Abbaye de Tongerlo

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Abbaye de Tongerlo
Image illustrative de l'article Abbaye de Tongerlo
L'église de l'abbaye de Tongerlo
Présentation
Nom local Abdij van Tongerlo
Culte catholique
Type Abbaye
Rattachement Ordre des Prémontrés
Début de la construction 1128
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région flamande Région flamande
Province Drapeau de la province d'Anvers Province d'Anvers
Commune Westerlo
Coordonnées 51° 06′ 19″ N 4° 54′ 23″ E / 51.105278, 4.90636151° 06′ 19″ Nord 4° 54′ 23″ Est / 51.105278, 4.906361  

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L’abbaye de Tongerlo est une abbaye prémontrée sise à Tongerlo (commune de Westerlo) dans la province d'Anvers (Belgique). Fondée en 1128 elle devint la plus importante abbaye prémontrée du duché de Brabant. Supprimée et vendue en 1796, elle reprit vie en 1837. Elle est toujours occupée par une communauté de chanoines prémontrés.

Origine[modifier | modifier le code]

L'abbaye de Tongerlo a été fondée en 1128 en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie, par Giselbert de Kasterlee, seigneur de Casterlé. Il offre des terres pour une fondation à un nouvel ordre religieux de chanoines réguliers, récemment fondé par Norbert de Xanten. Le groupe fondateur vient de l’abbaye Saint-Michel d’Anvers, elle-même fondée à peine quelques années auparavant (1124). La fondation est mixte, c’est-à-dire qu’une abbaye parallèle de chanoinesses norbertines est fondée. Celle-ci disparaîtra au XIIIe siècle. Giselbert de Kasterlee devient lui-même un frère convers dans la nouvelle communauté.

Histoire[modifier | modifier le code]

Développement[modifier | modifier le code]

L’abbaye se développe rapidement et jouit bientôt d’une excellente réputation aussi bien parmi les habitants de la région qui bénéficient des services pastoraux des prémontrés qu’auprès des autorités religieuses et civiles. Un grand nombre de paroisses des alentours sont confiées à l’abbaye. Elles sont 21 en 1263. Au plus fort de son rayonnement, 42 paroisses seront desservies par des chanoines de Tongerlo, y vivant en petits groupes de deux ou trois. Des dons de terres augmentent le patrimoine de l’abbaye. Des conflits éclatent parfois, ainsi avec les seigneurs de Wezemaal, en particulier Arnould II puis son fils[1].

Les chanoines sont proches de leurs fidèles, restant à leur poste même durant les périodes de crise (épidémies, guerres). L’abbaye est par ailleurs très active dans l’assainissement des marais et tourbières de la partie septentrionale du Brabant (surtout à partir du XVe siècle). L’agriculture en est intensifiée, des terres sauvages sont défrichées et les conditions de vie du peuple s’améliorent.

Age d’or[modifier | modifier le code]

Aux XVe et XVIe siècles l’abbaye atteint un âge d’or. Elle possède de vastes domaines dans tout le Brabant avec une centaine de fermes, moulins, bois et maisons de rapport. Elle joue également un grand rôle social et politique dans le duché de Brabant. Des centaines de nécessiteux sont secourus par l’abbaye où l’on distribue du pain trois fois par semaine. L’abbaye est particulièrement active durant les périodes de famine. Ses ressources permettent également la construction ou la restauration d’églises dans les paroisses dépendantes. Hommes de sciences et artistes sont encouragés.

L’abbaye ouvre un collège norbertin auprès de l’université de Louvain en 1571 avec laquelle des liens ont été créés ; d’éminents savants y sont formés. De nombreux professeurs de Louvain enseignent la théologie et l’écriture sainte à Tongerlo.

XVII et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

La réorganisation des structures ecclésiastiques dans les Pays-Bas espagnols (en 1559), et en particulier la création du diocèse de Bois-le-Duc, font du tort à l’abbaye. En en recevant l’administration elle en porte tout le poids financier. En 1590, Tongerlo ‘rachète’ son indépendance en perdant une grande partie de ses domaines du Brabant septentrional.

De plus la période est trouble. Les calvinistes sont très présents dans la région. En 1629, les chanoines doivent se réfugier à Malines. L'église paroissiale se trouvait dans l'enceinte de l'abbaye, des gildes -encore existantes- furent fondées pour protéger le site et les moines.

En 1789, l’abbaye, qui possédait déjà une riche bibliothèque, sauve l’œuvre des Bollandistes en rachetant leur livres, manuscrits et imprimerie, mis en vente après la suppression de la Compagnie de Jésus (1773) et la confiscation de leurs biens. Le travail des bollandistes continue à l’abbaye de Tongerlo. Le 53e volume des Acta Sanctorum est publié à Tongerlo en 1794...

L'abbaye joue un rôle en vue lors de la révolution brabançonne de 1789 -1790. Elle soutient financièrement le mouvement révolutionnaire. Godfried Hermans, abbé de Tongerlo et "colonel, propriétaire de plusieurs régiments levés sur les terres de l'abbaye", y a même le statut d’aumônier en chef. La révolution échoue et les Autrichiens, de retour à Bruxelles, font payer cher à l’abbaye ce parti pris : des biens importants sont confisqués.

Expulsion et suppression[modifier | modifier le code]

La fin de l’abbaye arrive de façon brutale le 6 décembre 1796 sous le Directoire. Les chanoines - ils sont encore 125 à Tongerlo - sont expulsés par les lois de sécularisation de la République Française. Les biens de l’abbaye sont confisqués, la riche bibliothèque, les trésors religieux et artistiques étant vendus. Le domaine est démembré : l'église, les bâtiments et la ferme sont vendus séparément. Certains bâtiments, dont l’église, sont en outre démolis.

L'abbaye prémontrée de Tongerlo, à Westerlo (Belgique)

Renaissance[modifier | modifier le code]

À l'époque du Royaume uni des Pays-Bas, au début du XIXe siècle, des chanoines prémontrés parviennent à racheter certaines parties du domaine de Tongerlo. Une communauté se forme en 1837, après l’indépendance belge, mais elle doit s’installer au château de Bossenstein, à Broechem.

Ce n’est qu’en 1840 que la communauté peut réintégrer Tongerlo. Ils sont 14 chanoines. Environ la moitié des bâtiments a pu être rachetée. Aussitôt, une nouvelle église, flanquée d’un cloître, est mise en chantier. C’est l’édifice néo-gothique que l’on voit aujourd’hui.

La renaissance est rapide et l’abbaye a une nouvelle vitalité, confirmée, sous l’abbatiat de Thomas-Louis Heylen, par un effort missionnaire sans précédent : un prieuré est fondé en 1889 à Manchester, en Angleterre. Mais surtout, en 1896, l’abbaye prend en charge la mission d’Uele (aujourd’hui diocèse de Buta) au Congo belge. Soixante ans plus tard, 75 chanoines prémontrés y sont actifs.

En 1929, de Namur, où il est devenu évêque, Mgr Heylen appelle ses anciens confrères de Tongerlo à venir prendre la succession des prémontrés français de Frigolet qui quittent l’abbaye de Leffe, près de Dinant, pour rentrer dans leur pays. Leffe reçoit une nouvelle vie. En 1949, une fondation est faite au Canada. Une autre, au Chili, en 1965.

Des travaux importants de restauration de l’église ont lieu de 1994 à 1999. Entièrement rénovée, ses lignes néo-gothiques sont agréablement mises en valeur.

Aujourd’hui[modifier | modifier le code]

Une communauté de 54 chanoines prémontrés, parmi lesquels un large groupe de jeunes, continue la tradition de service pastoral dans les paroisses des environs et d’hospitalité dans l’abbaye. L’Œuvre de l’Enfant Jésus y a son bureau et un atelier d’icônes y est actif.

Personnalités liées à l’abbaye[modifier | modifier le code]

Patrimoine et curiosités[modifier | modifier le code]

  • Le monumental portail, auquel conduit une magnifique drève bordée de tilleuls, est la partie la plus ancienne de l’abbaye. Il est constitué d'un soubassement de style roman (XIVe siècle) et d'une superstructure de style gothique (XVIe siècle). On peut y voir encore la « fenêtre des pauvres », où le pain, les haricots et les petits pois étaient distribués.
Copie, probablement par Andrea di Bartoli Solari, de La Dernière cène de Leonardo da Vinci
  • Le palais épiscopal, dans un style mélangé gothique-renaissance, et la tour espagnole (qui sert d'image aux bouteilles de bière de l'abbaye).
  • Le palais abbatial date de 1728. De style classique, il est l’œuvre de l'architecte anversois Kerrickx (1682-1745). Il porte au centre des armoiries écartelées d'un père-abbé avec la fière devise « Festina lente » (Hâte-toi lentement) de Joseph P. Van der Achter, père-abbé entre les années 1723 et 1745.
  • L'église abbatiale de style néogothique (XXe siècle) fut conçue par l’architecte Paul Stoop à la suite de l'incendie de l'abbaye le 28 avril 1929 (un film de cet événement existe : on y voit les chanoines jeter les livres et les précieux parchemins de la bibliothèque par la fenêtre dans la cour du monastère avant l'incendie de l'église ancienne. On a sauvé la dernière Cène qui s'y trouvait à cette époque mais dans la grande précipitation la toile fut découpée et roulée dans le mauvais sens; ce qui nécessita une profonde restauration de cette œuvre magistrale de huit mètres de long). Le Père Kallist Fimmers, artiste et sculpteur de l'abbaye fit une affiche de grande beauté pour attirer l'attention sur la nécessité de recevoir des fonds pour la restauration des bâtiments incendiés. Avec le temps et ses passages fréquents à Frigolet, son style devient plus lumineux dans le style d'artistes présents dans le Midi de la France. À voir : ses vitraux réalisés pour le Torenhof, restaurant construit dans les années 1950 en dehors du site de l'abbaye.
  • La Grange abrite un ensemble de souvenirs historiques de l'abbaye et une curieuse horloge.
  • Un musée Da Vinci a été organisé autour d’une authentique copie du célèbre tableau La Dernière cène de Leonardo da Vinci.

Cette toile vendue à Amboise a été achetée 450 florins carolus par le père-abbé Arnold Streyters en 1545. Peint par des élèves de Da Vinci il semblerait que la tête de Jésus et celle de l’apôtre Jean auraient été peintes par Da Vinci lui-même. Une étude minutieuse de la toile réalisée au Musée du Cinquantenaire a permis de mettre à jour certains détails disparus de la toile originale

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. M.J. Tits-Dieuaide, « Un exemple de passage de la ministérialité à la noblesse : la famille de Wesemael (1166-1250) », Revue belge de philologie et d'histoire,‎ 1958, p. 335-355 (p. 344-345 en particulier) (lire en ligne)
  2. L'Ami de la religion et du roi, Volume 39 - Paris - 1824.
  3. Eugène De Seyn, Dictionnaire des écrivains belges, Ed. Excelsior, Bruges, 1922.
  4. Huit siècles de peinture, trésors des musées de Belgique, Arcade, 1969, page 133.
  5. Article de l'Echo de mars 2008 : marché de l'art : une acquisition de la communauté flamande, propos recueillis par Henry Bounameaux.

Articles connexes[modifier | modifier le code]