Cheval du Vercors de Barraquand

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Cheval du Vercors de Barraquand
Cheval du Vercors de Barraquand chez un éleveur d'Autrans, en Isère.
Cheval du Vercors de Barraquand chez un éleveur d'Autrans, en Isère.
Région d’origine
Région Vercors, Drapeau de la France France
Caractéristiques
Morphologie Cheval de selle et de trait léger
Taille 1,50 m en moyenne
Poids 450 à 570 kg
Robe Toujours baie
Caractère Rustique, solide et docile

Le cheval du Vercors de Barraquand est une race chevaline montagnarde française, reconnue par le ministère de l'agriculture le . Résultant d'une très ancienne sélection dans le Vercors, ce petit cheval rustique de robe baie est utilisé aussi bien sous la selle que pour les travaux des champs. Il tient son nom de la famille Barraquand, qui développe son élevage de la fin du XIXe siècle aux années 1950, grâce à la pratique de la transhumance.

Considérée comme perdue après la faillite de l'élevage des Barraquand, la race est en reconstitution. Actuellement à très faibles effectifs, des tentatives de développement sont en cours grâce à plusieurs éleveurs, en particulier sous l'impulsion du parc naturel régional du Vercors.

Étymologie et terminologie[modifier | modifier le code]

L'usage des utilisateurs de ce cheval dans le Midi de la France a fini par imposer le nom de la famille Barraquand pour désigner la race. Le nom officiel retenu par le ministère de l'agriculture le est « Cheval du Vercors de Barraquand »[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Aucune étude sérieuse n'a été menée concernant l'origine de la race, mais des chevaux de montagne existent probablement depuis longtemps dans le Vercors. Ce cheval, décrit en son temps comme un descendant du tarpan, est peut-être connu depuis l'Antiquité. Des fouilles entreprises près du mur d'Hadrien ont révélées des squelettes proches par leurs mensurations : un régiment de cavalerie Voconce est alors chargé de garder les lieux[A 1].

Du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Les moines cisterciens de l'abbaye de Léoncel ont vraisemblablement contribué à la sélection de la race.

Le cheval du Vercors est sélectionné par les communautés monacales au Moyen Âge. Au XVIIe siècle, les archives du Val-de-Lans gardent les traces de transactions impliquant des chevaux. La race est connue via le registre des moines cisterciens de l'abbaye de Léoncel, qui en 1760 signale de petits chevaux rustiques, vraisemblablement sélectionnés sur leur aptitude à se déplacer en montagne[A 1]. Les chevaux semblent peu nombreux dans la région[2] mais des traces existent également dans les archives de Crest, parlant en 1732 d'un étalon bai-brun toisant environ 1,45 m (quatre pieds et neuf pouces)[A 2]. Les chevaux servent d'animaux de transport, de travail aux champs, et fournissent aussi de la viande[3]. Bien qu'un très fort accroissement du nombre d'animaux se produise entre 1836 et 1921[A 2], à la fin du XIXe, les petits chevaux de montagne commencent à disparaître face à la concurrence des races de trait lourd utilisées dans les plaines[3]. Ces animaux exigeant une nourriture plus riche, de nombreux éleveurs quittent les régions montagneuses[A 2].

Influence de la famille Barraquand[modifier | modifier le code]

Le développement de l'élevage prend un nouvel élan à la fin du XIXe et dans la première moitié du XXe siècle sous l'impulsion d'une famille d'éleveurs également originaire du Vercors, la famille Barraquand, et en particulier de Jules Barraquand, considéré comme le véritable fondateur de la race. En 1894, alors qu'il est un jeune métayer âgé de quatorze ans, il crée son troupeau à partir d'un étalon et de six juments de la région[4],[A 3]. En 1908, il met en place des transhumances vers la Crau ; ce sont des centaines de chevaux qui traversent alors le Sud de la France, entre la Crau et le Vercors[A 3].

Grâce à son excellente gestion, en 1914 le troupeau compte 200 juments poulinières, huit étalons approuvés par les haras nationaux, et la race prend son nom[3],[4]. La Première Guerre mondiale marque un ralentissement. L'élevage redémarre ensuite de plus belle, les agriculteurs et maraîchers du Vercors et du Midi adoptent ce cheval économique pour les petits travaux de ferme, les chevaux Barraquands se trouvent dans toutes les fermes des villages aux alentours de Léoncel[A 4]. Cette période de prospérité agricole permet à la famille Barraquand d'acquérir 800 hectares près d'Arles et dans le Vercors, à Ambel[A 5]. La transhumance des terres de Font d'Urle et Ambel vers les plaines du Midi[4] constitue une sorte de démarchage naturel des utilisateurs potentiels. La concentration de l'élevage permet une rationalisation de la sélection conduisant à une stabilisation et une homogénéisation des caractéristiques des chevaux en un type bien défini, justifiant l'usage de l'appellation « Barraquand »[réf. souhaitée]. Les chevaux jouent alors un rôle central dans l'économie de la région[3].

Déclin[modifier | modifier le code]

La Seconde Guerre mondiale affecte l'élevage des Barraquand[3], bien que la transhumance des chevaux attire l'attention d'un journaliste en 1941[5]. Jules Barraquand décède l'année suivante et son fils Frédéric reprend l'entreprise familiale avec difficulté, la ferme d'Ambel ayant été détruite et les chevaux réquisitionnés et dispersés par les Allemands[A 5]. Cette population de 150 chevaux attire l'attention de l'étudiant vétérinaire Jean-Xavier Dussert qui, après avoir vu un reportage consacré à la transhumance, leur consacre sa thèse soutenue en 1946 et suggère le développement d'une véritable race « alpine »[6]. Dans les années 1950, le commerce des chevaux décline avec la motorisation de l'agriculture[7],[3]. L'année 1954 est celle de la dernière transhumance et, durant la suivante, l’élevage de la famille Barraquand entre en déficit. Dès lors, les ventes s'effondrent. Frédéric Barraquand finit par dissoudre son élevage en 1963. En l'absence de vente des chevaux, la race est considérée comme disparue[7].

Renaissance à la fin du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Ce cheval réapparaît à la fin du XXe siècle grâce aux initiatives conjuguées de passionnés[3], comme Jean-Louis Barraquand. Partant de trois juments et d'un étalon, il entreprend en 1988 la reconstitution du troupeau de son élevage familial, et relance les transhumances[8]. Ils sont rejoints par les fermes équestres du Vercors dans les années 1990[9], et le parc naturel régional du Vercors qui, via le haras national d'Annecy, souhaite relancer le Barraquand parallèlement au sauvetage des bovins Villard-de-Lans[7]. En 1995, une association voit le jour dans ce but[3], une autre est créée en 2006 à Arles[10].

Le but des éleveurs est d'obtenir la reconnaissance de la race par les haras nationaux[3], condition nécessaire à son maintien. Le cheval du Vercors de Barraquand est officiellement reconnu par un décret du ministère de l'agriculture français, le 18 juillet 2017[11], en tant que race territoriale[12].

Description de la race[modifier | modifier le code]

Article connexe : Morphologie du cheval.
Cheval Barraquand au modèle.
Gros plan sur la tête.

C’est un cheval de type médioligne, il est très proche du cheval d'Auvergne avec lequel des échanges de reproducteurs ont eu lieu dans le passé, ou encore du Mérens[7] et du cheval de Castillon qui tous trois sont aussi des chevaux de montagne à deux fins élevés en liberté. Il mesure idéalement, d'après ses éleveurs actuels, de 1,45 m à 1,55 m pour une moyenne de 1,50 m et un poids de 400 à 500 kg[7]. Les sources de l'époque de la famille Barraquand évoquent plutôt une taille de 1,48 m à 1,54 m pour un poids de 500 à 570 kg[A 2]. Il existe des spécimens plus petits. La tête est assez petite, dotée d'un œil vif. Les membres sont bien nets, avec des tendons détachés. La croupe est bien musclée, double et en pupitre, soit inclinée. La queue est attachée haut, la crinière double. Les sabots sont noirs[3],[A 2].

Robe[modifier | modifier le code]

Les chevaux Barraquands n'ont généralement pas de balzanes. Les fanons sont abondants et la châtaigne très apparente, caractéristiques typiques du cheval de montagne.

La robe est foncée, toutes les nuances du bai et du noir (y compris noir pangaré) sont possibles. Il possède parfois quelques marques en tête de petite taille, peu ou pas de balzanes[A 2].

Tempérament et entretien[modifier | modifier le code]

Solide et docile, le cheval Barraquand est élevé de manière extensive en plein air toute l'année. Rustique[7] et très résistant[3], en particulier sur le plan alimentaire (on le disait autrefois « de bon entretien »)[A 2], il partage cette caractéristique avec d'autres races endémiques peu affectées par les apports de sang, comme l’Ardennais et le Camargue. Il est adapté au climat montagnard de sa région et son pied sûr lui permet d'arpenter sans risque les zones accidentées[3]. Historiquement, les poulains nés en liberté étaient capturés au lasso puis facilement dressés grâce au caractère naturellement sociable de la race[7].

Utilisations[modifier | modifier le code]

À l'origine employé au labour et au débardage ou autres travaux forestiers, le Barraquand tend à se rapprocher du cheval de selle de nos jours[7]. Comme tous les chevaux de montagne en Europe, il est « à deux fins » et peut indifféremment être monté, attelé ou bâté[3]. Les fermes équestres du Vercors promeuvent la race pour la randonnée, où il a l'avantage d'avoir le pied adapté au relief, l'attelage amateur de loisir, pour lequel son caractère est adapté[B 1], le TREC et le ski joëring, qui nécessite des chevaux ne craignant pas le froid[B 2].

Il peut être élevé de manière extensive en complément de bovins ou d'ovins, et devenir un outil de gestion de l'espace montagnard. Il peut aussi débarder le bois[B 3]. La traction de traîneaux-taxi dans les stations de ski en hiver est évoquée comme débouché pour la race[7]. La plupart des chevaux produits actuellement en élevage sont destinés eux-mêmes à l’élevage, ou acquis par des centres équestres, l'attelage restant encore peu développé[3].

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

Les montagnes du Vercors, biotope historique de la race

Ce cheval est considéré comme un patrimoine régional[B 4], il s'agit en effet de la seule de chevaux propre à la région Rhône-Alpes[12]. Le parc naturel régional du Vercors conduit des actions en faveur de cette race locale[13]. Des éleveurs du massif du Vercors et de Provence s'efforcent d'en relancer l'élevage. En 2010, on compte un peu plus d'une centaine de chevaux du Vercors et une dizaine d’éleveurs le produisent[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tsaag Valren 2017.
  2. Paul Granon-Fabre, Le Bétail de la Drôme. L'élevage dans la région du Crest. Thèse de doctorat vétérinaire, Lyon, Villefranche, imprimerie du réveil du Beaujolais, 1927, cité dans Approche historique du cheval du Vercors
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Frison 2012
  4. a, b et c Gardelle 2001, p. 236
  5. Merry Bromberger, « 48 heures après leur naissance, les poulains du Vercors apprennent à marcher », juillet 1941, cité dans Approche historique du cheval du Vercors
  6. Dussert 1947, p. présentation
  7. a, b, c, d, e, f, g, h et i Gardelle 2001, p. 241
  8. Gardelle 2001, p. 243
  9. « Le cheval du Vercors », sur www.fermes-equestres-vercors.com (consulté le 22 septembre 2012)
  10. « Association française des éleveurs du cheval Barraquand », net1901.org (consulté le 22 septembre 2012)
  11. « PHOTOS - Le cheval de Barraquand, typique du Vercors, officiellement reconnu comme race », France Bleu,‎ (lire en ligne)
  12. a et b « Les chevaux du Vercors reconnus “race territoriale” », Le Dauphiné libéré,‎ (lire en ligne)
  13. « Les missions du parc » (consulté le 18 mai 2009)
  1. a et b p. 2
  2. a, b, c, d, e, f et g p. 3
  3. a et b p. 4
  4. p. 6
  5. a et b p. 5
  1. p. 5
  2. p. 6
  3. p. 7
  4. p. 8

Annexes[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • [Bataille et Tsaag Valren 2017] Lætitia Bataille et Amélie Tsaag Valren, Races équines de France, Éditions France Agricole, , 2e éd. (1re éd. 2008), 304  p. (ISBN 2-85557-481-1), « Cheval du Vercors de Barraquand », p. 146-149. Voir et modifier les données sur Wikidata.
  • [Dussert 1947] Jean-Xavier Dussert, Les Chevaux du Vercors : élevage et transhumance, impr. de E. Martinez, , 83 p.
    Thèse présentée à la faculté de médecine et de pharmacie de Lyon pour obtenir le grade de docteur vétérinaire, soutenue publiquement le 23 décembre 1947
  • [Gardelle 2001] Charles Gardelle, Alpages: Dauphiné Savoisiennes (Les Marches, France), vol. 2 de Alpages: les terres de l'été, La Fontaine de Siloé, coll. « Les delphinales », , 320 p. (ISBN 2842061497 et 9782842061494). 

Articles[modifier | modifier le code]

  • [Fugain 2011] Clémence Fugain, « Trois races en quête de reconnaissance », Cheval magazine, no 477,‎ , p. 46-47 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Frison 2012] Marion Frison, « L'agriculture au secours du patrimoine », Isère magazine, no 125,‎ , p. 28 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Tsaag Valren 2017] Amélie Tsaag Valren, « Le cheval du Vercors officiellement reconnu ! », Cheval Savoir,‎ (lire en ligne)