Albert Savarus

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Albert Savarus
Image illustrative de l'article Albert Savarus

Auteur Honoré de Balzac
Pays Drapeau de la France France
Genre Étude de mœurs
Éditeur Furne, Souverain
Collection Scènes de la vie privée
Lieu de parution Paris
Date de parution 1842
Illustrateur Oreste Cortazzo
Série La Comédie humaine
Chronologie
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Albert Savarus est un roman d’Honoré de Balzac paru en 1842 en feuilleton dans Le Siècle, publié en volume dans l’édition Furne de la même année, classé dans les Scènes de la vie privée de La Comédie humaine.

Le roman parait d'abord en feuilleton, puis rapidement dans une première édition chez Furne et enfin dans une dernière édition corrigée par Balzac chez Souverain. La différence principale entre ces deux éditions est le changement du nom de l'héroïne en Rosalie, a priori le nom choisi à l'origine par l'auteur en référence à ses amours avec Mme Hanska, mais que des considérations d'édition avait fait remplacer par Philomène[1].

Le roman se déroule presque entièrement dans l'espace romanesque d'une ville de Besançon fermée, militaire et bigote, que Balzac imagine à partir d'une brève visite en 1833[1]. Il porte une grande part autobiographique, s'inspirant fortement des amours de Balzac lui-même avec Mme Hanska, tout particulièrement dans la nouvelle L'Ambitieux par amour écrite par le héros Savarus lui-même, qui est reproduite, dans une double mise en abyme, in extenso dans le roman.

Résumé[modifier | modifier le code]

La baronne de Watteville, « le personnage féminin le plus considérable peut-être de Besançon[2],[3] », dominatrice et mondaine, mais dévote, tient l’un des salons les plus courus de la région. Encore séduisante, elle écrase un mari falot et sa fille, la transparente Rosalie[4], pour qui elle prépare cependant un brillant mariage avec Amédée de Soulas, un arriviste local niais et sans profondeur qui est en admiration devant la mère.

Mais Rosalie a d’autres visées depuis que s’est installé dans la ville un jeune avocat, Savaron de Savarus, dont la personnalité mystérieuse intrigue la jeune fille. Elle aime en secret cet homme ambitieux qui prépare minutieusement sa carrière politique. Mais Savarus a l’imprudence de publier dans une revue à laquelle s'est abonné le père de Rosalie une nouvelle, L'Ambitieux par amour, dans la mode de l’époque, où il décrit les aventures amoureuses d’un homme avec une jeune princesse italienne, épouse d'un vieux libraire en butte aux persécutions politiques et qui s'est réfugié incognito dans la région de Lucerne. Au moment où Rodolphe s'apprête à se déclarer, la jeune femme apprend que son mari est réhabilité. Le couple part pour Genève, où les suit Rodolphe. Mais à Genève, Rodolphe est finalement éconduit, tandis que Francesca a retrouvé son statut social d'aristocrate et s'en retourne à Naples.

Rosalie, que sa mère avait soigneusement préservée de toute lecture, et qui a dévoré la nouvelle, en conçoit un vif dépit, puis une jalousie rageuse lorsqu’elle s’aperçoit que la princesse existe vraiment.

Par curiosité amoureuse, elle intercepte la correspondance de l’avocat, par laquelle elle apprend les ambitions politiques assumées et l'amour profond de l'avocat pour une aristocrate italienne, Francesca. Non contente de violer le secret de la correspondance, puis de bloquer complètement le courrier en provenance d'Italie, elle finit par fabriquer de fausses lettres en imitant l'écriture de l'avocat, faisant croire à la princesse que Savarus, trop absorbé par sa campagne électorale, ne ressent plus aucun amour pour elle. De dépit, la princesse devenue veuve se remarie sans nouvelle d'Albert. La machination de Rosalie, qui craint de voir son « amoureux » devenu député partir pour Paris, ruine sa campagne électorale en faisant connaitre à ses adversaires le passé royaliste d'Albert[5], et d'autres informations qu'elle détient du fait de son indiscrétion et de la lecture des lettres de Savarus. Au moment où la campagne électorale se durcit, et où Savarus devrait se montrer le plus actif, il disparaît de Besançon, recevant subitement la nouvelle que la princesse Francesca s'est remariée.

Rosalie avoue alors sa machination à un prêtre, ami de Savarus, qui en est horrifié, mais ne peut plus rien changer à cette destinée, qu'il prédit funeste. Savarus poursuit encore un peu la princesse qui se montre intransigeante, et, son espoir brisé, fou de chagrin, il se retire dans le couvent de la Grande Chartreuse. « Un jeune homme, poussé par Rosalie, dit à la duchesse en la lui montrant : - Voilà l'une des jeunes personnes les plus remarquables, une forte tête ! Elle a fait jeter dans un cloître, à la Grande Chartreuse, un homme d'une grande portée, Albert de Savarus dont l'existence a été brisée par elle. C'est mademoiselle de Watteville, la fameuse héritière de Besançon[6]. »

À la mort de son mari, la baronne de Watteville se remarie avec Amédée de Soulas, que sa fille avait refusé catégoriquement comme époux, et part pour Paris. Il ne reste plus à Rosalie qu'à quitter Besançon et à se retirer dans sa propriété loin de la cité. Elle partage alors sa culpabilité avec Francesca, la contactant et lui rendant le courrier qu'elle a intercepté, en lui faisant comprendre que son intransigeance avait lui aussi précipité Albert vers le silence du monastère...

Par la suite, chaque année, Rosalie fait un pèlerinage jusqu'aux murs de la Grande Chartreuse. En 1841, lors d'un voyage en bateau, la chaudière explose, laissant Rosalie amputée du bras et de la jambe gauche, et totalement défigurée, finalement réalisant la prophétie du prêtre.

Rapprochements[modifier | modifier le code]

Rosalie, dans un autre registre, fait partie des manipulatrices du même type que La Cousine Bette. Comme elle d’ailleurs, elle va se perdre elle-même dans ses manigances. Prise à son propre piège, Rosalie connait une fin aussi triste qu'Élisabeth Fischer.

La ville de Besançon est probablement un clin d'oeuil au roman de Stendhal, Le Rouge et le Noir, paru 10 ans plus tôt et qui se déroule lui aussi dans la cité Franc-Comtoise. A cette époque, Besançon, place forte militaire et siège de nombreuses congrégations religieuses, présente tous les traits d'une ville corsetée où les passions cachées peuvent s'épanouir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jacqueline Milhit, Préface de "Albert Savarus", Le Livre de Poche,
  2. Incipit d'Albert Savarus.
  3. Balzac donne à plusieurs reprises dans le roman une peinture très critique de Besançon, « la ville la plus immobile de France et la plus réfractaire à l'étranger ».
  4. Rosalie est née en 1817. Le récit commence en 1834 et s'achève en 1841.
  5. L'intrigue se déroule vers 1835.
  6. Albert Savarus, édition Furne, vol. I, p. 505.

Édition[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Pierre-Georges Castex, « Réalisme balzacien et réalisme stendhalien : Besançon dans Albert Savarus et dans Le Rouge et le Noir », Stendhal-Balzac : réalisme et cinema, Grenoble, PU de Grenoble, 1978, p. 21-27.
  • Donato Sperduto, Balzac, l'ambition et l'amour: Albert Savarus, préface de André Vanoncini, Schena-Baudry et Cie, Fasano-Paris, 2012.
  • Donato Sperduto, « Une imitation réellement littéraire: Albert Savarus de Balzac», Les Cahiers du Littoral, n. 17, 2015 (Le mimétisme dans la littérature).
  • (en) Wayne Conner, « Albert Savarus and '‘L’Ambitieux par amour” », Symposium: A Quarterly Journal in Modern Literatures, Winter 1983, no 37 (4), p. 251-260.
  • Polly Rimer Duke, « La Muse maternelle dans Le Lys dans la vallée et Albert Savarus », Balzac, pater familias, Amsterdam, Rodopi, 2001, p. 41-50.
  • (en) Owen Heathcote, « Balzac’s Purloined Postcards: Mises en Abyme and the Poetics of Death in Albert Savarus », Nineteenth-Century French Studies, Fall 1997-Winter 1998, no 26 (1-2), p. 66-79.
  • (de) Wido Hempel, « Liebesbriefe in fremdem Namen vor, nach und bei H. de Balzac », Archiv für das Studium der Neueren Sprachen und Literaturen, 2004, no 156 (2[241]), p. 305-32.
  • Françoise Teillaud, « De Wann-Chlore à Albert Savarus », L'Année balzacienne, 1974, p. 329-30.
  • Françoise Teillaud, « Les Réalités bisontines dans Albert Savarus », L’Année balzacienne, 1974, p. 121-31.

Liens externes[modifier | modifier le code]