Eugène de Rastignac

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Eugène de Rastignac
Personnage de fiction apparaissant dans
La Comédie humaine.

Rastignac avec Vautrin dans la cour de la pension Vauquer (Le Père Goriot).
Rastignac avec Vautrin dans la cour de la pension Vauquer (Le Père Goriot).

Origine Angoulême, Drapeau de la France France
Sexe Masculin
Ennemi de Dutangrin

Créé par Honoré de Balzac
Romans La Comédie humaine

Eugène de Rastignac est un personnage romanesque d'Honoré de Balzac, dont les aventures débutent dans La Peau de chagrin, et dont l'évolution va se poursuivre dans un nombre considérable de romans de La Comédie humaine.

Originaire d'Angoulême, il s'installe à Paris pour suivre des études de droit. C'est un jeune homme ambitieux, qui regarde la « bonne société » avec des yeux à la fois surpris et envieux et qui va se montrer prêt à tout pour parvenir à ses fins. Adolphe Thiers, alors jeune libéral (plus tard président de la République), aurait servi de modèle à Balzac. En effet, comme Thiers, Eugène de Rastignac épouse la fille de sa maîtresse. Aujourd'hui, le terme de « Rastignac » désigne un arriviste, un « jeune loup aux dents longues ».

Chronologie de Rastignac dans La Comédie humaine[modifier | modifier le code]

  • 1819 : Le Père Goriot (écrit en 1835). Rastignac, jeune étudiant de 22 ans (en fait, il a 21 ans d’après sa mère, Rastignac se vieillit d’un an lors d’une conversation avec sa cousine, madame de Beauséant), confronté au cynisme des uns (dont Vautrin) et aux duperies des autres, devient amant de Delphine de Nucingen. Après la mort du père Goriot, il pousse son célèbre cri « À nous deux maintenant ! », que Balzac complète par un ironique : « Et pour premier acte de défi que Rastignac portait à la société, il alla dîner chez la baronne de Nucingen. » Le cri d'un arriviste.
  • 1820 : Le Bal de Sceaux (écrit en 1829). Une année a passé. Le jeune « loup », amant de Delphine de Nucingen, est devenu banquier aux côtés du mari de celle-ci, le baron de Nucingen.
  • 1821-1822 : Illusions perdues (écrit de 1836 à 1843). Rastignac, devenu expert en luttes d’influence, louvoie dans la société. Il sait aussi bien éliminer ceux qui le gênent que se mettre dans le sillage des hommes qui montent.
  • 1822 : Le Cabinet des Antiques (écrit en 1833)[1]. Rastignac est devenu membre à part entière du monde des « roués parisiens », ces meneurs de la société qu’il admirait tant lors de son arrivée à Paris.
  • 1823 : Étude de femme (paru en février 1830, publié en volume en 1831, remanié pour la dernière fois en 1842). Rastignac est alors âgé de 25 ans, selon Bianchon, narrateur de cette nouvelle qui montre son ami tenté par la marquise de Listomère, dans une histoire amoureuse qui restera sans suite.
  • 1828 : L'Interdiction (écrit en 1836). Rastignac a commencé à profiter, aux côtés de Nucingen, il a déjà quatorze mille livres de rente, a doté et marié ses sœurs et songe à quitter Delphine au profit d’une femme fortunée, la marquise d'Espard. Il reste fidèle aux « mercredis » de Célestine Rabourdin, salon où il retrouve Lucien de Rubempré, Horace Bianchon et un certain nombre d'intellectuels parisiens.
  • 1829-1831 : La Peau de chagrin (écrit en 1831). Rastignac a grandement évolué : il est aujourd’hui désabusé, cynique, joueur, « viveur », à la limite de la débauche et de l’autodestruction.
  • 1833-1836 : La Maison Nucingen (écrit en 1837). L’action de ce livre se situe en 1836 mais une conversation entre quatre journalistes révèle l’ascension de Rastignac : encore sans le sou en 1827, Rastignac a rompu en 1833 avec Delphine de Nucingen mais travaille toujours avec son mari qui l’associe à des opérations frauduleuses et lui permet de gagner quatre cent mille francs et de se constituer une rente de quarante mille livres. Il est en passe, en 1836, de devenir ministre, pair de France, etc.
  • 1840 : Le Député d'Arcis (commencé en 1847, inachevé à la mort de Balzac, puis paru en 1854 grâce au concours dévoué de Charles Rabou qui s’acquitte là d’une promesse faite à Balzac avant sa mort). Rastignac est pour la seconde fois ministre, il vient d’être fait comte et suit les traces de Nucingen. Il a épousé en 1839 la fille de Delphine et du baron de Nucingen. Le comte Maxime de Trailles, relation de Rastignac, définit ainsi son parcours : « Vous avez fini par épouser l’unique héritière des millions de Nucingen, et vous l’avez bien gagné… vingt ans de travaux forcés ! »
  • 1845 : Les Comédiens sans le savoir (écrit en 1845). Rastignac a 48 ans. Le caricaturiste Jean-Jacques Bixiou dit de lui : « Il a trois cent mille livres de rentes, il est pair de France, le roi l’a fait comte, c’est le gendre de Nucingen, et c’est un des deux ou trois hommes d’État enfantés par la Révolution de juillet ; mais le pouvoir l’ennuie quelquefois, et il vient rire avec nous… »

On le retrouve également dans les romans suivants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Samedi 2 novembre 1833 : « Aujourd'hui, inventé péniblement Le Cabinet des Antiques, tu liras cela quelque jour. J'en ai écrit 17 feuillets de suite. Je suis très fatigué. » Cf. correspondance avec Évelyne Hańska (Ewelina Hańska).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Françoise Aubert, « Aristocratie et noblesse : Balzac ou le “complexe Rastignac” », Studi dell’Instituto Linguistico, 1982, no 5, p. 91-101.
  • (en) Alexander Fischler,« Rastignac-Telemaque: The Epic Scale in Le Père Goriot », Modern Language Review, 1968, no 63, p.  840-848.
  • (fr) Nicole Mozet, « Rastignac, ce n’est pas moi... : Lecture romanesque et différence des sexes », Compar(a)ison, 1993, no 1, p. 75-81.
  • (fr) B. Reizov, « Rastignac et son problème », Europe, 1966, no 447-448, p. 223-230.
  • (fr) Lawrence R. Schehr, « Rapports écrits : les lettres de la famille Rastignac », Balzac, pater familias, Claudie Bernard, Éd., Franc Schuerewegen, éd. et intro., Amsterdam, Rodopi, 2001, p. 73-83.
  • (pl) Justyna Trzcinska, « Rastignac w krainie czarów: O mowie przedmiotów w powiesci Kazimierza Brandysa Obywatlele », Ruch Literacki, septembre-octobre 2001, no 42 (5 [248]), p. 587-605.