Michel Broué

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Michel Broué, né en 1946, est un mathématicien français. Militant politique, il s'engage d'abord au sein de l'extrême gauche trotskiste, puis à partir des années 1980, pour quelques années, au Parti socialiste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carrière[modifier | modifier le code]

Fils de Simone Charras, institutrice, et de Pierre Broué, historien, il est élevé par ses grands-parents et a passé son enfance à Privas[1].

Après une terminale au lycée de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne) et des classes préparatoires au lycée Saint-Louis, il devient en 1966 élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud[2], d'où il sort en 1970 agrégé de mathématiques et docteur de troisième cycle (thèse sous la direction de Claude Chevalley et partiellement de Jean-Pierre Serre).

Chercheur au CNRS de 1970 à 1980, docteur d'État[3] en 1975, il est nommé professeur à l'université Paris 7 en 1980, directeur du service de mathématiques de l'École normale supérieure de jeunes filles (Sèvres) en 1983, puis directeur du département de mathématiques et d'informatique de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1986[4], fonctions qu'il exerce jusqu'en 1993. Il y fonde le magistère de mathématiques pures et appliquées et d'informatique. Parallèlement, il est maître de conférences à l'École polytechnique (1985-1997). Nommé en 1993 membre senior de l'Institut universitaire de France[5], il rejoint son université d'origine, pour la quitter à nouveau en 1999 comme directeur de l'Institut Henri-Poincaré, « Maison des mathématiques et de la physique théorique », fonctions qu'il exerce jusqu'en juin 2009. En septembre 2009, il réintègre l'Institut universitaire de France et l'université Paris Diderot.

Il est l'invité de nombreuses universités étrangères : aux États-Unis à l'université de Chicago, à Yale, à Berkeley (Chancelor's Professor en 2008), à l'université du Minnesota (Ordway Professor en 1999), à l'université de Virginie ; en Australie à l'université de Sydney ; au Royaume-Uni à Cambridge (Fellow de Caius College en 1997, de Churchill College en 2008), à Oxford et l'université de Birmingham ; en Allemagne à l'université d'Heidelberg ; au Danemark à l'université d'Aarhus ; en Chine à l'université de Pékin ; en Suisse à l'ETH Zurich et à l'EPFL.

Il est orateur au Congrès international des mathématiciens à Berkeley en 1986, conférencier de la série « Current Developments in Mathematics » (Harvard-MIT 2000), titulaire des Albert Lectures (Chicago 2003), Abel Lecturer pour la remise du Prix Abel (Oslo 2008), Plenary Speaker au British Mathematical Colloquium (Lancaster 2019). Il est prix de l'Académie des sciences en 1986, docteur honoris causa de l'université de Birmingham et Fellow de l'American Mathematical Society[6]. Il est élu en 2014 Honorary Foreign Member de l'American Academy of Arts and Sciences.

Influencé par les travaux de Claude Chevalley et de Jean-Pierre Serre, il est spécialiste d'algèbre, et plus particulièrement de la théorie des groupes (groupes finis d'abord, puis groupes algébriques, groupes de réflexions (en), groupe de tresses) et de leurs représentations, auteur de nombreux articles dans les revues spécialisées, et de très nombreuses communications dans les conférences et séminaires internationaux. Il énonce en 1988 une conjecture[7] qui a depuis stimulé et suscité de nombreuses recherches.

Organisateur de nombreuses rencontres internationales (MSRI Berkeley 1990 et 2008, Newton Institute Cambridge 1997, Mathematisches Forschungsinstitut Oberwolfach, Centre international de rencontres mathématiques Luminy), il est ou a été éditeur de plusieurs revues scientifiques internationales (Algebra Colloquium, Journal of Group Theory, Journal of Pure and Applied Algebra), et éditeur en chef du Journal of Algebra[8].

Tout au long de sa carrière, il a défendu la coopération scientifique internationale et s'est insurgé par voie de presse contre les entraves qui y sont périodiquement mises[9]. Lors de la mise en place de la « circulaire Guéant », il écrit une lettre ouverte au Premier ministre François Fillon à propos de l'expulsion de France d'un jeune scientifique biélorusse [10].

Il a publié deux ouvrages consacrés à des cours de niveau Master (Mastère 2), synthèses de cours délivrés à Paris (École normale supérieure) et à Pékin (université de Pékin) : « Some Topics in Algebra »[11], et « On Characters of Finite Groups »[12].

Il collabore régulièrement à la vulgarisation et à la réflexion publique sur les mathématiques, par divers exposés grands public comme la série Un texte, un mathématicien[13] à la BNF, ou le Festival du Mot[14]), en participant à diverses émissions de radio[15],[16],[17] ou de grand public radiodiffusées[18],[19],[20], en donnant des conférences régulières dans les lycées, en tenant une chronique régulière dans le journal Les Échos (dont il démissionne en juin 2017)[21]).

Il a eu comme élèves, entre autres, Serge Bouc et Marc Cabanes, tous deux chercheurs au CNRS, le chef d'entreprise David Bessis, les universitaires Raphaël Rouquier (professeur à Oxford, puis à UCLA) et Maria Chlouveraki.

Activités politiques[modifier | modifier le code]

Parallèlement à ses activités scientifiques, il a eu des activités politiques variées. Il est d'abord membre de l'Organisation communiste internationaliste (OCI) (trotskiste) où il est recruté par Lionel Jospin en 1971.

Durant toutes ces années militantes trotskistes il se consacre essentiellement à la défense des droits de l'homme, une des activités importantes de l'OCI[22].

Dans la continuité du Comité Audin[23], c'est d'abord, dans le cadre du Comité des Mathématiciens, qu'il a fondé et animé avec Henri Cartan et Laurent Schwartz, dont le succès le plus spectaculaire fut la libération en 1976 du mathématicien ukrainien Léonide Pliouchtch à la suite d'une campagne internationale qui ébranla le lien entre le PCF et la direction soviétique[24]. Le Comité des Mathématiciens a mené de nombreux autres combats[25] et a aussi obtenu la libération de nombreux autres mathématiciens persécutés pour leur opinions politiques (dont Anatoly Shcharansky en URSS, Sion Assidon au Maroc, José Luis Massera en Uruguay)[26].

Réunion à la Mutualité en défense des prisonniers de la Charte 77. De gauche à droite : Yves Montand, Artur London, Michel Broué

À la suite de l'arrestation de deux jeunes Français en Tchécoslovaquie en 1980[27] et des arrestations massives (dont celle de Václav Havel) opérées en conséquence dans les milieux dissidents, Michel Broué a mené une campagne très active[28] en faveur des membres de la Charte 77 (voir photo ci-contre), en particulier en collaboration avec l'association AIDA fondée et animée par Ariane Mnouchkine. Après la prise du pouvoir en Pologne de Jaruzelski, il a également animé, entre autres en compagnie de Jacques Le Goff et Simone Signoret, des actions de solidarité avec les Polonais emprisonnés ou poursuivis.

Il quitte l'Organisation communiste internationaliste en 1984, soit (contrairement à ce qui est souvent affirmé) deux ans avant les membres du secteur étudiant (mené par Jean-Christophe Cambadélis et Benjamin Stora) qui rejoignent le Parti socialiste en 1986. De 1986 à 1988, il participe activement à Convergences socialistes (scission de militants trotskistes qui ont rejoint le Parti socialiste (PS)) créé par ce groupe durant la même période, et devient membre du Parti socialiste. Dans ce cadre, il anime la mobilisation contre le projet de code de nationalité porté par le Premier ministre Jacques Chirac, dont le point culminant est un meeting qu'il préside dans la grande salle de la Mutualité[29].

En 1988, après le score important réalisé par Jean-Marie Le Pen au premier tour de l'élection présidentielle, il lance en compagnie de Jacques Le Goff et Laurent Schwartz un Appel intitulé La bête immonde qui réunit un grand nombre de signatures d'intellectuels[30]. Cette initiative provoque sa rupture avec Convergences socialistes, et son éloignement du PS dont Jean-Christophe Cambadélis devient l'un des dirigeants. Puis en 1990, en compagnie de François Jacob, Jacques Le Goff, Madeleine Rebérioux, Laurent Schwartz, Pierre Vidal-Naquet, il appelle à la mobilisation contre les négationnistes dans l'université[31].

En 2001, il a fondé, en compagnie de ses amis le journaliste Edwy Plenel et l'historien Benjamin Stora, le Club Mémoire et Politique, qu'il a présidé jusqu'à sa dissolution en 2005.

Réunion publique de Mémoire et Politique. De gauche à droite : Gérard Desportes, Henri Weber, Benjamin Stora, Michel Broué, Daniel Bensaid, Laurent Mauduit

En 2005, dans Le Monde, il a pris fermement position en faveur d'Edwy Plenel, accusé par Roland Dumas d'être un agent de la CIA lors du procès des écoutes de l'Élysée[32].

Il a participé activement aux deux campagnes présidentielles menées par Lionel Jospin (1995 et 2002). En opposition constante et ouverte à la personnalité et aux méthodes de Claude Allègre depuis 1988, il a été chargé par Lionel Jospin, dans la campagne de 2002, des secteurs de la recherche et de l'université. Trois jours avant le 21 avril 2002, il a publié, en collaboration avec le metteur en scène Bernard Murat, un article dans Le Monde intitulé « À nos amis de gauche qui deviennent fous » attirant l'attention sur le danger imminent du vote pour Jean-Marie Le Pen[33]. En 2007, il a mené campagne publique et active pour Ségolène Royal, dans les médias, et en prenant la parole lors du meeting de la candidate au gymnase Japy.

Il a étroitement participé en 2008, en compagnie d'Edwy Plenel, à la fondation du site d'information Mediapart, dont il est le président de la Société des amis. Il tient un blog sur Mediapart[34].

En 2012, il signe une tribune intitulée « Pour une nouvelle république » appelant à voter pour le candidat François Hollande[35]. Pendant la campagne présidentielle de 2017, il a vigoureusement pris position pour un vote au second tour en faveur d’Emmanuel Macron, dans un article publié par Mediapart faisant référence à son article de 2002 (« À nos amis de gauche qui deviennent fous, 2 »[36]), et lors d’un interview vidéo[37].

Il s’est engagé aux côtés des mouvements inspirés par #MeToo, en particulier en publiant « Consentement ? »[38].

En compagnie de l’historien Benjamin Stora et de l’enseignant syndicaliste Vincent Présumey, il a répliqué à un article du psychanalyste Jacques-Alain Miller au sujet de « l’Hitléro-trotskysme »[39].

Il a accordé en septembre 2018 une longue interview au Centre international de rencontres mathématiques[40] sur son rapport aux mathématiques et sur ses engagements militants.

Vie privée et famille[modifier | modifier le code]

Il est le père d'Isabelle Broué (née en 1968, cinéaste) et Caroline Broué (née en 1972, journaliste et productrice à France Culture), nées de son union avec Marie-Claude Cidère. Depuis janvier 2003 il partage la vie de la comédienne Anouk Grinberg, qu'il a épousée en 2016.

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Parcours de mathématiciens", par Philippe Pajot, Préface de Michel Serres, chap.3, Le Cavalier Bleu Éditions, 2010
  2. « École normale supérieure de Saint-Cloud », sur www.lyon-normalesup.org/ (consulté le 16 août 2019)
  3. « Doctorat en France », sur fr.wikipedia.org (consulté le 16 août 2019)
  4. « Pour une histoire de l'École normale supérieure » (consulté le 16 août 2019)
  5. « Institut universitaire de France », sur www.iufrance.fr/ (consulté le 16 août 2019)
  6. (en-US) « Fellowships AMS », sur www.ams.org (consulté le 29 janvier 2018)
  7. « Broue's Abelian Defect Group Conjecture », sur www.maths.bris.ac.uk (consulté le 29 janvier 2018)
  8. Journal of Algebra (lire en ligne)
  9. Édouard Brézin et Michel Broué, « La recherche scientifique malmenée - lemonde.fr »
  10. Sylvestre Huet, « Étudiants étrangers : M. Broué dénonce un scandale à François Fillon - Libération.fr », sur lemonde.fr (consulté le 27 août 2019)
  11. « site de Springer-Verlag », 2014, (ISBN 978-3-642-41269-1)
  12. « site de Springer-Verlag », 2018, (ISBN 978-981-10-6877-5)
  13. « site de la série "Un texte, un mathématicien" », sur smf.emath.fr
  14. « site du Festival »
  15. « Michel Broué : "Le monde est régi par les maths" », Franceinfo,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2018)
  16. « Évariste Galois, mathématicien romantique », France Culture,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2018)
  17. « "Bourbaki, le cercle des poètes disparus" », France Culture,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2019)
  18. « L’année vue par... les sciences », sur www.sorbonne.fr (consulté le 29 janvier 2018)
  19. [1]
  20. « La Matinale de France Culture », sur www.franceculture.fr (consulté le 30 juin 2019)
  21. [2]
  22. Jean Birnbaum.
  23. Maurice Audin : une histoire de mathématiciens.
  24. "L'affaire Pliouchtch", par Tania Mathon et Jean-Jacques Marie, Préface de Michel Broué, Henri Cartan et Laurent Schwartz, Éditions du Seuil, 1976.
  25. Michel Broué et Gaston Ferdière, « Des hommes à sauver - lemonde.fr »
  26. Laurent Schwartz, Un mathématicien aux prises avec le siècle, Paris, O. Jacob, (ISBN 9782738104625, présentation en ligne).
  27. L'affaire Anis-Thonon.
  28. Michel Broué, « Plus jamais l'Aveu - lemonde.fr »
  29. Olivier Biffaud, « M. Chirac, arrêtez vos lepenneries - lemonde.fr », sur lemonde.fr (consulté le 27 août 2019)
  30. « Universités :de grandes voix contre les révisionnistes et les racistes - lemonde.fr »
  31. L'Histoire contre l'extrême droite. Les Grands Textes d'un combat français [Poche], Collectif (Auteur), Vincent Duclert (Auteur).
  32. Michel Broué, « Mrs Dumas et Ménage, et l'argent de la CIA - lemonde.fr »
  33. Michel Broué et Bernard Murat, « À nos amis de gauche qui deviennent fous - lemonde.fr »
  34. [3]
  35. TRIBUNE. "Pour une nouvelle république", tempsreel.nouvelobs.com, 19 avril 2012
  36. [4]
  37. [5]
  38. [6]
  39. [7]
  40. Interview au CIRM.
  41. « site de l’académie des sciences française », sur academie-sciences.fr.
  42. « site de l’IUF », sur iuf.amue.fr.
  43. « site de Caius College », sur cai.cam.ac.uk.
  44. « site de l’AMS », sur ams.org.
  45. « Ordway Visitors, Minneapolis », sur math.umn.edu.
  46. « site de Current Developments in Mathematics », sur intlpress.com.
  47. « site des Albert Lectures », sur math.uchicago.edu.
  48. « site de L'Université de Birmingham », sur birmingham.ac.uk.
  49. « site du Département de mathématiques de l'université de Californie à Berkeley », sur math.berkeley.edu.
  50. « site du Prix Abel », sur abelprize.no.
  51. « site des Fellowships de l'AMS », sur ams.org.
  52. « site du British Mathematical Colloquium », sur lancaster.ac.uk.

Liens externes[modifier | modifier le code]