Philippe Lamour
Philippe Lamour, avocat, en 1934, ici à droite aux côtés de l'un de ses clients de l'entre-deux-guerres, l'inspecteur Bonny.
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Philippe Lamour, né en 1903 à Landrecies et mort en 1992 à Bellegarde. Convaincu des vertus de l’économie dirigée, et adepte fervent de la planification, Philippe Lamour trouve dans le plan Marshall et la reconstruction de l’Europe dévastée par la guerre, un terrain d’élection pour la mise en pratique de ses convictions. Il intègre l’équipe de Jean Monnet, « le père de l’Europe », un groupe dit des « bâtisseurs », qui s’illustrera pendant la période de ces années appelées les trente glorieuses. Il effectue dans ce contexte une mission d’études aux États-Unis, auprès de la Tennessee Valley Authority qui servira de modèle à son grand œuvre : la mise en irrigation par une prise au Rhône d’une partie du Languedoc, sous l’égide de la Compagnie d'aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc. Il est considéré comme le père de l'aménagement du territoire en France[1].
Sommaire
Biographie[modifier | modifier le code]
Philippe Lamour a commencé sa carrière tôt, après avoir passé son baccalauréat à quinze ans. Cinq ans plus tard, il est le plus jeune avocat de France[2],[3],[4].
Étudiant, il s'engage dans le Faisceau de Georges Valois et Jacques Arthuys, premier parti fasciste organisé en France qui se revendique à la fois antiparlementaire et socialiste révolutionaire et où il cotoie des hommes issus aussi bien de la gauche que de la droite. Il publie en 1926 La République des producteurs et y affirme son antiparlementarisme et son régionalisme en prônant un État fort mais dont le pouvoir serait confié à ceux qui travaillent et produisent. Après l'éclatement du Faisceau en 1928, il refuse de suivre Valois et Arthuys au Parti républicain syndicaliste. Il adhère au Parti fasciste révolutionnaire, groupuscule composé d'anciens membres du Faisceau restés fidèles à l'Italie fasciste animé par le docteur Pierre Winter, et devient secrétaire de l'organisation. Il participe alors à la traduction de Mein Kampf dans le but d’informer les français sur la menace que constitue le nazisme et intente à cette occasion un procès à Adolf Hitler qui avait manifesté son mécontentement à l'encontre de sa traduction.
Il fonde la revue d'avant-garde Plans en 1930, avec des intellectuels comme Le Corbusier ou Fernand Léger. Il élabore une théorie politique appelé planisme, qui influence la Quatrième République ainsi que la cinquième, où il défend le modernisme et prône dès 1931 une politique énergique et belliqueuse contre l'hitlérisme[5]. Germanophobe, il s'enthousiasme en revanche de la poussée nationaliste-socialiste, censée régénérer la civilisation européenne, et anime une série de conférences ayant pour sujet « La révolution allemande est commencée »[6]. Il est membre de l'Association juridique internationale (AJI), et plaide dans plusieurs pays pour elle.
En 1936, lors de la campagne pour les élections législatives, où il est candidat radical non élu, il réitère ses attaques contre le parlementarisme et le suffrage universel et se prononce pour « un fascisme intégral : social, économique, policier et judiciaire »[7]. Il est ensuite l'un des rares à condamner les accords de Munich en 1938.
Il critique vivement l'attitude des autorités pendant la guerre et dénonce le régime de Vichy qui en est la cause. Écœuré par la défaite, il se désintéresse de la politique : il décide de quitter Paris et sa vie trépidante, et de s'installer à la campagne avec sa famille, dans le Gard, pour devenir agriculteur. C'est une nouvelle vie qui commence et qui lui inspirera certaines idées sur l'agriculture.
Après la Libération, il s'engage « au service du redressement de la France » : il devient l'adjoint de Jacques Bounin, commissaire de la République à Montpellier. Il est élu secrétaire général de la Confédération générale de l'agriculture. Il entre au Conseil national du Crédit et à l'Organisation des Nations unies pour l'Agriculture. Ces expériences (notamment en Italie) lui inspirent un grand projet de développement économique et il participe à la renaissance de la Camargue par la riziculture.
À partir de 1955, Philippe Lamour est le président de la Compagnie nationale d'aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc où il entreprend une œuvre d'envergure dans le domaine de l'irrigation. Le canal du Bas-Rhône Languedoc, amenant l'eau du Rhône vers le sud du département du Gard et l'est du département de l'Hérault depuis les années 1960, sera rebaptisé « canal Philippe-Lamour » en mémoire de son œuvre.
C'est à la suite d'un projet élaboré par lui en 1962, alors qu'il présidait le Conseil supérieur de la Construction qu'est engagée la politique d'aménagement du territoire de la Ve République. À la présidence de la Commission nationale de l'aménagement du territoire, il joue un rôle déterminant dans la mise en œuvre du plan d'aménagement du territoire de 1962 et dans la création de la DATAR en 1963. En 1965 il est élu maire de la commune de Ceillac, Hautes-Alpes. Philippe Lamour dirige à la télévision une émission sur l'aménagement du territoire intitulée 60 millions de Français. C'est sous le même titre qu'il publie en 1967 un livre retraçant cette vaste expérience. Il reste à la DATAR jusqu'en 1974. Hors de France, il est consultant du Fonds spécial des Nations unies pour les pays d'Afrique et d'Amérique du Sud, et la Compagnie du Bas-Rhône s'est vu confier des travaux à l'étranger, notamment en Algérie et en Roumanie.
Il a donné son nom à divers lycées, à Nîmes et à La Grande Motte.
Il fut un proche d'Hubert Sendra, président du crédit agricole du Gard. Philippe Lamour fut le premier président de la Fondation du Crédit agricole - Pays de France, auquel participaient Michèle Puybasset, Max Querrien, Jacques Pélissier, Jacques Rigaud et Jean Fourastié.
Héritages et postérité[modifier | modifier le code]
Sur le site Vox NR – site classé comme raciste dès 2004 par la Commission nationale consultative des droits de l'homme –, le militant d'extrême-droite Christian Bouchet revendique en 2011 l'héritage de personnalités de l'entre-deux-guerres comme Philippe Lamour et Pierre Winter, à l'occasion d'une conférence sur l'histoire du nationalisme révolutionnaire :
« Quand Valois dissout le Faisceau en mars 1928, une partie de ses proches manifestent leur désaccord avec lui et créent le Parti fasciste révolutionnaire avec Philippe Lamour et Pierre Winter. On les retrouvera peu de temps après parmi les animateurs de ce qu’on a nommé les « non-conformistes des années 30 », créant, avec l’architecte Le Corbusier, des revues comme Plans et Prélude, travaillant de concert avec des groupes de petites taille comme Ordre nouveau, le Mouvement travailliste français, le Front social ou le Front national syndicaliste. C’est incontestablement d’eux dont nous sommes les héritiers directs, 1000 fois plus que des ligues[8]. »
Citations[modifier | modifier le code]
"L'aménagement du territoire est l'instrument d'une démocratie moderne [...]. Une démocratie moderne doit être une démocratie virile. L'aménagement du territoire lui offre le champ d'action et la possibilité de son épanouissement. Ce n'est pas la politique d'un groupe, d'un gouvernement ou d'un régime. C'est l'œuvre de la nation, une œuvre permanente qui déborde les soucis immédiats. C'est la croisade de tous les Français pour la conquête et la construction de leur avenir. C'est l'expression nouvelle de l'esprit civique."
60 millions de français, Buchet/Chastel, Paris, 1967, p.287-288
"Nous avons en 1926 remis nos fusils aux râteliers avec l'arrivée de Poincaré, mais nous ne les avons pas déchargés. Je vous le dis avec calme et je prends la responsabilités de mes paroles, si l'on nous fait encore le même coup cette fois, nous les décrocherons."
Réunion à la Tribune libre de Rouen, le 8 novembre 1928. Archives départementales de Seine-Maritime, 4M3255, rapport au commissaire central, 09/11/1928.
Publications[modifier | modifier le code]
- La République des producteurs 1926,
- Entretiens sous la Tour Eiffel 1929 (Renaissance du Livre),
- L'affaire Seznec 1931 (Éditions de la Province),
- Un dur avec André Cayatte 1934 (Nouvelles Éditions Latines),
- L'affaire Peyrières avec André Cayatte 1934 (Nouvelles Éditions Latines),
- Un monstre avec André Cayatte 1935 (Nouvelles Éditions Latines),
- La peau des autres 1936 (Baudinière),
- 60 millions de français 1967 (Buchet/Chastel),
- Prendre le temps de vivre avec Jacques de Chalendar 1974 (Le Seuil),
- L'écologie, oui, les écologistes, non 1978 (Plon),
- Le cadran solaire, 1979 (Robert Laffont),
- Les quatre vérités, 1981 (Robert Laffont) .
Notes et références[modifier | modifier le code]
- C'est le titre de sa biographie : Jean-Robert Pitte Philippe Lamour. 1903-1992. Père de l’aménagement de l’espace et du territoire en France, Fayard (2002).
- Biographie de Philippe Lamour, Christian Grossan, site ceillac.com.
- Philippe Lamour, un landrecien hors du commun, Biographie de Philippe Lamour sur le blog de Jean-Marie Allain, 03 mars 2010.
- Philippe Lamour, l'homme aux multiples visages, Hélène Chaubin, Biographie de Philippe Lamour sur le site de la revue d'histoire Arkheia.
- Voir à cet égard l'article au vitriol contre Hitler: A. Dami Hitler Plan 4 février 1931 ou le numéro spécial de Plan La guerre est possible de Juin 1931
- Le Journal de Rouen, 20 janvier 1932.
- Le Journal de Rouen, 2 avril 1936
- « 1793-2011, des sans-culottes à Troisième voie, histoire du nationalisme-révolutionnaire français », Site Vox NR, 4 avril 2011.
Bibliographie[modifier | modifier le code]
- Philippe Lamour. Le cadran solaire. Le Pays réel, Max Chaleil, Presses du Languedoc, 1991.
- « Le Procès Bonny Gringoire », L'Ouest-Éclair, (lire en ligne).
- Philippe Lamour. 1903-1992. Père de l'aménagement de l'espace et du territoire en France. Jean-Robert Pitte. Fayard, 2002.
- Les Non-conformistes des années 30. Une tentative de renouvellement de la pensée politique française, Jean-Louis Loubet del Bayle, Éditions du Seuil, 1969, réédition complétée en édition de poche (Point-Seuil) en 2001.
- Serge Velay (dir.), Michel Boissard et Catherine Bernié-Boissard, Petit dictionnaire des écrivains du Gard, Nîmes, Alcide, , 255 p. (présentation en ligne), p. 144-145-146