, ce qui allait se terminer par une victoire totale de l'Allemagne sur le continent. L'insuffisance de la coordination entre les forces alliées, au tout début des hostilités, dès la percée de Sedan, est généralement considérée comme la cause initiale de la défaite, le commandant en chef des alliés, le généralissime français Gamelin n'ayant pas compris d'emblée que c'est cette percée, et non la poussée allemande en Belgique, qui constituait l'offensive principale de l'ennemi.

Hommages[modifier | modifier le code]

Inscriptions de bataille

L'inscription de bataille Gembloux 1940 est attribuée aux drapeaux des :

  • 1er régiment de tirailleurs marocains (1er RTM)
  • 2e régiment de tirailleurs marocains (2e RTM)
  • 7e régiment de tirailleurs marocains (7e RTM)
  • 64e régiment d'artillerie d'Afrique (64e RAA)
  • 4e régiment d'infanterie (4er RI)
  • 27e régiment d'infanterie (27e RI)
  • 134e régiment d'infanterie (134e RI)
  • 1er régiment d'artillerie divisionnaire (1er RA)
Citations collectives à l'ordre de l'Armée

Après la guerre, les régiments de la 1re Division marocaine obtiendront, l'hommage officiel des armées française et belge pour ces faits d'armes (huit citations).

« Régiment Nord-Africain d'élite. A fait preuve des plus belle qualités d'endurance et de combativité dès les premiers engagements de mai 1940, en Belgique, sous l'ardente impulsion de son chef, le Colonel VENDEUR. Ayant couvert 130 kilomètres en trois jours, a subi, dès son arrivée sur la position de Cortil-Noirmont, très sommairement organisée, le choc des divisions blindées allemandes. Malgré l'état de fatigue immense des Tirailleurs et l'absence de tout obstacle de valeur barrant la trouée de Gembloux, le 1er Bataillon à Ernage, les 2ème et 3ème Bataillons à Cortil-Noirmont, on réussi, le 14, 15 et 16 mai 1940, à arrêter les attaques des forces adverses, leur infligeant des pertes très dures en hommes et matériel. Maintenu en arrière-garde après le repli général ordonné le 15 mai, s'est énergiquement dégagé dans la matinée du 16, du centre de résistance de Cortil-Noirmont, pour porter à Tilly un vigoureux coup d'arrêt à l'ennemi, refoulant son infanterie sur plusieurs kilomètres par une contre-attaque brutale à la baïonnette. »

— Citation à l'ordre de l'armée française décernée au 7e régiment de tirailleurs marocains (7e RTM) après les combats à Gembloux

« Régiment d'élite qui, fidèle à ces traditions légendaires, a donné toute sa mesure de bravoure et d'esprit de sacrifice aucours des opérations de mai 1940 en Belgique. Engagé en hâte dans la bataille de Gembloux avec la 1ère Division Marocaine, après avoir couvert 130 kilomètres en trois jours, a, dès son arrivée sur la position, subi le choc des formations blindées allemandes. A Cortil-Noirmont et à Ernage, les 14 et 15 mai, a réussi, au prix de lourds sacrifices, à arrêter les attaques répétées des forces adverses. Maintenu en arrière-garde après le repli général ordonné le 15 mai, le Régiment s'est énergiquement dégagé le 16 mai du centre de résistance de Cortil-Noirmont et a mené à Tilly une brillante contre-attaque à la baïonnette, refoulant l'ennemi de plusieurs kilomètres. »

— Citation à l'ordre de l'armée belge décernée au 7e régiment de tirailleurs marocains (7e RTM) après les combats à Gembloux

Voies portant le nom de la 1re Division marocaine
  • Rue de la Premiere Division Marocaine à Gembloux

Nécropole de Chastre[modifier | modifier le code]

Les dépouilles des soldats français et nord africains tombés en mai 1940 lors de la bataille et qui n'ont pu être rapatriées reposent, avec d'autres combattants tués lors d'autres batailles, à la nécropole de Chastre en Belgique. Chaque année au début du mois de mai y ont lieu des cérémonies commémoratives de la Bataille de Gembloux.

Récits sur la bataille[modifier | modifier le code]

« [...] Ils ouvrirent sur nous un tir bien ajusté et, malheureusement, très efficace. [...] Nos chars ont tiré rageusement, à la limite de rupture, mais les mitrailleurs ennemis ripostaient toujours ; les gars devaient être drôlement gonflés. Le feu devint si intense que nous fûmes bloqués [...] Voilà plus de dix heures que nous sommes sous cette grêle de feu et nous n'avons progressé que de 50 mètres dans les positions ennemies. [...] On avait l'impression d'avoir réussi une percée, mais ce n'était en fin de compte qu'une illusion, car les chars, concentrés sur un petit espace, offraient une cible facile à la défense antichar ennemie [...]. La tentative de percée avait été bien repérée et maintenant tout le secteur était soumis à un feu meurtrier. [...] il était impossible à nos chars de passer à cet endroit ! Ils furent donc repliés, ainsi que nos camarades. [...] au coup de sifflet, la compagnie repart à l'assaut, mais plus d'un reste au sol [...] des chars français, bien camouflés [...] balayent tout le terrain de leurs salves. [...] C'est alors que nous arrive la nouvelle à la tombée de la nuit, repli sur toute la ligne d'attaque, vers nos bases. [...] Nous sommes à bout [...] »

— Témoignage du caporal-chef allemand Matthias ayant participé à la bataille de mai 1940 à Gembloux, engagement du 15 mai 1940 face à la 9e compagnie du 3e bataillon du 1er Régiment de Tirailleurs Marocains[2]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Battle of Gembloux (1940) » (voir la liste des auteurs)
  • (en) Jeffery A. Gunsburg, The Battle of Gembloux, 14–15 May 1940: The "Blitzkrieg" Checked. The Journal of Military History, Vol. 64, No. 1 (Jan 2000), pp. 97–140
  1. Commandant d’Ornano, La 1ère Division marocaine dans la bataille de Gembloux, Revue historique de l'Armée, Juin 1952, p.111-135
  2. 31 octobre 1941, Journal hebdomadaire de l’armée allemande Militärwochenblatt, sous la signature de l’Obergefreiter (caporal-chef) Matthias de la 3e compagnie du 1er bataillon du 12e Schützenregiment qui accompagnait la 4e Panzerdivision du XVIe Panzerkorps du général Hoepner

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Commandant d’Ornano, La 1ère Division marocaine dans la bataille de Gembloux, Revue historique des armées, juin 1952, p.111-135
  • F. Labarre et R. François, Gloire et sacrifices du 2e RTM; Gembloux mai 1940, 1990, éditions de l'Orneau
  • (en) Brian Bond, France and Belgium, 1939–1940. London: Davis-Poynter, 1990 (ISBN 0-7067-0168-2)
  • (de) Alex Buchner, Das Handbuch der deutschen Infanterie 1939-1945. Wölfersheim-Berstadt: Podzun-Pallas, 1987 (ISBN 3-89555-041-8)
  • (en) Karl-Heinz Frieser, The Blitzkrieg Legend. Naval Institute Press, 2005 (ISBN 978-1-59114-294-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]