Louis Wolowski

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Louis Wolowski[1], né à Varsovie le 31 août 1810 et mort à Gisors (Eure) le 14 août 1876, est un juriste, économiste et homme politique français d’origine polonaise.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

La famille Wołowski est issue d'Elisha Schor, descendant de Nephtali Schor, rabbin de Lublin. Elisha Schor devient membre de la secte judéo-chrétienne des Frankistes, puis ses enfants se convertissent au christianisme en 1759 et adoptent alors leur nom polonais[2].

Le petit-fils d'Elisha, Franciszek Lukasz est secrétaire du roi Stanislas Auguste et anobli en 1791.

L'arrière-petit-fils d'Elisha, Franciszek (François) Wołowski (1786-1844) est une personnalité du royaume du Congrès (ou royaume de Pologne, créé en 1815 et attribué à l'empereur de Russie) : il est avocat à la Cour suprême et élu à la Diète en 1818, puis de 1825 à 1831 (il dirige alors la commission de législation). Il est anobli en 1823.

Lors de l'insurrection polonaise de 1830-1831, François Wołowski est un des membres du gouvernement provisoire.

Louis Wołowski est le fils de François, qui a trois autres fils et une fille ; celle-ci épouse le journaliste et homme politique républicain Léon Faucher.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

De 1823 à 1827, Louis fait ses études secondaires à Paris, au lycée Henri-IV[3], obtenant un prix au Concours général. Il fait ensuite des études supérieures en Allemagne, obtenant un doctorat en droit à l'université de Heidelberg et un doctorat en économie politique à l'université de Tübingen[4].

Pendant l'insurrection, Louis Wołowski est capitaine d’état-major de l’armée polonaise insurgée, puis est nommé premier secrétaire de la légation polonaise à Paris.

L'insurrection est vaincue en septembre 1831 (prise de Varsovie par l'armée russe) : tous les membres de la famille Wołowski sont condamnés à mort par contumace[réf. nécessaire]. Ils se réfugient à l'étranger et s'installent à Paris en octobre 1831.

Le 21 mars 1833, Louis épouse une Française, Laure Guérin (1814-1899), dont il a trois enfants. Il se fait naturaliser en 1834[5].

Le juriste et l'économiste[modifier | modifier le code]

Il s’inscrit à l’ordre des avocats de la cour d’appel de Paris, mais n’est pas attiré par cette activité qu’il pratique peu. À la suite d'une mauvaise expérience (croyant à l’innocence de jeunes gens accusés de viol, il obtient leur acquittement avant d’apprendre qu’ils étaient réellement coupables), il donne sa démission en 1853.

Il se consacre très tôt à des recherches dans les domaines du droit et de l’économie. En 1834, il fonde la Revue de législation et de jurisprudence ; ses recherches lui assurent une certaine réputation et, en 1839, il obtient que soit créée pour lui une chaire de « législation industrielle » au Conservatoire national des arts et métiers. Il est nommé en 1864 à la chaire d’économie politique.

En 1852, il est l’un des fondateurs du Crédit foncier de France.

En 1855, il est élu membre de l'Institut (Académie des sciences morales et politiques, section d’économie politique, statistiques et finances) au fauteuil d'Adolphe Blanqui.

Membre actif de l'Association pour le Libre-échange/Free trade association (1846), il est partisan du bimétallisme en matière monétaire et du libre-échange en matière économique.

L'homme politique[modifier | modifier le code]

La Seconde République

Il soutient la monarchie de Juillet, mais se montre toujours très indépendant dans ses prises de positions et se rallie sans difficulté à la Deuxième République.

En avril 1848, il est élu député de la Seine à l’Assemblée constituante et est réélu à l'Assemblée législative en 1849[6]. Il tente notamment d’agir en faveur la Pologne, vote pour l’expédition de Rome et la loi Falloux. Il vote aussi l’interdiction du territoire à la famille d’Orléans.

La Troisième République

Retiré de la vie politique à la suite du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, il y revient avec l'appui de l'Union parisienne de la presse lors des élections complémentaires de juillet 1871 (donc après la crise de la Commune). À nouveau élu dans la Seine, il siège au centre-gauche. Durant son mandat, qui prend fin le 10 décembre 1875, il contribue à la mise en place de la IIIe République en votant contre la restauration monarchique. Il joue également un rôle important dans les discussions financières. Tout en étant libéral, Wolowski pense que l’État doit jouer un rôle de protection de la population : il contribue ainsi à l’adoption de la loi du 19 mai 1871, qui limite le travail des femmes et des enfants et crée des inspecteurs du travail.

Son poids et ses capacités lui valent d’être élu sénateur inamovible le 10 décembre 1875, mais son état de santé l'empêche de siéger.

Wolowski a eu un fils, Charles, et deux filles, Élisabeth et Françoise (dite Fanny). Cette dernière est l'épouse de Louis Passy, chez qui Louis Wolowski décède en 1876.

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (26e division)[7]>.

Décorations[modifier | modifier le code]

Il a reçu de très nombreuses décorations (France, Pologne, Italie, Portugal, Brésil…).

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • De l'organisation du crédit foncier, 1848
  • Études d’économie politique et de statistique, 1848 Disponible sur Gallica
  • Introduction de l’économie politique en Italie, 1858
  • La Question des banques, 1864
  • Les Finances de la Russie, 1864
  • Notions générales d’économie politique, 1866
  • La Banque d’Angleterre et la banque d’Écosse, 1867
  • La Liberté commerciale et le résultat du traité de commerce de 1860, 1869
  • Le Travail des enfants dans les manufactures, 1868
  • Le Change et la circulation, 1869
  • La Question monétaire, 2e édition, 1869
Traductions, éditions
  • G. Roscher, Les principes d’économie politique, trad. de L. Wolowski, 1856
  • Nicolas Oresme, Traictié de la première invention des monnoies et Nicolas Copernic, Traité de la monnoie, éd. L. Wolowski, 1864

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La famille Wolowski sur le site Jewish Virtual Library
  • « Wolowski (Louis-François-Michel-Raymond) », dans Pierre Larousse, Dictionnaire encyclopédique du XIXe siècle, tome 24, p. 1370 [publié début 1876 ; le décès est indiqué dans un volume de supplément]
  • « Biographie » sur le site de l'Assemblée nationale (extraite de Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889)
  • « Biographie » sur le site du Sénat, identique mais avec un aperçu détaillé sur son activité comme sénateur
Livres
  • Émile Levasseur, « La vie et les travaux de Wolowski », dans Annales du Conservatoire des arts et métiers, 1876
  • Patrice Markiewicz, Louis Wolowski. Un intellectuel et un représentant du libéralisme en France au milieu du XIXe siècle, thèse dactylographiée, Paris X Nanterre, 1994
  • Pierre Allinne, Le Crédit Foncier de France 1852-1920, thèse pour le doctorat d’État en Droit soutenue le 29 juin 1978, Université de Droit, d’Économie et de Sciences Sociales Paris II
  • Pierre Allinne, Banquiers et bâtisseurs. Un siècle de crédit foncier 1852-1940, Paris, Economica, 1997
  • Antony Roulliet, "Wolowski, sa vie et ses travaux", Paris, Guillaumin, 1880 (récompensé par l'Académie des sciences morales et politiques)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son nom complet est : Louis François Michel Raymond Wolowski (en polonais Ludwik Franciszek Michał Reymond Wołowski
  2. Cf. site Jewish Virtual Library. Ce site donne à François Wolowski la date de naissance de 1776 et non 1786.
  3. Lycée Henri-IV : selon la page polonaise.
  4. Doctorats : cf. notice Assemblée nationale.
  5. 1834 et non 1836 : cf. notice de l'Assemblée nationale.
  6. Jusqu'au 2 décembre 1851. Cf. notice Assemblée nationale.
  7. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, (ISBN 978-2914611480), p. 787
  8. « Cote LH/2762/26 », base Léonore, ministère français de la Culture

Liens externes[modifier | modifier le code]

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