Ba'al Hammon

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Ba'al Hammon
Dieu de la religion carthaginoise
Statue de Baʿal Hammon sur son trône avec une couronne et flanquée de sphinges, 1er siècle.
Statue de Baʿal Hammon sur son trône avec une couronne et flanquée de sphinges, 1er siècle.
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) Saturne africain
Fonction principale Dieu cosmique, suprême et universel, de la fécondité et des récoltes
Équivalent(s) par syncrétisme Saturne
Famille
Conjoint Tanit
Brûle-parfum à tête de Ba'al Hammon (Musée national de Carthage)

Ba'al Hammon ou Baal Hammon, parfois surnommé le « Saturne africain », est la divinité centrale de la religion carthaginoise à qui est offert le sacrifice du molk.

Avec la romanisation de l'Afrique du Nord, ce dieu d'origine sémitique est capté par la divinité romaine Saturne (syncrétisme d'association) avant de disparaître avec le triomphe du christianisme.

Origine[modifier | modifier le code]

Yigael Yadin, archéologue israélien, pense qu'un culte était rendu à Ba'al Hammon et à Tanit pendant l'âge du bronze à Hazor. Il a ainsi retrouvé dans les ruines de cette ville des stèles, des masques et un étendard qu'il rapproche du culte de ce dieu de la culture punique[1]. Par ailleurs, certains commentateurs ont rapproché Ba'al Hammon du dieu Moloch cité dans la tradition hébraïque, à cause notamment des sacrifices prétendument rendus à ce dieu à Carthage, le nom Moloch renvoyant probablement au terme molk ou sacrifice[2].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Dieu cosmique, il occupe une place première dans le panthéon berbéro-punique, possède son sacerdoce, ses sanctuaires (tophet), ses représentations et ses attributs attitrés. Il avait pour parèdre Tanit. Son culte était particulièrement exigeant et demandait une totale confiance de la part de ses fidèles.

Dieu de la fécondité et des récoltes, il semble avoir, par sa spécificité, constitué un élément de permanence dans le monde berbère et, par son caractère central (hénothéisme), ouvert la voie au monothéisme en Afrique romaine.

Le culte jouit d'une grande popularité jusqu'au IVe siècle[3]. Dans ce culte, les influences venues d'Orient restaient essentielles. Il est perçu par les Carthaginois comme le dieu suprême et universel[3].

L'essentiel de la doctrine du sacrifice en usage dans le culte de Saturne africain est hérité directement de Carthage. Ainsi, les sacrifices sont des actes individuels dans cette religion qui procède avant tout du sentiment religieux individuel[3]. Les Carthaginois auraient offert au dieu des sacrifices humains. Rome, depuis Tibère, avait interdit les sacrifices publics d'enfants, mais avait toléré ceux-ci dans le cadre du culte privé, parce qu'ils étaient le rite le plus caractéristique du Ba'al Hammon carthaginois, ce dieu étant avant tout le résultat d'un syncrétisme entre le dieu phénicien et son interprétation africaine[3]. Néanmoins, la question des sacrifices humains à Carthage est loin d'être résolue, du fait de la faiblesse des indices archéologiques et de la nature partisane des sources littéraires.

Le culte de Saturne Africain reste avant tout selon Marcel Le Glay l'expression d'« un monothéisme dominateur et fataliste » dans cette région[3].

Postérité[modifier | modifier le code]

Il existe une certaine survivance dans l'onomastique et plus précisément l'anthroponymie, certains prénoms en usage particulièrement en Tunisie se greffant au nom du dieu : par exemple une culture est dite « Baali » (ba'li en dialecte tunisien) si elle est conduite sans irrigation, ou à la grâce de Dieu[4].

Une rue de Carthage, située à proximité des ports puniques, porte le nom de Baal Hammon[5].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Yigael Yadin, Hazor, The Rediscovery of a great citadel of the Bible, éd. Random House, New York, 1975
  2. (en) Lawrence E. Stager et Samuel R. Wolff, « Child Sacrifice at Carthage. Religious Rite or Population Control? », Biblical Archaeology Review, janvier-février 1984
  3. a b c d et e Louis Maurin, Marcel Leglay, Saturne Africain. Histoire, 1966 (compte-rendu), Revue des Études Anciennes, Année 1967, 69-1-2, pp. 162-165
  4. Ottavo contributo alla storia degli studi classici e del mondo antico Arnaldo Momigliano - 1987 p. 240 : « There Juno Caelestis (or simply Caelestis, destined to considerable veneration outside Africa) is Tanit (Tinnit), the female companion of Baal Hammon... Victoria was already recognized as a goddess during the Samnite Wars. She was later... ».
  5. Rue Baal Hammon, Site archéologique de Carthage, Tunisie, sur google.com/maps

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcel Leglay, Saturne africain. Histoire, éd. De Boccard, Paris, 1966.

Voir aussi[modifier | modifier le code]