Michel Chartrand

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Michel Chartrand
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Michel Chartrand en 2007.

Naissance
Outremont Drapeau : Québec Québec
Décès (à 93 ans)[1],[2]
Montréal Drapeau : Québec Québec[3]
Nationalité Drapeau du Canada Canadien (officielle)
Drapeau du Québec Québécois (revendiquée)
Profession
Autres activités
Formation

Michel Chartrand ( - ) est un syndicaliste québécois et militant socialiste.

Né à Outremont, formé comme typographe, il devient militant syndical à partir de la fin des années 1940. Durant la Grande noirceur, il participe à toutes les grandes manifestations ouvrières, dont la grève de l'amiante en 1949, de Louiseville en 1952 et de Murdochville en 1957. En 1968, il devient président du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal (CCSNM) de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qu'il quittera en 1978. En 1970, pendant la Crise d’octobre, il est arrêté et emprisonné quatre mois.

À partir des années 1980, il milite principalement pour les droits des travailleurs et travailleuses accidentés; il est l’instigateur de Fondation pour l’aide aux travailleuses et les travailleurs accidentés (FATA) en 1983 où il travaillera bénévolement jusqu'en 1988.

Michel Chartrand est considéré comme un ambassadeur de la justice sociale au Québec, un détracteur du capitalisme[4] et de l'impérialisme et surtout comme l'une des figures de proue du syndicalisme québécois[5]. Il était marié à la militante pacifiste et écrivaine féministe Simonne Monet-Chartrand.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation (1916-1936)[modifier | modifier le code]

Michel Chartrand est né le à Outremont. Il est le treizième d’une famille de quatorze enfants. Son père, Louis Chartrand, est un fonctionnaire, il est comptable vérificateur pour la Commission des liqueurs de la province de Québec[6]. C’est un homme religieux qui place en haut estime la droiture et la justice[7].

À l’âge de 6 ans, Michel fréquente l’école Dollard d’Outremont puis, en 1925, il est admis à l’Académie Québec. En 1930, il fait son entrée au Collège Jean-de-Brébeuf. Il s’y démarque en latin et en élocution en remportant plusieurs prix d’excellence. En 1931, à l’âge de 15 ans, il quitte Jean-de-Brébeuf pour devenir pensionnaire au petit séminaire de Sainte-Thérèse[8].

En septembre 1933, il entre à l’abbaye cistercienne de Notre-Dame-du-Lac près d’Oka. Il y sera moine de chœur, reclus dans le silence et la lecture, jusqu’en octobre1935. Il doit quitter le monastère à cause de problème de santé.

Michel revient à Outremont vivre avec sa famille. Son père perd son emploi de fonctionnaire en 1936; il travaille à l'imprimerie Stella, propriété de son gendre, pour subvenir aux besoins de sa famille. Michel suit des cours de typographie à l’École des métiers des Frères des Écoles chrétiennes et travaille dans l'imprimerie jusqu'en 1950. Il suivra aussi des cours en sciences sociales et en orientation.

Catholicisme social et engagement politique (1937-1948)[modifier | modifier le code]

Il se joint aux mouvements la jeunesse catholique. Épris de justice sociale et nationaliste, il fait aussi campagne pour l'Action libérale nationale (ALN) lors de l'élection générale québécoise de 1939. En 1940, il suit un cours d'histoire donné par Lionel Groulx, un prêtre catholique et nationaliste québécois. À la suite de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, il est conscrit et se joint aux Canadian Officer Training Corps (COTC)[4], un programme de formation canadien, permettant aux étudiants universitaires d'obtenir des crédits de service militaire, tout au long de leurs études et sans avoir l'obligation de participer en service actif sur le front. Michel Chartrand dénonce le fait que les documents de l'armée canadienne soient, à l'époque, uniquement rédigés en anglais.

À la suite de la décision du gouvernement canadien de faire un plébiscite sur la conscription obligatoire, Michel Chartrand en devient un fervent opposant et milite au Bloc populaire canadien, un mouvement qui s'oppose à la conscription.

En 1942 il épouse Simonne Monet[9], à la chapelle de la Basilique Notre-Dame de Montréal, le mariage est célébré par Lionel Groulx. Quand le gouvernement canadien met en place la conscription, en , Michel Chartrand a déjà trois enfants.

Militantisme syndical (1949-1967)[modifier | modifier le code]

« Arrête de shaker tu vas me manquer, crisse. »

— Michel Chartrand (en s'adressant au policier qui l'avait en joue), Michel Chartrand : la colère du juste, 1968-2003[10].

En 1948, Simonne Monet Chartrand lui donne son cinquième enfant, et l'année suivante, il quitte pour la région d'Asbestos pour participer à la grève de l'asbestos des mineurs locaux. Cet évènement s'inscrit dans la période de l'histoire du Québec que l'on a nommée la grande noirceur. Cette période marque un début de la syndicalisation au Québec pour contrer les politiques autoritaires, conservatrices, hautement patronales ainsi que la répression pratiquée par le régime de l'Union nationale de Maurice Duplessis, alors au pouvoir.

En 1950 il devient actif au sein de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), qui deviendra la CSN en 1960. Impliqué dans quelques opérations syndicales en 1953 il devient membre de l'exécutif de la CTCC. On le congédie après un conflit interne. Il fait appel et un tribunal, présidé par Pierre Trudeau, rend un verdict en sa faveur et le confirme dans ses fonctions à l'exécutif.

En 1954, Michel Chartrand pose sa candidature au poste de secrétaire-général de la CTCC, il sera défait par Jean Marchand. En 1956 il se joint à la branche québécoise de la Fédération du Commonwealth Coopératif (FCC) un parti social-démocrate canadien dont la chef québécoise est alors Thérèse Casgrain. Il est délégué du Québec lors du congrès du parti à Winnipeg, Manitoba. Chartrand porta l'étendard de ce parti lors des élections de 1956 au Québec.

Chartrand subit un cuisant échec, un avant-goût de ses quelques incursions dans le domaine politique. Son travail syndical l'a placé en tête d'affiche de plusieurs importantes interventions, lors de grèves hautement médiatisées.

Chartrand a tenté de se faire élire à Arvida, au Saguenay, sous la bannière du CCF lors de l'élection fédérale de 1958 dans la circonscription de Lapointe. Malgré une base syndicale qui lui est acquise, il perd par une marge substantielle.

En 1959, il sollicite encore l'électorat lors d'une élection partielle, dans le comté de Lac-Saint-Jean, où il est encore une fois rejeté par une forte majorité. Sa frustration devient de plus en plus évidente, par ses remarques extrémistes. En 1959, le syndicat le force à se retirer du comité exécutif de celui-ci. On l'engage alors à l'imprimerie du CCF, il participe toutefois en tant que délégué au congrès de Winnipeg. En 1970, alors qu'il est au sommet de sa carrière, il aurait fait l'objet de menaces mafieuses[11].

En 1998, il est candidat du Rassemblement pour l'alternative progressiste (RAP), ancêtre de l'Union des forces progressistes (UFP), à l'élection provinciale dans la même circonscription que le premier ministre du Québec d'alors, Lucien Bouchard. Au slogan « Déficit zéro ! » de ce dernier, Michel Chartrand répond : « Pauvreté zéro ! » Il termine en troisième position.

« Il a toujours été pour la révolution un peu partout, mais il est absolument et partout contre la guerre. »

— Pierre Vadeboncœur, Le Soleil[1]

Présidence du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal (1968-1978)[modifier | modifier le code]

« On va se battre avec tous les protestataires, tous les contestataires et tous les révolutionnaires. »

— Michel Chartrand, Michel Chartrand : la colère du juste, 1968-2003[12]

En 1960, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), devient la Confédération des syndicats nationaux (la CSN). Chartrand prend part à de nombreuses manifestations organisées par le mouvement pour la paix, ainsi que des démonstrations contre le nucléaire. Il est un admirateur de la révolution cubaine et de son instigateur Fidel Castro. Il accompagne d'ailleurs un groupe pour une visite de un mois à Cuba en 1963. Chartrand participe à la fondation du Parti socialiste du Québec. Les idéaux socialistes de Chartrand l'ont amené à apporter son soutien aux Vietnamiens lors de la guerre du Viêt Nam. Cependant, Chartrand, qui est chrétien, n'a jamais été marxiste ni communiste; il se définissait comme un socialiste humaniste.

En 1968, Chartrand est élu à la présidence du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal (affiliés à la CSN), un poste qu'il conserve jusqu'en 1978. Il défendra une vision du syndicalisme de combat ouvert sur tous les fronts et solidaire de tous, syndiqués comme non syndiqués, travailleurs comme exclus du travail, ici et partout dans le monde. Il mettra sur pied la Conférence internationale de solidarité ouvrière (CISO) en 1975.

Défense des accidentés du travail (1979-1992)

En , il fonde, avec une quarantaine de personnes, la Fondation pour l'aide aux travailleuses et aux travailleurs accidentés (FATA)[4]. Par la suite, il sillonne le Québec pour parler de justice sociale, tout comme du traitement réservé aux accidentés du travail.

Derniers combats (1993-2010)[modifier | modifier le code]

En 1998, il est candidat à une élection dans Jonquière contre le premier ministre Lucien Bouchard, chantre du déficit zéro; il fera campagne pour la Pauvreté zéro et promeut le revenu de citoyenneté. En 1999, il publie, avec Michel Bernard, un Manifeste pour un revenu de citoyenneté et fait, à 83 ans, une tournée du Québec pour expliquer la nécessité d'un revenu de citoyenneté, dans 130 activités, il rencontre près de 20 000 personnes.

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

  • Le 30 octobre 2011, il reçoit un doctorat honorifique à titre posthume de l'Université du Québec en Outaouais pour sa contribution exceptionnelle au syndicalisme et aux relations de travail au Québec. D'après le recteur Jean Vaillancourt, « cet homme de cœur généreux, qui nous a quittés l’an dernier, a consacré 50 ans de sa vie à la politique et à la défense des droits des travailleurs ».

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

« Il est et restera le symbole d'un peuple qui n'a jamais accepté de fermer sa gueule… »

— Fernand Foisy, Michel Chartrand : la colère du juste, 1968-2003[13]

Simonne et Chartrand[modifier | modifier le code]

Il est l'époux de la militante Simonne Monet[9] (décédée le ) et le père de sept enfants (5 filles, 2 garçons), dont le cinéaste Alain Chartrand. Ce fils lui consacre un film documentaire Un Homme de parole en 1991[14] et retrace par la suite le cheminement de ses parents dans une série télévisée en deux volets : Chartrand et Simonne, diffusé en 1999, suivi de Simonne et Chartrand, diffusé en 2003[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Isabelle Mathieu, Michel Chartrand meurt à 93 ans, dans Le Soleil, en ligne sur cyberpresse.ca/le-soleil, Québec [consulté le 18 avril 2010].
  2. Marie-Andrée Amiot, Michel Chartrand s'éteint, La Presse, Montréal [consulté le 13 avril 2010 sur cyberpresse.ca].
  3. Communiqué officiel de la famille de Michel Chartrand : "Décès de Michel Chartrand, un homme de cœur et de parole" [1]
  4. a, b, c et d Diane Cailhier, Chartrand, Michel, dans l'L'Encyclopédie canadienne en ligne [article consulté le 13 avril 2010].
  5. Décès du syndicaliste Michel Chartrand, dans l'Bilan du siècle en ligne [article consulté le 23 juillet 2011].
  6. Foisy 1999, p. 26
  7. Foisy 1999, p. 23
  8. Foisy 1999, p. 31
  9. a et b [texte+(audio|vidéo)] Simonne Monet-Chartrand (1919-1993), une vie engagée, dans les archives de la SRC [consulté le 13 avril 2010].
  10. Foisy 2003, p. 46.
  11. Un « contrat » de la MAFIA sur Michel Chartrand, article du 3 décembre 2006 (extrait de Foisy, Chapitre 5 : Humeurs du mouvement - Mouvements d’humeurs, pages 128 à 130, La lutte fratricide continue) sur le site Planète Québec (planete.qc.ca) [consulté le 14 avril 2010].
  12. Foisy 2003, p. 16.
  13. Foisy 2003, p. 17.
  14. [vidéo] Un homme de parole, film documentaire réalisé par Alain Chartrand, produit par l'ONF, 1991 (55 min 53 s) [visionné le 13 avril 2010, sur ce site de l'ONF].

Bibliographie et vidéographie[modifier | modifier le code]

  • Un homme de parole, film documentaire réalisé par Alain Chartrand, produit par l'ONF, 1991 (55 min 53 s).
« Documentaire sur Michel Chartrand et cinquante ans de vie politique et d'action syndicale au Québec à travers lui. Ayant consacré sa vie à défendre les droits des travailleurs, ce passionné de justice sociale s'y révèle homme de cœur, complexe et généreux, amateur de poésie et de fine cuisine. »
Fictions dépeignant les moments forts de la vie de ses parents.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]