Soumission (roman)

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Soumission
Image illustrative de l'article Soumission (roman)

Auteur Michel Houellebecq
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur Flammarion
Lieu de parution Paris
Date de parution
Nombre de pages 300
ISBN 978-2081354807
Chronologie
Précédent La Carte et le Territoire

Soumission est un roman d'anticipation, de type politique-fiction, écrit par Michel Houellebecq, paru le aux éditions Flammarion[1]. C'est le sixième roman de Houellebecq.

Le livre décrit un futur proche en France dans lequel est élu un président de la République issu d'un parti politique musulman en 2022.

Il rencontre dès sa sortie un succès important, se vendant à plus de 120 000 exemplaires en seulement cinq jours[2]. Un mois après sa sortie, le livre s'est vendu sur le seul territoire français à plus de 345 000 exemplaires et a pris la tête des ventes dans trois pays européens : en France, en Italie et en Allemagne[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le 15 décembre 2014, la parution du sixième roman de Houellebecq est annoncée pour le 7 janvier 2015.

Le 29 décembre le blog spécialisé Aldus révèle le piratage du livre, se fiant à sa présence en partage sur les réseaux torrent et en téléchargement[4] et fait l'hypothèse qu'il s'agit du premier piratage d'un livre français avant même sa sortie en librairie.

Le roman faisant polémique avant même sa sortie, l'auteur est interviewé lors du Journal du Soir de France 2 par David Pujadas le mardi 6 janvier 2015[5].

À la suite des attentats contre Charlie Hebdo le 7 janvier, l'écrivain décide de suspendre la promotion de son livre en France avec effet immédiat[6].

Michel Houellebecq déclare le 27 janvier 2015 être sous protection policière[7].

Fin 2015, le New York Times classe le livre dans les « 100 livres notables de 2015 »[8].

Résumé[modifier | modifier le code]

L'histoire se déroule dans un futur proche : François, un professeur de littérature parisien spécialiste de Huysmans, sent venir la fin de sa vie sexuelle et sentimentale, avec pour seule perspective la vacuité et la solitude. L'environnement décrit au début du roman des affrontements réguliers entre jeunes identitaires cagoulés et jeunes salafistes : les médias semblent — par crainte d'un embrasement généralisé — ne pas relayer toutes les informations, le pays paraît être au bord de la guerre civile.

Les bouleversements politiques de l'élection présidentielle française de 2022 amènent au pouvoir un leader intelligent et charismatique d'un nouveau parti politique. Après qu'il fut parvenu de justesse à se hisser au second tour de l'élection présidentielle, Mohammed Ben Abbes, président de ce nouveau parti nommé « La Fraternité musulmane », réussit, grâce au soutien au second tour de tous les anciens partis politiques traditionnels face au Front national lui aussi présent au deuxième tour, à être élu.

Ce changement politique offre au narrateur une seconde vie et une seconde chance. Parmi les changements notables découlant de cette élection, la France est pacifiée, le chômage chute, des universités — dont la Sorbonne — sont privatisées et islamisées, les professeurs doivent être musulmans pour pouvoir enseigner, la polygamie est légalisée, les femmes n'ont plus le droit de travailler et doivent s'habiller d'une manière « non-désirable ». Grâce au soutien d'un ministre de Ben Abbes, le professeur semble s'être lui-même convaincu de retrouver le chemin des honneurs et un poste à l'université au prix d'une conversion à l'islam.

Plusieurs personnages politiques réels apparaissent dans le roman parmi lesquels François Hollande et Manuel Valls, respectivement président et Premier ministre jusqu'en 2022, Marine Le Pen, candidate malheureuse au second tour de l'élection présidentielle de 2022, François Bayrou qui est choisi comme Premier ministre par Mohammed Ben Abbes ou encore Jean-François Copé.

Le décadentisme est présent tout au long du roman, à travers la figure de Huysmans.

Personnages[modifier | modifier le code]

François 
la quarantaine finissante, professeur sans illusion « célibataire cultivé, un peu triste », il est à la Sorbonne, le grand spécialiste de l'écrivain Joris-Karl Huysmans.
Myriam 
jeune étudiante de lettres modernes est la dernière « conquête amoureuse » de François. C'est une jeune femme au look gothique, d'une famille juive. L'accession au pouvoir de la Fraternité musulmane la voit se réfugier en Israël.
Steve 
collègue de François, spécialiste de Rimbaud.
Marie-Françoise Tanneur 
spécialiste de Balzac, elle est toujours très bien renseignée quant à l'université.
Godefroy Lempereur 
jeune professeur à la Sorbonne et spécialiste de Léon Bloy.
Robert Rediger 
nouveau recteur de la Sorbonne. Il est né à Bruxelles. Après un passage chez les Identitaires, il s'est converti à l'islam. Il est polygame.
Mohammed Ben Abbes 
fils d'un épicier tunisien, il est le leader de la Fraternité musulmane.

Éditions[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

Le livre est paru aux éditions Flammarion[9]. Une édition originale de 120 exemplaires de l'ouvrage a été imprimées sur vélin Rivoli des papeteries Arjowiggins.

Autres[modifier | modifier le code]

Critiques[modifier | modifier le code]

Critiques positives[modifier | modifier le code]

  • L'écrivain Emmanuel Carrère voit dans Soumission « un roman d’une extraordinaire consistance romanesque » et considère que Michel Houellebecq, dont « les anticipations [...] appartiennent à la même famille » que 1984 de George Orwell et Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, s'avère être « un romancier plus puissant qu'eux »[10].
  • Le journaliste Bruno de Cessole estime, dans Valeurs actuelles, qu'« un écrivain (...) est quelqu'un pour qui la littérature ne fournit pas des réponses mais excelle à formuler les questions que se pose l'époque » et pense que « c'est ce que fait, avec talent et efficacité, l'auteur de Soumission, que l'on voudrait condamner comme une Cassandre »[11].
    Dans le même article, le journaliste se livre à un parallèle avec le roman de Jean Raspail, Le Camp des saints, paru en 1973 : « Pour sa part, Michel Houellebecq, dont le livre apparaît comme le pendant contemporain d'un autre roman scandaleux et prophétique, le Camp des saints, de Jean Raspail, se défend d'avoir cherché la provocation : « Je ne peux pas dire que c'est une provocation dans la mesure où je ne dis pas des choses que je pense fondamentalement fausses, juste pour énerver. » ».
  • Bien que la couverture de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015 affiche un dessin de Luz se moquant des talents divinatoires de Michel Houellebecq[6], la critique du livre par Bernard Maris est favorable, il nie que le livre critique l'islam et conclut par « Encore un magnifique roman. Encore un coup de maître »[12].

Critiques neutres[modifier | modifier le code]

  • Jean Birnbaum estime, dans Le Monde des livres, que « Houellebecq n’est ni un marginal ni un écrivain dont nous pouvons nous tenir quittes » et que, « de ce point de vue, peu importe que son roman soit littérairement de facture assez médiocre ». Il poursuit en disant que « Houellebecq ne parle pas pour ne rien dire » et que « (...) cela en dit long (...) sur cette époque terrifiante où nous nous trouvons tous sommés de choisir notre camp entre les pulsions islamophobes et les tueurs islamistes »[13].

Critiques négatives[modifier | modifier le code]

  • Pour Jérôme Dupuis, grand reporter au service Livres de L'Express et au mensuel Lire, « la politique-fiction de Michel Houellebecq n'est en rien une œuvre visionnaire, tout juste une succession de fausses provocations ». S'il relève qu'il « reprend fidèlement les vieilles recettes qui avaient si bien réussi dans Extension du domaine de la lutte », il estime qu'« on est loin, néanmoins, de la beauté déchirante de Rester vivant ou du début des Particules élémentaires » du même Houellebecq, ou encore « de la puissance visionnaire du Camp des saints » de Jean Raspail[14].
  • L'écrivain et journaliste Marc Weitzmann estime que Soumission « est le roman à la fois le plus clair et le plus faible de son auteur. (...) Le problème de ce nouveau livre n’est pas seulement que certaines phrases sentent la flemme d’écriture. Il est dans la paresseuse désinvolture avec laquelle Houellebecq traite son propos »[15].
  • Pour la romancière Christine Angot, « Soumission est un roman, un simple roman, mais c’est un roman qui salit celui qui le lit. Ce n’est pas un tract mais un graffiti : Merde à celui qui le lira »[16].
  • Pour Fouad Laroui, « Il faut donc sortir du texte pour voir en quoi l’homme Houellebecq participe du même mouvement de résurgence d’un racisme quasi biologique que l’on croyait définitivement disparu[17] ».

Autres analyses[modifier | modifier le code]

  • L'historien Stéphane Ratti, spécialiste de l'Antiquité, a mis en avant l'hypothèse que Soumission pourrait être inspiré, du moins en partie, par l'ouvrage Le Déclin, publié en 2013 par l'historien David Engels. Engels y prédit, fondé sur les analogies entre la crise de l'Europe et la chute de la République romaine, l'avènement prochain d'un régime de type augustéen, correspondant au cadre politique fictif décrit par Houellebecq[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le prochain Michel Houellebecq aura pour titre "Soumission" », sur livreshebdo.fr,‎ (consulté le 5 décembre 2014)
  2. « Michel Houellebecq, numéro 1 des ventes toutes catégories », sur Le Figaro,‎ (consulté le 4 février 2015)
  3. « Houellebecq superstar des ventes », sur lefigaro.fr,‎ (consulté le 11 février 2015)
  4. « Houellebecq : "Soumission" circule déjà sur les réseaux », sur Aldus,‎ (consulté le 29 décembre 2014)
  5. « Michel Houellebecq Interview Soumission », sur Youtube.com,‎ (consulté le 4 février 2015)
  6. a et b « Le frappant télescopage entre la sortie du livre de Houellebecq et l’attentat contre « Charlie Hebdo » », sur lemonde.fr,‎ (consulté le 4 février 2015)
  7. Alice Coffin Attentat à «Charlie Hebdo»: Michel Houellebecq sort de son silence, 27 janvier 2015 sur le site du journal 20 Minutes (Consulté le 29 janvier 2015)
  8. (en) « 100 Notable Books of 2015 »
  9. Houellebecq Michel, Soumission, Flammarion, Paris, 2015.
  10. Emmanuel Carrère, « Emmanuel Carrère sur Houellebecq : « Un roman d’une extraordinaire consistance romanesque » », sur lemonde.fr, Le Monde,‎ (consulté le 7 janvier 2015)
  11. Bruno de Cessole, « Celui par qui le scandale arrive », Valeurs actuelles, no 4076,‎ , p. 20-21.
  12. Charlie Hebdo du 7 janvier 2015 en page 13
  13. Jean Birnbaum, « Houellebecq et le spectre du califat », Le Monde des livres, no 21766,‎ , p. 1-3.
  14. Jérôme Dupuis, « Soumission de Houellebecq: Big Brother revu par Guignol », sur lexpress.fr, L'Express,‎ (consulté le 8 janvier 2015)
  15. Marc Weitzmann, « Marc Weitzmann : « Toxicité de Houellebecq » », sur lemonde.fr, Le Monde des Livres,‎ (consulté le 10 janvier 2015)
  16. « C’est pas le moment de chroniquer Houellebecq, par Christine Angot », sur lemonde.fr,‎ (consulté le 15 janvier 2015)
  17. « Soumission » de Houellebecq ? Bon roman, très mauvaise action…, sur Jeune Afrique,‎ (consulté le 19 août 2015).
  18. « Stéphane Ratti : Michel Houellebecq et l'empereur Auguste »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]