Destin français

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Destin français
Auteur Éric Zemmour
Pays Drapeau de la France France
Genre Essai
Éditeur Albin Michel
Lieu de parution Paris
Date de parution
Nombre de pages 576
ISBN 978-2226320070
Chronologie

Destin français[N 1] est un essai de l'écrivain français Éric Zemmour paru le .

L'essai est une méditation sur 1 500 ans d'histoire de France. L'essayiste revisite le passé, de Clovis à Charles de Gaulle, des Croisades au djihad contemporain.

Lancement[modifier | modifier le code]

Mis en rayon en milieu de semaine, l'ouvrage entre dans le classement des meilleures ventes de livres[1] dans la semaine du 10 au 16 septembre 2018. Il est directement premier de la catégorie « Essais et Références ». Dès la seconde semaine, il est premier toutes catégories confondues, détrônant Les Prénoms épicènes d'Amélie Nothomb[2]. En troisième semaine, il est détrôné à son tour par la sortie du tome 4 de L'Arabe du futur de Riad Sattouf[3]. En quatrième semaine, il perd la tête de la catégorie « Essais et Références » au profit de 21 leçons pour le XXIe siècle de Yuval Noah Harari, qu'Éric Zemmour considère comme « l’intellectuel organique — un parmi beaucoup d’autres — de cette société « fluide » que nos élites mondialisées veulent imposer à des peuples qui s’accrochent à leurs identités et à leurs essences »[4]. Après 16 semaines de présence, il sort du classement des meilleures ventes le 31 décembre 2018[5].

Un peu moins de 100 000 exemplaires du livre ont été vendus à la fin de l'année 2018, ce qui, loin du triomphe du Suicide français, reste un score élevé dans une catégorie documents dominée en 2018 par Un été avec Homère de Sylvain Tesson et ses 180 000 exemplaires[6].

Contenu de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

Dans une introduction en forme de confession, Éric Zemmour lève, pour la première fois par écrit, le voile sur son enfance et sa famille[7]. Adversaire de la psychologisation à outrance, il justifie cette concession faite à l'air du temps par la nécessité de répondre à la vieille invocation marxiste : dire d'où on parle[8].

Zemmour relève des figures déchues par ce qu'il nomme les « déconstructeurs » de l'histoire de France. Ainsi, il avance que Catherine de Médicis aurait combattu les Huguenots, non parce qu'ils étaient protestants, mais parce qu'ils se seraient opposés et auraient affaibli la politique du roi de France. Dans un même esprit, il avance que Robespierre serait l'inventeur de l'État-providence, le promoteur de l'État-nation, ainsi qu'un homme de raison. En outre, il fait sien cet éloge d'Ernest Renan : « Napoléon sauva la Révolution, lui donna une forme, une organisation, un prestige militaire inouï ».

Parallèlement à ces réhabilitations, Zemmour procède également à une attaque certaines figures phares du progressisme, qu'il fustige, et dont le "père" serait Victor Hugo, dont le désir aurait été, selon Zemmour, d'« ouvrir des écoles pour fermer des prisons ». Un long chapitre est dédié au baron James de Rothschild et aux juifs qui servaient les états absolutistes au XIXe siècle, comme les représentants du "parti de l'étranger"[9].

Dans un même esprit, Zemmour consacre à de Gaulle et à Pétain deux chapitres miroirs qui, contre les idées désormais majoritaires au sein de l'historiographie moderne de Robert Paxton énoncées dans son ouvrage La France de Vichy, tente de réhabiliter la thèse du bouclier et de l'épée.[10] D'autres commentateurs interprètent ces deux chapitres comme une illustration de l'adage suivant lequel l'histoire est écrite par les vainqueurs et malheur à ceux qui choisissent le mauvais camp[8].

Pour Éric Zemmour, la France serait « le pays des guerres civiles », et la prochaine arriverait bientôt car « nous avons mis du sentiment dans la politique depuis trente ans face à l'invasion que nous subissons »[11].

Réception critique[modifier | modifier le code]

Dans L'Express, Alexis Lacroix trouve passionnant l'« essai du polémiste-historien ». La pensée de Zemmour, « plébéienne et réaliste, populaire et adversaire des grands signifiants d'universalité », lui rappelle les réquisitoires de Maurice Barrès à la fin du XIXe siècle contre les élites de la Troisième République et leurs « chimères sans frontières »[12].

Sur France Culture, Guillaume Erner considère que « Zemmour ne croit pas en une filiation du sang mais en une filiation de l’esprit – et c’est pourquoi à la manière de Jeanne d'Arc[N 2], seule héroïne féministe qu’il admette, il entend des voix, les voix des morts »[13].

Pour Jean-Marc Albert dans Valeurs actuelles, Zemmour fait trop d'honneur à l'Incorruptible en vantant les mérites de Robespierre[14].

Sur son blog affilié à Médiapart, Murat Lamat préfère souligner "le caractère profondément anti-juif de son ouvrage".[9][pertinence contestée]

Controverses[modifier | modifier le code]

Polémique en marge du livre[modifier | modifier le code]

Interrogé sur ce sujet par Thierry Ardisson dans l'émission Les Terriens du dimanche ! diffusée le 16 septembre 2018, il regrette que les prénoms des enfants donnés en France ne soient plus ceux du calendrier des saints, comme demandé par la loi jusqu'en 1993[15]. La chroniqueuse Hapsatou Sy, née en 1981 avant le changement de la loi, l'interpelle : « Je m’appelle Hapsatou et je suis française ». Il répond : « Eh bien votre mère a eu tort de vous appeler ainsi, elle aurait dû prendre un prénom du calendrier et vous appeler Corinne par exemple, ça vous irait très bien ». La suite est coupée au montage et Hapsatou Sy déclare vouloir porter plainte. Le lendemain au micro de Ruth Elkrief, Éric Zemmour critique cette polémique qu'il juge révélatrice de ce que devient le débat médiatique : « On se victimise pour se faire bien voir, et après on joue l'émotion, et après on vient, et on dit « attention, je vais déposer plainte ». C'est ça l'époque »[16].

Appels au boycott[modifier | modifier le code]

Des médias et des associations réclament le boycott. Laurent Joffrin dans Libération et Mario Stasi, président de la LICRA, critiquent ceux qui invitent Éric Zemmour. Maurice Szafran révèle qu'une décision éditoriale a été prise au groupe Challenges pour que Le Nouveau Magazine littéraire, L'Histoire et Historia ne parlent pas du livre. Jean-Jacques Bourdin refuse d'inviter Zemmour dans Bourdin Direct[17].

Face à la pétition contre sa présence dans les média, Éric Zemmour répond : « Ces gens ne vont pas assez loin. Ils doivent proposer mon exil à Sainte-Hélène, qu’on rétablisse, pour moi, le bagne à Cayenne. Il faudrait songer au rétablissement de la guillotine place de la Concorde… » Il ajoute : « Ce sont des terroristes et des totalitaires »[18].

Le , on apprend que son passage dans l'émission On n'est pas couché a été annulé par la société de production sans explication. Malgré la volonté de certains animateurs, sa participation a été aussi refusée par la chaîne dans d'autres émissions de France 2 : Histoire d'une nation, Les quatre vérités, L'Émission politique[19]. Le , Laurent Ruquier affirme sur le plateau de Quotidien qu'il n'y a pas eu déprogrammation : « On a décidé qu'on ne l'invitait pas. Aucune décision n'avait été prise, il avait juste été coché en juin et on avait décidé que peut-être on allait recevoir Éric Zemmour. Mais rien n'avait été décidé sur le fait qu'on le recevrait[20]. » En contradiction avec ces déclarations, Valeurs actuelles produit une lettre d'engagement du envoyée par la production d'ONPC. Interrogé à ce sujet, Éric Zemmour ajoute qu'en avril 2017, Laurent Ruquier l'avait appelé pour lui dire qu’il lui promettait de l’inviter pour la promotion de son prochain livre. Éric Zemmour explique que Laurent Ruquier, qui s'est toujours bien entendu avec lui quand ils travaillaient ensemble, « a une nouvelle ministre de l’Information qui s’appelle Hapsatou Sy »[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La couverture du livre comporte un bandeau à vocation commerciale, comportant la mention « Quand l'Histoire se venge ». Inspirée de la dernière phrase de l'introduction « À force d'être méprisée, rejetée, niée, néantisée, l'Histoire se venge », cette mention est absente de la page de titre et ne fait donc à proprement parler pas partie du titre de l'œuvre, tel que considéré par les bibliothèques.
  2. Zemmour ne fait pas dans cet ouvrage le portrait de Jeanne d'Arc, mais fait ceux de l'évêque Cauchon et de Charles VII

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Top 200 ventes hebdomadaires marché »
  2. « Eric Zemmour numéro 1 des ventes avec son livre, Le Destin français », sur bfmtv.com,
  3. « Livres : la BD "L’Arabe du futur" détrône Zemmour au top des ventes », sur sudouest.fr,
  4. « Éric Zemmour : «Yuval Noah Harari, l'intellectuel organique de la société fluide» », sur lefigaro.fr,
  5. « Destin français », sur edistat.com
  6. Jérôme Dupuis, « Livres: qui sont les gros vendeurs de 2018? », sur lexpress.fr,
  7. Alexandre Devecchio, « L'Algérie, Drancy... Éric Zemmour se livre sur son passé », sur lefigaro.fr,
  8. a et b Saïd Mahrane et Jérôme Béglé, « Ce qu'il faut retenir du livre d'Éric Zemmour », sur lepoint.fr,
  9. a et b Murat LAMA, « « Destin Français » de ZEMMOUR : le livre le plus antisémite de la Vème République ? », sur Club de Mediapart (consulté le 13 août 2020)
  10. « François DELPLA : Articles - Destin français d'Eric Zemmour », sur www.delpla.org (consulté le 13 août 2020)
  11. « Pourquoi, selon Eric Zemmour, "nous allons en France vers la guerre civile" », sur rmc.bfmtv.com,
  12. Alexis Lacroix, « Le vrai Eric Zemmour », sur lexpress.fr, (consulté le 26 septembre 2018)
  13. « Un nouveau Zemmour semblable à l'ancien », sur franceculture.fr, (consulté le 29 septembre 2018)
  14. Jean-Mzarc Albert, « Robespierre aimait-il vraiment la France ? Pourquoi Zemmour fait trop d'honneur à l'Incorruptible », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant,‎
  15. Le 13 octobre 2015 à 15h34, « DANS LE RETRO. Choix du prénom : l'année où la loi a changé », sur leparisien.fr, (consulté le 22 juillet 2020)
  16. Marine Madelmond, « Face à la polémique, Eric Zemmour se défend contre Hapsatou Sy : « On se victimise pour se faire bien voir » », sur gala.fr,
  17. Marc Baudriller, « Les médias divisés face au phénomène Zemmour », sur challenges.fr,
  18. « Éric Zemmour : "Ceux qui nous parlent d'intégration sont des illusionnistes" », sur sudradio.fr,
  19. Bastien Lejeune, « [Info VA] Le passage de Zemmour chez Laurent Ruquier annulé sans explication », sur valeursactuelles.com,
  20. Mélody Husson Garnier, « VIDEO. "Eric Zemmour n'a jamais été invité dans ONPC" : Laurent Ruquier met les choses au clair », sur telestar.fr,
  21. Bastien Lejeune, « [Exclusif] Censure sur France 2 : Eric Zemmour démonte le mensonge de Laurent Ruquier », sur valeursactuelles.com,

Sources[modifier | modifier le code]