Bas

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Le terme bas est le diminutif du mot bas de chausse qui désignait la partie des vêtements masculins recouvrant la jambe du pied au genou[1].

Aujourd'hui un bas désigne une chaussette longue et fine utilisée par les femmes pour tenir chaud, par souci d'élégance ou de séduction. Anciennement en laine, en soie, ou en nylon, il peut être très fin (8 ou 10 deniers) et presque transparent (bas voile), avec ou sans couture, ou légèrement plus épais (bas mousse) et élastique par l'adjonction de Lycra, mais également opaque jusqu'à 70 deniers ou plus. Le bas gaine la jambe depuis le pied jusqu'en haut de la cuisse, à la différence du collant qui comporte une culotte attenante.

Au Québec, au Nouveau-Brunswick et en Belgique francophone, le terme « bas » désigne aussi les chaussettes courtes.

Historique[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

À l'origine vêtement masculin porté par les Scythes et autres peuples orientaux, l'on trouve sa représentation sur les bas-reliefs de la cité de Persépolis où il fait partie des présents offerts aux souverains de l'empire dès le VIe siècle av. J.-C..

Le nylon[modifier | modifier le code]

Bas nylon.

Jusqu'aux années 1930, la fabrication d'une paire de bas est longue, les métiers à tisser « à plat »[2], inventés par un Anglais, ne permettent que la fabrication d'un unique bas diminué et proportionné (technique dite Fully Fashioned en anglais[3]), bas qui doit ensuite être cousu à la main. En France dans les années 1930, la production de bas de soie, qui est alors concentrée dans les Cévennes, s'équipe de métiers à tisser plus performants. La coûteuse soie naturelle servant à fabriquer les bas est peu à peu remplacée par la soie artificielle, la rayonne (à base de viscose), matière grossière, chaude, froissable, et opaque fabriquée à partir des fibres de cellulose des arbres[n 1].

DuPont invente le nylon en 1935[n 2]. Les premiers bas en nylon appelés « bas en soie synthétique » sont vendus le 15 mai 1940 à New York[4], avec l'argument qu'il étaient censés ne plus filer. Ils deviennent plus transparents : finesse, légèreté[5], résistance[n 3], mais également rigidité, caractérisent les bas en nylon qui remplacent peu à peu les bas en rayonne. Les jupes sont, à l'époque, très longues, les bas sont courts… et uniquement de couleur beige jusque dans les années 1960.

Durant la Guerre et la pénurie qui en découle[6], le nylon servant à fabriquer parachutes, tentes[7], et pneus, les bas sont rares voire inexistants[7] : les femmes se teintent les jambes et tracent au crayon le trait imitant la couture du bas[n 4]. En 1942, les Américaines mettent leurs bas aux enchères pour soutenir l'effort de guerre[8]. Ces mêmes américaines voient également la pénurie de bas en soie naturelle, celle ci étant importée du Japon[9],[5].

À la fin de la guerre, les Alliés arrivent en France avec, dans le paquetage des G.I., les chewing-gums, les cigarettes américaines, le jazz, les barres de chocolats, les pin-up… et les fameux bas en nylon ; il sert de monnaie d'échange en territoire libéré de l'occupation allemande. La demande mondiale explose, des quotas doivent être imposés[7]. Mais alors, se vêtir en France reste difficile, la socquette reste prédominante sur le bas[10].

Après la guerre, Rhodia devient un fournisseur incontournable de fil de nylon, l'épicentre de la production nationale se déplace peu à peu des Cévennes à la région de Troyes, la France est un leader mondial du bas. Le bas d'origine américaine reste irrégulier, les fabricants français revendiquent une qualité irréprochable. Schiaparelli, Dior dès 1949, la plupart des grandes Maisons vendent des bas. Celui ci n'est pas un produit jetable, des ateliers de remaillage à la main sont partout[11] : le bas nylon reste un produit cher[3], luxueux, se distinguant entre autres par les finitions décoratives apportées au talon renforcé. De 70 à 50 deniers juste après la Libération, le bas devient rapidement de plus en plus fin pour atteindre 30 puis 15 deniers au début des années 1950. En 1955, 185 entreprises fabriquent des bas couture[12] ; ce sera 220 dix ans plus tard[13].

Au milieu des années 1950 est inventé le bas sans couture[14], avec ou sans renfort, fabriqué sur un métier circulaire. Les métiers à bas « couture » Fully Fashioned vont disparaitre peu à peu[3],[15]. L'après Guerre est une période d'évolutions : en chauffant le nylon, les industriels découvrent qu'ils peuvent rendre celui ci élastique[7]. Du nylon, la production utilise progressivement la mousse polyamide, pour finalement intégrer plus tard l'Élasthanne (le Lycra inventé par DuPont), à partir des années 1970. Le bas sans couture fabriqué en grande quantité voit son prix chuter, rendant le produit plus accessible. Dim commercialise les bas en lots dès 1962. Le bas sera populaire jusqu'au milieu des années 1960 où le développement des collants va le faire oublier quelque temps, d'autant plus que ces derniers permettent le port de la minijupe réinventée par Mary Quant en 1962, popularisée par la suite grâce à Courrèges. Les collants connaissent dès 1966 un succès quasi immédiat[16].

De nos jours[modifier | modifier le code]

Après le règne des collants, la principale motivation des femmes qui portent des bas semble être la volonté de séduction et d'élégance. Dans les années 1980, Chantal Thomass crée une collection où les bas et le porte-jarretelles apparaissent comme sexy[8]. Thierry Mugler à la même époque les impose dans ses défilés. Ces derniers seront particulièrement présents les années suivantes lors de l'avènement du porno-chic popularisé notamment par le photographe Helmut Newton. Dans les années 2000, John Galliano pour Dior en fait un élément principal d'une collection haute couture.

Au début du XXIe siècle, le succès du neo-burlesque relève encore la popularité des bas. De nos jours, certaines marques, comme Gerbe, commercialisent encore le traditionnel bas nylon dit « bas à diminution » ou « bas couture »[n 5] à couture réalisée manuellement, avec pointe et talon renforcé, tel que celui du milieu du siècle dernier. L'un des rares derniers fabricant français Cervin, de son coté, s'est placé dans un créneau de luxe et propose, en plus du bas couture, un bas en soie naturelle sans couture depuis l'an 2000. D'autres marques proposent des bas avec une couture surpiquée. Mais la production européenne de masse est maintenant majoritairement d'origine italienne ; il ne reste en France plus que quelques anciens métiers à tisser capables de fabriquer des bas couture[17]. Des marques d'après guerre comme Cornuel, Vamp, Exciting, ou Montagut, seul Le Bourget, en étant précurseur des tendances, a su perdurer de façon notable.

Types de bas[modifier | modifier le code]

Femme assise portant des bas.

Il existe principalement deux types de bas :

Au Canada, le terme de « bas-culotte[18] » est synonyme de collants[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes de contenu[modifier | modifier le code]

  1. La rayonne commença à être industrialisée à partir des années 1920 ; durant la Seconde Guerre mondiale, elle remplit son rôle de « remplaçante », pour disparaitre par la suite de la fabrication des bas.
  2. Le Nylon permet alors de fabriquer des brosses à dents : DuPont commercialise « la brosse à dents miracle du docteur West » (Doctor West's Miracle Toothbrush) qui remplace les brosses à dents en poils d'animaux en usage à l'époque. Par la suite, toutes sortes de brosses seront commercialisées avec du nylon. Le nylon viendra rapidement à révolutionner également le domaine des cordes et cordages.
  3. La résistance à la traction d'une maille tissée en fil de nylon est importante, mais la résistance à la coupure est faible ; d'où le fait que les bas peuvent filer, bien que le nylon file moins que la soie.
  4. Il est possible de voir la reproduction de cette habitude dans le film Le Chemin des écoliers où Alain Delon peint les jambes de Françoise Arnoul.
  5. Les bas nylon sont en polyamide à 100 %, sans Lycra.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Lingerie, Parkstone, 2005 (ISBN 1-85995-968-7)[réf. insuffisante]
  2. [vidéo] Le métier READING des bas nylon CERVIN sur YouTube
  3. a, b et c Philippe Garnier, « Le piqué du bas couture », sur liberation.fr, Libération,‎ 26 décembre 1998 (consulté le 30 novembre 2012)
  4. « Cela s'est passé un 15 mai... », sur nouvelobs.com, Le Nouvel Observateur,‎ 15 mai 2000 (consulté le 1er décembre 2012) : « 72 000 paires sont vendues en l'espace de huit heures »
  5. a et b Feixas 2012, p. 175
  6. [vidéo] Sous toutes les coutures - Histoire des bas sur YouTube
  7. a, b, c et d (en) Design Museum et Paula Reed, Fifty fashon looks that changed the 1950s, Londres, Conran Octopus,‎ 2012, 112 p. (ISBN 978 1 84091 603 4, résumé), « Nylons - 1950 », p. 20
  8. a et b Le vêtement, M. N. Boutin-Arnaud, S. Tasmadjian, éditions Nathan, 1997 (ISBN 2-09-182472-0)
  9. (en) « Stocking Panic », Business Week,‎ 9 août 1941, p. 24 (lire en ligne)
  10. Véronique Mougin, « La plus belle pour aller défiler », Mode, sur lexpress.fr, L'Express,‎ 24 mai 2004 (consulté le 1er décembre 2012)
  11. Feixas 2012, p. 176
  12. Mylène Sultan, « Yves Riquet : l'homme qui aimait les bas », sur lepoint.fr, Le Point,‎ 2 juillet 1999 (consulté le 30 novembre 2012)
  13. Feixas 2012, p. 182
  14. Catherine Örmen, Dior for ever, Larousse, coll. « Les documents de l'Histoire »,‎ novembre 2013, 128 p. (ISBN 978-2035893604), « Les bas », p. 38

    « […] et une autre grande nouveauté à l'été 1955 : le bas sans couture […] »

  15. Louise Allegro, « Jusqu'ici le bas couture ne tenait qu'à un fil », sur ladepeche.fr, La dépêche,‎ 18 avril 1999 (consulté le 30 novembre 2012)
  16. André Bercoff, « Le collant qui monte, qui monte... », sur lexpress.fr, L'Express,‎ 15 mai 2003 (consulté le 1er décembre 2012)
  17. « Yves Riquet - Cervin », sur beburlesque.com,‎ 1er avril 2010 (consulté le 30 novembre 2012)
  18. http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2013/05/30/003-dictionnaire-robert-ajout-mots.shtml
  19. http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/bas-culotte/186880

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]