Trotteur français
Vezac Duophi, Trotteur français, monté par Caroline Théault lors du Prix de Belesta 2016 à l'hippodrome de la Cépière. | |
| Région d’origine | |
|---|---|
| Région | |
| Caractéristiques | |
| Morphologie | Cheval de selle |
| Taille | 1,60 à 1,70 m |
| Poids | 450 à 650 kg |
| Robe | Généralement alezan ou bai |
| Tête | tête rectiligne ou busquée, front et naseaux larges |
| Caractère | Docile et énergique |
| Autre | |
| Utilisation | Courses au trot attelé ou monté, sports équestres, chasse ou randonnée |
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Le Trotteur français (TF) est une race de chevaux sélectionnée en Normandie pour les courses de vitesse au trot attelé ou monté. Ses origines remontent au début du XIXe siècle et sont fortement liées à l'élevage des chevaux Anglo-normands. Issu dans un premier temps du trotteur Norfolk croisé au Pur-sang et au Trotteur d'Orlov, le Trotteur français ne prend son nom actuel qu'à partir de 1922. Plus récemment, il reçoit l'influence positive du Standardbred américain, avec lequel il a été croisé à partir des années 1940.
Sans standard fixe, le Trotteur français est un cheval qui, néanmoins, se caractérise par un modèle compact, avec une arrière-main très développée, un sternum proéminent et une tête au profil rectiligne ou légèrement busquée. L'élevage est concentré en Basse-Normandie, mais il est répandu dans toute la France, car il s'agit de la race de chevaux française la plus présente dans ce pays. Il est plutôt représenté par de petits éleveurs ne possédant qu'une à trois juments. Bien qu'élevé et sélectionné pour les courses au trot, le Trotteur français peut également devenir un excellent cheval de loisir, d'instruction et de compétitions s'il est amené à être réformé.
Dans le monde des courses, des trotteurs comme Gélinotte, Jamin, Roquépine, Une de Mai, Bellino II, Idéal du Gazeau, Ourasi, Jag de Bellouet, Ready Cash ou encore Bold Eagle, sont entrés dans la légende et devenus des ambassadeurs de cette race française à travers le monde.
Dénomination et sources
[modifier | modifier le code]L'origine du nom « Trotteur français » résulte logiquement de la sélection d'une race de chevaux en France pour la pratique de courses au trot[1]. Il est aussi appelé « Trotteur demi-sang »[2],[3],[4] et « Trotteur normand »[5],[6],[7], l'origine de cette race étant située en Basse-Normandie[1],[7]. Le sigle est « TF »[8].
L'autrice tchèque Helena Kholová considère le Trotteur normand comme une race distincte du Trotteur français, car spécifique au département de la Manche[4]. À l'inverse, le journaliste autrichien Martin Haller considère que le TF n'est pas une race distincte, mais qu'il s'agit de la branche française du Trotteur européen, qui compte d'autres types en Allemagne, en Suède et en Italie[9]. Pour la journaliste équestre français Emmanuelle Brengard, le TF est l'une des quatre grandes races internationales de trotteurs, avec le Standardbred ou Trotteur américain, le Trotteur d'Orlov russe et le Trotteur scandinave[10].
Le premier auteur important dans le domaine du Trotteur français est l'hippologue Louis Cauchois, né en 1875 à Méru, qui a compilé la généalogie de plus de 20 000 chevaux nés entre 1837 et 1907[11]. Cependant, certains de ses ouvrages comportent des erreurs ou des lacunes que des historiens devront corriger[11]. L'ouvrage du journaliste, écrivain et historien Jean-Pierre Reynaldo (1949-2014), Le Trotteur français, résultat de plusieurs années de travail, est présenté comme la « bible » dans sa spécialité et « le livre de référence du trot français »[12].
Histoire
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Le Trotteur français est une race plutôt récente, créée et sélectionnée pour les courses de trot attelé et monté[3]. Tout au long de son histoire, son élevage et sa sélection ont été planifiés sous le contrôle et le soutien des Haras nationaux français, dont le rôle s'avère déterminant dans la création du TF[13],[14]. Les débuts de son élevage coïncident avec la recherche d'un cheval militaire après le Premier Empire[15].
Implantation et développement de courses au trot
[modifier | modifier le code]D'après Jean-Pierre Reynaldo, un officier de cavalerie du nom d'Esprit-Paul de Lafont-Pouloti publie en 1791 un Mémoire sur les courses de chevaux et de chars en France envisagées sous un point d'utilité publique, qui préconise la création de courses attelées en France[16]. Durant la Révolution française, le Champ de Mars accueille des courses de char, jusqu'à ce que Napoléon Ier y mette fin[16].
Il faut attendre des initiatives privées pour que les courses au trot se re-développent en France, à l'occasion de paris particuliers[17], dans un premier temps à Paris au début du XIXe siècle[18]. Les premières courses de trot officielles de France ont lieu en 1836, sur la grève de Cherbourg, à l’instigation d’Éphrem Houël, un officier des Haras nationaux[H 1],[2],[5],[19],[20],[21] qui estime que ces courses sont le meilleur moyen de sélectionner les meilleurs reproducteurs de selle[H 2],[2],[20]. En 1837, les premières courses de trot sont courues à l'hippodrome de Caen[H 3],[22], suivant un règlement qui n'autorise que les chevaux nés en Normandie à concourir[H 4],[23]. L'année suivante, ces courses essaiment à Saint-Lô[H 5] et Dieppe[H 6]. Le succès populaire des courses à Caen entraîne la construction d'autres hippodromes, en Normandie et en Bretagne[24]. Les courses au trot chutent drastiquement en nombre dans les années 1850[25], puis sont réorganisées à partir des années 1860[26]. La tenue régulière de courses au trot entretient l'intérêt pour une race de chevaux trotteurs[27].
Un autre évènement important est la défaite de Napoléon Ier à Waterloo en 1815, qui permet à des éleveurs normands d'importer le Pur-sang en France[1],[28]. L'élevage normand a en effet beaucoup souffert des guerres napoléoniennes, alors que l'élevage anglais est relativement épargné[13]. Ces courses au trot, codifiées en 1866, restent néanmoins peu répandues[29]. Ephrem Houël favorise leur implantation dans toute la Normandie[30],[20]. Parallèlement au développement d'une race de chevaux trotteurs en France, les courses au trot restent longuement un divertissement provincial[31]. Les premières courses de trot à Paris ont lieu en 1873 dans le bois de Boulogne, mais il faut attendre 1879 pour que soit inauguré à Vincennes le premier champ de courses spécifiquement destiné aux trotteurs en région parisienne, proposant alors des programmes mixtes afin de pallier le manque d'intérêt du public pour le trotting[32]. Cela accélère la popularité de ces courses[33]. Cependant, les régions d'élevage restent normandes et vendéennes, et envoyer un cheval courir à Paris coûte cher[34]. Aussi, les épreuves les plus prestigieuses sont normandes[34].
Formation de la race trotteuse
[modifier | modifier le code]Le Trotteur français résulte surtout de croisements pratiqués au XIXe siècle entre le Trotteur Norfolk anglais (ancêtre du Hackney), le Pur-sang, le Trotteur d'Orlov, et des juments locales normandes présentes dans la région depuis le XIIe siècle[5],[6],[4],[35],[8]. Ses origines sont donc liées à cette jumenterie normande,[7],[20] et à l'élevage du cheval Anglo-normand, dont l'un des types, dit carrossier, est spécifiquement destiné à l'attelage[19]. Le TF est à l'origine un rameau de l'Anglo-normand[2], qui a beaucoup évolué grâce à l'élevage sélectif pour les courses au trot[36]. Cependant, les croisements constitutifs sont communs aux autres races de trotteurs[5]. On retrouve notamment le Pur-sang Sampson comme ancêtre commun à plusieurs races de trotteurs, tandis que l'influence du Pur-sang Orville (1799) est spécifique au TF[5],[6]. Entre 1815 et 1850, de nombreux étalons Pur-sang et demi-sang sont importés d'Angleterre pour entrer en croisement avec le cheval normand, critiqué pour sa mollesse[13]. Très vite, les organisateurs de courses comprennent qu'il existe des écarts de performances importants entre les concurrents, et qu'il faut modifier la distance de départ ou le poids porté en fonction des performances passées pour maintenir une égalité de chances de victoires[37].
L'un des premiers succès de cet élevage est l'étalon trotteur Young Rattler (1811-1836), un croisement de Pur-sang et de Trotteur Norfolk importé en 1820, dont l'influence sera ensuite majeure sur le futur Trotteur français, notamment à travers ses descendants Conquérant (1858) et Normand (1869)[35],[38],[14]. Young Rattler est importé grâce aux Haras nationaux[14]. Ephrem Houël est partisan du croisement du cheptel français avec le cheval oriental[30]. Des juments indigènes sont croisées avec des étalons Pur-sang et Arabe[20],[28]. Les premiers résultats se révèlent décevants[39]. Dans les années 1850, les éleveurs normands commencent à utiliser le Trotteur Norfolk en croisement, race de trotteurs désormais disparue, ainsi que le Pur-sang anglais et le Trotteur d'Orlov, importé de Russie[19],[40],[33]. The Norfolk Phœnomenon, né en 1845 puis importé en 1851, marque ainsi le TF de son influence[31], sa fille Bayadère devenant la trotteuse la plus fameuse du XIXe siècle[41].
En 1864 à Caen est fondée la Société du cheval français de demi-sang, qui deviendra plus tard la Société d'encouragement à l'élevage du Trotteur français ; elle pérennise et soutient l'élevage du demi-sang (croisement entre un Pur-sang et une autre race), et chapeaute aussi toutes les sociétés de course au trot de France[42],[14],[33].
- Fondateurs du Trotteur français
- Conquérant (1858)
- Normand (1869)
- Niger (1869)
- Phaéton (1871)
C'est sur cette période que naissent les principaux chefs de race : Conquérant (1858), Lavater (1867), Normand (1869), Niger (1869) et Phaéton (1871)[5],[6],[14]. La quasi-totalité des trotteurs français descend de ces cinq étalons, eux-mêmes issus des étalons Pur-sang The Heir of Linne, Sir Quid Pigtail et Young Rattler[5],[14]. The Heir of Linne, né en 1853 est le dernier étalon Pur-sang importé en France[31]. Les lignées mâles de Niger et de Lavater se sont cependant éteintes quelques décennies plus tard[40].
Lavater, fils de The Norfolk Phœnomenon, connaît un succès particulier à son époque, lorsqu'il est croisé avec des juments marquées par le Pur-sang[31]. Normand domine longuement les courses de l'époque, puis son influence se poursuit à travers son fils, Cherbourg (1880)[31]. Phaéton, descendant de The Heir of Linne, fonde la plus jeune lignée du TF[31].
Durant les années 1880, l'ouverture internationale des compétitions montre les limites du TF en termes de vitesse face au Trotteur américain et au Trotteur d'Orlov[40].
Selon Reynaldo, c’est à partir d 1900 qu'il est possible de véritablement désigner le TF comme une race fixée[40].
Reconnaissance officielle du Trotteur français
[modifier | modifier le code]L'importation de sulkies légers et dotés de pneumatiques depuis les États-Unis améliore significativement la vitesse de course du Trotteur français attelé[43]. Cependant, des années 1900 à 1910, la popularité croissante des automobiles met son avenir comme cheval d'attelage en péril[44]. La Société du demi-sang réagit à cette menace en concentrant ses efforts sur le cheval de guerre, soutenant que le trotteur serait l'animal idéal pour la remonte de l'armée française[44]. Elle organise aussi différentes manifestations sportives, notamment en 1909, visant à démontrer que le trotteur possède de multiples qualités[44].
Le premier véritable champion trotteur du XXe siècle est Fred Leyburn, né en 1905 d'une mère américaine, devenu la coqueluche du public qui se rend en nombre sur les hippodromes où il se produit[45].
En 1917, la Révolution russe permet à quelques éleveurs français d'acquérir des trotteurs d'Orlov de grande qualité[46]. Après le désastre de la Première Guerre mondiale[47], c'est durant l'entre-deux-guerres que les courses au trot deviennent réellement un sport populaire, en particulier grâce à la création du Prix d'Amérique en 1920[33],[48]. S’y illustrent notamment Pro Patria, premier vainqueur de cette compétition, ainsi que d'autres trotteurs restés dans la légende comme Uranie et Amazone B[49]. D'origine 100 % française, Uranie devient la première « gloire nationale »[46]. Parallèlement, le trot attelé devient la discipline reine au détriment du trot monté[50].
- Le Trotteur français de 1900 à 1950
- L'étalon Télémaque V, en 1923
- Passeport remportant le Prix d'Amérique de 1924
- Junior du Verdier monté par Raoul-Charles Simonard en 1936
- La jument Uranie en 1936
Un premier registre généalogique privé du Trotteur français ouvre en 1907 sous l'impulsion de Louis Cauchois, un passionné des courses au trot[51],[11] ; il est géré par la revue La France chevaline[43]. La race n'est reconnue officiellement sous le nom de « Trotteur français » qu'en 1922[5],[52],[14],[53], lorsque ce registre passe sous gestion du Ministère de l'agriculture français[43]. Le registre est alors ouvert, tous les chevaux Anglo-normands capables de trotter un kilomètre en 1 minute 42 secondes ou moins y sont inscriptibles[54],[53],[51]. Ce registre est ensuite fermé en 1937[4],[55],[51],[33] ou 1941[54],[5],[3],[53], et ne reste ouvert qu'aux croisements entre TF et Pur-sang[6], empêchant ainsi tout apport théorique d'origines étrangères aux trotteurs de France. En réalité, des trotteurs américains illégaux sont parfois employés à la reproduction à cette époque[33].
La Seconde guerre mondiale a moins d'effets négatifs sur le TF que la Première, car les courses sont maintenues sous le régime de Vichy[56]. L'âge d'or des courses de trot en France commence à partir des années 1950, quand le long travail de sélection porte ses fruits, et permet de faire de l'élevage pour les courses au trot une activité économiquement intéressante[57].
Croisements américains
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L'influence du trotteur américain sur le TF est longtemps restée un sujet tabou[31]. Cette influence est en réalité ancienne, puisque l'étalon Niger a pour mère Miss Bell, présumée américaine[31]. De même, Miss Pierce, grand-mère du fameux étalon Fuschia, est aussi une jument américaine[31].
Les premiers croisements américain répertoriés sont intégrés à la race du Trotteur français durant la période d'entre-deux-guerres[S 1]. Des étalons Standardbred comme Net Worth, The Great Mac Kinney, Sam Williams et Calumet Delco, ce dernier se reproduisant clandestinement dans les années 1940, ont marqué les lignées françaises[5],[S 1].
Dans les années 1970 à 1990, survient un second apport de sang américain. Henri Levesque présente sa championne, Roquépine, trois fois victorieuse du Prix d'Amérique, au chef de race américain Star’s Pride puis l’année suivante, à l’un de ses fils Ayres[5],[58]. Il en naît Florestan et Granit[5],[S 2] qui, n’étant pas inscrits au registre du TF, ne peuvent courir qu’à l’étranger ou dans les « internationaux », épreuves ouvertes aux « chevaux de toutes races et de tous pays ». À la fin de leur carrière de courses, ces deux étalons sont achetés par les Haras nationaux et autorisés à la reproduction en Trotteur français ; à eux deux, ils sont responsables de la majorité de la diffusion des gènes américains chez le TF[S 3]. Il en va de même pour un cheval de l'écurie Olry-Roederer (celle de Jamin), Kimberland[S 4], par Nevele Pride (autre fils de Star’s Pride) et Astrasia. Puis, dans les années 1980, quelques reproducteurs Standarbred sont approuvés selon des règles très précises émises par la SECF, gestionnaire du stud-book[59]. Le stud-book a depuis lors été refermé, mais cette seconde vague de croisements américains a marqué le Trotteur français[S 5].
En 2005, Workaholic est le dernier étalon 100 % américain acquis par les Haras nationaux à être utilisé en croisement[S 5]. Au niveau génétique, ces croisements ne sont pas sans conséquences, puisque les trois quarts des trotteurs français nés en 2003 ont des origines américaines, pour une proportion de 12 % de gènes américains sur l'ensemble de la population Trotteur français cette même année[S 3]. Depuis la re-fermeture du registre, le taux de gènes étrangers s'est stabilisé et s'est généralisé avec les croisements. L'influence du taux de gènes américains sur la performance est favorable[S 3]. Le TF est devenu plus léger, plus distingué, plus précoce et plus rapide au terme de ces croisements[36],[33]. Quelques essais de croisement ont aussi porté sur le Pur-sang[33].
Depuis la fin du XXe siècle : paupérisation des éleveurs de trotteurs français
[modifier | modifier le code]À l'âge d'or des courses au trot entre les années 1950 et 1980 succède une époque de crise[60]. La race connaît une importante croissance portée par la popularité des courses au trot, secteur dont le nombre de partants dépasse largement celui des courses au galop[61]. La médiatisation de petits élevages naisseurs de champion, comme Idéal du Gazeau, laisse croire qu'il est facile d'élever un champion même pour un petit éleveur, et entraîne une explosion démographique des trotteurs à partir du milieu des années 1980[60]. Le nombre de saillies passe de 13 500 en 1975 à 22 743 en 1992[60]. Ce phénomène paupérise les propriétaires de trotteurs[60], situation accrue par l'ouverture des frontières et l'autorisation des chevaux venus d'autres pays de l'Union européenne ou des États-Unis à courir sur les hippodromes français[60].
En 1999, 46 des 626 étalons TF en activité appartiennent aux Haras nationaux français[61]. Après cette très forte croissance entre les années 1970 et les années 1990, des mesures de limitations des naissances sont prises dans les années 2000[62],[63]. La Société d'encouragement à l'élevage du Trotteur français a eu pour objectif de ramener le nombre de juments saillies à 15 000, ce qui permettrait d'atteindre environ 8 000 à 9 000 naissances par an, soit 3 800 chevaux qualifiés par génération[62],[63]. Pour l'atteindre, elle a proposé des indemnités pour la sortie des juments les plus médiocres du circuit de la reproduction et compté sur les qualifications pour trier les futurs reproducteurs[62],[63].
Description
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De tous les chevaux de course, le TF est celui qui a reçu la plus grande diversité d'influences[15]. Il n'existe pas de standard de race[27],[64],[8],[33]. On distingue néanmoins de grandes caractéristiques communes[27],[64],[8],[33]. Deux grands types de TF se distinguent, l'un plus lourd et puissant capable de porter un jockey en trot monté, et l'autre pour le trot attelé, plus petit et léger[6],[35]. Le TF est souvent plus grand et robuste que les autres races de trotteurs[2],[8], en particulier par comparaison au Trotteur américain[65] : il a en effet la particularité unique de concourir aussi bien attelé que monté[64], une petite taille étant un handicap en trot monté[4], où les chevaux doivent porter jusqu'à 75 kg[6],[64].
Taille et poids
[modifier | modifier le code]La taille moyenne indiquée à eu tendance à augmenter au cours du temps. En 1984, Caroline Silver indique 1,62 m[54] ; puis en 1987, l'auteur italien Maurizio Bongianni donne une taille de 1,55 à 1,65 m[5]. En 1991, un autre auteur italien, Gianni Ravazzi, cite 1,60 m[3]. L'année suivante, l'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards cite une fourchette de 1,50 à 1,70 m, les trotteurs montés étant les plus grands[66].
La taille du TF est de 1,65 m selon l'autrice tchèque Helena Kholová en 1997[4] ; 1,55 à 1,68 m selon Babo (2001)[67] ; 1,60 à 1,68 m selon Nissen (2003)[68] ; 1,60 à 1,70 m selon Slama (2002)[69], Brengard (2013)[70] et le Guide Delachaux (2016)[8].
Le TF moderne toise 1,55 à 1,75 m selon Bataille et Tsaag Valren (2017)[33] ; en 2016 également, l'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards cite une moyenne de 1,68 m[14]. D'après la journaliste équestre Emmanuelle Brengard, après un accroissement de taille très perceptible dans les années 1980 où de nombreux sujets dépassaient 1,70 m, la tendance des années 2010 est à la diminution de la taille[70],[64].
Comparé aux autres races de trotteurs, il est plutôt grand. Cette particularité s'explique par l'attrait des Français pour les courses de trot monté. Dans ces courses, le cheval doit être capable de porter le poids du jockey, ce qui explique pourquoi le Trotteur français est plus grand, plus robuste et plus résistant que les autres trotteurs[69].
Le poids est d'environ 525 kg selon Bataille et Tsaag Valren[33], de 600 kg selon Babo[67].
Morphologie
[modifier | modifier le code]Originellement très charpentée du fait de ses origines normandes[71], la race a évolué vers le raffinement[27],[64], via l'influence de plus en plus grande du Pur-sang[51], ce qui lui a donné un profil de tête moins busqué et des lignes moins heurtées[33]. Il rappelle le Cob normand, en plus léger et raffiné[71]. C'est un cheval compact, doté de charpente et d'ampleur[67],[8],[33] mais de modèle longiligne, solide, robuste et relativement imposant[5],[S 6].
Tête
[modifier | modifier le code]Vive et nette[54],[3],[53], la tête rappelle davantage le Pur-sang que l'Anglo-normand d'après Edwards[6]. Elle est de profil rectiligne ou légèrement busqué[6],[67],[8],[33]. Le profil rectiligne est plus fréquent[27], le profil busqué étant hérité du Trotteur Norfolk[72]. D'après l'auteur allemand Jasper Nissen, au début des années 2000, il arrive encore de voir des TF dotés d'une grosse tête longue au profil romain, héritage de ses origines anglo-normandes[65].
Le front est large[5],[6],[8],[72]. Les oreilles sont longues[5],[8],[72],[S 6] et écartées l'une de l'autre[5],[6],[72],[S 6].
- Tête du Trotteur français
- Born Again, hongre alezan, profil busqué.
- Botticelli Delo, hongre bai.
- Jument bai-brun
- Blackstorm Basloir, hongre alezan balzan, détail.
- Détail sur le nez, avec des marques blanches
Le bout de nez est carré[73] et les naseaux sont ouverts[6],[72],[S 6] et larges[5]. La joue n'est pas épaisse[6],[74] et n'a aucune trace d'empâtement[6], témoignant de l'influence du Pur-sang[4]. La tête est bien attachée à l'encolure[74],[72].
Corps
[modifier | modifier le code]L'encolure est plutôt légère selon Hubrecht[53], un peu prononcée selon Nissen[65], musclée et large à la base[5],[65]. Le garrot est saillant et bien marqué[54],[5],[69],[65],[8],[72], sec[5],[3], mais plat sur le dessus[69],[53],[72], ou bien arrondi[53],[74].
Son épaule était à l’origine assez droite, mais elle est désormais inclinée, permettant un geste plus étendu, allant chercher loin le terrain[6],[53],[27],[67],[64],[72] ; l'épaule est particulièrement puissante[74] et musclée[5],[6],[70], ainsi que longue[65]. Son sternum est proéminent[67],[7],[72], le poitrail étant large et profond selon une majorité d'auteurs[54],[5],[3]. Cependant, Nissen décrit une observation fréquente de poitrails peu profonds[65]. Le ventre est rentré[5].
Il est doté d'un dos court selon une majorité d'auteurs[64],[8],[72], long selon Brengard[70], et droit[54],[5],[3],[4],[67], plutôt fort et musclé[54],[4],[65]. L'arrière-main est très puissante[4],[14],[72], musclée[54],[4] et plutôt brève[67],[27]. C'est elle qui permet la poussée des membres postérieurs en course[64]. Les reins sont bien développés[5],[66],[64],[72]. La croupe est large et légèrement oblique[5],[66],[67],[65],[64],[8],[75], ainsi que longue[5],[66],[67],[64] et musclée[8]. La queue est attachée plutôt bas[5],[65].
Membres et peau
[modifier | modifier le code]Ses membres sont longs[54],[3],[66],[4],[64],[8],[75] et ont des canons courts selon une majorité d'auteurs[54],[3],[4], Nissen décrivant des canons relativement longs[65]. Ces membres sont puissants[8] et résistants, grâce à leur ossature[74], bien qu'assez fins d'apparence[5]. Articulations et tendons sont bien définis[65].
Les cuisses sont particulièrement puissantes[66],[64],[75], de même que les grassets[74]. Les jarrets sont bien placés[54], et bas[4]. Les genoux sont gros et plats[74]. Les paturons sont parfois un peu longs[65]. Ses pieds sont réputés durs[8],[74] et dotés d'une excellente qualité de corne[68], mais peuvent être délicats et mieux adaptés aux terrains légers[5]. Sa peau est fine[8],[5] et élastique[5].
Robe
[modifier | modifier le code]Toutes les robes sont admises, mais l'alezan, le bai et le bai-brun sont les plus représentées[67],[19],[14],[75], avec une forte présence de l'alezan[8],[75] du fait des origines normandes de la race[75]. Selon Nissen, environ 70 % des TF sont bais ou bai-bruns, et 30 % sont alezans[68]. Le noir existe[54],[5], mais il est d’usage, en France, de parler de bai-brun foncé plutôt que de noir[75].
Le gris est extrêmement rare[5],[66],[4],[68],[75], la race n'étant pas marquée par l'Arabe[75] ; selon Brengard et le Guide Delachaux, le gris est impossible[70],[8]. Quelques individus présentent une robe rouan[4],[8],[75], aubère[54], ou isabelle à reflets grisés[70],[8], confondue à tort avec le gris selon Brengard[70].
- Robes du Trotteur français
- Alezan, la plus courante
- Bai, très fréquent
- Bai-brun, assez fréquent
- Noir, rare
Une jument blanche issue de parents bais et alezans naît en 2000, et donne naissance à plusieurs trotteurs blancs[P 1].
Tempérament et santé
[modifier | modifier le code]Les éleveurs recherchent un cheval « qui doit trotter vite et bien, et le plus tôt possible ». Les chevaux délicats ou au caractère difficile et qui ne se révèlent pas dès les premières courses sont rapidement retirés de la compétition[8],[S 6]. Le Trotteur français est, de ce fait, réputé pour sa docilité et son caractère gentil[5],[64],[8],[63]. Il est équilibré, généreux et calme[76]. Obéissant, il doit aussi faire preuve d'une grande combativité[54],[69],[65],[53]. En course, il doit posséder autant de qualités d’endurance que de vitesse[S 7].
De par son utilisation première pour les courses, ses systèmes respiratoire et circulatoire doivent être excellents[69]. À la suite d'une étude en 2004, aucun lien n'a pu être établi entre sa typologie musculaire et ses performances en course[S 7],[S 8]. Par contre, les performances sportives qui lui sont demandées entrainent un fort risque d'ostéochondrite, la sensibilité ou non à cette affection étant d'ordre génétique[S 9]. Il existe aussi un lien direct entre la fermeté d'un terrain de course et les lésions musculosquelettiques subies[S 10]. Par comparaison avec le Selle français et le Pur-sang, chez le TF le carpe et le tarse proximal sont les plus touchés par l'ostéochondrite, après le boulet[S 11].
Une étude menée sur dix TF entrainés pendant huit semaines a comparé une ration traditionnelle riche en amidon (foin et avoine) à une ration riche en fibres, dans laquelle 75 % de l'avoine était remplacée par de la luzerne déshydratée. Les deux groupes ont progressé de façon comparable en vitesse et en accélération, mais ils ne semblent pas avoir utilisé les mêmes voies métaboliques à l'effort[S 12].
Allures
[modifier | modifier le code]L’action est longue et puissante[35],[68]. Contrairement à une idée répandue, malgré sa sélection sur le trot, le TF tente naturellement de prendre le galop lorsqu'il lui est demandé d'accélérer[51]. Il peut montrer un bon équilibre au galop s'il n'a pas été éduqué pour les courses au trot[73]. C'est son dressage et ses aptitudes qui en font un cheval de vitesse au trot[51]. Ce trot doit être régulier et équilibré ; la foulée est rasante, adaptée à la course de vitesse[35]. Ce trot de course est caractérisé par une grand liberté d'épaules et une forte impulsion venue des membres postérieurs[68]. Malgré les croisements avec le trotteur américain, connu pour pratiquer aussi l'amble (déplacement par bipèdes latéraux), le TF ne pratique que le trot en course[35].
- Allures du Trotteur français
- Pas
- Trot
- Galop
Une première détermination de la présence de la mutation du gène DMRT3 à l'origine des allures supplémentaire (comme l'amble) est publiée en 2024 : cette étude a permis de confirmer la présence de cette mutation à fréquence de 78 % chez le Trotteur français[S 13]. Une autre publiée l'année suivante par Anne Ricard estime la fréquence de l'allèle à environ 76 %, et conclut que seul un effet favorable du génotype CA chez les chevaux de plus de 5 ans expliquerait le maintien du polymorphisme[S 14].
Ce gène DMRT3 a un effet majeur sur la latéralisation de l'allure et donc sur les performances au trot, car le trot est une allure symétrique, contrairement au galop[S 15]. La capacité à ambler est corrélée à une tendance moindre à prendre le galop, et à une carrière plus fructueuse en courses de trot[S 16]. Alors que cette capacité à ambler pourrait être considérée comme un handicap chez un trotteur, elle s’associe dans les faits à de meilleures performances en courses de trot[S 17].
Sélection
[modifier | modifier le code]La Société d'encouragement à l'élevage du Trotteur français (SETF), ex Société d'encouragement à l'élevage du cheval français (SECF), est l'organisme de sélection qui organise les courses de trot en France ainsi que la promotion et le développement du Trotteur français[51], et la gestion de son livre généalogique[A 1]. Celui-ci a pour particularité d'être basé sur les origines du cheval davantage que sur son pays de naissance[51], et d'être nommé un « Livre généalogique » plutôt que par l'anglicisme stud-book, pour mieux souligner les origines françaises de cette race de chevaux[A 1]. La sélection s'effectue uniquement sur performances sportives[64],[8],[33]. Le TF est en effet sélectionné pour ses aptitudes plutôt que pour sa morphologie[5]. Pour être autorisé à la reproduction, l'étalon doit avoir terminé au moins une course classique ou internationale parmi les cinq premiers[27],[36]. Depuis 1994, seules les meilleurs juments sont autorisées à la reproduction[36]. Elles peuvent recevoir des primes de sélection lors de concours régionaux et du concours national à l'hippodrome de Vincennes[13],[36]. La SETF a régulé les naissances dans les années 2000 pour diminuer le nombre de poulains de mauvaise qualité sportive[13],[51]. En 2023, face à une diminution continue des naissances depuis la pandémie de Covid-19, les règles d'admission à la reproduction sont assouplies[A 1].
Seul un poulain issu de deux parents inscrits comme TF peut être à son tour reconnu TF (livre généalogique fermé)[77]. Les poulains d'une génération doivent obligatoirement recevoir un nom commençant par la même lettre (de A à V), qui change chaque année[78].
La sélection génomique sur la capacité à ambler et latéraliser (DMRT3) a un potentiel d'amélioration génétique des performances du TF[S 18].
Lignées et génétique
[modifier | modifier le code]Les lignées de Conquérant et de Phaéton, et dans une moindre mesure celle de Normand, se sont imposées comme les meilleures[5]. Conquérant est en effet l'ancêtre de Fuschia (1883), qui a légué de nombreuses caractéristiques au TF actuel[5], et qui est l'ancêtre commun le plus récurrent des TF actuels[13]. Père de 400 trotteurs dont une centaine devenus étalons, il est l'ancêtre majeur du TF[66]. L'autrice allemande Jessica Bunjes estime cependant que c'est Phaéton qui a été déterminant[79]. Les lignées de Conquérant et Normand descendent d'étalons importés d'Angleterre, notamment Young Rattler[13]. Normand, connu pour sa constitution robuste, a transmit cette qualité à ses descendants, notamment son fils Cherbourg[31].
Parallèlement, les croisements américains sont souvent très recherchés dans les généalogies[36].
En 2013, le taux de gènes de trotteurs étrangers (non-français) chez le TF est stabilisé à environ 17 %[S 19].
Utilisations
[modifier | modifier le code]Le Trotteur français est, par son histoire et son élevage, destiné aux courses de trot[5],[4],[35],[71],[27],[80], mais ils peut également être utilisé dans d'autres sports équestres tels le saut d'obstacles, et comme cheval de selle[35],[53].
Courses de trot
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Un tiers des effectifs font carrière dans le secteur des courses de trot[75], domaine où le TF a acquis une importance prépondérante[35],[8]. Longtemps jugé moins rapide que le trotteur anglais ou américain[4], il rivalise désormais avec ce dernier en comptant parmi les meilleures races de trotteurs au monde[8],[P 2]. Ces courses au trot sont centrales, puisqu'elles permettent de sélectionner les meilleurs reproducteurs et constituent un secteur économique qui fait vivre plusieurs milliers de personnes[81],[75]. Ce secteur est assez différent de celui des courses de galop, car emprunt de simplicité et d'une certaine rusticité[63]. Plus de la moitié des courses de trot courues au monde le sont en France[74]. Des amateurs sont autorisés à monter ou driver un cheval gratuitement à condition de respecter quelques critères, dont celui de ne pas être salariés d'une écurie de course[82].
Tout au long de sa carrière, le TF subit un débourrage, un apprentissage et un entraînement spécifiques, qui permettent d'obtenir la qualification, sésame nécessaire à l'entrée dans le monde des courses.
La France a pour particularité d'organiser des courses de trot monté en plus des courses de trot attelé[33], cependant le trot monté est minoritaire, ne représentant que 10 % du total des courses au trot[35]. Le TF est sans rival en trot monté[14].
Débourrage et entraînement
[modifier | modifier le code]L'entrée dans le monde des courses est précoce puisque le débourrage d'un trotteur s'effectue vers dix-huit mois[83]. Après le débourrage, le Trotteur français entame un dressage spécifique durant lequel il apprend le travail aux longues rênes, puis l'acceptation du harnais auquel on fixe de longs brancards traînant au sol, simulant le sulky[84]. L'apprentissage se poursuit par l'utilisation d'une dresseuse, qui est une voiture lourde et massive, puis par celle d'une road-car, qui est une voiture plus légère[84]. Sur ces premières voitures, le driver est aidé par d'autres personnes qui l'accompagnent et qui sont là pour intervenir en cas de problème[84]. Le trotteur n'est attelé au sulky qu'en toute fin de dressage, le driver étant alors le seul maître à bord[84]. Voiture légère à deux roues, le sulky a connu de nombreux perfectionnements[85].
Même un amateur peut être autorisé à entraîner des trotteurs, sous certaines conditions[86].
Une fois le dressage terminé débute une période d'entraînement, qui va permettre de développer la musculature et le souffle du cheval[87]. Celui-ci se poursuivra tout le long de sa carrière en courses. On distingue trois types d’exercices dans l’entraînement traditionnel : la promenade de 45 à 60 minutes, généralement utilisée lors des lendemains de courses dans un but de détente ; l’américaine qui est un entraînement sur une distance comprise entre 6 000 mètres et 12 000 mètres à une vitesse de 1 minute et 40 secondes à 2 minutes au kilomètre ; le travail énergétique qui peut être continu ou semi-fractionné, et qui demande une accélération progressive à l’animal. À ce type d’exercice spécifique s’ajoute aussi un travail de récupération qui consiste à rentrer à l’écurie au petit trot pendant 2 à 5 minutes. L’ensemble de l’entraînement s’effectue dans l’esprit des courses de trot, à savoir que seule l’allure du trot est autorisée[S 20].
Différentes variables peuvent être mesurées afin d'évaluer l'état de santé d'un cheval à l’entrainement, notamment sa fréquence cardiaque, sa concentration en lactates sanguins, et la qualité ainsi que la fréquence de sa respiration[S 21],[S 22].
Qualification et carrière sportive
[modifier | modifier le code]La carrière de courses d'un Trotteur français commence à partir de 2 ans ; avant 1947, il fallait attendre ses 3 ans[P 3]. L'accès aux courses n'est possible que sur qualification[35],[27]. C'est l'entraîneur qui décide du moment opportun pour présenter son cheval[88]. La qualification est un test d'aptitude chronométré[35],[27]. Les trotteurs peuvent se qualifier pour les courses à 2, 3, 4, 5 ans et plus. La qualification consiste à effectuer une course en condition réelle sur une distance de 2 000 mètres, et à établir un temps de référence moyen sur 1 000 mètres (appelé aussi réduction kilométrique) déterminé en fonction de l'âge[A 2]. Les qualifications des 2 ans sont organisées à partir du mois de mai[A 3] et leurs premières courses sont proposées début juillet[89]. Les courses montées exigeant davantage de force que les courses attelées, les temps de référence exigés sont généralement supérieurs de une à deux secondes[68].
| âge | période | attelé | monté |
|---|---|---|---|
| 2 ans | mai à oct
nov à dec |
1'22"
1'21"5 |
1'23"
1'22"5 |
| 3 ans | janv à mars
avr à juin juil à dec |
1'21"
1'20"5 1'20" |
1'22"
1'21"5 1'21" |
| 4 ans | janv à sept
oct à dec |
1'19"
1'18"5 |
1'20"
1'19"5 |
| 5 ans et + | janv à dec | 1'18" | 1'19" |
Ces qualifications sont régies par la SETF et se tiennent sur les hippodromes homologués situés sur l'ensemble du territoire français, notamment à Caen et à l'hippodrome du centre d'entraînement de Grosbois[A 2], qui fait référence dans le monde entier pour l'entraînement des trotteurs[90]. Ces tests sont très sélectifs puisque seuls un tiers[36],[64] ou un quart[75] des chevaux d'une génération sont qualifiés ; ils éliminent plus de la moitié des chevaux présentés et sont donc précieux pour l'amélioration des performances sportives du TF[27],[P 2]. En outre, les chevaux ayant interrompu leur carrière ou ayant eu des gains insuffisants (selon barème) pendant un an doivent subir une épreuve de requalification[A 4].
La carrière d'un trotteur en course est assez longue, puisqu'il peut courir, en France, jusqu'au mois d'octobre de ses 11 ans, sous certaines conditions[A 5]. Les meilleurs sujets sont ensuite utilisés en tant que reproducteurs dans la filière des courses[75]. Les trotteurs ayant échoué aux tests obligatoires ou ayant terminé leur carrière en courses sont revendus pour devenir des chevaux de loisir ou de sport[91]. Un bon nombre d'entre eux, trop difficiles à reconvertir, est revendu à la boucherie au prix de la viande[92] ; c'était autrefois le sort d'une majorité de trotteurs exclus des courses, mais les mentalités ont évolué, favorisant les solutions de réforme[P 2]. Des associations tentent de sortir ces réformés de la filière viande, les recueillent et les revendent[92],[P 2].
Marché du Trotteur français
[modifier | modifier le code]Dans les années 2020, le chiffre d'affaires des ventes cumulées de Trotteurs français par leurs éleveurs dépasse 30 millions d'€[P 2].
Le prix d'un trotteur varie énormément en fonction de son âge, de ses origines, de sa conformation et de ses prestations sportives[A 6],[93]. L'éventail de prix est ainsi très vaste puisqu'il va de 1 000 euros pour un animal aux origines modestes à plusieurs centaines de milliers d'euros pour des chevaux ayant fait leurs preuves[A 6]. Le prix d'un Trotteur français est également conditionné par le coût des saillies par les étalons, celles-ci variant en 2025 de 1 000 à 15 000 euros, par exemple pour la lignée de Love You[A 7]. Les ventes aux enchères représentent un circuit assez développé dans le monde des courses. Elles concernent environ 10 % d'une génération pour les trotteurs français[94]. Ces dernières années, lors de ces ventes, on a constaté un prix de vente moyen de 11 000 euros pour un yearling et de 17 000 euros pour un cheval à l'entraînement, c'est-à-dire ayant déjà passé la sélection des qualifications. Ces prix moyens sont à nuancer en fonction de la renommée des ventes aux enchères en question, les plus célèbres pouvant voir ces prix multipliés par cinq[94].
Trotteurs de course renommés
[modifier | modifier le code]Plusieurs Trotteurs français ont marqué l'histoire des courses en dominant leurs adversaires, remportant les plus grandes courses françaises et internationales. Le plus connu du public français est Ourasi (1980 - 2013), seul trotteur de l’histoire à avoir remporté quatre Prix d’Amérique[P 4],[95],[64], et record de gains en courses de son époque[96]. La jument Gélinotte est lauréate de deux Prix d’Amérique et de deux Elitloppet dans les années 1950[97]. Une autre jument, Une de Mai, est détentrice de 74 victoires dans les années 1970 mais ne parvient jamais à remporter le Prix d'Amérique, épreuve reine du trot attelé[98]. Idéal du Gazeau remporte deux Prix d’Amérique, deux Elitloppet, et trois International Trot au début des années 1980[99]. Bellino II est le seul cheval à figurer trois fois au palmarès combiné des Prix d’Amérique et de Cornulier, en trot monté[100]. En 1985, Minou du Donjon fait tomber le record du monde de vitesse au trot attelé à Stockholm, avec une réduction kilométrique de 1'11'50[5].
- Trotteurs français de course renommés
- Ourasi pendant sa retraite en 2006.
- Ready Cash décrochant le Prix de France 2011.
- Bold Eagle en 2015.
Jag de Bellouet a remporté trois Prix de Cornulier et le Prix d’Amérique en 2005, restant le seul cheval à avoir remporté la même année l'épreuve reine du trot attelé et du trot monté[P 5]. Le début des années 2010 est marqué par le règne Ready Cash, double vainqueur du Prix d'Amérique et dont la progéniture s'annonce exceptionnelle à l'image des phénomènes Bold Eagle et Face Time Bourbon[A 8]. D'autres chevaux ont marqué l'histoire du trot, tels Fandango, champion du trot monté, devenu un chef de race moderne[A 9], Jamin, réputé pour sa vitesse[A 10], le polyvalent Tidalium Pelo surnommé le Diable noir[P 6], ou Ténor de Baune, resté invaincu jusqu'au prix d'Amérique[A 11].
Autres disciplines
[modifier | modifier le code]Les TF inaptes à courir ou en échec aux qualifications sont réorientés ou réformés[8],[63]. On parle de réorientation pour ceux qui n'ont jamais couru en course, et de réforme pour ceux qui ont couru avant d'être écartés du circuit à cause de performances médiocres[101]. Ces trotteurs réformés ou non, après une rééducation nécessaire pour améliorer la qualité de leur galop, deviennent des chevaux de loisir et de sport[65],[102],[8],[63], souvent avec succès[102]. Plusieurs associations de bénévoles, comme l'Écurie Seconde Chance, se sont spécialisées dans l'éducation de jeunes TF de 2 et 3 ans qui n'ont jamais couru, en partenariat avec leurs éleveurs qui souhaitent éviter la boucherie[P 2]. Un trotteur qui n'a jamais été dressé pour les courses n'a pas besoin de rééducation[51], et l'apprentissage des bases du métier de cheval de selle prend un à deux ans[P 2]. Pour les chevaux ayant couru, la rééducation consiste à leur apprendre à cesser de travailler avec la tête tenue en l'air et à mieux utiliser leur dos, pour éviter la fuite en avant[51]. Le travail sur le galop est souvent long[92]. De plus, le trotteur qui embarque au trot peut être dangereux en raison de la puissance de sa foulée[92]. Le travail sur l'incurvation est également primordial[51]. Les trotteurs attelés rééduqués et réformés sont souvent très réceptifs aux jambes d'un cavalier, car ils ne connaissent pas antérieurement cette aide[51]. S'ils n'ont pas été trop exploités en course, ils sont en général d'une bonne longévité sportive[92].
Ils constituent une partie importante de la cavalerie des centres équestres grâce à leur bon caractère, leur polyvalence et leur prix peu élevé[102],[8],[103]. Ils sont en effet souvent acquis pour le prix de leur viande[102]. Les vieux trotteurs de centre équestre sont classiquement attribués aux jeunes cavaliers en apprentissage[64]. Pour le sport, ils sont réputés auprès des cavaliers amateurs[76], et ce, tout particulièrement en saut d'obstacles[53],[102],[8],[63]. Le TF est relativement performant dans cette discipline grâce à sa grande taille et à la puissance de son arrière-main[102], ses aptitudes au saut étant nettement supérieures à la moyenne des autres races[68]. Il arrive aussi d'en voir en concours complet, mais il peut être pénalisé en dressage à cause de ses difficultés à se rassembler et à cadencer son trot[102]. Le TF est une bonne monture pour les débutants en saut d'obstacles et concours complet[73].
Le TF est aussi souvent apprécié des cavaliers de loisir[102]. En randonnée et dans le tourisme équestre, leur rusticité et leur endurance sont appréciées[102]. Le TF a aussi l'avantage de ne pas être peureux en extérieur[64]. Il est cependant souvent trop grand pour cette activité, ce qui gène son cavalier pour passer sous les branchages[102]. Le TF est présent en techniques de randonnée équestre de compétition (TREC) et en endurance[92].
- Trotteur français en sports équestres
- Jument TF au travail en carrière, 2001
- Romy des Dimes, jument TF travaillant sur le dressage en plat, 2011.
- Quelington d'Evel, hongre TF participant à un concours de saut d'obstacles, 2011.
Les trotteurs forment aussi une part importante des chevaux de chasse à courre[35],[104],[92],[8], en particulier dans les années 1990, avec un attrait des veneurs débutants pour les grands modèles d'1,80 m, dotés d'un port de tête élégant et d'une tête légère[104]. Une taille d'1,60 à 1,65 m est davantage recommandée[104]. L'endurance[8], les qualités de rusticité et le caractère calme sont recherchés[92].
Enfin, ils peuvent s'avérer être de très bons chevaux d'attelage[63]. Leur calme et leur force sont particulièrement adaptés à cette discipline[A 12]. Ainsi, la meneuse française Eve Cadi Verna a participé aux Championnats du monde en paire à Conty en avec ses Trotteurs français[P 7]. Néanmoins, pour cette discipline, un dressage réellement approprié s'impose[63],[A 12]. Un trotteur réformé sera beaucoup plus difficile à travailler en attelage qu'un cheval n'ayant jamais couru[A 12]. La traction d'un attelage n'a en effet rien à voir avec celle d'un sulky[63].
Croisements
[modifier | modifier le code]Utilisé en croisement, le Trotteur français a influencé l'élevage du cheval de selle[27], notamment le Selle français (SF) dont il a amélioré les qualités de sauteur[6],[65]. Dans le règlement du stud-book du Selle français, les juments Trotteur français sont considérées comme facteur de SF ; c'est-à-dire qu'elles peuvent donner naissance à des poulains Selle français (SF), si elles sont croisées avec un reproducteur SF[A 13]. Ce croisement participe à la diversité génétique du SF, le TF représentant environ 10 % des origines génétiques de SF en 1995[S 23]. Certains des meilleurs chevaux d'obstacles français, comme Galoubet A et Jappeloup, avaient un parent de race Trotteur français[6],[43],[73].
Le Trotteur belge est issu du Trotteur français, dont il est très proche[105] ; il a aussi eu une influence sur le Trotteur allemand[106], et divers autres trotteurs européen, notamment le Trotteur italien et le Trotteur suédois[65]. Deux étalons TF ont été acquis à l'époque de l'URSS pour des croisements fructueux avec le Trotteur russe[65].
Diffusion de l'élevage
[modifier | modifier le code]Le TF est commun[7]. D'après l'étude de l'université d'Uppsala pour la FAO (2010), c'est une race à diffusion locale, qui n'est pas menacée d'extinction[A 14]. Le Trotteur français est, de loin, la race de chevaux la plus élevée en France[61],[27],[63], dépassant le Selle français[13]. Voire, il constitue l'élevage racial équin le plus important d'Europe[70]. Il est peu présent à l'international[63]. L'ouvrage Equine Science (4e édition de 2012) le classe parmi les races de chevaux de selle peu connues au niveau international[107].
En France
[modifier | modifier le code]Bien qu'il soit présent dans tout le pays[77], l'élevage de la race est très concentré en Basse-Normandie (Manche, Calvados et Orne), qui en constitue le berceau d'origine[68],[27],[63]. Un trotteur sur deux naît en région Normandie[61]. On trouve également des élevages de Trotteur français dans tout le quart nord-ouest de la France (dont la région Pays de la Loire) et dans le Sud-Ouest[55],[27],[63], avec une forte représentation dans le Perche[61], en Anjou et en Vendée[68], ainsi que dans le département du Rhône, aux alentours de Lyon[68].
Il y a environ 7 000 propriétaires de TF dans toute la France[108]. La majorité des éleveurs ne possède qu'une, deux ou trois juments[55],[13],[27],[36],[63]. 60 % ont une seule poulinière[77]. Une soixantaine d'élevage ont une jumenterie de 15 ou plus[36]. Certains possèdent des terres agricoles, d'autres sont des citadins qui n'ont ni terrain ni infrastructure et confient leurs poulinières à un éleveur[77]. Ce sont généralement les gérants de l'élevage qui élèvent, dressent, entraînent et font courir leurs chevaux[13],[27],[36],[63]. Cependant, seuls quelques centaines d'éleveurs peuvent vraiment être qualifiés de professionnels[77]. L'activité d'élevage et de valorisation est facilitée par la présence d'une centaine d'hippodromes répartis dans toute la France[13]. L'élevage du TF permet une ascension sociale et une éventuelle amélioration des revenus pour de petits agriculteurs[13].
Le haras national du Pin, celui de Saint-Lô et le celui du Lion d'Angers sont historiquement les plus spécialisés dans le TF[61],[27].
| Année | Effectif total | Étalons en service | Naissances / an | Nombre d'élevages[Note 1] |
|---|---|---|---|---|
| 1983 | 15 745[A 15] | > 662[27] | ||
| 1990 | 21 018[A 15] | |||
| 1999 | 626[61] | ~11 000[61] | > 7 850[61] | |
| 2006 | ~8 000 à 9 000[62] | |||
| 2012 | ~ 11 000[8] | |||
| 2013 | 512[109] | 11 107[109] | ~7 364[109] | |
| 2015 | ~11 000[78] | ~8 000[77] | ||
| 2018 | 216 398[Note 2],[A 15] | |||
| 2020 | 221 069[A 15] |
Dans le reste du monde
[modifier | modifier le code]Le TF est aussi élevé en Scandinavie, en Italie, en Amérique du Nord[5],[8], en Belgique[5],[77], en Suisse[77], et sous accord en Espagne, en Lituanie, en Pologne, en Ukraine, en République tchèque et à Malte[5],[77].
Dans la culture
[modifier | modifier le code]Le Trotteur français est un cheval populaire et apprécié en France, où il symbolise le monde du trot attelé et constitue souvent la première monture des apprentis cavaliers en centre équestre[20]. Il est lié à la sportivité rurale et à la proximité avec le citoyen[110]. La bonne longévité sportive des trotteurs permet au public de suivre son cheval favori pendant des années[110]. Enfin, le TF profite d'un aspect un peu frondeur, un cheval élevé par un petit propriétaire pouvant remporter des courses prestigieuses[110].
En 1998, une série de timbres français éditée par La Poste, « Nature de France », célèbre quatre races de chevaux françaises, dont le Trotteur français[A 16].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]Références
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Annexes
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