Faust

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Docteur Faust)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Faust (homonymie).

Le docteur Faust est le héros d'un conte populaire allemand ayant fait florès au XVIe siècle, à l'origine de nombreuses réinterprétations.

Cette histoire relate le destin d'un savant, Faust, déçu par l'aporie à laquelle le condamne son art, contractant un pacte avec le Diable, Lucifer, qui met à son service un de ses Esprits - dit Méphistophélès, lequel lui procure un serviteur humain, l'étudiant Wagner, qui devient son famulus - et lui offre une seconde vie, tournée cette fois vers les plaisirs sensibles, au prix de son âme. Dans la plupart des versions populaires du récit fantastique, l’âme de Faust est damnée après sa mort, qui suit une longue période (24 ans précisent certains textes) durant laquelle le Diable a exaucé la plupart de ses vœux.

Origine[modifier | modifier le code]

Le mythe plonge ses racines dans l'histoire. Il semble qu'il repose sur la vie d'un certain Maître ou Docteur Georgius Sabellicus Faustus Junior[1]. Un ami de Luther dit que Faust a étudié la magie surnaturelle à l'université de Cracovie en Pologne. Il est accusé de pratiquer la magie noire et d'écrire des libelles sur les miracles de Jésus de Nazareth où il affirme qu'il peut, s’il le veut, en faire de même. Détesté par Martin Luther et Philippe Melanchthon qui affirmaient que le diable hantait Faust, ses adeptes l'avaient incité à enseigner. Accusé de molester ses étudiants, il dut quitter l'université pour échapper aux poursuites judiciaires. D'après lui a paru une légende en Pologne sur un magicien nommé Pan Twardowski.

D'autres témoignages prouvent qu'il était en activité à l’université d’Erfurt. Quand il enseignait Homère, il faisait apparaître devant ses étudiants sans doute à l'aide de projections provenant d'une lanterne magique les héros de Troie et les monstres de la mythologie, notamment le cyclope Polyphème. Certaines de ces figures d'ombre tentaient de dévorer, avant de disparaître, quelques étudiants épouvantés.

C'est à Erfurt que Faust aurait déclaré en présence d’un moine franciscain nommé Konrad Klinge : « Je suis allé plus loin que vous ne le pensez et j’ai fait une promesse au démon avec mon propre sang, d’être sien dans l'éternité, corps et âme ». Cette œuvre s'apparente au livre d'Adelbert von Chamisso, L'Étrange Histoire de Peter Schlemilh.

On retrouve Faust à l'auberge Auerbach à Leipzig sur un baril en septembre 1525. En 1534, l'aventurier allemand Philipp von Hutten lui demanda de prédire son avenir avant d'explorer une région du Venezuela. Six ans plus tard, il écrivit à son frère que tout s'était produit exactement comme Faust l’avait prévu.

La mort de Faust se situe en 1537 ou 1538[2]. On pense qu'il a été tué par une explosion lors d'une de ses expériences chimiques dans la chambre qu'il louait dans une auberge de Staufen.

Historique[modifier | modifier le code]

En 1587 paraît un écrit anonyme Historia von Johann Fausten, publié par l'éditeur Johann Spies. Il est traduit en anglais en 1593, et tombe dans les mains de Christopher Marlowe, qui situe l'action de sa pièce à Wittenberg. Le Docteur Faustus de Marlowe est, à son tour, étudié par Goethe, et la tragédie de Faust est venue éclipser le Faust historique, dont on connaît peu de choses.

La Vie de J. Faust a été écrite plusieurs fois, notamment par Georg Wiedmann (Hambourg, 1593), et traduite en français sous le titre Histoire prodigieuse et lamentable de J. Faust, grand magicien et enchanteur, par Palma Cayet (Paris, 14 éditions de 1598 à 1674). Heumann a composé une curieuse dissertation sur Faust (Wittemberg, 1683).

Quelques-uns ont pensé que Faust n'est autre que Johann Fust de Mayence, un des inventeurs de l'imprimerie, dont la vie aurait été défigurée par les contes populaires.

Le Faust de Nikolaus Lenau « nous dévoile une quête de la Vérité. Construit comme un drame poétique, les scènes de la vie du héros expriment le tragique de la destinée. Composition baroque et morcelée, cette œuvre de contrastes tente d’exprimer les contradictions des êtres. L’œuvre s’articule sur les thèmes faustiens : la nature ne livre pas ses secrets, la science est vaine, la religion ne répond à rien, la sensualité est éphémère, la vie familiale est insipide, l’art n’apporte qu’un semblant de satisfaction… Refusant tout compromis, sceptique et désabusé, Faust rompt avec l’ordre établi pour échapper au doute et se laisse convaincre par un Méphistophélès brutal, ironique et condescendant, qu’il atteindra son but en lui livrant son âme. Son errance et ses visions ne sont pourtant que la fuite en avant d’un rêve cynique qui le mène d’échec en échec. C’est George – L’Homme –, conscience de Faust, qui lui apporte la clé en lui faisant découvrir que la liberté désirée est en chacun de nous et qu’il est vain de la chercher ailleurs. Cette révélation de l’homme libre entraîne le rebelle vers sa destruction. Ses aventures douloureuses n’ont été que l’histoire d’un sursis » (commentaire du compositeur Philippe Fénelon).

Le Faust de Goethe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Faust (Goethe).

Faust est un docteur qui depuis son plus jeune âge, rêve de posséder la connaissance universelle, le rêve de tous les hommes qui est celui de percer le secret des questions existentielles et les secrets de l'Univers. Il met tout en œuvre pour atteindre ses ambitions, mais n'y parvient pas. Il est au bord du suicide, car il pense avoir perdu son temps et sa vie quand Méphistophélès lui propose un pacte : il réalisera tous ses désirs en échange de son âme dès que Faust se dira satisfait et heureux. Le docteur Faust accepte.

Faust est toujours insatisfait alors Méphistophélès lui fait rencontrer une jeune fille : Marguerite (Margarete ou Gretchen, son diminutif allemand). Faust tombe sincèrement amoureux de Gretchen. Marguerite est follement amoureuse de Faust (Marguerite au rouet/ le roi de Thulé). Au cours d'un après-midi, Faust demande à Marguerite de lui ouvrir la porte de sa chambre le soir. Pour cela, elle devra déposer un somnifère dans le potage de sa mère pour qu'elle n'entende rien.

Gretchenfrage[modifier | modifier le code]

Contrairement à Faust, Marguerite est croyante, et elle n'acceptera de se marier qu'à la condition que Faust ait la foi. Elle lui pose la question, restée célèbre au sein de l'élite allemande : « Nun sag, wie hast du's mit der Religion ? », qui signifie, littéralement, « Eh bien, dis moi, comment fais-tu avec la religion ? ». Faust évite de répondre à la question, car cela le gêne. Une Gretchenfrage (de) est donc une question à laquelle on est gêné de répondre.

La mère de Marguerite meurt à cause du somnifère. Le frère de Gretchen rencontre Faust au moment où il saute par la fenêtre de la chambre de sa sœur. Il affronte Faust en duel pour laver l'honneur de la famille mais est tué par Faust avec l'aide de Méphistophélès. Faust doit donc fuir la ville et laisse Gretchen seule au monde, enceinte et cible des ragots de la ville. Elle aura un enfant qu'elle ira noyer. Elle est emprisonnée et condamnée à mort pour infanticide. Faust l'apprend, s'indigne et voudrait la sauver mais elle ne veut plus le suivre. Méphistophélès emmène Faust hors de la prison de Gretchen en disant « elle est jugée » (« sie ist gerichtet ») mais une voix du ciel dit « elle est sauvée » (« sie ist gerettet »). C'est la fin de la première partie du Faust de Goethe.

Second Faust de Goethe[modifier | modifier le code]

Dans le second Faust celui-ci rencontre le souverain, puis épouse Hélène de Troie. Ensemble, ils ont Euphorion et Faust fait fructifier un lambeau de terre « arrachée à la mer ». À la fin, Méphistophélès veut prendre l'âme de Faust. Mais celui-ci n'est pas damné mais sauvé de l'enfer grâce aux prières de Marguerite. Le dernier vers de cette seconde partie de Faust conclut « l'éternel féminin nous élève » (« das Ewig-Weibliche zieht uns hinan »).

En littérature[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Leo Ruickbie, Faustus: The Life and Times of a Renaissance Magician, The History Press,‎ 2009, p. 18.
  2. Ruickbie 2009, p. 224.
  3. (en) Nick Holdsworth, « Faust finishes Russian 'trilogy' », Variety,‎ 12 mai 2009 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La revue Sous le signe de Faust (1997), éditée par la bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel (Suisse) contient une importante bibliographie sur Faust.
  • Ernest Faligan, Histoire de la Légende de Faust, Paris, 1887 (thèse - Faculté des Lettres de Paris) fait le point sur les textes allemands de la légende et donne une traduction du premier texte allemand.
  • P. Saintyves, La Légende du Docteur Faust, Paris, 1926, réunit tous les épisodes légendaires allemands antérieurs à Goethe.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]