Guillermo Lasso

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Guillermo Lasso
Illustration.
Guillermo Lasso en 2021.
Fonctions
Président de la République de l'Équateur
En fonction depuis le
(11 mois et 29 jours)
Élection 11 avril 2021
Vice-président Alfredo Borrero
Prédécesseur Lenín Moreno
Ministre-secrétaire de l’Économie

(1 mois et 7 jours)
Président Jamil Mahuad
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Fonction supprimée
Gouverneur de la province du Guayas

(1 an et 7 jours)
Prédécesseur Rafael Guerrero Valenzuela
Successeur Benjamín Rosales Valenzuela
Biographie
Nom de naissance Guillermo Alberto Santiago Lasso Mendoza
Date de naissance (66 ans)
Lieu de naissance Guayaquil (Équateur)
Nationalité Équatorienne
Parti politique Mouvement CREO
Profession Homme d'affaires, banquier
Religion Catholicisme

Guillermo Lasso
Présidents de la République de l'Équateur

Guillermo Lasso Mendoza, né le à Guayaquil, est un homme d'affaires et homme d'État équatorien. Il est président de la République de l'Équateur depuis le .

Banquier de profession, il est gouverneur de la province du Guayas à partir de 1998 et brièvement ministre-secrétaire de l’Économie en 1999.

Libéral-conservateur, il fonde le Mouvement CREO en 2012 et se présente sans succès aux élections présidentielles de 2013 et de 2017, étant respectivement battu par Rafael Correa puis, de justesse, par Lenín Moreno. Il l’emporte finalement en 2021 face à Andrés Arauz.

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

Le Figaro décrit Guillermo Lasso comme un « pur produit de la bourgeoisie de Guayaquil » (capitale économique de l’Équateur située sur la côte pacifique)[1]. En 1977, il obtient de son beau-frère la direction de la banque de Guayaquil[2]. Il est également président de l'Association des banques privées d’Équateur de 1993 à 1997[3].

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Guillermo Lasso est gouverneur de la province du Guayas entre 1998 et 1999.

Il est nommé ministre-secrétaire de l’Économie en par le président Jamil Mahuad. Il démissionne le mois suivant, étant en désaccord sur la question d'un moratoire sur le paiement de la dette extérieure que défend le président, alors que la crise économique pousse à l'exil plus d'un million d’Équatoriens.

En 2003, il accepte le poste d'ambassadeur itinérant que lui propose le président Lucio Gutiérrez. Il s'affaire en particulier à rechercher des accords commerciaux avec les États-Unis et à resserrer les relations diplomatiques avec ce pays.

En 2012, il lance son parti, le Mouvement CREO, dont César Monge prend la présidence.

Élection présidentielle de 2013[modifier | modifier le code]

Guillermo Lasso en 2011.

Candidat à l’élection présidentielle de 2013, il arrive en deuxième position avec 22,7 % des voix, tandis que le président Rafael Correa est réélu avec 57,2 % des voix au premier tour.

Élection présidentielle de 2017[modifier | modifier le code]

De nouveau candidat à l'élection présidentielle en 2017 sur un programme « néo-libéral modéré »[1], il promet de supprimer une douzaine d’impôts, de créer un million d'emplois et d’expulser Julian Assange de l'ambassade équatorienne au Royaume-Uni. Il se qualifie pour le second tour avec 28,1 % des voix contre 39,3 % à son principal adversaire, Lenín Moreno. Il perd face à celui-ci avec 48,8 % des voix[4].

Guillermo Lasso en .

À la suite de l'annonce qu'il juge anormalement longue des résultats du premier tour et à des rumeurs de manipulations, il ne reconnaît pas le résultat et demande un recomptage des voix[5]. Alexander Vega, président du Conseil national électoral de Colombie et coordinateur de la Mission des observateurs de l’Unasur, dément les accusations de fraude, précisant : « nous avons été 400 observateurs de l’OEA, de l’Unasur, de l’Uniore et de l’AWEB  ; dire qu’il y a eu une fraude c’est dire que nous sommes complices de cette fraude : aucune mission électorale internationale ne se prêterait à ça » ; il déclare aussi que le système électoral équatorien est « l'un des plus fiables de la région »[6]. L'ancien président uruguayen José Mujica, en qualité de représentant de l'Unasur, confirme également la régularité du scrutin[7]. Finalement, Moreno est proclamé président le [8]. La victoire de Moreno est confirmée après le recomptage de 11,2 % des bulletins[9].

Il se rapproche du gouvernement de Lenín Moreno après que ce dernier a entrepris un virage à droite, le soutenant face au mouvement de contestation de 2019[10].

Élection présidentielle de 2021[modifier | modifier le code]

Guillermo Lasso brigue pour la troisième fois la présidence du pays à l’occasion de l’élection présidentielle de 2021, à la tête d'une coalition de droite comprenant son parti, le Mouvement CREO, et le Parti social-chrétien[11]. Il choisit Alfredo Borrero pour la fonction de vice-président. S'il se décrit comme un candidat du changement face au gouvernement de Lenin Moreno, son parti a été l'un des principaux alliés de Lenin Moreno au Parlement[11].

Avec 19,74 % des voix, il se qualifie de justesse pour le second tour, derrière le socialiste pro-Correa Andrés Arauz (32,72 %) et devant l’indigène écologiste Yaku Pérez (19,39 %). Ces résultats serrés — annoncés après un long dépouillement, marqué par la présence de nombreux procès-verbaux litigieux, et alors que le candidat libéral-conservateur était donné en troisième position pendant trois jours — déclenchent une controverse durant l'entre-deux-tours, Yaku Perez évoquant des fraudes en sa défaveur et refusant de reconnaître les résultats[12].

Carte représentant le vote par province au second tour de l’élection présidentielle de 2021.

Guillermo Lasso est élu au second tour avec 52,4 % des voix, ayant notamment bénéficié du ralliement de Xavier Hervas, candidat centriste arrivé en quatrième position au premier tour, ainsi que d'une partie du mouvement indigène. Le scrutin est marqué par un important nombre de votes nuls (16 %), dont celui de Yaku Perez. Après s'être proclamé vainqueur avec 50,8 % des suffrages sur la base d'un sondage sortie des urnes, Andrés Arauz reconnaît la victoire de son adversaire et le félicite[13],[14].

Son élection est saluée par les marchés financiers, entraînant une baisse sensible de la prime du risque souverain[15].

Président de la République[modifier | modifier le code]

Guillermo Lasso est investi président de la République de l'Équateur le [16]. Pendant son mandat de quatre ans, il devra composer avec une Assemblée nationale — renouvelée pour la même durée en même temps que le premier tour de l’élection présidentielle — dans laquelle son parti détient seulement 12 des 137 sièges, ce qui le conduira à faire de nombreux compromis par rapport à ses promesses de campagne[17].

Guillermo Lasso lors de son investiture en mai 2021.

Lors de son entrée en fonction, l’Équateur est confronté à une très importante crise économique, son PIB ayant reculé de 8 % en 2020, notamment en raison de la pandémie de Covid-19 et de la chute des cours du pétrole[18]. Face à la crise sanitaire, Guillermo Lasso fait passer le salaire minimum de 400 à 425 dollars[19], supprime les dettes des citoyens allant jusqu'à 1 000 dollars[20], et annonce la régularisation des dizaines de milliers de migrants vénézuéliens ayant fui la crise économique vénézuélienne[21].

La veille de son investiture, il annonce la privatisation de trois raffineries, d'autoroutes, de la compagnie publique des télécommunications et de la Banco del Pacífico, ainsi que l'exemption d’impôts pour les investissements dans le secteur du tourisme, particulièrement touché par la pandémie, pour une durée de trente ans[22].

Il annonce en septembre 2021 le lancement de la Loi de création d'opportunités (CREO), du nom de son parti politique, comprenant une réforme fiscale et l’assouplissement du code du travail. La loi prévoit une baisse de la TVA pour plusieurs produits, la suppression de l'impôt sur les successions pour les enfants et les conjoints, la suppression de la taxe sur les petites entreprises, la flexibilisation des modalités d'embauche et des horaires de travail pour les nouveaux emplois, et la création de zones franches avec incitations fiscales pour attirer les investissements étrangers[23].

Son gouvernement est contesté pendant plusieurs jours en octobre par des manifestations de mouvements indigènes, d'organisations sociales et syndicales, en protestation contre la flambée du prix de l'essence[24]. Guillermo Lasso reste toutefois déterminé à ne pas négocier avec les manifestants : il appelle ses partisans à « défendre » la capitale contre les « putschistes » et instaure l'état d'urgence pendant 60 jours, faisant déployer l’armée dans les rues, officiellement pour combattre le trafic de drogue[24]. Sa popularité chute en novembre, avec 67 % des Équatoriens déclarant rejeter sa politique contre 25 % la soutenant[25].

Il oppose en février 2022 son véto présidentiel au vote par le Parlement de la légalisation de l'avortement en cas de viol[26].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Catholique, il est membre de l’Opus Dei et s’oppose à la légalisation de l'avortement, même en cas de viol ou de malformation du fœtus[27]. Il se montre néanmoins ouvert sur ce sujet durant la campagne électorale de 2021, en déclarant notamment qu'il s'engagerait à respecter un point de vue différent du sien si le critère de la majorité était retenu[28].

Durant sa campagne présidentielle de 2021, il explique faire de la suppression totale du déficit sa priorité, proposant pour ce faire de réduire les dépenses et d'augmenter les recettes pétrolières. Partisan du libre-échange, il s'engage à supprimer la taxe sur les envois de fonds de l'Équateur et à signer des accords commerciaux notamment avec les États-Unis, la Chine et la Corée du Sud. Il entend également favoriser les investissements étrangers en abaissant la fiscalité, respecter les accords avec le Fonds monétaire international et les marchés financiers, privatiser la Banco del Pacífico, limiter les subventions sur le carburant octroyées aux plus démunis, augmenter les impôts sur la consommation, et créer un million d'emplois[11].

Controverse sur sa fortune et son éthique[modifier | modifier le code]

Selon des informations de l'Inspection des Banques de Panama révélées par le journal argentin Página/12, Guillermo Lasso est associé à une cinquantaine de sociétés offshore situées dans des paradis fiscaux. Sa fortune serait passée d'un à 31 millions de dollars entre 1999 et 2000, alors que le pays était frappé par une importante crise financière[2].

Le Center for Economic and Policy Research (CEPR), un centre de recherche basé à Washington, met en cause en 2017 l'existence de sociétés-écrans en Floride liées à Guillermo Lasso qui possédaient des propriétés à Miami (Floride) évaluées à plus de 30 millions de dollars. En 2021, l'organise indique qu'« un examen des registres des entreprises et de l'immobilier en Floride montre que les avoirs des sociétés-écrans liées à Lasso ont augmenté depuis 2017 »[29].

Son nom est cité en dans les révélations dites des Pandora Papers[30]. L'enquête de l'ICIJ et de ses partenaires montre que Lasso avait des liens avec au moins dix sociétés offshore et fiducies au Panama et quatre autres dans deux paradis fiscaux américains : le Dakota du Sud et le Delaware. Le président Lasso répond à l'ICIJ que « toute utilisation passée d'une entité internationale » était légitime, et qu'aucune de ces entités offshore n'avait de lien avec sa fonction publique. Il affirme avoir dissous toutes ses entités offshore avant de se présenter à l'élection présidentielle[31]. Le 11 octobre 2021, le Parlement équatorien vote le lancement d'une enquête sur les finances offshore de Guillermo Lasso pour vérifier s'il y avait infraction et notamment si Lasso a outrepassé la norme « interdisant aux candidats et aux agents publics d'avoir leurs ressources ou leurs actifs dans des paradis fiscaux », selon l'AFP[32].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Présidentielle en Équateur : un bastion de la gauche latino menacé », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  2. a et b « Los negocios del candidato de la derecha de Ecuador | Lasso, el magnate de las offshore », PAGINA 12,‎ (lire en ligne).
  3. « Equateur: le candidat de droite remporte la présidentielle », sur actu.orange.fr, (consulté le ).
  4. Marie Delcas (Quito, envoyée spéciale), « Le socialiste Lenin Moreno remporte la présidentielle en Equateur », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
  5. (es) « La oposición sospecha de fraudes ante el lento recuento de los votos en Ecuador », abc,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  6. « Alexander Vega observador electoral de UNASUR: "Nosotros descartamos cualquier tipo de fraude" », sur ecuadorinmediato.com.
  7. « Pepe Mujica felicita a Ecuador por resultados electorales », telesurtv.net,‎ (lire en ligne).
  8. « Équateur : le socialiste Lenin Moreno officiellement proclamé président - France 24 », sur france24.com (consulté le ).
  9. « Equateur. L’élection de Moreno confirmée après recomptage des votes », sur ouest-france.fr (consulté le ).
  10. « Équateur. Le félon, le socialiste, le banquier et... », sur alainet.org, .
  11. a b et c « Wealthy ex-banker campaigns as Ecuador’s ‘change candidate », sur ft-com, .
  12. François-Xavier Gomez, « Présidentielle : en Equateur, un second tour nimbé de confusion », sur liberation.fr, (consulté le ).
  13. « Équateur : Arauz devance l'annonce des résultats, se dit vainqueur de la présidentielle », sur lefigaro.fr, (consulté le ).
  14. « Le conservateur Guillermo Lasso élu président de l’Equateur », sur lemonde.fr, (consulté le ).
  15. « L’Équateur adopte un virage libéral sous l’œil du FMI », sur lefigaro.fr, (consulté le ).
  16. « Équateur: Guillermo Lasso investi président d'un pays en crise », sur rfi.fr, (consulté le ).
  17. (en) Sebastián Hurtado, « Ecuador’s Guillermo Lasso Has His Work Cut Out for Him », sur americasquarterly.org, (consulté le ).
  18. « Équateur: le pays entre soulagement et optimisme après l’élection de Guillermo Lasso », sur rfi.fr, (consulté le ).
  19. (es) Sara España, « Ecuador sube el salario básico a 425 dólares tras aumentar la carga de impuestos », sur El País,
  20. (es) « Lasso expide sus primeros decretos como presidente de Ecuador », sur europapress.es, (consulté le ).
  21. « Équateur: le président élu Lasso promet de régulariser les migrants vénézuéliens », sur mediapart.fr, (consulté le ).
  22. (es) « Guillermo Lasso anuncia concesión de refinerías, carreteras, telefónica y venta del banco estatal », sur eluniverso.com, (consulté le ).
  23. ¿De qué se trata la 'Ley de Creación de Oportunidades' anunciada por el presidente Guillermo Lasso en Ecuador ?, 24 septembre 2021
  24. a et b « En Équateur, nouvelles protestations contre la hausse de l’essence », La Croix,‎ (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le )
  25. (es) « Encuesta: el 67,38 % de ecuatorianos rechaza gestión de Lasso », sur www.telesurtv.net,
  26. « Équateur: les députés adoptent un texte sur l’avortement en cas de viol », sur Le Soleil,
  27. « Équateur. La « révolution citoyenne » veut claquer la porte au nez du FMI », sur humanite.fr, .
  28. « En élisant Guillermo Lasso président, l’Équateur bascule à droite », sur courrierinternational.com, (consulté le ).
  29. (en-US) « Tens of Millions in Florida Properties Linked to Ecuadorian Presidential Candidate Guillermo Lasso », sur Center for Economic and Policy Research,
  30. « Tony Blair, Shakira, DSK, le roi de Jordanie Abdallah II… Qui est impliqué dans les « Pandora Papers » ? », sur nouvelobs.com, (consulté le ).
  31. (en) « Ecuador's legislature to investigate president over Pandora Papers », sur France 24, (consulté le ).
  32. (en) « Ecuador's legislature to investigate president over Pandora Papers », sur France 24, (consulté le )

Liens externes[modifier | modifier le code]