Plan Novi

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En France, le plan Novi, autrefois appelé plan Rouge, est un plan d'urgence destiné à secourir un nombre important de victimes dans un même lieu, et à organiser les moyens de premiers soins par rapport à cette concentration des victimes. Le terme « novi » est l'abréviation de « nombreuses victimes » ; on parle aussi de « situation avec de multiples victimes » (SMV)[1]. C'est une déclinaison du plan Orsec.

Il est à distinguer du plan Blanc, qui est destiné à l'organisation des soins à l'arrière. Ces deux plans peuvent être déclenchés de manière indépendante, cependant, le plan Blanc est fréquemment déclenché avec le plan Novi afin de faire face à l'afflux de victimes évacuées de l'avant par le dispositif plan Novi.

Le plan Novi est basé sur quatre concepts :

  • l'organisation rationnelle des moyens : il faut éviter que les moyens ne se gênent mutuellement, préserver des réserves de moyens pour les autres situations d'urgence, organiser les divers intervenants et leurs actions par une hiérarchisation des mesures à prendre et des victimes à traiter ;
  • une double chaîne, l'une centrée sur la gestion globale du chantier et notamment du sinistre, l'autre sur la prise en charge des victimes ;
  • l'installation d'un poste médical avancé, à proximité de la catastrophe pour les premiers soins ;
  • un double commandement : l'un sur le site qui se charge de la gestion des opérations de secours, l'autre distant qui se charge des renforts et de la logistique.

Historique[modifier | modifier le code]

Les premiers plans orsec sont créés en 1952, mais concernent des sinistres de grande ampleur.

Le plan Rouge est créé en 1978 par la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, suite à des explosions lors d'un incendie (rue Raynouard, Paris 16e), ayant fait 13 morts et de très nombreux blessés : il s'agit d'un plan destiné à organiser les moyens de secours en présence de nombreuses victimes.

Son principe est étendu à toute la France par la circulaire no 86-318 du (ministère de l'Intérieur), relative à la planification des secours immédiats en présence de nombreuses victimes. Le nom de « plan Rouge », tel qu'il existait à Paris, est officiellement repris quelques années plus tard, dans une circulaire qui annulait et remplaçait cette dernière (circulaire no 89-21 du relative au contenu et aux modalités d'élaboration des plans destinés à de nombreuses victimes dénommés « plans rouges »). Comme le titre de cette circulaire l'indique, chaque département organise son plan Rouge, même si les différents plans restent très similaires.

À la suite des attentats de Madrid du 11 mars 2004 et des attentats de Londres de juillet 2005, les autorités françaises prennent conscience de la possibilité de plusieurs attentats simultanés, et donc de la nécessité de répartir les ressources et le commandement sur plusieurs sites. Cela mène à la création du plan Rouge alpha dit de « riposte multi-attentat », qui est déclenché pour la première fois lors des attentats du 13 novembre 2015 en région parisienne[2].

Le décret no 2005-1157 a remplacé le plan Rouge par la disposition orsec novi (nombreuses victimes).

« "En 1987, la première loi de sécurité civile a réformé la mouture originale, jugée contre-intuitive tant il paraissait logique de prévoir une réponse spécifique à chaque risque, explique Pascal Fortin, chargé de planification territoriale à la DGSCGC. Pour mieux cibler les risques et prendre en compte leur analyse, l’État a mis en place plusieurs catégories de plans d’urgence, notamment le fameux plan Rouge déclenché lorsqu’il y a de nombreuses victimes en un même lieu. À cette époque, on avait quasiment un plan par risque." […] En 1999, la tempête du siècle balaye la France et, par là même, l’idée d’un dispositif segmenté par risques. "Tout le monde jouait le plan, mais certains départements ne le déclenchaient pas", se souvient Philippe Blanc.

Depuis 2004, la loi de modernisation de la sécurité civile a rectifié le tir[…]. »

— « Le plan Orsec a 60 ans », sur ministère de l'Intérieur,‎ (consulté le 11 février 2016)

Le vendredi 13 novembre 2015, le plan Rouge alpha (prévu pour les attaques multiples simultanées), le plan Blanc et l'état d'urgence sont décrétés par le président François Hollande pour faire face aux fusillades de Paris[3].

Objet[modifier | modifier le code]

Le plan Novi est déclenché lors d'un accident catastrophique à effet limité, entraînant ou susceptible d'entraîner de nombreuses victimes. Ce plan est déclenché par le préfet du département.

Ce plan a pour objectif de remédier aux conséquences d'une situation accidentelle déclarée, en prenant en compte les impératifs suivants :

  • la rapidité de la mise en place des moyens ;
  • l'organisation rationnelle du commandement ;
  • l'emploi des moyens suffisants et adaptés ;
  • la coordination dans la mise en œuvre de ces moyens et notamment une bonne organisation de la régulation médicale.

Conception générale[modifier | modifier le code]

Dans une opération nécessitant le déclenchement d'un plan Novi, il faut dans le même temps :

  • lutter contre le sinistre initial, ses effets directs et indirects ;
  • soustraire les victimes du milieu hostile ;
  • prendre en charge les victimes.

Compte tenu de la difficulté d'effectuer simultanément ces trois missions, deux chaînes de commandement sont mises en place sous l'autorité du commandant des opérations de secours : la chaîne incendie-sauvetage d'une part, et la chaîne médicale d'autre part :

  • la chaîne incendie-sauvetage est essentiellement chargée de la lutte contre le sinistre initial ; à ce titre, et parce que les premiers intervenants y seront totalement consacrés, elle concourt à la mission de recherche, de localisation, et de dégagement d'éventuelles victimes, en y associant la pratique des gestes de secourisme ;
  • la chaîne médicale comporte trois fonctions :

Déclenchement du plan Novi[modifier | modifier le code]

Les situations justifiant le déclenchement d'un plan Novi sont des plus diverses :

Pour déclencher un plan Novi, il faut qu'il y ait notion de « nombreuses victimes ». À l'époque où chaque département organisait son plan Rouge, cette notion pouvait varier d'un département à l'autre. À titre indicatif, la BSPP définissait la notion de nombreuses victimes de cette manière :

  • une intervention qui nécessite l'installation d'un PMA, induisant l'évacuation en milieu hospitalier d'au moins quinze victimes, justifie le déclenchement du plan Rouge ;
  • la notion du nombre de victimes doit être perçue différemment selon la nature de l'opération :
    • pour un incendie, le facteur multiplicatif est de 2 : le dénombrement de 6 à 8 victimes à l'arrivée des premiers secours se traduit souvent en fin d'intervention par une quinzaine de victimes,
    • pour un attentat, le facteur multiplicatif est de 3, voire de 4 à 5,
    • pour les autres accidents, et en particulier de transport en commun, le facteur multiplicatif est de 3 à 4 ;
  • dans certains cas particuliers, le contexte (risque d'explosion, intoxication, etc.), ou les contraintes d'organisation ou de mise en œuvre des moyens peuvent justifier le déclenchement d'un plan Rouge malgré un nombre plus limité de victimes.

Le plan Novi peut être mis en œuvre sans être officiellement déclenché. Le déclenchement est plus un acte administratif (voire politique) ayant pour effet la transmission de la direction des opérations de secours du maire au préfet, et la mise en place de dispositions financières particulières (financement de l'intervention). Il peut être décidé par exemple de ne pas déclencher officiellement de plan Novi afin de minimiser la perception de l'ampleur d'un sinistre (répercussions médiatiques), bien que toute l'organisation et les moyens de ce plan soient mis en œuvre.

Mise en œuvre[modifier | modifier le code]

Code couleur
Couleur Rôle
Jaune Commandement opérationnel
Rouge Ramassage
Blanc Poste médical avancé
Bleu Évacuation

Répartition des responsabilités[modifier | modifier le code]

Le préfet du département assure la direction des opérations de secours. C'est lui qui déclenche le plan Novi.

Le directeur du service départemental d'incendie et de secours concerné (ou le commandant de groupement pour la BSPP), ou son remplaçant, assure le commandement des opérations de secours. Il dispose, pour mener à bien sa mission, d'un directeur des secours incendie et sauvetage, et d'un directeur des secours médicaux (ce dernier est selon les départements un médecin chef des sapeurs-pompiers ou du SAMU).

Les moyens à disposition du plan peuvent faire appel à des moyens autres que sapeurs-pompiers et SAMU, comme des associations de secours à personnes (comme la Croix-Rouge, la Protection Civileetc.), ou dans des cas spéciaux, des ambulanciers privés ; ces derniers interviendront essentiellement comme vecteurs d'évacuation, pour la prise en charge des urgences relatives au poste médical avancé (PMA), ou pour la prise en charge psychologique des impliqués (cellule d'urgence médico-psychologique).

Le commandement opérationnel[modifier | modifier le code]

Le commandant des opérations de secours assure sur le site de l’accident la coordination de l’ensemble des moyens de secours, publics, privés, ou associatifs. Il doit être aisément identifiable, et porte à cet effet une chasuble de couleur jaune, portant l’inscription « Commandant des opérations de secours ». Il dispose, sur les lieux de l’intervention, d’un poste de commandement opérationnel. Ce dernier doit intégrer l’élément de liaison fourni par la Police.

Le COS dispose de deux adjoints : le directeur des secours incendie et sauvetage et le directeur des secours médicaux.

Le directeur des secours incendie (DSI)[modifier | modifier le code]

Cette fonction est assurée par un officier sapeur-pompier. Il assure :

  • la lutte contre le sinistre initial ;
  • les reconnaissances et recherches de victimes potentielles, en vue de les soustraire du milieu hostile ;
  • l’amorce des opérations de ramassage et premiers secours, en attendant la montée en puissance des moyens de la chaîne médicale du plan.

Il porte une chasuble de couleur jaune portant, selon les départements, l’inscription « Directeur des secours incendie ».

Le directeur des secours médicaux (DSM)[modifier | modifier le code]

Cette fonction est assurée, selon les départements, par un médecin sapeur-pompier, ou par un médecin du SAMU. Il lui appartient d’organiser les moyens de la chaîne médicale.

Il porte une chasuble de couleur jaune portant l’inscription « Directeur des secours médicaux ».

Le zonage et la lutte contre le sinistre[modifier | modifier le code]

On distingue deux zones : une zone où le danger est encore présent, et une zone de sûreté. Tant qu'une zone n'est pas sécurisée, sont accès est restreint aux unités chargées de combattre le sinistre. Lorsque le danger ne résulte pas d'une action humaine en cours — typiquement, dans le cas d'une explosion (accidentelle, ou criminelle sans risque de surattentat), d'un accident industriel, d'un accident de transport ou d'une catastrophe naturelle —, la lutte contre le sinistre est du ressort des sapeurs-pompiers ou des unités de sécurité civile. Les services de police — Police nationale et Gendarmerie — ont pour rôle de restreindre l'accès à la zone, de permettre la circulation des moyens de secours, et de débuter l'enquête. Les victimes présentes dans cette zones sont extraites d'urgence hors de danger.

Lorsque le danger résulte d'une agression humaine, l'organisation est différente ; il s'agit typiquement d'attaques terroristes, d'actes criminels (règlements de compte, tentative de vol avec arme), de pulsions meurtrières pathologiques (coups de folie) ou d'émeute. On est en général en présence de fusillade ou éventuellement d'agressions à l'arme blanche), de prises d'otages, et parfois de menace d'explosion (attentat suicide). Dans ces cas-là, ce sont les services de police qui sont chargées de lutter contre le sinistre. La zone de danger est alors une zone d'exclusion, dont l'accès est réservé exclusivement aux forces de l'ordre, et est séparée en trois zones : une zone de contact, une zone de combat, et une zone de reprise[4] :

  • zone de contact : c'est une zone de danger extrême, similaire à une zone de guerre, dans laquelle la médicalisation est impossible en dehors du sauvetage par le compagnon d'arme ; cette zone est habituellement de faible étendue ;
  • zone de combat : c'est une zone dangereuse, dans laquelle peut intervenir le médecin opérationnel de l'unité en intervention (typiquement médecin du Raid ou du GIGN), équipé et protégé ; la médicalisation est impossible, mais on peut y constituer un nid de blessés et effectuer des gestes de secourisme (en particulier pose de garrot) ;
  • zone de reprise : c'est une zone de transition vers la zone de secours ; un « pré-PMA », sous la responsabilité d'un « médecin de reprise » (DSM de l'unité en intervention), disposant de matériel de secours, peut conditionner succinctement des victimes extraites des zones de contact et de combat, avant une évacuation rapide dans la zone de secours.

La chaîne médicale[modifier | modifier le code]

L'organisation de la chaîne médicale comporte trois phases d’intervention :

  • Le ramassage, qui comprend la relève et le transport des victimes jusqu’au poste médical avancé (petite noria) ;
  • La catégorisation et la mise en condition des blessés, effectuée au PMA (tri des victimes) ;
  • L’évacuation du PMA vers les hôpitaux, après régulation par le SAMU du département concerné (grande noria).

Le ramassage[modifier | modifier le code]

L’action de ramassage prolonge les actions de dégagement. La mission « ramassage » est confiée à un officier sapeur-pompier qui coordonne les missions dévolues à cette fonction.

Il porte une chasuble de couleur rouge portant l'inscription « Officier ramassage ». Tout le personnel affecté à cette mission porte, afin de le rendre facilement identifiable, un brassard de couleur rouge.

On parle aussi de « noria de ramassage » ou de « petite noria ».

Le poste médical avancé (PMA)[modifier | modifier le code]

Le regroupement des victimes est effectué au poste médical avancé (PMA), dont le responsable est un médecin (sapeur-pompier, SP, ou SAMU, selon les départements), désigné par le DSM. Ce médecin a pour missions :

  • d'effectuer la prise en charge des victimes ;
  • de catégoriser les victimes et de faire donner les soins adaptés à la nature des blessures ;
  • de faire rechercher les places hospitalières adaptées aux différentes pathologies (régulation médicale).

Il dispose à cet effet :

  • d'un officier SP (officier PMA) désigné par le COS, chargé de gérer l'organisation et la logistique du PMA ;
  • de secouristes et de personnel médical et paramédical ;
  • d'un secrétariat, composé de sapeurs-pompiers et de secouristes, et chargé :
    • d'établir les listes d'identification des victimes ;
    • de remplir le feuillet identification des « fiches médicales de l'avant » (FMA) ;
    • de transmettre la liste des victimes à l'officier PC DSM.

Le cas échéant, et après accord du DSM, il peut être créé deux zones supplémentaires, distinctes du PMA (sous l'autorité du DSM) :

  • une zone de regroupement des victimes indemnes, sous la responsabilité de secouristes ;
  • une zone de prise en compte des impliqués médico-psychologiques, placée sous la responsabilité de médecins et/ou de psychiatres (cellule d'urgence médico-psychologique).

Le médecin du PMA porte une chasuble blanche portant l'inscription « Médecin PMA », l'officier PMA une chasuble blanche portant l'inscription « PMA ». Le reste du personnel du PMA porte un brassard blanc.

L'évacuation[modifier | modifier le code]

La mission « évacuation » consiste à concentrer et à gérer l'ensemble des vecteurs d'évacuation, en fonction des besoins exprimés par le médecin responsable du PMA. Cette mission est confiée à un officier, avec à sa disposition des sapeurs-pompiers, des secouristes associatif (Croix-Rouge, Protection Civile, etc.), afin d'organiser l'espace.

Les vecteurs d'évacuation peuvent être médicalisés ou non médicalisés. Il peut s'agir de véhicules de sapeurs-pompiers, associatifs, d'ambulances privées, d'hélicoptères… La fonction évacuation s'assure que les victimes sont transportées par des moyens adaptés et vers les centres adaptés en fonction des instructions données par les médecins du PMA.

L'officier évacuation porte une chasuble bleue portant l'inscription « Évacuation », et le personnel à sa disposition porte un brassard bleu.

On parle aussi de « noria d'évacuation » ou de « grande noria ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. PSE2 2007, p. CII-1.2-5, CII-11-1
  2. N. M., « Première pour le plan Rouge alpha », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  3. « Série de fusillades à Paris : au moins 60 morts », sur www.lepoint.fr,‎
  4. ChavadaNoto 2016

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article [PSE2 2007] Direction de la défense et de la sécurité civiles, Premiers secours en équipe de niveau 2 : référentiel national, Ministère de l'Intérieur, coll. « Compétences de sécurité civile », , 2e éd. (ISBN 2-11-09 6228-3, lire en ligne), « Les situations avec de multiples victimes », p. CII-11-1 à CII-11-16
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article [PSE 2015] Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, Recommandations relatives aux premiers secours, Ministère de l'Intérieur, , 1e éd. (ISBN 978-2-11-139309-7, lire en ligne), « Situations à nombreuses victimes », p. 267-268, 287-288
  • Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, Spécification des gilets d'identification « Plan ORSEC nombreuses victimes », Ministère de l'Intérieur, (lire en ligne [PDF])
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article [ChavadaNoto 2016] Patrick Chavada et René Noto, « Intervention en zones non sécurisées », Secourisme revue, Anims, no 193,‎ , p. 12–15

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]