Albert Savarus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Albert Savarus
Image illustrative de l'article Albert Savarus

Auteur Honoré de Balzac
Genre Étude de mœurs
Éditeur Furne
Collection Scènes de la vie privée
Date de parution 1842
Lieu de parution Paris
Pays d'origine Drapeau de la France France
Illustrateur Oreste Cortazzo
Série La Comédie humaine
Chronologie
Précédent Un début dans la vie La Vendetta Suivant

Albert Savarus est un roman d’Honoré de Balzac paru en 1842 en feuilleton dans Le Siècle, publié en volume dans l’édition Furne de la même année, classé dans les Scènes de la vie privée de La Comédie humaine.

Résumé[modifier | modifier le code]

La baronne de Watteville, « le personnage féminin le plus considérable peut-être de Besançon[1],[2] », dominatrice et mondaine, mais dévote, tient l’un des salons les plus courus de la région. Encore séduisante, elle écrase un mari falot et sa fille, la transparente Philomène[3], pour qui elle prépare cependant un brillant mariage avec Amédée de Soulas, un arriviste local niais et sans profondeur qui est en admiration devant la mère.

Mais Philomène a d’autres visées depuis que s’est installé dans la ville un jeune avocat, Savaron de Savarus, dont la personnalité mystérieuse intrigue la jeune fille. Elle aime en secret cet homme ambitieux qui prépare minutieusement sa carrière politique. Mais Savarus a l’imprudence de publier dans une revue à laquelle s'est abonné le père de Philomène une nouvelle, L'Ambitieux par amour, dans la mode de l’époque, où il décrit les aventures amoureuses d’un homme avec une jeune princesse italienne, épouse d'un vieux libraire en butte aux persécutions politiques et qui s'est réfugié incognito dans la région de Lucerne. Au moment où Rodolphe s'apprête à se déclarer, la jeune femme apprend que son mari est réhabilité. Le couple part pour Genève, où les suit Rodolphe. Mais à Genève, Rodolphe est finalement éconduit, tandis que Francesca a retrouvé son statut social d'aristocrate et s'en retourne à Naples[4].

Il n’est pas difficile de deviner que le fond de ce texte est autobiographique. Philomène, que sa mère avait soigneusement préservée de toute lecture, et qui a dévoré la nouvelle, en conçoit un vif dépit, puis une jalousie rageuse lorsqu’elle s’aperçoit que la princesse existe vraiment.

Par curiosité amoureuse, elle intercepte la correspondance de l’avocat, par laquelle elle apprend les ambitions politiques assumées et l'amour profond de l'avocat pour une aristocrate italienne. Non contente de violer le secret de la correspondance, puis de bloquer complètement le courrier en provenance d'Italie, elle finit par fabriquer de fausses lettres en imitant l'écriture de l'avocat, faisant croire à la princesse que Savarus, trop absorbé par sa campagne électorale, ne ressent plus aucun amour pour elle. Du coup, la princesse devenue veuve se remarie. La machination de Philomène, qui craint de voir son « amoureux » partir pour Paris, ruine sa campagne électorale en trahissant à ses adversaires le passé royaliste d'Albert[5], et autres informations qu'elle détient du fait de son indiscrétion et de la lecture des lettres de Savarus. Au moment où la campagne électorale se durcit, et où Savarus devrait se montrer le plus actif, il disparaît de Besançon. Philomèle avoue alors sa machination à un ami de Savarus, un prêtre horrifié.

Après avoir poursuivi sa princesse, fou de chagrin d’avoir perdu sa princesse, Savaru s’est retiré dans le couvent de la Grande Chartreuse. « Un jeune homme, poussé par Philomène, dit à la duchesse en la lui montrant : - Voilà l'une des jeunes personnes les plus remarquables, une forte tête ! Elle a fait jeter dans un cloître, à la Grande Chartreuse, un homme d'une grande portée, Albert de Savarus dont l'existence a été brisée par elle. C'est mademoiselle de Watteville, la fameuse héritière de Besançon[6]. »

À la mort de son mari, la baronne de Watteville se remarie avec Amédée de Soulas, que la jeune femme a refusé catégorique comme époux. Il ne lui reste plus, à son tour, qu’à quitter Besançon et à se retirer dans une propriété éloignée de la ville. Elle savoure sa défaite en la faisant partager à Francesca, en la contactant et en lui remettant le courrier qu'elle a intercepté...

Chaque année, elle fait un mystérieux jusqu'aux murs de la Grande Chartreuse. En 1841, lors d'un voyage en bateau, la chaudière explose, laissant Philomène amputée du bras et de la jambe gauches, et totalement défigurée.

Rapprochements[modifier | modifier le code]

Philomène, dans un autre registre, fait partie des manipulatrices du même type que La Cousine Bette. Comme elle d’ailleurs, elle va se perdre elle-même dans ses manigances. Prise à son propre piège, Philomène connait une fin aussi triste qu'Élisabeth Fischer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Incipit d'Albert Savarus.
  2. Balzac donne à plusieurs reprises dans le roman une peinture très critique de Besançon, « la ville la plus immobile de France et la plus réfractaire à l'étranger ».
  3. Philomène est née en 1817. Le récit commence en 1834 et s'achève en 1841.
  4. Balzac donne in extenso le contenu de la nouvelle dans le roman (mise en abyme).
  5. L'intrigue se déroule vers 1835.
  6. Albert Savarus, édition Furne, vol. I, p. 505.

Édition[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Pierre-Georges Castex, « Réalisme balzacien et réalisme stendhalien : Besançon dans Albert Savarus et dans Le Rouge et le Noir », Stendhal-Balzac : réalisme et cinema, Grenoble, PU de Grenoble, 1978, p. 21-27.
  • Donato Sperduto, Balzac, l'ambition et l'amour: Albert Savarus, préface de André Vanoncini, Schena-Baudry et Cie, Fasano-Paris, 2012.
  • Donato Sperduto, « Une imitation réellement littéraire: Albert Savarus de Balzac», Les Cahiers du Littoral, n. 17, 2015 (Le mimétisme dans la littérature).
  • (en) Wayne Conner, « Albert Savarus and '‘L’Ambitieux par amour” », Symposium: A Quarterly Journal in Modern Literatures, Winter 1983, no 37 (4), p. 251-260.
  • Polly Rimer Duke, « La Muse maternelle dans Le Lys dans la vallée et Albert Savarus », Balzac, pater familias, Amsterdam, Rodopi, 2001, p. 41-50.
  • (en) Owen Heathcote, « Balzac’s Purloined Postcards: Mises en Abyme and the Poetics of Death in Albert Savarus », Nineteenth-Century French Studies, Fall 1997-Winter 1998, no 26 (1-2), p. 66-79.
  • (de) Wido Hempel, « Liebesbriefe in fremdem Namen vor, nach und bei H. de Balzac », Archiv für das Studium der Neueren Sprachen und Literaturen, 2004, no 156 (2[241]), p. 305-32.
  • Françoise Teillaud, « De Wann-Chlore à Albert Savarus », L'Année balzacienne, 1974, p. 329-30.
  • Françoise Teillaud, « Les Réalités bisontines dans Albert Savarus », L’Année balzacienne, 1974, p. 121-31.

Liens externes[modifier | modifier le code]