Le Docteur Faustus

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Ne doit pas être confondu avec Doctor Faustus.
Couverture de la première édition en Europe

Le Docteur Faustus (titre original : Doktor Faustus. Das Leben des deutschen Tonsetzers Adrian Leverkühn, erzählt von einem Freunde) est un roman allemand de Thomas Mann, commencé en 1943 et publié en 1947.

Le roman est une biographie fictive d'un musicien, Adrian Leverkühn (1885-1940), racontée par son ami de longue date Serenus Zeitblom : celui-ci commence la rédaction du récit le 23 mai 1943, soit un peu plus de deux ans après la mort du compositeur, et la termine en 1945.
Leverkühn est un musicien prodige du début du XXe siècle dont l'existence va se dérouler sur le modèle de celle du personnage mythique de Faust, qui vendit son âme au diable incarné par Méphistophélès en échange de la connaissance. De même que Leverkühn, possédé des démons, developpe son art musical jusqu'à un jour décisif qui lui sera fatal, la société allemande évolue parallèlement vers le destin catastrophique que sera l'avènement du nazisme.

Structure du roman[modifier | modifier le code]

Le Docteur Faustus est un vaste assemblage de personnages, de fables, d’évènements, de théories, de souvenirs, d’idées, et de lieux, les uns directement reliés à la vie d’Adrian Leverkühn, les autres seulement de façon marginale. Pour élaborer son roman, Mann a étudié la musicologie et les biographies de grands compositeurs tels que Mozart, Beethoven, Berlioz, Hugo Wolf et Alban Berg, et de certains philosophes comme Nietzsche. Il se mit aussi en relation avec des compositeurs contemporains comme Igor Stravinski, Arnold Schoenberg et Hanns Eisler pour écrire certains détails. Mais la contribution la plus importante et la plus directe vint du philosophe et critique musical Theodor Adorno : dans son livre La genèse du Doctor Faustus (Die Entstehung des Doktor Faustus, 1949)[1], Thomas Mann indique en effet que certaines observations d’Adorno l’ont conduit à récrire des parties entières du livre. D’autres personnes entrèrent en contact avec l’œuvre au travers de lectures de chapitres que Mann donnait régulièrement à des groupes d’amis invités, une pratique courante (utilisée notamment par Kafka), pour tester l’impact du texte sur le public.

Serenus Zeitblom, l’unique narrateur, relie tous ces éléments au mieux de ses capacités et de son énergie. Selon Mann: « Zeitblom est une parodie de moi-même. La personnalité d’Adrian est plus proche de la mienne que l’on pourrait - ou devrait - le croire ».

Thèmes du roman[modifier | modifier le code]

Le sujet principal est la décadence intellectuelle de l’Allemagne dans la période ayant précédé la Seconde Guerre mondiale. Les sentiments et les idées de Leverkühn reflètent le basculement de l’humanisme au nihilisme irrationnel qui se produisit dans la vie intellectuelle allemande des années 1930. Leverkühn (un nom qui signifie « vie d’audace ») devient de plus en plus corrompu de corps et d’esprit, et finit anéanti par la syphilis et la folie. Dans le roman, ces trois thématiques – décadence intellectuelle de l’Allemagne, chute spirituelle de Leverkühn, déchéance physique du héros – sont traitées en parallèle avec le désastre politique de l’Allemagne nazie. L’intuition de Mann de la nature inséparable de l’art et de la politique peut déjà être entrevue dans la version publiée en 1938 de son cycle de conférences aux États-Unis, « The Coming Victory of Democracy », dans laquelle il déclare : « Je dois à mon grand regret reconnaître que dans mes jeunes années j’ai partagé cette dangereuse habitude allemande de penser la vie intellectuelle, l’art et la politique comme des mondes totalement séparés ». Dans Doktor Faustus, l’histoire personnelle de Leverkühn, son développement artistique, et la dégradation du climat politique en Allemagne sont mis en relation par le narrateur Zeitblom qui s’inquiète et s’interroge sur la santé morale de sa nation, de la même manière qu’il s’est inquiété de la santé mentale de son ami Leverkühn.

L’autre thème central de l’œuvre est la musique, puisque l’on y voit Adrian Leverkühn travailler à la théorie du dodécaphonisme inventé en réalité par Arnold Schoenberg. Schoenberg, qui vivait non loin de chez Mann à Los Angeles à l’époque où fut écrit le livre fut furieux que Mann se soit emparé de la méthode sans le citer et sur son insistance, les éditions ultérieures durent ajouter à la fin du texte une description de l’invention de cette technique par Schoenberg.

Bien que les études de théologie de Leverkühn aient été brèves, les considérations métaphysiques imprègnent tout le roman et culminent au moment du dialogue imaginé avec le diable, dans lequel Leverkühn échange l’amour contre la connaissance, en analogie avec le pacte de Faust et de Méphistophélès.

Bibliographie essentielle[modifier | modifier le code]

  • Thomas Mann, Die Entstehung des Doktor Faustus. Roman eines Romans, S. Fischer, Frankfurt am Main 2001, ISBN 3-596-29427-4.
  • Calvin S. Brown, Tones into words. Musical Compositions as Subjects of Poetry, Athens/GA (Univ of Georgia Press) 1953.
  • Gunilla Bergsten, Thomas Manns »Doktor Faustus«. Untersuchungen zu den Quellen und zur Struktur des Romans, Lund 1963, 2. édition: Niemeyer, Tübingen 1974.
  • Heinz Peter Pütz, Kunst und Künstlerexistenz bei Nietzsche und Thomas Mann. Zum Problem des Ästhetischen Perspektivismus in der Moderne, Bonn (Bouvier) 1963, 3. édition 1987.
  • Bodo Heimann, Thomas Manns »Doktor Faustus« und die Musikphilosophie Adornos, in: Deutsche Vierteljahresschrift für Literaturwiseenschaft und Geistesgeschichte 38/1964, pp. 248-266.
  • Käte Hamburger, Anachronistische Symbolik. Fragen an Thomas Manns Faustus-Roman, in: Helmut Kreuzer (éd.), Gestaltungsgeschichte und Gesellschaftsgeschichte. Fritz Martini zum 60. Geburtstag, Metzler Verlag, Stuttgart 1969, pp. 529-553.
  • Hubert Orłowski, Prädestination des Dämonischen. Zur Frage des bürgerlichen Humanismus in Thomas Manns „Doktor Faustus“, Wydawnictwo Naukowe UAM, Poznań 1969.
  • Hansjörg Dörr, Thomas Mann und Adorno. Ein Beitrag zur Entstehung des »Doktor Faustus«, in: Hermann Kunisch (éd.), Literaturwissenschaftliches Jahrbuch der Görres-Gesellschaft, »Neue Folge«, vol. 11, Berlin 1970, pp. 285-322.
  • Stéphane Mosès, Une affinité littéraire: le Titan de Jean Paul et le docteur Faustus de Thomas Mann, Editions Klincksieck, 1972, 144p.
  • Patrick Carnegy, Faust as Musician. A Study of Thomas Mann's Novel »Doktor Faustus«, New Directions, London/New York 1973.
  • Wolf-Dietrich Förster, Leverkühn, Schönberg und Thomas Mann. Musikalische Strukturen und Kunstreflexion im »Doktor Faustus«, in: Deutsche Vierteljahresschrift für Literaturwissenschaft und Geistesgeschichte 49/1975, pp. 694-720.
  • Lieselotte Voss, Die Entstehung von Thomas Manns Roman »Doktor Faustus«, dargestellt anhand von unveröffentlichten Vorarbeiten, Niemeyer, Tübingen 1975.
  • Henry Hatfield, From the »Magic Mountain«. Mann's Later Masterpieces, Ithaca/London (Cornell Univ. Press) 1979.
  • Jürgen Jung, Altes und Neues zu Thomas Manns »Doktor Faustus«: Quellen und Modelle; Mythos, Psychologie, Musik, Theo-Dämonologie, Faschismus, Frankfurt/Bern (Peter Lang) 1985.
  • Stephen D. Dowden, Sympathy for the Abyss. A Study in the Novel of German Modernism: Kafka, Broch, Musil, and Thomas Mann, Tübingen (Niemeyer) 1986.
  • Hermann Fähnrich, Thomas Manns episches Musizieren im Sinne Richard Wagners, Frankfurt (Herchen) 1986.
  • Hannelore Mundt: "Doktor Faustus" und die Folgen. Kunstkritik als Gesellschaftskritik im deutschen Roman sei 1947, Bouvier, Bonn 1989, ISBN 3-416-02159-2.
  • Erich Heller, Thomas Mann. Der ironische Deutsche. Suhrkamp, Frankfurt am Main 1975, ISBN 3-518-36743-9.
  • Agnes Schlee, Wandlungen musikalischer Strukturen im Werke Thomas Manns: Vom Leitmotiv zur Zwölftontechnik, Frankfurt/Bern (Peter Lang) 1981.
  • Rosemarie Puschmann, Magisches Quadrat und Melancholie in Thomas Manns »Doktor Faustus«. Von der musikalischen Struktur zum semantischen Beziehungsnetz, Ampal Verlag, Bielefeld 1983.
  • Hans Rudolf Vaget, Thomas Mann und Richard Wagner, in: Steven Paul Scher (éd.), Literatur und Musik. Ein Handbuch zur Theorie und Praxis eines komparatistischen Grenzgebiets, Erich Schmidt, Berlin 1984, pp. 326-347.
  • Jochen Schmidt, Thomas Mann: Dekadenz und Genie, in: Jochen Schmidt, Die Geschichte des Genie-Gedankens in der deutschen Literatur, Philosophie und Politik 1750–1945. Band 2, Darmstadt 1985, pp. 238–277.
  • Hans Rudolf Vaget, Amazing Grace: Thomas Mann, Adorno and the Faust Myth, in: Reinhold Grimm/Jost Hermand (éds.), Our Faust? Roots and Ramifications of a Modern German Myth, University of Wisconsin Press, Madison/WI 1987, pp. 168-189.
  • Ulrich Rinzel, Zweideutigkeit als System. Zur Geschichte der Beziehungen zwischen der Vernunft und dem Anderen in Thomas Manns Roman »Doktor Faustus«, Frankfurt/ Bern/New York (Peter Lang) 1988.
  • Harald Wehrmann, Thomas Manns »Doktor Faustus«. Von den fiktiven Werken Adrian Leverkühns zur musikalischen Struktur des Romans, Frankfurt/Bern/New York (Peter Lang) 1988.
  • Hans Rudolf Vaget, Thomas Mann und James Joyce: Zur Frage des Modernismus im »Doktor Faustus«, in: Eckhard Heftrich/Hans Wysling (éds,), Thomas Mann Jahrbuch, 2/1989, Vittorio Klostermann, Frankfurt 1989, pp. 121-150.
  • Hans Rudolf Vaget, Thomas Mann und Richard Strauss: Zeitgenossenschaft ohne Brüderlichkeit, in: Thomas Mann Jahrbuch 3/1990, Vittorio Klostermann, Frankfurt 1991, pp. 50-85.
  • Heinz Gockel/Michael Neumann/Ruprecht Wimmer (éds.), Wagner ─ Nietzsche ─ Thomas Mann. Festschrift für Eckhard Heftrich, Frankfurt (Vittorio Klostermann) 1993.
  • Volker Scherliess, Adrian Leverkühn (1885-1941) ─ ein deutscher Komponist in der Darstellung Thomas Manns ─ Dichtung und Wirklichkeit, Lübeck (Buddenbrookhaus) 1993.
  • Hans Rudolf Vaget, The Spell of »Salome«: Thomas Mann und Richard Strauss, in: Claus Reschke/Howard Pollack (éds.), German Literature und Music. An Aesthetic Fusion: 1890-1989, Fink, München 1992 (»Houston German Studies«, vol. 8), pp. 39-60.
  • Hans Rudolf Vaget, Musik in München. Kontext und Vorgeschichte des »Protests der Richard-Wagner-Stadt München« gegen Thomas Mann, in: Eckhard Heftrich/Thomas Sprecher (éds.), Thomas Mann Jahrbuch 7/1994, Vittorio Klostermann, Frankfurt 1995, pp. 41-69.
  • Elvira Seiwert, Beethoven-Szenarien. Thomas Manns »Doktor Faustus« und Adornos Beethoven-Projekt, Stuttgart/Weimar (Metzler) 1995.
  • Hans Wißkirchen/Thomas Sprecher (éds.), „und was werden die Deutschen sagen??“. Thomas Manns Roman Doktor Faustus, Dräger, Lübeck 1997, ISBN 3-925402-75-6.
  • Hans Hilgers, Serenus Zeitblom. Der Erzähler als Romanfigur in Thomas Manns „Doktor Faustus“, 2. édition, Peter Lang, Frankfurt/Bern/New York 1997, ISBN 3-631-31966-5.
  • Andreas Urs Sommer, Der mythoskritische „Erasmusblick“. Doktor Faustus, Nietzsche und die Theologen, in: Eckhard Heftrich/ Thomas Sprecher (éds.), Thomas Mann Jahrbuch, vol. 11, Vittorio Klostermann, Frankfurt 1998, pp. 61–71.
  • Jürgen Joachimsthaler, Politisierter Ästhetizismus. Zu Thomas Manns „Mario und der Zauberer“ und „Doktor Faustus“, in: Edward Białek/Manfred Durzak/Marek Zybura (éds.): Literatur im Zeugenstand. Beiträge zur deutschsprachigen Literatur- und Kulturgeschichte. Festschrift zum 65. Geburtstag von Hubert Orłowski, Frankfurt u. a. 2002, pp. 303–332.
  • Eva Schmidt-Schütz, „Doktor Faustus“ zwischen Tradition und Moderne. Eine quellenkritische und rezeptionsgeschichtliche Untersuchung zu Thomas Manns literarischem Selbstbild, Vittorio Klostermann, Frankfurt 2003, ISBN 3-465-03212-8.
  • Christoph Gödde/Thomas Sprecher (éds.): Thomas Mann – Theodor W. Adorno. Briefwechsel 1943–1955, S. Fischer, Frankfurt am Main 2003, ISBN 3-596-15839-7.
  • Werner Röcke (éd.), Thomas Mann – Doktor Faustus 1947–1997, Bern et al. 2004, ISBN 3-03910-471-3.
  • Leonardo Ceppa, Nazionalismo e umanitarismo nel Doctor Faustus, Teoria politica. Fascicolo 3, 2005, Franco Angeli, Milano 2005.
  • Hans Rudolf Vaget, Seelenzauber. Thomas Mann und die Musik, S. Fischer, Frankfurt am Main 2006, ISBN 3-10-087003-4.
  • Heinrich Detering/Friedhelm Marx/Thomas Sprecher (éds.), Thomas Manns „Doktor Faustus“ - neue Ansichten, neue Einsichten, Vittorio Klostermann, Frankfurt am Main 2013, ISBN 978-3-465-03813-9.
  • Maurice Blanchot, Thomas Mann. Begegnungen mit dem Dämon, traduit du francais par Marco Gutjahr, Turia+Kant, Wien/Berlin 2017, ISBN 978-3-85132-839-4.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Mann T. Die Entstehung des Doktor Faustus. Roman eines Romans, Frankfurt am Main 2001 (Fischer Taschenbuch), (ISBN 3-596-29427-4)