Insurrection de Novembre

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Insurrection de Novembre
Description de cette image, également commentée ci-après
La bataille d'Ostroleka 1831. Peinture de Juliusz Kossak.
Informations générales
Date à
Lieu Pologne
Casus belli

Le non respect de la Constitution du Royaume par le tsar

Annonce de la répression des révolutions française et belge
Issue Russification de la Pologne
Belligérants
November Uprising.svg Insurgés polonaisDrapeau de l'Empire russe Empire russe
Commandants
Józef Chłopicki, Jan SkrzyneckiHans Karl von Diebitsch, Ivan Paskevitch

Batailles

L’Insurrection de Novembre de 1830 est un soulèvement polonais contre la domination de la Russie, qui débute le et se termine en .

La défaite de l'insurrection est suivie d'une sévère répression, de l'exil de plusieurs milliers de combattants en et d'une réduction drastique de l'autonomie du royaume de Pologne.

Contexte historique: Le Royaume de Pologne sous tutelle russe[modifier | modifier le code]

L'État polonais, officiellement République des Deux Nations, disparaît en 1795 lors du troisième partage de la Pologne entre la Russie, la Prusse (qui contrôle Varsovie) et l'Autriche. En 1807, Napoléon rétablit un État polonais sous tutelle française, le Duché de Varsovie, à partir de territoires annexés par la Prusse et par l'Autriche. La Russie, « alliée » de Napoléon (traité de Tilsit), conserve la totalité de ses annexions antérieures. Elle reçoit même le district de Białystok.

Après la chute de Napoléon, le congrès de Vienne attribue le territoire du Duché au tsar Alexandre Ier, qui devient « roi de Pologne ». Il dote son royaume d'une constitution assez libérale, d'un gouvernement et d'une armée propres. Les provinces orientales sont annexées à la Russie proprement dite.

Les raisons de l'insurrection[modifier | modifier le code]

La Constitution de 1815 accorde au Royaume un roi, une diète et une armée, la liberté de la presse, de la parole et des associations. Le vétéran des guerres napoléoniennes, le général Józef Zajączek est nommé le lieutenant du roi (namiestnik) mais c'est le grand-duc Constantin, chef de l'armée et frère du tsar, qui devient le véritable chef de cet ersatz d'État polonais qu'il gouverne en policier, par les perquisitions et les emprisonnements arbitraires. En dépit de la Constitution, la censure est établie. Ces illégalités provoquèrent la formation de nombreuses sociétés secrètes.

Des tensions s'aggravent après l'avènement en 1825 de l'autoritaire Nicolas Ier de Russie, qui fait face à la révolte des décembristes au lendemain de son accession au trône. Désireux d’obtenir des réformes dans un pays qu’ils considèrent comme rétrograde, des officiers russes tentent de soulever la garnison de Saint-Pétersbourg. Leur échec fige un peu plus la Russie dans un absolutisme et un conservatisme sans failles. Après avoir remis son peuple au pas, le tsar se fait le défenseur de la légitimité monarchique dans toute l’Europe et il revient sur les libertés et une certaine autonomie accordées aux Polonais par son prédécesseur Alexandre Ier.

Le non-respect de la Constitution et des persécutions rencontrent de plus en plus grande opposition, surtout de la part des militaires et encore plus des universitaires. Le 15 décembre 1828 ils s'unissent à l'initiative de Piotr Wysocki (1797-1874), instructeur à l'École des enseignes d'infanterie de Varsovie pour la défense de la Constitution. Ce groupe patriotique est passé dans l'histoire comme Conspiration de Wysocki.

Le 24 mai 1829 Nicolas Ier se couronne comme roi de Pologne à Varsovie.

La prise du Belvédère et la déposition du tsar par la diète[modifier | modifier le code]

La rumeur d'une utilisation éventuelle de l'armée polonaise contre la monarchie de Juillet, fille de la révolution de 1830 donne impulse à la révolte. La nuit du , Piotr Wysocki, avec 24 de ses hommes, s’empare du palais du Belvédère, résidence du grand-duc Constantin, avec l’intention d’assassiner celui-ci. Le grand-duc échappe aux assaillants mais le groupe de Wysocki s’empare alors de l’arsenal et la distribution de 30 000 fusils à la population de la ville transforme la situation. Le lendemain, avec l’aide des civils armés, les insurgés prennent contrôle de toute la ville[1]. L"étendard des révoltés porte "..Pour notre liberté et pour la vôtre". La conspiration militaire se transforme en insurrection.

Marcin ZaleskiLa Prise de l’Arsenal.

Les loyalistes conservateurs du gouvernement polonais (Adam Czartoryski, Ksawery Drucki-Lubecki) condamnent la révolte et vont jusqu'à inciter Constantin à employer la force contre les rebelles. Ils sont consternés de le voir s'y refuser et laisser les autorités polonaises le soin de ramener l'ordre. Soucieux d'éviter la rupture avec le tsar et de mater le soulèvement, le gouvernement s'assure alors le concours du très populaire Józef Chłopicki, vétéran des guerres napoléoniennes. Se dresse alors la nouvelle Société Patriotique conduite par le radical Joachim Lelewel et l'orateur enflammé Maurycy Mochnacki. Des unités de l'armée polonaise cantonnées à l'extérieur de la ville de rallient aux insurgés et le grand-duc Constantin quitte la ville avec ses troupes russes. La situation devient incontrôlable et le gouvernement se voit dans l'obligation de convoquer une diète[2].

Emportée par une vague de patriotisme, la Diète réunie le reconnaît l’insurrection comme « nationale » et le nomme le général Chłopicki chef suprême du soulèvement ("dictateur "). Paradoxalement, ce dernier aspire à une réconciliation avec le tsar, mais Nicolas Ier refuse de négocier, comme de faire la moindre concession susceptible d'apaiser l'opinion polonaise. Le , le tsar offre une amnestie tout en exigeant une capitulation sans conditions. Incapable de donner à Nicolas ce qu'il désire et se refusant à écraser la rébellion, Chłopicki démissionne le .

Drapeau de l'Insurrection de Novembre portant la devise "Pour notre liberté et la vôtre"

Le , la Diète dépose Nicolas Ier du trône de Pologne par acclamation publique. Ce qui équivaut à une déclaration de guerre. S'en suit une lutte politique intense, au sein de la diète sur la nature, les méthodes et les objectifs de l'insurrection. Afin d'empêcher les patriotes et les radicaux de la Société patriotique de s'emparer du pouvoir, des conservateurs modérés comme Czartoryski jugent de ne pas avoir d'autre choix que prendre la direction du mouvement. Le gouvernement national de Cinq, élu le inclut Joachim Lelewel mais il est présidé par Czartoryski, chargé de la politique étrangère alors que le prince Michał Radziwiłł assume le commandement de l'armée. La Diète décide aussi que la Pologne sera la monarchie héréditaire constitutionnelle et que seul la Diète est habilité d'élire un nouveau roi. Alors que les radicaux veulent "la guerre du peuple" contre la Russie, le gouvernement modéré nourrit l'espoir qu'une campagne militaire victorieuse forcera Nicolas et grandes puissance à réviser les clauses des traités de Vienne en ce qui concerne la Pologne[3].

La guerre (février – septembre 1831)[modifier | modifier le code]

Emilia Plater conduisant les porteurs de faux.
Emilia Plater en escarmouche à Šiauliai. Peinture de Wojciech Kossak, 1904.

Le , une armée russe forte de 115 000 hommes, commandée par le général Diebitsch, franchit la frontière du Royaume de Pologne. L'armée polonaise compte 80 000 hommes. Après les batailles victorieuses de Stoczek (14 février), Dobra (17 février) et de Wawer (19 février), les Polonais affrontent les Russes près de Grochów.

C'est la plus grande bataille terrestre engagé en Europe entre Waterloo et la guerre de Crimée. Les Polonais (40 000 hommes) repoussent les Russes (60 000 hommes), les dissuadant d’attaquer directement la capitale polonaise. L'armée polonaise est officiellement commandée par le prince Michał Radziwiłł, mais ce dernier laisse l'initiative militaire au général Józef Chłopicki, qui ayant renoncé à la dictature du soulèvement se voit nommée le "commandant de première ligne." La bataille de Grochów est considérée comme indécise car elle force les deux camps à se retirer. Elle toutefois empêche les troupes russes de marcher sur Varsovie. Le statut non réglementé de Chłopicki a une incidence négative sur le déroulement de la bataille. Chłopicki arrive sur le champ de bataille en tant que civil. Il prend le commandement de l’ensemble des forces polonaises, mais certains de ses subordonnés ne reconnaissent pas sa souveraineté et Jan Krukowiecki et Tomasz Łubieński refusent d’exécuter ses ordres à des moments clés de la bataille. Ce qui fait que ce dernier, perd une chance de briser définitivement la cavalerie russe. Chłopicki est gravement blessé lors de la bataille et c'est Jan Skrzynecki, un autre vétéran des guerres napoléoniennes qui prend alors le commandement de l'armée. Il est officiellement confirmé à ce poste à la place de Michał Radziwiłł le .

La première action de Skrzynecki est par s'entourer de ses hommes : Wojciech Chrzanowski est nommé chef d'état major, tandis qu'Ignacy Prądzyński son conseiller. Il place des officiers fidèles: Maciej Rybiński, Antoni Giełgud, Kazimierz Małachowski et Henryk Milberg à la tête des divisions. Il réorganise la structure de l'armée polonaise dont la force en mars 1831 est estimée à 70 000 soldats et 144 fusils.

Cependant, Skrzynecki ne croit pas au succès du soulèvement. Sans l'autorisation du gouvernement national, outrepassant ses pouvoirs, il tente de négocier avec le commandant en chef de l'opposant, Ivan Diebitsch. Les négociations sont rompues par la partie russe.

Bien que l'armée polonaise sous son commandement remporte de nouvelles victoires à Wawer (31 mars), Dębe Wielkie (31 mars) et Iganie (10 avril), ces batailles ne décident pas du succès final. Skrzynecki tarde à passer à contre-attaque et ne profite pas de l'occasion pour démanteler la garde impériale du prince Pawłowicz près de Śniadów. Par conséquent, il perd l'initiative offensive et cette situation conduit à la bataille à Ostrołęka, qui a lieu le 26 mai 1831. De l'aveu du général en chef Skrzynecki : 5 000 hommes sont hors de combat, parmi lesquels des généraux ainsi que 30 officiers d'état-major et 125 de grades inférieurs avaient été tués. Les pertes Russes étaient tout aussi considérables mais cette bataille met un terme aux succès polonais[4].

Accusé de la démoralisation de l'armée et blâmé pour une série de fautes militaires graves et des velléités autoritaires, Skrzynecki perd le soutien populaire.

Pendant ce temps, le général Ivan Paskevitch, (commandant de l'armée russe après la mort de Diebitsch) traverse la Vistule le et s'approche de Varsovie par l'ouest. L'échec et l'inefficacité du commandant suprême approfondissent encore le mécontentement du peuple de Varsovie. Le 15 août, la perspective de la défaite provoque de violentes émeutes dans la ville, ainsi que des frictions au sein du gouvernement national. Le peuple fait irruption dans des prisons et pendent des dizaines d'espions arrêtés et de généraux soupçonnés de trahison. Czartoryski suggère que les Polonais recherchent la protection des Autrichiens ce qui déclenche la fureur de Lelewel et les radicaux qui demandent instamment la création d'une république égalitaire. Le gouvernement démissionne et les pleins pouvoirs sont confiés à un seul homme, le général Jan Krukowiecki qui ramène l'ordre. Mais il est trop tard.

La fin du soulèvement[modifier | modifier le code]

L'ordre règne à Varsovie par Grandville.

Le , l'armée russes forte de 110 000 hommes commandés par Ivan Paskevitch, attaque les faubourgs de Varsovie. Malgré la défense héroïque (le général Józef Sowiński défend Wola, la porte Ouest de la capitale, avec 1 300 hommes face à 11 bataillons russes), le , Varsovie capitule.

La majeure partie de l'armée polonaise et la direction civile du soulèvement refusent de capituler et traversent la frontière prussienne afin de s'exiler. Les forteresses de Modlin et de Zamość tombent les dernières, respectivement le 9 et le 21 octobre.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Des déportations massives et une répression violente seront le prix à payer pour ce soulèvement libertaire.

En 1832, Nicolas Ier met fin à la constitution de 1815, remplacée par le Statut organique de l'administration du royaume de Pologne : la Diète est abolie et l'armée polonaise dissoute. Le Royaume de Pologne est purement et simplement incorporé dans les frontières de l’Empire russe. Le comte Ivan Paskevitch reçoit le titre de « prince de Varsovie » et il est nommé le lieutenant du roi de Pologne. La langue polonaise n'est plus reconnue comme langue de l'administration et le pouvoir russe s'attaque à toutes les institutions culturelles polonaise du royaume : l'université de Varsovie, le lycée de Varsovie, la Société des Amis des Sciences sont fermés. Des changements similaires ont lieu dans l'ensemble des provinces polonaises déjà annexées de 1772 à 1795.

Grande Emigration[modifier | modifier le code]

En France, on s'indigne d'un mot maladroit attribué au ministre de la Guerre, le général Sébastiani : « L'ordre règne à Varsovie »...

La capitulation de Varsovie, le 7 septembre 1831, cause une violente émotion et déclenche même une émeute à Paris.

« Toute la France est polonaise, affirme le général Lafayette à la Chambre des Députés le 10 septembre 1831

Pour calmer l'indignation publique, le gouvernement français autorise et seconde la formation de comités d'accueil aux réfugiés polonais. L'écrasement des patriotes polonais est, en effet, précédé par la fuite, à l'étranger, des membres de leur famille, et, après la défaite, de leur propre fuite. Des milliers de fugitifs, intellectuels et militaires, gros propriétaires ou simples artisans cherchent donc à échapper à la vengeance russe, se réfugiant en divers pays d'Europe. Mais c'est la France qui les attira surtout, et malgré l'énorme distance, c'est environ 10 000 Polonais qui y viennent chercher secours et fortune.

Les principales batailles[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Pièce polonaise de 5 złoty commémorant l'insurrection.
50 litas lituaniens de 2006.
  • Jerzy Lukowski, Herbert Zawadzki, Histoire de la Pologne, Ed. Perrin, 2010, 420 p. (ISBN 978-2262028886)
  • Władysław Zajewski, Powstanie Listopadowe 1830-1831Bellona, 2012, 320p. (ISBN 978-8311119727)
  • Norman Davies, God's Playground, a History of Poland, New York, Columbia University Press, 1982, 725 p.
  • Daniel Beauvois (dir.), Pologne L'Insurrection de 1830-1831. Sa réception en Europe, Actes du colloque des 14 et 15 mai 1981 au Centre d'étude de la culture polonaise, Université Lille-III, 1982.
  • Stefan Kieniewicz (dir.), Histoire de Pologne, Varsovie, Éditions scientifiques de Pologne (P. W. N.), 1972. Textes de A. Gieysztor, S. Kieniewicz, E. Rostworowski, J. Tazbir, H. Wereszycki.
  • Jan Czyński, Ordyniec, La nuit du 15 août 1831 à Varsovie..., , 95 p. (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jerzy Lukowski, Herbert Zawadzki, Histoire de la Pologne, Perrin, , 420 p. (ISBN 978-2262028886), p. 182
  2. Jerzy Lukowski, Herbert Zawadzki, Histoire de la Pologne, Perrin, , 420 p. (ISBN 978-2262028886), p. 183
  3. Jerzy Lukowski, Herbert Zawadzki, Histoire de la Pologne, Perrin, , 420 p. (ISBN 978-2262028886), p. 184
  4. Charles-Louis Lesur, « Annuaire historique universel », Publié par Fantin,‎