Canon de 88 mm

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Flag of German Reich (1935–1945).svg 88 mm FlaK 18, 36, 37
Image illustrative de l'article Canon de 88 mm
Un Flak 18 sur affut de Flak 36 à l'Imperial War Museum (Londres)
Présentation
Pays Troisième Reich
Type Canon multi-rôles
Fabricant Krupp
Période d'utilisation 1928
Durée de service 17 ans (1945)
Poids et dimensions
Masse (non chargé) 7, 2 t avec train, 5 t en statique
Longueur du canon 56, 36, ou 71 calibres
Caractéristiques techniques
Portée maximale 15 000 m
Cadence de tir 12-15 coups par minute
Vitesse initiale 820 puis 1 000 m/s

Le canon de 88 mm désigne communément deux pièces d'artillerie allemande de la Seconde Guerre mondiale qui ont marqué les esprits, en particulier chez les tankistes[1]. Elles équipèrent toutes deux des blindés allemands dans la deuxième moitié de la guerre, dont le Tiger.

La première, le Flak18 8,8 cm et ses variantes, est une pièce à vocation antiaérienne d'une grande polyvalence, notamment par l'utilisation antichar. Produite en grand nombre, c'est cette pièce qui sera à l'origine de la réputation du « 88 ».

La seconde, le Pak43/1 8,8 cm et ses variantes, apparaît en 1943 et est une pièce à vocation antichar, où elle est encore plus performante, mais n'est pas conçue pour tirer sur des avions. De fait, moins polyvalente et arrivée plus tard, elle fut bien moins produite que les pièces 8,8 cm Flak.

Ces deux pièces se sont fait remarquer par leur puissance de feu, leur cadence de tir élevée, la grande capacité de pénétration de leurs obus, ces qualités étant soulignées par leur précision remarquable pour l'époque. Elles sont si performantes dans leur utilisation terrestre qu'elles sont souvent confondues et nommées communément « 88 » par leurs adversaires, alors que les Allemands les appelaient plutôt « acht acht » (huit-huit).

Développement[modifier | modifier le code]

Flak18/36/37/41 8,8 cm[modifier | modifier le code]

L'efficacité grandissante de l'aviation à la fin de la Première Guerre mondiale crée la demande pour une artillerie capable de la contrer. Suite à plusieurs bricolages plus ou moins réussis (voire l'utilisation de canons ennemis comme le 75 mle 1897 français), l'état-major allemand lance un projet étudié par Krupp Ag qui s'associe au suédois Bofors d'abord sur la base du canon de campagne de 77 mm autrichien mais sans grand succès.

Parallèlement, à partir de 1915, les canons de 9 cm de la Marine sont adaptés à un usage terrestre sur affût fixe. En 1917, une adaptation sur un affût à roues lui permet de gagner en mobilité[2]. Sur son modèle, seront développés tous les modèles ultérieurs.

Un prototype du canon est fabriqué en 1928, et la production débute véritablement en 1933 sous l’appellation 8,8 cm Flak18 L56, ce dernier chiffre définissant la longueur du tube (soit 56 fois le calibre). Il est utilisé avec succès pendant la guerre d'Espagne mais on constate des défauts mineurs et un poids trop important qui exige deux essieux. Apparaît en 1936 le Flak36 8,8 cm qui intègre diverses améliorations, dont l'enseignement tiré en Espagne. Équipé d'un nouveau châssis, il peut être mis en batterie plus rapidement, mais se voit alourdi par cette modification. Un bouclier est installé pour protéger les servants, puisque l'utilisation de cette pièce se fait désormais également en combat terrestre. Le Flak37 apporte des améliorations concernant la conduite du tir.

Les obus tirés par les Flak18/36/37 pouvaient atteindre des cibles à 8-9 km d'altitude, ce qui a paru insuffisant aux Allemands dès 1939. Pour accroître la portée avec le même calibre, le plus simple est d'accroître la vitesse initiale et, pour cela, Rheinmetall crée la variante Flak41 8,8 cm, dont le tube mesure 71 calibres et le plafond atteint désormais plus de 11 km. Plus complexe et coûteux, il tire néanmoins à une cadence plus élevée, avec 20 à 25 coups par minute, contre 15 à 20 auparavant, et présente une silhouette plus discrète. Krupp essaye de poursuivre le projet et, si sa proposition est rejetée, elle va toutefois aboutir sur le Pak43.

  • 88mm FlaK 18, 36, 37 et KwK 36 L/56 (88x571R)
    • Portée : 15 km en tir tendu, 8-9 km en altitude
    • Poids : 7,2 T avec le train, 5 T en position statique
    • Poids de l'obus : 9,4 kilogrammes
    • Vitesse initiale : 820 m/s
    • Cadence de tir : 15 à 20 coups par minute
    • Servants / Hommes : 11

Pak43 8,8 cm[modifier | modifier le code]

  • 88mm PaK 43 et KwK 43 (88x822R)
    • Poids de l'obus : 10,4 kilogrammes
    • Vitesse initiale : 1 100 m/s
  • 88mm Flak 41 (88x855R)
    • Poids de l'obus : 9,4 kilogrammes
    • Vitesse initiale : 1 000 m/s

Emplois[modifier | modifier le code]

L'utilisation principale des Flak de 8,8 cm est liée à la lutte anti-aérienne (Flak en allemand). Toutefois, les optiques polyvalentes, la puissance de feu et de pénétration de ses obus font de ce canon une arme adaptée à l'appui terrestre, en particulier contre les chars. Après divers essais plus ou moins officiels, le Flak18/36 sous sa variante KwK36 8,8 cm est embarqué sur un char, le Tigre, lequel va pouvoir exploiter pleinement les capacités de cette pièce.

Les Flak18, 36, 37 et 41 en artillerie anti-aérienne[modifier | modifier le code]

Les Flak18 et 36 sont en dotation dans les formations Flak de la Luftwaffe, pour la défense du Reich, et dans les unités antiaériennes lourdes des divisions de la Wehrmacht. Cette pièce lourde était conçue pour tirer des obus à haute altitude et était, dans ce rôle, équivalente aux matériels correspondants des armées Alliées auxquels elle était supérieure, au début de la guerre, en précision. Mais elle était, comme eux, incapable de tirer sur des avions volant à très basse altitude car, trop lourde, sa vitesse de pointage était insuffisante pour les suivre dans le ciel. Ce rôle était donc dévolu à des pièces plus légères (Flak38 2 cm par exemple).

Opérations[modifier | modifier le code]

Guerre d'Espagne[modifier | modifier le code]

Des Flak18 y sont envoyés en même temps que diverses unités allemandes. Ils connaissent leur première utilisation antichar en arrêtant une offensive menée par des T-26 Soviétiques, ce que n'avaient su faire les Panzer I qui étaient présents.

Bataille de France[modifier | modifier le code]

Lors de l'annexion de la région des Sudètes, les Allemands mettent la main sur les fortifications tchécoslovaques. Ils vont en étudier les faiblesses et découvrir l'efficacité du canon de 88 mm qui, grâce à la grande vitesse de son projectile, est capable de percer une cloche blindée à une distance inférieure à 900 m. La tactique adoptée pour l'attaque des petits ouvrages de la Ligne Maginot sera donc fondée sur l'utilisation de ce canon : après contournement, l'assaillant matraquait le béton des façades jusqu'à ce que les canons antichar montés en créneau soient rendus inopérants. Puis les canons s'approchaient à quelques centaines de mètres des blocs pour neutraliser leur cloches. La fumée due à l'explosion des obus fut également mortelle lors de l'attaque de l'ouvrage de la Ferté. L'utilisation du canon de 88 mm n'a été cependant efficace que sur les petits ouvrages isolés et non protégés par l'artillerie. Ailleurs, la présence d'artillerie ou de mortiers anéantit toute tentative d'attaque (attaque de l’ouvrage de l'Einseling en 1940).

Guerre du désert[modifier | modifier le code]

Une des ruses tactiques d'Erwin Rommel, surnommé le renard du désert, fut d'employer le canon de 88 mm lors des premiers échanges de la guerre du désert. Il utilisait ses chars légers comme rabatteurs afin d'amener les tanks moyens Matilda de la VIIIe Armée, si problématiques avec leurs panneaux de blindage latéral renforcé, à portée des canons anti-aériens employés en tir horizontal (tendu), qui s'avèrait très efficace pour les détruire tout en restant hors de portée du fait de leur portée supérieure.

Sur le front de l'Est[modifier | modifier le code]

Les chars soviétiques avancent jusqu’à être stoppés par une défense équipée d’armes à longue portée, comme les canons de 88, qui ouvrent le feu avec précision, alors qu’ils sont hors d’atteinte des armes embarquées adverses. Mais cette supériorité est de courte durée, car l’Armée Rouge est toujours accompagnée d’une artillerie de bombardement puissante. Les servants allemands doivent donc décrocher rapidement sous peine d’être écrasés. Ce concept est alors bien plus accessible à un chasseur de chars, qui dispose d’une mobilité supérieure et d'un armement puissant, en particulier le Jagdpanzer V.

Sur le front de l'Ouest[modifier | modifier le code]

Le canon de 88 dans sa version PAK est cité par de nombreux auteurs ayant relaté les combats depuis le débarquement jusqu'aux combats de la poche de Falaise puis jusqu'aux approches de Paris. Ce canon intervient souvent en embuscade, bien camouflé. Selon Antony Beevor : « Les Alliés étaient à l'époque si obnubilés par les Tiger et les Panther que l'on oublierait presque qu'ils ont perdu beaucoup plus de Sherman et de Cromwell sous les tirs des canons antichars et des chasseurs de chars Jagd Panther[3] ».

Illustrations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)+(fr) Antony Beevor (trad. Jean-François Sené, Raymond Clarinard et Isabelle Taudière), D-Day et la bataille de Normandie, Paris,  éd. Calman-Lévy,‎ 2009, 636 p. (ISBN 978-2-7021-4016-1), p. 350-351.
  2. http://www.passioncompassion1418.com/Canons/ImagesCanons/Allemagne/DCA/FC88Flak17Aberdeen.html
  3. Antony Beevor, D-Day et la bataille de Normandie, op. cit., p. 476.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]