André Laurendeau

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André Laurendeau
Illustration.
Fonctions
Député de Montréal-Laurier
Prédécesseur Paul Gauthier
Successeur Paul Provençal
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Montréal
Date de décès (à 56 ans)
Lieu de décès Ottawa
Parti politique Bloc populaire canadien
Profession Journaliste

André Laurendeau (né le à Montréal, mort le à Ottawa) est un romancier, dramaturge, essayiste, journaliste et homme politique canadien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils unique de Blanche Hardy et d'Arthur Laurendeau, il naît à Montréal le [1]. Ses parents sont musiciens, nationalistes et appartiennent à la petite bourgeoisie canadienne française[2]. À partir de 1923, il étudie au Collège Sainte-Marie tenu par les Jésuites; il forme avec des condisciples le « Cercle Crémazie » qui se réunit à la demeure de ses parents sur la rue Hutchison, à Montréal[3].

Il épouse Ghislaine Perrault le [4].

Parcours[modifier | modifier le code]

Maxime Raymond, André Laurendeau et Henri Bourassa, lors d'une assemblée du Bloc populaire canadien, tenue au stade Delorimier de Montréal, le .
Première page de la revue mensuelle publiée au Québec, organe officiel de la Ligue d'action nationale 1948

Dès 1933, il fonde avec quelques amis le mouvement des « Jeune-Canada » et collabore à la revue L'Action nationale dirigée par son père. En 1935, il va étudier la philosophie et les sciences sociales à Paris. Revenu au Québec, il dirige L'Action nationale de 1937 à 1942 et de 1948 à 1954[5].

Jeune-Canada et anti-sémitisme[modifier | modifier le code]

Dans Jeune-Canada, il fait ouvertement preuve d'anti-sémitisme. Dans une réunion publique tenue le 20 avril 1933, il déclare notamment:

"Le fait que les agences de nouvelles sont entre les mains des Juifs nous permet d'accueillir avec un peu de scepticisme des récits de prétendues persécutions [en Allemagne]. (...) Les Juifs sont 80000 à Montréal et ils votent à 110%. On ajoute même qu'au fédéral, lorsque les femmes se mettent de la partie, ils votent à 160%. Et il y a plus. Les élections ne se font pas avec des prières et les Juifs sont riches. Mais ils ne donnent rien pour rien et qui pourrait les en blâmer? (...)"[6]

Élie Feuerwerker en 1976 dans la page éditoriale du Devoir attribue le discours de Laurendeau à sa rigueur intellectuelle et à l'esprit du temps:

"[André Laurendeau et Pierre Dansereau] invoquèrent l’absence de preuves irréfutables pour mettre en doute le sort que commençaient à subir les Juifs en Allemagne. Ils laissèrent aussi tomber des propos qu'on n'aurait aucune hésitation, aujourd’hui, à considérer comme inspirés d’un anti-sémitisme assez grossier."[7]

Par contre, le sénateur Raoul Dandurand avait répondu avec désapprobation cinq jours après la réunion dans une lettre au Devoir:

"Non seulement leur mouvement [la réunion publique de Jeune-Canada] fut dénué de toute charité chrétienne mais, il faut bien le dire, de tout sentiment humain. (…) Convoquer une assemblée pour protester contre des sympathies exprimées à des opprimés, c’était commettre l’acte le plus cruel dont j'aie encore entendu parler."[8]

Dans un article où il l'offre comme "figure exemplaire de l'intellectuel," Jean-François Nadeau écrit (sans référence) que Laurendeau s'est excusé après la seconde guerre mondiale de la réunion du Gésù[9].

Directeur de l'Action nationale[modifier | modifier le code]

À l'Action nationale, son anti-sémitisme s'exprime aussi occasionnellement. Rédigeant la critique d'une biographie de Aaron Hart par Raymond Douville[10], il écrit:

"Ce petit Juif [Aaron Hart], dont on imagine les allures obliques, les roulements de tête et les gestes verbeux, avait le génie du négoce. Non content de ravir aux Trifluviens de haute gomme leurs domaines avec leurs pécules, il gagna parfois leur estime par dessus le marché. (...) [Hart], pendant ce temps, des calculs sans nombre s'élaborent en sa tête, il a les prévisions, le flair, les lenteurs arachnéens (...). [Le livre de Douville] est un manuel du parfait usurier (...). Parmi les livres publiés ces derniers temps, c’est un de ceux qu'on aura le plus de plaisir à lire."[11]

Député du Bloc populaire[modifier | modifier le code]

En 1942, il se lance en politique pour s'opposer à la conscription, au sein de la Ligue pour la défense du Canada, puis il participe à la fondation du Bloc populaire canadien, un parti de centre-gauche dont il devient bientôt le chef provincial au Québec, Maxime Raymond en étant le chef fédéral. André Laurendeau est député à Québec de 1944 à 1948[12].

Le Bloc populaire dénonce ce qu'il appelle "les trusts" pour leur influence indue dans les partis politiques:

"M. Laurendeau a parlé ensuite de la dictature économique. Il expose comment une cinquantaine de financiers, par le jeu de l'imbrication des compagnies et des intérêts économiques et financiers, sont “aujourd’hui les vrais maîtres de notre pays” et notamment dans la province de Québec, où grâce aux vieux partis, notre province est devenue “le paradis des trusts, le royaume des bas salaires et la terre des taudis”[13].

Le Bloc précise parfois l'origine ethnique de certains des "financiers":

"M. Girard [organisateur en chef du Bloc populaire] accuse M. Godbout de se laisser mener et de laisser conduire la province par le trust juif des alcools et les autres trusts. L’orateur termine son discours en citant les paroles de M. Henri Bourassa à Québec, qui saluait dans M. André Laurendeau un veritable chef national."[14]

Rédacteur en chef du Devoir[modifier | modifier le code]

Rédacteur en chef adjoint en 1947, rédacteur en chef en 1957 du quotidien Le Devoir, il s'associe étroitement à la lutte contre Maurice Duplessis, puis à l'affirmation nationale du Québec pendant la « Révolution tranquille ». Son beau-frère, l’avocat Jacques Perrault, président du conseil du Devoir, « est généralement considéré comme une victime du duplessisme ». Il est décédé tragiquement le [15].

André Laurendeau est connu pour avoir répandu le mot joual. Il est aussi animateur à la radio et à la télévision de Radio-Canada, de 1952 à 1961. Le , il publie un éditorial classique qui servira de base idéologique aux libéraux et souverainistes des années suivantes[16].

Il écrit la préface du livre culte Les insolences du frère Untel, publié après un échange épistolaire avec l'auteur, Jean-Paul Desbiens, qui choisit d'abord l'anonymat[17].

Commission Laurendeau-Dunton[modifier | modifier le code]

De 1963 jusqu'à sa mort, il préside conjointement avec Davidson Dunton la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, aussi appelé Commission Laurendeau-Dunton, dont il avait lui-même suggéré la création dans un éditorial inspiré par son jeune ami Léon Dion. Il tient son journal pendant la durée de la Commission royale d'enquête dans lequel il documente ses rencontres ainsi que ses réflexions sur le déroulement de celle-ci[18].

Solange Chalvin, journaliste au Devoir de 1951 à 1955 puis de 1963 à 1975, pour qui André Laurendeau a été un « maître à penser » écrit ceci à propos de sa nomination à la Commission :

« Son départ du Devoir fut pour les journalistes de l'époque une première perte, mais nous conservions l'espoir de le voir revenir. Le dialogue que nous avions amorcé avec lui se poursuivait au jour le jour dans l'exercice de notre profession; au hasard d'une rencontre avec lui, nous le reprenions comme si l'absence n'avait rien coupé des liens intellectuels qui s'étaient établis entre lui et ses journalistes.

Le 15 mai 1968, André Laurendeau était victime d'une rupture d'anévrisme cérébral qui le terrassa à Ottawa, au sortir d'une conférence de presse. Il mourut le 1er juin suivant, à l'âge de 56 ans. Le Québec venait de perdre l'un de ses plus grands intellectuels. C'est seulement alors que nous avons abandonné l'espoir de son retour[19]. »

André Laurendeau demeure de nos jours une référence pour les questions d'éducation, de politique et de société. Selon l'historien et journaliste Jean-François Nadeau, Laurendeau continue, cinquante ans après sa mort, « d'incarner en son pays une figure exemplaire de l'intellectuel[20] ».

Il accordait une grande importance à l'éducation et à l'avenir des jeunes. Sont nommés en son honneur : le Cégep André-Laurendeau et l'école Laurendeau-Dunton, à Ville LaSalle (Montréal), une école à Saint-Hubert et une autre à Ottawa (aujourd'hui fermée). En outre, l’ACFAS décerne annuellement, depuis 1986, un « Prix André-Laurendeau » dans le domaine des sciences humaines.

Plusieurs ouvrages lui ont été consacrés, dont Denis Monière, André Laurendeau et le destin d'un peuple, Québec/Amérique, , 347 p. (ISBN 2-89037-184-0) ; Donald J. Horton, André Laurendeau : la vie d’un nationaliste, 1912-1968, Les Éditions Bellarmin, , 375 p. (ISBN 2-89007-790-X) ; Nadine Pirotte (dir.), Penser l’éducation. Nouveaux dialogues avec André Laurendeau, Boréal, , 237 p. (ISBN 2-89052-272-5) ; et Robert Comeau (dir.) et Lucille Beaudry (dir.), André Laurendeau. Un intellectuel d'ici, Les Presses de l’Université du Québec, coll. « Les leaders politiques du Québec contemporain », , 306 p. (lire en ligne [PDF])

Dans le cadre des célébrations autour du centenaire du journal Le Devoir, une publication, sous la direction de Jean-François Nadeau, présente des textes et archives, notamment deux articles significatifs de Laurendeau dont l'un dénonce l’intervention politique d’un ministre dans le congédiement du peintre Paul-Émile Borduas, alors professeur à l’École du meuble et signataire du Refus global, et dont le second porte sur la suspension de Maurice Richard, hockeyeur mythique « devenu un héros national »[21]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Voyages au pays de l'enfance (récits) (1960)
  • La crise de la conscription 1942 (essai) (1962)
  • Une vie d'enfer (roman) (1965)
  • Ces choses qui nous arrivent. Chronique des années 1961-1966 (1970)
  • Théâtre (1970)
  • Journal tenu pendant la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (1990)

Distinctions honorifiques[modifier | modifier le code]

Fonds d'archives[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bouvier, Félix, 1960-, André Laurendeau, Lidec, (ISBN 276087057X et 9782760870574, OCLC 36838353, lire en ligne), p. 1
  2. Bouvier, Félix, 1960-, André Laurendeau, Lidec, (ISBN 276087057X et 9782760870574, OCLC 36838353, lire en ligne), p. 1-2
  3. Bouvier, Félix, 1960-, André Laurendeau, Lidec, (ISBN 276087057X et 9782760870574, OCLC 36838353, lire en ligne), p. 4-5
  4. Bouvier, Félix, 1960-, André Laurendeau, Lidec, (ISBN 276087057X et 9782760870574, OCLC 36838353, lire en ligne), p. 15
  5. Bouvier, Félix, 1960-, André Laurendeau, Lidec, (ISBN 276087057X et 9782760870574, OCLC 36838353, lire en ligne), p. 8
  6. « L'assemblée des Jeune-Canada à la salle du Gésù hier soir », Le Devoir,‎ , p. 1
  7. Élie Feuerwerker, « L’immunité parlementaire ne couvre pas les contre-vérités », Le Devoir,‎ , p. 4
  8. Sénateur Dandurand, « Sur l'assemblée de jeudi au Gésù », Le Devoir,‎ , p. 1
  9. Jean-François Nadeau, « Cinquante ans après sa mort, André Laurendeau reste une figure exemplaire de l’intellectuel », sur ledevoir.com, Le Devoir, (consulté le 28 novembre 2019)
  10. Raymond Douville, Aaron Hart, récit historique, Trois-Rivières, Éditions du Bien Public,
  11. André Laurendeau, « Histoire d'un petit Juif », L'Actrion nationale,‎ , p. 271
  12. Bouvier, Félix, 1960-, André Laurendeau, Lidec, (ISBN 276087057X et 9782760870574, OCLC 36838353, lire en ligne), p. 27
  13. « Le Bloc populaire - Ordonnance antisociale du service sélectif », Le Devoir,‎ , p. 7
  14. « Le Bloc populaire - Notre participation à la guerre a coûté quinze milliards au Canada », Le Devoir,‎ , p. 9
  15. Jean-François Nadeau, « 50 ans après la mort de Duplessis. L’homme de l’arbitraire », Le Devoir,‎ (lire en ligne, consulté le 13 septembre 2014)
  16. Maurice Duplessis à l'Assemblée nationale: la théorie du roi nègre
  17. Desbiens, Jean-Paul, 1927-2006., Les insolences du frère Untel, Éditions de l'Homme, (ISBN 2761907930 et 9782761907934, OCLC 18643273, lire en ligne)
  18. Laurendeau, André., Journal tenu pendant la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Vlb éditeur/le septentrion, (ISBN 2890053962 et 9782890053960, OCLC 22204408, lire en ligne)
  19. Solange Chalvin, « Souvenir de la rédaction - Par la grâce de mon mentor, André Laurendeau », Le Devoir,‎ , A1
  20. « Cinquante ans après sa mort, André Laurendeau reste une figure exemplaire de l’intellectuel », sur Le Devoir (consulté le 1er juin 2018)
  21. Nadeau, Jean-François, 1970-, Le Devoir, Éditions de l'Homme, (ISBN 9782761929752 et 2761929756, OCLC 659177246, lire en ligne), p. 104
  22. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, « Bibliothèque et Archives nationales du Québec - Fonds Familles Laurendeau et Perrault (CLG2) » (consulté le 11 février 2013)
  23. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, « Bibliothèque et Archives nationales du Québec - Fonds Ligue pour la défense du Canada - 1939-1943 (CLG6) » (consulté le 13 septembre 2014)

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]