Raphaël Liogier

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Raphaël Liogier
Naissance
Nationalité France
Champs Sociologie des religions
Institutions Université Aix-Marseille III
Diplôme Habilitation à diriger des recherches
Formation Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence
Directeur de thèse Bruno Étienne
Renommé pour Directeur de l'Observatoire du religieux

Raphaël Liogier, né en 1967, est sociologue et philosophe. Professeur des universités à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, il y dirige depuis 2006 l'Observatoire du religieux. Il est également diplômé en philosophie de l'université d'Édimbourg et de l'université de Provence et il enseigne à Paris au Collège international de philosophie.

Ses travaux portent depuis une vingtaine d'années sur les croyances, au-delà du simple cadre religieux et de leurs formes dans l'imaginaire contemporain, des groupes new age au bouddhisme occidentalisé, des biotechnologies au désir d'immortalité des transhumanistes, en passant par la peur de l'islamisation.

Parcours universitaire[modifier | modifier le code]

En septembre 2000, il soutient, à l'Université d'Aix-Marseille III, sa thèse de doctorat en sociologie et science politique, intitulée Introduction à une approche politique de l'occidentalisation du bouddhisme et rédigée sous la direction de Bruno Étienne, professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence[1]. Il y analyse comment le bouddhisme s’est installé dans les esprits occidentaux comme « la bonne religion », dont les membres sont fondamentalement intégrés, démocrates et par essence tolérants. Il étudiera par la suite de quelle manière, en parallèle, s’est construit une image dévalorisée de l’islam alors que lors des débuts de l’orientalisme au XIXe siècle, bouddhisme et islam sont souvent associés dans l’imaginaire occidental[2].

En 2003-2004, il soutient son habilitation à diriger des recherches (HDR) en sociologie, sous la direction du sociologue Roger Establet, sur « L’hypothèse de l’individuo-globalisme »[3].

Travaux[modifier | modifier le code]

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

En 1994, Raphaël Liogier rencontre le 14e dalaï-lama en visite à Marseille[4],[5]. En 1997, il assiste, accompagné de Bruno Étienne, son directeur de thèse, aux enseignements donnés par le dalaï-lama à Karma-Ling en Savoie[6]. En 2008, il publie un ouvrage sur le dalaï-lama, qu'il présente comme le plus révolutionnaire de sa lignée : démocrate, moderniste, humaniste, faisant trembler les gouvernants chinois et fantasmer les Occidentaux[7].

Raphaël Liogier a également étudié le lien entre bouddhisme et christianisme. En 1999, il a ainsi publié un Jésus Bouddha d'Occident pour démontrer les liens existants entre la pensée de Bouddha et celle de Jésus, qu'il présente comme « l'héritier de la sagesse de Bouddha », reconnu à la naissance par les rois mages comme un « avatar d'Amithaba » qui aura pour rôle de diffuser la pensée de Siddhartha à l'Occident[8]. Cette thèse d'une influence déterminante du bouddhisme mahayaniste sur le ministère de Jésus et la naissance du christianisme au Moyen-Orient, faisant littéralement du christianisme un bouddhisme gréco-juif, a été qualifiée de fantaisiste et sans fondements par Philippe Cornu[9].

Laïcité[modifier | modifier le code]

Il travaille sur les croyances, les valeurs, la théorie de la connaissance, les religions, les bouddhismes, les nouveaux mouvements religieux, les sectes et la mondialisation culturelle (en)[10],[11]

Il a écrit plusieurs articles sur le thème des religions[12] : pentecôtisme[13]. catholicisme[14] et la sōka Gakkai[15].

Il a aussi critiqué la MIVILUDES comme inefficace et discriminatoire à cause de sa « méconnaissance du terrain » qui ne permettrait pas de combattre les sectes dangereuses mais les protègerait en provoquant une confusion. Il propose comme solution de rechange la création d'un organisme composé de représentants de la société civile et de chercheurs, comme INFORM chez les Britanniques, non « pas là pour condamner les sectes a priori mais pour informer sans fantasme l’Etat et le public »[16].

En 2006, Il publie un ouvrage sur une laïcité « légitime », où il propose la thèse selon laquelle la laïcité française aurait évolué de la notion « d'incompétence » de l'État en matière religieuse (loi de 1905 - art 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ») à la notion de neutralité. Se déclarant « neutre », l'État s'autorise alors à donner des avis sur ce qu'est ou n'est pas un culte. Tout en prétendant ne pas intervenir dans les affaires religieuses, l'État le ferait de façon extensive et considérablement plus que dans les pays ne se proclamant pas laïcs, comme l'Angleterre, et qui démontreraient pourtant une plus grande ouverture à la diversité religieuse[17]. Raphaël Liogier illustre cette posture contradictoire dans le traitement de la question des sectes et celle de l'islam. Il s'inquiète du fait que la laïcité puisse devenir un outil de répression des minorités spirituelles par l'utilisation sans discernement du mot « secte »[18].

De manière plus générale, il tente de montrer comment ces questions sont en rapport avec l'existence d'une pensée unique qui serait dominante et croissante en France : « Comment arriver à être classé comme « normal » ? Il déclare qu'« Il n’y a pas d’autre possibilité que d’avoir « l’esthétique officielle », de correspondre à la culture dominante, au goût dominant »[19], attestant de l'influence de la théorie bourdieusienne sur ses travaux.

Islam[modifier | modifier le code]

Sur le thème de l'islam, à travers une enquête menée à l'Observatoire du religieux, il conclut que la laïcité (à travers les conclusions de la commission Stasi) a établi, sans investigation, la notion de « voile imposé » aux jeunes musulmanes françaises pour justifier la loi sur le port du voile, alors que son étude démontrerait au contraire une majorité de choix délibérés et argumentés[20]. Il soutient que « l'islamisation est un mythe », que l'islam en France n'a « pas d'intention de s'imposer » et « les musulmans européens et français n'ont jamais demandé la limitation de la liberté d'expression à la suite des affaires dites "des caricatures" »[21].

Il dénonce également « le mythe de l’invasion arabo-musulmane » qui ne repose sur rien selon lui, car le taux d’accroissement migratoire est stable depuis les années 1980 et que « dans la plupart des pays musulmans, le taux de natalité est très proche de ceux observés dans les États occidentaux »[22].

Raphaël Liogier entend critiquer l'emploi généralisateur du terme « djihadiste » pour désigner des réalités multiples, même si elles peuvent se recouper, à savoir les individus qui partent au Moyen-Orient en général, les anciens terroristes d'Al Qaïda, et les terroristes qui ont commis plus récemment des attentats sur le sol européen. Dans les enquêtes qu'il mène, il distingue ces différentes catégories d'individus.

Populisme[modifier | modifier le code]

En prolongement de ces travaux sur la construction et l’émergence de l’islamophobie en Europe, Raphaël Lioger a analysé les ressorts du populisme qui a nourri la montée en puissance durant les années 2000 de partis politiques européens généralement situés à l’extrême droite mais dont le discours a débordé du cadre conceptuel historique des années 1930 pour irriguer une plus grande partie de l’échiquier politique. Il forge à cette occasion le concept de « populisme liquide », qu'il décrit. Selon lui, ce populisme se fonde désormais sur l’idée d’un « vrai peuple » dont la référence n’est plus biologique mais culturelle, avec la désignation des musulmans comme ennemis fondamentaux principaux[23].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Jésus, Bouddha d'Occident, Calmann-Lévy, 1999
  • Le Bouddhisme mondialisé, Ellipses, 2003
  • Géopolitique du christianisme (avec Blandine Chelini-Pont), Ellipses, 2003
  • Être bouddhiste en France aujourd'hui (avec Bruno Étienne), Paris, Hachette, 2004.
  • Une laïcité « légitime ». La France et ses religions d'État, Médicis Entrelas, 2006
  • Le Bouddhisme et ses normes, Presses universitaires de Strasbourg, 2006
  • À la rencontre du Dalaï-Lama, Flammarion, Paris, 2008
  • Sacrée médecine : Histoire et devenir d'un sanctuaire de la Raison, avec Jean Baubérot, Entrelacs, 2011
  • Les évidences universelles, Éditions de la Librairie de la Galerie, 2011
  • Souci de soi, conscience du monde. Vers une religion globale ?, Armand Colin, 2012
  • Le Mythe de l'islamisation, essai sur une obsession collective, éd. du Seuil, 2012
  • Ce populisme qui vient (conversation avec Régis Meyran), Paris, Textuel, coll. « Conversations pour demain », , 109 p. (ISBN 978-2-84597-472-2)
  • Le complexe de Suez. Le vrai déclin français (et du continent européen), éditions du Bord de l'eau, 2015
  • La guerre des civilisations n'aura pas lieu : coexistence et violence au XXIème siècle, CNRS Éditions, 2016, 240 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Introduction à une approche politique de l'occidentalisation du bouddhisme (OCLC 494197307)
  2. « Rencontre avec Raphaël Liogier »,‎
  3. Curriculum vitae universitaire de Raphaël Liogier.
  4. Raphaël Liogier, A la rencontre du Dalaï-Lama, Flammarion, Paris, 2008, p. 23
  5. (en) The Dalai Lama's Visit to Mongolia, England and France, World Tibet News, 7 septembre 1994.
  6. Raphaël Liogier, A la rencontre du Dalaï-Lama, Flammarion, Paris, 2008, p. 31.
  7. À la rencontre du Dalaï-Lama, éditions Flammarion, 2008, ISBN 978-2081208803.
  8. Frédéric Lenoir, La rencontre du bouddhisme et de l'Occident, Paris, Fayard, , 393 p. (lire en ligne).
  9. Philippe Cornu, Lumière sur la voie bouddhique de l'éveil, dans Connaissance des religions, (no) 61-64, janvier-décembre 2000, pp. 341-343 (compte rendu de Raphaël Lioger, Jésus, Bouddha d'Occident, Calmann-Lévy, Paris, 1999, 309 p.)
  10. Raphaël LIOGIER, sciencespo-aix.fr
  11. « L'interview de Raphaël Liogier par le CICNS », cicns (consulté le 31 juillet 2009)
  12. « Raphael Liogier » (consulté le 7 avril 2013)
  13. « Les missionnaires de l'Amérique », Le Nouvel Observateur (consulté le 31 juillet 2009)
  14. « L’Eglise catholique peut-elle encore changer ? », La Pensée du Midi (consulté le 31 juillet 2009)
  15. « Le bouddhisme mondialisé. Une perspective sociologique sur la globalisation du religieux », Histoire sociale (consulté le 31 juillet 2009)
  16. Raphaël Liogier, « Révolution culturelle dans la lutte antisectes », dans Le Monde, 4 mars 2008.
  17. Compte-rendu d'ouvrage, Une laïcité « légitime », La France et ses religions d’État, IESR - Institut européen en sciences des religions, mis à jour le : 23/05/2008
  18. Nicolas de Bremond d’Ars, Raphaël Liogier, Une laïcité « légitime ». La France et ses religions d’État, Archives de sciences sociales des religions, 138, avril - juin 2007, document 138-59, mis en ligne le 12 septembre 2007.
  19. Extrait de l'interview de Raphaël Liogier, Vidéo, Centre d'information et de conseil des nouvelles spiritualités (CICNS), 30/09/2007.
  20. « Pourquoi les musulmanes portent-elles de plus en plus le voile ? », Madame Figaro, 9 juillet 2015.
  21. Raphaël Liogier, « L'islamisation est un mythe », lemonde.fr, 28 mars 2013.
  22. Le mythe de l’invasion arabo-musulmane, Raphaël Liogier, monde-diplomatique.fr, mai 2014
  23. Raphaël Liogier, Ce populisme qui vient, Paris, Textuel, coll. « Conversations pour demain », , 109 p. (ISBN 978-2-84597-472-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]