Apis mellifera

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L'abeille européenne, l’avette ou la mouche à miel (Apis mellifera) est une abeille à miel domestique originaire d'Europe. Elle est considérée comme semi-domestique. C'est une des abeilles élevées à grande échelle pour produire du miel.

Article détaillé : Apis (genre).

Description[modifier | modifier le code]

Abeille domestique, face ventrale
Les boulettes de pollen sont fixées par l'abeille sur les poils des pattes arrières, au fur et à mesure de la prospection (et pollinisation) des fleurs
Abeille butinant
Apis mellifera transportant une boulette de pollen

Apis mellifera comporte près de 25 sous-espèces réparties en cinq groupes majeurs (selon leurs évolutions et leurs répartitions géographiques) : groupe A ("Afrique"), C ("Carnica", sous-espèce en Europe de l'Est et au sud des Alpes), M ("Mellifera", sous-espèce de l'Europe de l'Ouest et du Nord), O ("Orientale", sous-espèce du Moyen-Orient et de l'Asie centrale) et Y ("Yemenitica", du Yémen) [1].

La Reine mesure de 15 à 20 millimètres de long et les ouvrières entre 11 à 13 millimètres. Cependant certaines sous-espèces des climats plus chauds de l'Afrique sont plus petites. On peut facilement reconnaître la reine à sa taille et son abdomen élargi.

La couleur de base de l'abeille occidentale est brune, avec les premiers segments abdominaux jaune, orange à rouge. Le thorax poilu est jaune brunâtre. Contrairement à une croyance populaire, l'abdomen de l'abeille n'est pas coloré en noir et jaune. Les illustrations colorées dans les livres pour enfants, par exemple, correspondent en fait à la coloration abdominale jaune et noir de la guêpe.

Les pattes des abeilles sont structurées comme celles des autres insectes. Les pattes postérieures des ouvrières servent à recueillir le pollen. Le bas des pattes est recouvert de longs poils formant une sorte de "panier" à pollen.

L'abeille, outre les mandibules, dispose d'un tuyau d'aspiration.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premiers ancêtres d’Apis mellifera sont originaires d’Afrique d'où ils ont essaimé deux fois : une première vague de migration vers l’ouest en Europe, une seconde (voire plusieurs) vers l'est, l’Asie et l’Europe orientale[2].

Au cours de l'histoire, l’abeille a évolué grâce à une forte diversité génétique. En effet, la reine de cette espèce s'unit au cours du vol nuptial à une ou deux douzaines de faux-bourdons (phénomène de polyandrie), puis pond des ovules non fécondés donnant des mâles, et des ovules fécondés donnant des ouvrières qui forment une ou deux douzaines de groupes de demi-sœurs. De plus, il y a vingt fois plus de recombinaisons génétiques lors de la formation des ovules de cette espèce que dans ceux de la femme[3].

Cette diversité donne un avantage adaptatif aux colonies de cette abeille : émergence de processus coopératifs plus efficaces, d'une plus grande productivité[4].

En 2006, le consortium international Honey Bee Genome Sequencing Consortium (en) publie le premier séquençage complet du génome d’Apis mellifera, cette abeille devenant ainsi le quatrième insecte à être séquencé après la drosophile en 2000, l'anophèle en 2002 et le ver à soie en 2004[5].

Espèce menacée[modifier | modifier le code]

Maladies et parasites[modifier | modifier le code]

  • Apocephalus borealis est une mouche qui dépose ses œufs dans l'abdomen des abeilles qui une fois infectées abandonnent la ruche puis meurent.
  • Crithidia mellificae est un trypanosoma unicellulaire de l'abeille qui n'entraine pas de mortalité spécifique pour l'abeille.
  • Tropilaelaps clareae est un acarien hématophage parasite externe du couvain operculé. Il peut causer la mort de la moitié du couvain. L'infestation est une MRC (maladie réputée contagieuse).
  • Ascophaera apis est un champignon hétérothallique agent de la mycose du couvain ou ascosphérose (couvain plâtré, calcifié).
  • Acarapis woodi est un acarien hématophage qui s'introduit dans le système respiratoire des abeilles et provoque une acariose des trachées.
  • Aethina tumida est un coléoptère ravageur pour les colonies en Europe. L'infestation est une MRC (maladie réputée contagieuse).
  • Braula cœca appelé poux de l'abeille est une mouche aptère qui n'entraine pas de mortalité spécifique pour les abeilles. Il a presque disparu en France.
  • Varroa destructor est un acarien, le principal parasite de l'abeille.
  • Nosema apis est un champignon unicellulaire qui envahit le ventricule de l'abeille et provoque une dysenterie ou paralysie. Il peut être un facteur du syndrome d'effondrement.
  • Nosema ceranae est un champignon qui provoque une nosémose.
  • le Virus israélien de la paralysie aiguë IAPV (Israeli acute paralysis virus) infecte les abeilles et entraine une paralysie.

Effondrement des colonies d'abeilles[modifier | modifier le code]

  • Les abeilles subissent depuis une dizaine d'années des pertes importantes dans toutes les régions du monde.
    Les causes ne sont pas encore parfaitement établies mais les apiculteurs de l'UNAF estiment que les produits phytosanitaires utilisés par l'agriculture intensive affaiblissent (voire tuent) les abeilles[6] qui ont alors plus de mal à lutter contre les maladies (ex: nosémose) et parasitoses (ex: varroa), les prédateurs faisant le reste (ex: frelon, et notamment le frelon asiatique invasif). Ce à quoi l'industriel Syngenta répond en mettant en avant l'exemple de la Suisse où il a été constaté une dégradation de la santé des abeilles dans des zones de montagne, exemptes de pesticides[7]. La durée de vie des reines est passée de 4 ans il y a quelques décennies à moins de 2 ans maintenant (probablement à cause de la nourriture polluée).
  • Les disparitions ont atteint de 50 % à 90 % des populations selon les endroits de la planète.
  • La disparition des abeilles met de nombreux écosystèmes et agrosystèmes en danger car l'abeille est un vecteur essentiel dans le processus de pollinisation (dont agricole pour par exemple la production de luzerne, fruit, légume, etc. qui augmente de 20 % environ en présence d'abeilles ; sans abeille les amandiers, poiriers, fraisiers, etc. ne produisent presque plus).
  • L’hybridation par des importations d’abeilles d’autres espèces, moins adaptées à notre environnement, a rendu les abeilles locales plus fragiles.

Ouvrière d'été[modifier | modifier le code]

Butineuse

Nourrice les dix premiers jours, l'abeille va d’abord s’occuper de la préparation des cellules pour les nouvelles pontes, le temps que ses glandes nourricières se développent. Ensuite, elle pourra nourrir les jeunes larves avec la gelée royale qu’elle sécrète. À la fin de cette période, elle effectue ses premiers vols autour de la ruche.

Bâtisseuse les dix à vingt jours suivants, ses glandes nourricières se sont atrophiées pendant que les glandes cirières se sont développées ; elle participe alors à l’agrandissement des rayons, à la transformation en miel du nectar apporté par les butineuses, au nettoyage et à la régulation thermique de la ruche, puis à sa protection contre les prédateurs (guêpes et frelon notamment) et les voleurs (abeilles étrangères, etc).

Butineuse à partir du vingtième jour jusqu’à la cinquième ou sixième semaine de sa vie, elle va parcourir la campagne dans un rayon de deux à cinq kilomètres afin d’approvisionner la ruche en nectar, miellat, pollen, propolis ou en eau. Après quoi, sa vie s’achèvera : en général, une ouvrière meurt pendant un dernier voyage de butinage (ou de portage d'eau dévolu aux plus anciennes), ou pendant qu'elle dort.

Ouvrière d'hiver[modifier | modifier le code]

À la fin de l'été, au début de l'automne vont naître des ouvrières qui vont vivre de cinq à six mois, leur corps est plus riche en acide gras. Elles auront à protéger la reine, à maintenir l'essaim qui passera l’hiver à une température de 25 à 30 °C au cœur, puis, dès le mois de février, préparer l'arrivée des nouvelles générations.

Les faux bourdons[modifier | modifier le code]

Larves de faux bourdons de 3 à 4 jours.
Stades du développement du faux bourdon: larve de 12 jours (à gauche), nymphes de 16, 18 et 21 jours.

De taille supérieures aux ouvrières (ils sont produits par la ponte de la reine dans des alvéoles plus importantes), ils apparaissent au printemps, quand les ruches sont actives et que de nouvelles reines non fécondées peuvent être présentes dans l'environnement de la ruche. Dépourvus de dard, ils ne piquent pas. Pourvus d'yeux plus volumineux et plus gros que les ouvrières, ils sont facilement reconnaissables. Leur rôle principal est la fécondation des jeunes reines. Un faux bourdon peut produire 1,25 microlitre de sperme. D'autre part, ils ne possèdent pas de corbeille à pollen et leur langue ne leur permet pas de recueillir le nectar des fleurs; toutefois ils butinent pour se nourrir. Cependant, ils contribuent au maintien de la température et à la répartition de la nourriture dans la ruche.

Leur développement dure 24 jours de l'œuf à l'insecte parfait dans des conditions optimales. Les œufs dont ils sont issus sont non fécondés, ce qui en fait des individus haploïdes. Même s'ils commencent à voler dès le 7e jour de leur vie d'insecte parfait, ils n'atteignent leur maturité sexuelle qu'après leur 12e jour. Les faux-bourdons des différentes ruches se rassemblent chaque année aux mêmes endroits précis aux conditions thermiques spécifiques, en général dans un rayon de 4 kilomètres de leur ruche initiale. Ainsi, un brassage génétique est assuré pour éviter la consanguinité. En favorisant le mélange de différentes colonies, les faux-bourdons sont malheureusement des vecteurs pour les maladies et les parasites tels que le varroa. Ils sont attirés par la substance chimique acide ceto-9-décene-2-oïque sécrétée par les glandes mandibulaires des reines. Suite à la fécondation, le mâle meurt car son abdomen est arraché en vol pendant l'acte de reproduction.

Leur durée de vie est d'environ 2 mois, mais les abeilles peuvent consommer le couvain de faux bourdons en cas de disette. Ils sont chassés des ruches avant l'hiver, parfois dès les premiers refroidissements nocturnes d'août[8]. En cas de perte de la reine, la ruche devient orpheline, et, si aucun jeune couvain n'est disponible pour produire une reine, la ruche devient bourdonneuse, c'est-à-dire que les ouvrières, non-fécondées, pondent et élèvent des œufs non fécondés qui donneront naissance systématiquement à des faux-bourdons. Lorsque la dernière ouvrière meurt, la population uniquement constituée de faux bourdons est condamnée à mourir.

La reine[modifier | modifier le code]

La reine et sa cour
L'essaimmage est le mode de diffusion des colonies

La reine est reconnaissable des autres abeilles par sa plus grande taille (1,5 à 2 cm contre 1,1 et 1,3 cm). Son abdomen et ses organes génitaux sont plus développés. Elle passe tout son temps à pondre, c'est elle qui donne naissance à toutes les abeilles de la ruche. Elle peut pondre jusqu'à 2000 œufs par jour. Elle produit deux types d'œufs : les œufs fécondés qui donnent naissance aux abeilles femelles (ouvrières ou reines), et les œufs non fécondés d'où sortent les abeilles mâles (faux-bourdons).

La danse des abeilles[modifier | modifier le code]

Les abeilles possèdent entre elles un langage d'une extrême précision et découvert par Karl von Frisch, celui de la danse des abeilles.

Cette danse est exécutée dans l'obscurité par l'abeille éclaireuse revenue à la ruche pour renseigner les autres sur la distance, la direction, la quantité et la nature de nourriture.
Les autres abeilles, grâce à leurs perceptions tactiles et olfactives, perçoivent l'agitation et viennent s'agglutiner à elle pour décoder les informations contenues dans ces mouvements.

Il y a deux types de danses différentes :

  • la danse en rond : si la nourriture se trouve à moins de 100 m, dans ce cas la direction n'est pas indiquée.
  • la danse frétillante : si la nourriture se trouve à plus de 100 m, l'abeille transmet deux informations : la distance et la direction de la source de nourriture.

La nature de la nourriture est indiqué par l'odeur de l'abeille qui s'y est frottée.
La quantité de nourriture dépend du frétillement de l'abeille : plus elle frétille, plus la quantité est importante.
La distance qui sépare la source de nourriture de la ruche est transmise en fonction de la vitesse à laquelle l’abeille tourne. Plus la danse est rapide plus la source est proche.
La direction (angle entre la source de nourriture et le l'aplomb du soleil par rapport à la position de la ruche) est transmise par l'inclinaison de la danse par rapport à la verticale. La précision est ± 3°. Quand la danse se prolonge, l'abeille danseuse corrige son angle en fonction de la course du soleil, et ce malgré l'obscurité complète, dans laquelle elle se trouve.

Le spectre visible de l'abeille s'étend dans l'ultraviolet[9] donc les nuages cachant le soleil ne sont pas gênants pour elles.

Abeille et qualité de l'air[modifier | modifier le code]

En collectant de grandes quantité de pollens, les abeilles diminuent la quantité de pollen allergène ou devenant allergène en vieillissant et se dégradant. Cet effet a notamment été mis en évidence dans les serres utilisées pour la culture du poivron aux Pays-Bas où environ 8 000 ouvriers agricoles le cultivent dans 10 000 hectares de serre. Les fleurs du poivron produisent un pollen irritant auquel les travailleurs des serres sont exposés quand ils les cueillent. Dans les serres classiques, 1/3 de ces travailleurs finissent par devenir allergiques à ce pollen. mais on a montré au début des années 2000 qu'introduire une colonie d'abeille domestique (ruche) dans la serre suffit à faire chuter le taux d'allergie et sa gravité[10]; Dans les serres où les abeilles étaient présentes, le pollen était récolté par les abeilles sur les anthères au fur et à mesure de sa production, et les symptômes d'allergies diminuaient ou disparaissaient chez les travailleurs. L'étude n'a cependant pas été jusqu'à calculer le nombre minimal ou optimal d'abeilles par serre.

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

Les races[modifier | modifier le code]

Naissance d'une abeille noire (Apis mellifera mellifera).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références taxonomique[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Irati Miguel, Mikel Iriondo, Lionel Garnery, Walter S. Sheppard et Andone Estonb, « Gene flow within the M evolutionary lineage of Apis mellifera : role of the Pyrenees, isolation by distance and post-glacial re-colonization routes in western Europe », Apidologie, vol. 38,‎ 2007, p. 141-155 (DOI 10.1051/apido:2007007)
  2. (en) E. Pennisi, « GENETICS : Honey Bee Genome Illuminates Insect Evolution and Social Behavior », Science, vol. 314, no 5799,‎ 27 octobre 2006, p. 578-579 (DOI 10.1126/science.314.5799.578)
  3. (en) G. J. Hunt et R. E. Page-Jr, « Linkage Map of the Honey Bee, Apis Mellifera, based on Rapd Markers », Genetics, vol. 139, no 3,‎ mars 1995, p. 1371–1382 (lire en ligne)
  4. (en) Mattila HR, Seeley TD, « Genetic diversity in honey bee colonies enhances productivity and fitness », Science, vol. 217, no 3,‎ mars 2007, p. 362–364 (DOI 10.1126/science.1143046)
  5. (en) George M. Weinstock, Gene E. Robinson et col, « Insights into social insects from the genome of the honeybee Apis mellifera », Nature, vol. 443, no 7114,‎ 26 octobre 2006, p. 931–949 (DOI 10.1038/nature05260)
  6. Dossier de presse compilé par l'Union nationale de l'apiculture française, 2010
  7. Le sort des abeilles sur le site de Syngenta
  8. http://www.apiculture.com/
  9. (en) Adriana D. Briscoe et Chittka, « The evolution of color vision in insects », Annual Review of Entomology, vol. 46,‎ 2001, p. 471-510 (ISSN 0066-4170, résumé)
  10. S. van der Steen, T. Blacquière, N. de Jong, H. de Groot, honey bees as an aid in improving labour conditions in sweet bell pepper greenhouses : Reduction of pollen allergy ; ISHS Acta Horticulturae 639: XXVI International Horticultural Congress: Expanding Roles for Horticulture in Improving Human Well-Being and Life Quality, 2004 (Résumé, en anglais)