Noria

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Noria à Möhrendorf en Bavière

La noria (arabe : ناعورة, nā‘ūra, syriaque : ܢܥܘܪܐ, nā‘urā), désigne originellement une machine hydraulique permettant d'élever l'eau en utilisant l'énergie produite par le courant, afin d'irriguer des cultures vivrières ou alimenter des aqueducs.

Histoire[modifier | modifier le code]

Cette machine hydraulique combinant une roue à aubes et une roue à augets pour élever l'eau a été inventée à l'époque hellénistique par des ingénieurs grecs entre le IIIe et le IIe siècle av. J.-C.[1]. Vers l'an trois cent de l'ère chrétienne, les ingénieurs romains ont remplacé les compartiments en bois par des pots en céramique attachés à la partie extérieure d'une roue ouverte, système repris par la noria[2]. Cette machine, sous le nom de tympanum[3], antlia (αντλίον), antlitrochos, trochantlicon, hydrotrochos[4], sera largement diffusée par les ingénieurs romains sur l'ensemble de l'Empire et sera en usage dans la majeure partie du monde romain. Plus tard, au VIIème siècle, lorsque les provinces orientales de l'Empire romain, Palestine, Syrie, Mésopotamie, Égypte, suite aux défaites de l'empereur Héraclius, puis au VIIIème siècle l'Espagne, tomberont sous la domination arabe, ces machines y resteront en usage et les ingénieurs du monde musulman en conserveront les modèles romains[5], puis y ajouteront quelques modifications[6].

La ville de Hama (jadis Epiphania) possède les plus beaux exemplaires de noria datant du bas-empire romain.

Cette machine hydraulique est actuellement connue en français et en plusieurs langues modernes sous son nom tardif, arabe emprunté au syriaque, de noria, cet instrument étant resté en usage jusqu'à l'époque moderne dans les anciennes provinces romaines d'Orient conquises par les Arabes.

Pompe hydraulique[modifier | modifier le code]

Le terme de noria est une appellation générique employé pour désigner tous mécanismes servant à élever de l'eau. Les noria sont classifiées selon deux groupes. Les noria de type ascensionnel, qui utilisent l'énergie hydraulique pour fonctionner (comme les pompes, les béliers et les colonnes d'eau) et constitue l'ancêtre des pompes hydrauliques modernes. Les noria de puisage direct, qui fonctionnent suivant le principe du chapelet hydraulique (comme les roues à aubes, les roues à godets, les meuses, les pouzarenques, les puiserandes). Cela peut être une grande roue à ailettes installée sur un cours d'eau et actionnée par le courant, ou un chapelet de godets fixés à cette roue qui élève et déverse l'eau dans un aqueduc associé, qui la distribue.

Dans les zones sans cours d'eau, des machines hydrauliques, appelées roue persane ou noria par extension, étaient aussi utilisées pour remonter l'eau des puits, et ainsi irriguer les cultures. Dans ce cas, c'était le plus souvent un cheval, un mulet ou un bœuf qui, les yeux bandés, faisait tourner la roue.

Autres dénominations[modifier | modifier le code]

Selon les régions et les époques, divers noms ont été employés pour désigner la noria. On parle aussi de moulin ou de roue à eau, termes imprécis car utilisés aussi pour des machines qui ne font que transmettre la force de l'eau.

En Inde et en Iran notamment, c'est la roue persane, variante basée sur la force animale.

À Genève dans le quartier de La Jonction, il y avait les « puiserandes » qui assuraient l'irrigation des cultures potagères du XVIe au XVIIIe siècles, prenant l'eau dans le Rhône ou l'Arve[7].

Procédé logistique[modifier | modifier le code]

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Par analogie, la « noria » désigne un système de transports entre des points relais destiné à éviter les transports longues distances.

Détail du mémorial de la « Voie sacrée », la route de Verdun
  • La noria est le mot employé pour désigner le système conçu par le capitaine Aimé Doumenc pour relever régulièrement les troupes engagées lors de la bataille de Verdun. Cette technique est reprise régulièrement par la suite, notamment par le régiment du train, chargé de la logistique des unités sur le terrain.
  • Pour réduire les ruptures de charge les véhicules sont équipés de plateaux pouvant être posés à terre. Il en est de même pour la remorque adaptée à ces véhicules, permettant de repartir immédiatement à vide ou avec un autre plateau éventuellement chargé.
  • Dans les grandes agglomérations ce procédé permet d'approvisionner les organismes qui ne peuvent l'être par des gros porteurs, que ce soit en raison des volumes livrés ou des accès non adaptés.
  • Procédé utilisé par les magasins de vente par correspondance qui proposent de livrer en général plus rapidement, dans un point relais, les clients se chargeant de venir y chercher leur colis ou d'y déposer des articles échangés ou refusés.
  • Le nom de petite et grande noria est également utilisé dans les cas de déclenchement en France des plans d'urgence nommés « plan blanc » (hôpitaux) et « plan rouge ». La petite noria désigne dans le cadre du plan rouge la distance entre le lieu de la catastrophe et le poste médical avancé (PMA), la grande noria désignant la distance entre le PMA et les hôpitaux les plus proches. Ceci caractérise en fait le flux de victimes.

Stock de rotation[modifier | modifier le code]

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Par analogie, la noria désigne également, en gestion industrielle, un stock en rotation permanente.

Un produit fini est périodiquement retourné par le client final ou repris sur son site par le producteur pour être retourné en atelier où il subira divers contrôles, évolutions, modifications… avant d'être installé chez un nouveau client, et ainsi de suite. Un lot de produits en perpétuels aller-retours entre les clients et l'atelier est appelé une noria si, d'une part, le retour en atelier est une opération de maintenance préventive et, d'autre part, le produit retourné par le client ou enlevé sur son site est immédiatement remplacé par un produit identique du même lot mais portant un numéro de série différent.

À l'inverse, une opération de maintenance curative à l'issue de laquelle le produit retourné chez le client porte à priori le même numéro de série (sauf échange rendu nécessaire par un produit non réparable) n'est pas constitutif d'une noria mais d'une opération de service après-vente.

Ce mode de gestion permet d'offrir au client la permanence de la disponibilité du produit sans recours à une unité de rechange et l'accès automatique aux évolutions mineures du produit. En revanche, il pose des problèmes certains quant à la propriété du produit dans le cadre d'une vente : le client, acquérant un produit unique identifié par son numéro de série, dont il devient propriétaire, est amené au bout du temps de la première rotation du matériel à recevoir et utiliser un produit identique mais qui n'est plus le sien (numéro de série différent), alors que l'unité qu'il a achetée est utilisée par un autre client. Ce problème est d'autant plus délicat que le numéro de série est rendu obligatoire par un nombre toujours plus important de normes de qualité afin d'assurer la traçabilité du produit.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Donners, K.; Waelkens, M.; Deckers, J. (2002), "Water Mills in the Area of Sagalassos: A Disappearing Ancient Technology", Anatolian Studies (British Institute at Ankara) 52: 1–17 ; Oleson, John Peter (1984), Greek and Roman Mechanical Water-Lifting Devices: The History of a Technology, University of Toronto Press, p. 325. ISBN 90-277-1693-5 ; Oleson, John Peter (2000), "Water-Lifting", in Wikander, Örjan, Handbook of Ancient Water Technology, Technology and Change in History 2, Leiden: Brill, p. 217–302, ISBN 90-04-11123-9 ; Wikander, Örjan (2000), "The Water-Mill", in Wikander, Örjan, Handbook of Ancient Water Technology, Technology and Change in History 2, Leiden: Brill, p. 371–400, ISBN 90-04-11123-9
  2. Oleson|1984|p. 337, 366−368; Oleson|2000|p. 235
  3. Pierre Lavedan, Dictionnaire illustré de la mythologie et des antiquités grecques et romaines, Paris : Hachette, 1931, pp. 606-607 : "Vitruve (Architecture, X) décrit plusieurs appareils à élever l'eau. La figure 566 représente l'appareil appelé tympanum. Il consiste essentiellement en un tambour dont l'intérieur est divisé en 8 compartiments : chacun communique d'une part avec le dehors par une ouverture et d'autre part avec l'essieu qui est fait d'un cylindre creux ; la partie inférieure de la roue plonge dans l'eau et certains compartiments se remplissent ; quand ils remontent l'eau retombe dans l'essieu, d'où elle se déverse dans une auge en bois".
  4. Georgius Andreas Böcklerus, Theatum machinarum novum, Nuremberg, 1662.
  5. Donald Routledge Hill (1996), "Engineering", in Roshdi Rashed, Encyclopedia of the History of Arabic Science, Vol. 3, p. 751-795 [775].
  6. Thomas F. Glick (1977), "Noria Pots in Spain", Technology and Culture 18 (4), p. 644-650.
  7. René Guerdan, La vie quotidienne à Genève au temps de Calvin, Hachette, 1973, p. 79.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]