Requiem (Berlioz)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Requiem (homonymie).
Hector Berlioz, par Pierre Petit, 1863.

Le Requiem (opus 5, Grande Messe des morts) d'Hector Berlioz (18031869) a été composé en 1837. La Grande Messe des Morts est une des œuvres les plus connues de Berlioz pour son énorme effectif orchestral de bois et de cuivres comprenant quatre ensembles de cuivres antiphoniques placés dans les coins de la scène. L’œuvre dure environ 90 minutes et tire son texte de la messe latine traditionnelle de Requiem.

Histoire[modifier | modifier le code]

Adrien de Gasparin, ministre de l’Intérieur français, voulait remettre au goût la musique religieuse. Il décida donc de financer chaque année un compositeur pour l’écriture d’une messe ou d’un oratoire de grande dimension. Le ministre commença en 1837 avec Berlioz en lui demandant de composer une messe de Requiem en mémoire des soldats de la Révolution de juillet 1830.

Berlioz, voulant composer une œuvre avec une grande orchestration, a accepté avec joie cette demande : « Le texte du Requiem était pour moi une proie dès longtemps convoitée, qu’on me livrait enfin, et sur laquelle je me jetai avec une sorte de fureur[1] ».

La représentation initialement prévue pour la commémoration de la révolution de 1830 fut annulée et la première eut finalement lieu lors d’un service funèbre pour les soldats morts lors de la prise de Constantine[2]. Berlioz avait pour habitude de diriger ses œuvres mais on lui imposa de prendre François-Antoine Habeneck, avec qui il était brouillé, comme chef d’orchestre[1].

La première fut donc dirigée par Habeneck le 5 décembre 1837 dans l’Église des Invalides pour les obsèques du général Charles-Marie Denys de Damrémont[2]. Selon les mémoires de Berlioz, à l’arrivée d’un moment critique du Tuba mirum, « Habeneck baisse son bâton, tire tranquillement sa tabatière et se met à prendre une prise de tabac » ; Berlioz se rua sur le podium pour diriger sauvant ainsi le concert d’un désastre. Cette anecdote est jugée peu crédible par la plupart des commentateurs[3],[4],[5],[6],[7]. La première fut un succès[1].

Berlioz a dédié son Requiem à Gasparin. Il tenait le Requiem au premier rang de toutes ses œuvres[5] et a écrit « Si j’étais menacé de voir brûler mon œuvre entier, moins une partition, c’est pour la Messe des morts que je demanderais grâce[8] ».

Structure[modifier | modifier le code]

Orchestration[modifier | modifier le code]

Au sujet du nombre de musiciens et de chanteurs, Berlioz a écrit sur la partition que « ce nombre est relatif et si possible, si la place le permet, il faut doubler ou tripler le nombre de voix et augmenter le nombre d’instruments dans les mêmes proportions ».

La messe fut interprétée par 440 musiciens et chanteurs lors de sa création[9].

Mouvements[modifier | modifier le code]

Il y a dix mouvements dans ce Requiem :

Curieusement il y a 603 barres de mesure dans les cinq premiers mouvements et autant dans les quatre derniers. Les premier et quatrième mouvements sont à 3/4. Le sixième mouvement, Lacrimosa, est à 9/8 et a 201 mesures, le tiers de 603. Ces proportions, voulues ou non, donnent un état d’équilibre et de stabilité.

Analyse[modifier | modifier le code]

Premier mouvement
Le Requiem ouvre gravement avec les violons, les cors, les hautbois et les cors anglais entrant graduellement avant les chœurs. La musique devient ensuite plus agitée et désespérée. Le premier mouvement contient les deux premières sections de la messe de Requiem (Introït et Kyrie).
Deuxième mouvement
La Séquence commence dans le second mouvement avec le Dies iræ qui décrit le jugement dernier. Les quatre ensembles de cuivres placés dans les coins de la scène apparaissent dans ce mouvement un par un ; ils sont rejoints par 16 timbales, 2 grosses caisses et 4 gongs. La montée du son est suivie par l'entrée des chœurs. Les vents et les cordes terminent le mouvement.
Troisième mouvement
Le troisième mouvement, Quid sum miser, est court et décrit ce qui se passe après le jugement dernier. Son orchestration est composée du chœur, de deux cors anglais, de huit bassons, des violoncelles et des contrebasses.
Quatrième mouvement
Le Rex tremendæ contient des oppositions contrastées. Le chœur chante à la fois d'un air suppliant comme pour demander de l'aide et majestueusement.
Cinquième mouvement
Quærens me est un mouvement doux, calme, entièrement a cappella.
Sixième mouvement
Le Lacrimosa est en 9/8 et est considéré comme le centre du Requiem. C'est le seul mouvement écrit sous une forme sonate reconnaissable et c'est le dernier mouvement exprimant la peine. L'effet dramatique de ce mouvement est amplifié par l'ajout de nombreux cuivres et percussions. Ce mouvement conclut la section Séquence de la messe.
Septième mouvement
Ce mouvement commence avec l'Offertoire. Domine Jesu Christe est basé sur un motif de trois notes : La, Si♭ et La. Ce motif chanté par le chœur s'entremêle avec la mélodie de l'orchestre. Il dure environ dix minutes, presque jusqu'à la fin du mouvement qui se termine calmement. Robert Schumann a été très intéressé par les innovations de ce mouvement.
Huitième mouvement
La conclusion de l'Offertoire, l'Hostias, est courte et écrite pour les voix masculines, huit trombones, trois flûtes et les cordes.
Neuvième mouvement
Le Sanctus est chanté par un ténor. Les flûtes jouent de longues notes tenues. Les voix féminines chantent également, répondant peut-être au ténor. Les cordes graves et les cymbales les rejoignent ensuite. Une fugue chantée par tout le chœur, accompagné par tout l'orchestre, termine le mouvement. Dans la version originale, Berlioz utilise 10 ténors pour la partie solo.
Dixième mouvement
Le mouvement final contient l'Agnus Dei et la Communion de la messe joués par les cordes et les vents. Le mouvement réutilise les mélodies et les effets des mouvements précédents.

Réception[modifier | modifier le code]

Alfred de Vigny, dans son Journal d'un poète en date du 5 décembre 1837 déclare : la musique « est belle et bizarre, sauvage, convulsive et douloureuse. »

Parmi la presse, plusieurs dizaines de journaux rendirent compte de la soirée et seuls deux ou trois furent hostiles et parmi ceux-là les critiques étaient sans doute absents car ils donnèrent des information fausses[10]. Le bibliothécaire du conservatoire, Bottée de Toulmon – spécialiste de musique médiévale –, écrivit un article dans la Gazette musicale pour y reconnaître les innovations du musicien[11],[12].

Le journaliste Christophe Deshoulières, collaborateur du magazine Diapason écrit[13] : « Le Requiem de Berlioz est une méditation intime sur le néant mise en perspective avec des moyens gigantesques... Seuls Brahms et Mahler l'égaleront par la suite ».

Discographie (sélection)[modifier | modifier le code]

Enregistrements notables du Requiem de Berlioz
Chef chœur et orchestre ténor date label/note
Fournet Chœur Émile Passani et
Grand orchestre de Radio Paris
Georges Jouatte septembre 1943 Columbia
Malibran-Music (OCLC 43850206)
Previn Chœur et LPO Robert Tear avril 1958 EMI
Munch Chœur du New England Conservatory et BSO Leopold Simoneau 26-27 avril 1959 RCA
Beecham Chœur et RPO Richard Lewis concert, 13 décembre 1959 BBC « Legends » BBCS 4403-2
(OCLC 59108341)
Munch Chœur et Radio bavaroise Peter Schreier juillet 1967 DG (OCLC 871883717)
Davis Chœur et LSO Ronald Dowd novembre 1969 Philips
SACD Pentatone
Bernstein Chœur et ONF Stuart Burrows Invalides,
28-30 septembre 1975
Sony (OCLC 638856571)
Shaw Chœur et OS. Atlanta John Aler 1984 Telarc
Levine Ernest-Senff-Chor et OP. Berlin Luciano Pavarotti mai 1989 DG (OCLC 725985716)
Ozawa Chœur du festival de Tanglewood et BSO Vinson Cole octobre 1993 RCA (OCLC 32222564)
Davis London Philharmonic Choir, Chœur et LSO Barry Banks concert, juin 2012 SACD LSO live

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Hector Berlioz, Mémoires, chap. 46.
  2. a et b Hausfater 2003, p. 82.
  3. Jacques-Gabriel Prod'homme, Hector Berlioz (1803-1869) : sa vie et ses œuvres d'après des documents nouveaux et les travaux les plus récents, Paris, Delagrave, 1913 (1re éd. 1904), 348 p. (OCLC 9048834, lire en ligne), p. 114 :

    « Aucune relation contemporaine, aucune des lettres du compositeur lui-même écrites au lendemain de l'exécution du Réquiem, n'autorise à ajouter foi. »

  4. Barraud 1979, p. 85 : l'auteur met sur le compte de l'imagination et l'usure du musicien âgé, rédigeant ses mémoires.
  5. a et b Honegger 1992, p. 822.
  6. Cairns 2002, p. 162 : l'auteur situe plutôt l'anecdote lors de la répétition générale, la veille.
  7. Bernard Gavoty, « Les « mémoires » de Berlioz », dans Les grands mystères de la musique, Éditions de Trévise, , 308 p. (ISBN 2-7112-0353-0, OCLC 499688867, notice BnF no FRBNF34551641), p. 258 :

    « Eh bien, encore une fois, tout cela est inventé. Car sur l'instant, Berlioz écrivant à son fidèle ami, Humbert Ferrand, ne fait aucune mention du coup de théâtre. »

  8. Correspondance générale, vol. VII, no 3209, lettre à Humbert Ferrand du 11 janvier 1867.
  9. Candé 2000, p. 169.
  10. Cairns 2002, p. 163.
  11. Cairns 2002, p. 164.
  12. Gazette musicale, no 50, du 10 décembre 1837 lire en ligne sur archive.org.
  13. Christophe Deshoulières, « Pour en finir avec Berlioz – 20 CD pour aimer Berlioz », Diapason, Montrouge, no 504,‎ , p. 39. (ISSN 1292-0703, OCLC 947215460)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]