Harold en Italie

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La Symphonie en quatre parties avec alto principal « Harold en Italie » (op. 16 ou H 68) est une œuvre musicale d'Hector Berlioz (1803-1869). Composée en 1834 et dédiée à Humbert Ferrand, un ami intime de l'auteur, elle tient à la fois de la symphonie et du concerto, bien que le rôle assigné à l'alto soit très différent de celui qui aurait le sien dans un véritable concerto, ce qui constitue l'une des nombreuses originalités de cette partition étonnante à plus d'un titre.

Histoire[modifier | modifier le code]

Paganini

C'est le célèbre violoniste italien Niccolò Paganini (1782-1840) qui est à l'origine de cette œuvre. De passage à Paris, il assiste à une représentation de la Symphonie fantastique le . Selon les dires de Berlioz, enthousiasmé pour sa musique, il lui commande quelques semaines plus tard une œuvre pour alto solo. Il s'agit pour lui d'explorer toutes les possibilités de l'alto Stradivarius qu'il vient d'acquérir (cf. Quatuor Paganini). Berlioz raconte leur rencontre dans ce passage de ses Mémoires :

« […] « Paganini vint me voir. “J’ai un alto merveilleux me dit-il, un instrument admirable de Stradivarius, et je voudrais en jouer en public. Mais je n’ai pas de musique ad hoc. Voulez-vous écrire un solo d’alto ? Je n’ai confiance qu’en vous pour ce travail.” “Certes, lui répondis-je, elle me flatte plus que je ne saurais dire, mais pour répondre à votre attente, pour faire dans une semblable composition briller comme il convient un virtuose tel que vous, il faut jouer de l’alto ; et je n’en joue pas. Vous seul, ce me semble, pourriez résoudre le problème.” “Non, non, j’insiste, dit Paganini, vous réussirez ; quant à moi, je suis trop souffrant en ce moment pour composer, je n’y puis songer. J’essayai donc pour plaire à l’illustre virtuose d’écrire un solo d’alto, mais un solo combiné avec l’orchestre de manière à ne rien enlever de son action à la masse instrumentale, bien certain que Paganini, par son incomparable puissance d’exécution, saurait toujours conserver à l’alto le rôle principal. La proposition me paraissait neuve, et bientôt un plan assez heureux se développa dans ma tête et je me passionnai pour sa réalisation. Le premier morceau était à peine écrit que Paganini voulut le voir. À l’aspect des pauses que compte l’alto dans l’allegro : “Ce n’est pas cela ! s’écria-t-il, je me tais trop longtemps là-dedans ; il faut que je joue toujours.” “Je l’avais bien dit, répondis-je. C’est un concerto d’alto que vous voulez, et vous seul, en ce cas, pourrez bien écrire pour vous”. Paganini ne répliqua point, il parut désappointé et me quitta sans me parler davantage de mon esquisse symphonique (…) Reconnaissant alors que mon plan de composition ne pouvait lui convenir, je m’appliquai à l’exécuter dans une autre intention et sans plus m’inquiéter de faire briller l’alto principal. J’imaginai d’écrire pour l’orchestre une suite de scènes, auxquelles l’alto solo se trouverait mêlé comme un personnage plus ou moins actif conservant toujours son caractère propre ; je voulus faire de l’alto, en le plaçant au milieu des poétiques souvenirs que m’avaient laissés mes pérégrinations dans les Abruzzes, une sorte de rêveur mélancolique dans le genre du Childe-Harold de Byron. De là le titre de la symphonie : Harold en Italie. Ainsi que dans la Symphonie fantastique, un thème principal (le premier chant de l’alto) se reproduit dans l’œuvre entière ; mais avec cette différence que le thème de la Symphonie fantastique, l’idée fixe s’interpose obstinément comme une idée passionnée, épisodique, au milieu des scènes qui lui sont étrangères et leur fait diversion, tandis que le chant d’Harold se superpose aux autres chants de l’orchestre, avec lesquels il contraste par son mouvement et son caractère, sans en interrompre le développement." »[1]
Portrait de Berlioz par Signol, 1832

Le , on peut lire dans les colonnes de la Revue musicale la nouvelle suivante:

« Paganini, dont la santé s'améliore de jour en jour, vient de demander à Berlioz une nouvelle composition dans le genre de la Symphonie Fantastique, que le célèbre virtuose compte jouer lors de sa tournée en Angleterre. Cet ouvrage sera intitulé Les derniers instants de Marie Stuart, fantaisie dramatique pour orchestre, chœur et alto solo. Paganini tiendra, pour la première fois en public, la partie d'alto. »

Mais il semble que Berlioz ait renoncé à cette idée première, car l'œuvre qu'il commence à composer ne contient pas de chœur, et ne se base pas sur l'histoire de la reine écossaise décapitée. Au contraire, il compose une symphonie avec alto principal où celui-ci se marie habilement à l'orchestre, sans toutefois le dominer comme dans un concerto. Une fois le premier mouvement achevé, il le montre à Paganini qui est déçu, ne trouvant pas assez de brio dans la partie d'alto et regrettant les nombreux « vides » de la portée d'alto. Mais Paganini part pour Nice et ne revint pas à Paris avant trois ans. Berlioz continue donc la composition de cette œuvre symphonique où il donne comme rôle à l'alto de se faire le chantre d'un personnage mélancolique et pensif dont le chant « se superpose aux autres chants de l'orchestre »[1]. Il trouve notamment l'inspiration dans le souvenir de son voyage dans les Abruzzes italiennes et dans le roman en vers Childe-Harold's Pilgrimage (en français Le Pèlerinage de Childe Harold 1812-1818) de Lord Byron, à l'origine du titre qu'il donne à sa symphonie : Harold en Italie.

Exécutée pour la première fois le au Conservatoire de Paris avec Chrétien Urhan à l'alto, elle obtient un réel succès, même si le compositeur est déçu par la direction de Narcisse Girard.

C'est le que Paganini, affaibli par la maladie qui le rongeait, l'entend pour la première fois au Conservatoire, couplée avec la Symphonie fantastique dans un concert dirigé par le compositeur lui-même. Berlioz raconte en ces termes la réaction du violoniste italien :

«  Le concert venait de finir, j’étais exténué, couvert de sueur et tout tremblant, quand, à la porte de l’orchestre, Paganini, suivi de son fils Achille, s’approcha de moi en gesticulant vivement. Par suite de la maladie du larynx dont il est mort, il avait alors déjà entièrement perdu la voix, et son fils seul, lorsqu’il ne se trouvait pas dans un lieu parfaitement silencieux, pouvait entendre ou plutôt deviner ses paroles. Il fit un signe à l’enfant qui, montant sur une chaise, approcha son oreille de la bouche de son père et l’écouta attentivement. Puis Achille redescendant et se tournant vers moi : « Mon père, dit-il, m’ordonne de vous assurer, monsieur, que de sa vie il n’a éprouvé dans un concert une impression pareille ; que votre musique l’a bouleversé et que s’il ne se retenait pas il se mettrait à vos genoux pour vous remercier. » À ces mots étranges, je fis un geste d’incrédulité et de confusion ; mais Paganini me saisissant le bras et râlant avec son reste de voix des oui! oui! m’entraîna sur le théâtre où se trouvaient encore beaucoup de mes musiciens, se mit à genoux et me baisa la main. Besoin n’est pas, je pense, de dire de quel étourdissement je fus pris ; je cite le fait, voilà tout[2]. »

L'admiration de Paganini se traduit quelques jours plus tard par un don de vingt mille francs-or à Berlioz, somme considérable qui permet à celui-ci d'éponger de nombreuses dettes et d'engager sereinement la composition d'une nouvelle symphonie (ce sera Roméo et Juliette).

Harold en Italie est publié pour la première fois en 1848 chez Maurice Schlesinger.

Séduit par l'œuvre, Liszt, le fidèle ami de Berlioz, en a effectué une réduction pour piano et alto dès 1836-1837. Il donnera le manuscrit à relire à Berlioz, le récupéra en 1852 et le modifiera quelque peu (Berlioz ayant modifié sa symphonie), en donnant notamment à l'alto la partie exacte de l'œuvre symphonique. Elle ne paraîtra pourtant qu'en 1879 chez l'éditeur Gemmy Brandus.

Mouvements[modifier | modifier le code]

Orchesterwerke Romantik Themen.pdf
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La symphonie dure une quarantaine de minutes environ et comprend quatre mouvements :

  1. Harold aux montagnes : scènes de mélancolie, de bonheur et de joie (Adagio-Allegro) 15'
  2. Marche des pèlerins chantant la prière du soir (Allegretto) 7'
  3. Sérénade d'un montagnard des Abruzzes à sa maîtresse (Allegro assai-Allegretto) 6'
  4. Orgie de brigands. Souvenirs des scènes précédentes (Allegro frenetico-Adagio) 11'

Phonographie[modifier | modifier le code]

Les enregistrements répertoriés ci-après sont classés dans l'ordre chronologique. La date indiquée est celle de l'enregistrement ou, à défaut, celle de la première publication – précédée de ℗ –, s'ils ont fait l'objet d'une édition commerciale. Les enregistrements de concert (avec ou sans public) sont signalés par la mention (C).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Mémoires de Berlioz, chapitre 45 disponible sur le site hberlioz.com.
  2. Mémoires de Berlioz, chapitre 49, disponible sur le site hberlioz.com.
  3. Philharmonic Symphony Orchestra of London est le nom sous lequel enregistrait pour Westminster et Nixa le Royal Philharmonic Orchestra fondé par Beecham en 1946. F. Riddle faisait lui-même partie de cet orchestre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]