Thèse du bouclier et de l'épée

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La thèse du bouclier et de l'épée, parfois appelée thèse du glaive et du bouclier[1],[2],[3], est une thèse présentant, pendant et après l'Occupation, le général de Gaulle et le maréchal Pétain agissant tacitement de concert pour défendre la France, le second étant le bouclier préservant la France au maximum, y compris par une politique de collaboration (qui n’est dans cette thèse que simulée), en attendant que l'épée (De Gaulle) soit suffisamment forte pour vaincre l’Allemagne nazie[1],[4],[5].

Durant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le colonel Rémy écrit en 1950 dans l'hebdomadaire Carrefour que le général de Gaulle lui aurait confié en 1947 qu'en 1940, il fallait que la France eût deux cordes à son arc, « la corde Pétain aussi bien que la corde De Gaulle »[6], déclaration démentie ensuite par ce dernier[6].

Selon le journaliste Léon Mercadet, cette thèse était acceptée par la résistance naissante et s’appuyait sur l'aide apportée par le maréchal Pétain à celle-ci[7]. Selon lui, Pétain aurait dit à l'industriel et résistant alsacien Paul Dungler à l'intention de de Gaulle et de Giraud : « Dites leur que je reporte sur leur têtes le serment de fidélité qui m'a été prêté par les officiers. Dites-leur que je les convie tous les deux, à la libération de Paris, sous l'arc de Triomphe. Là, je leur transmettrais mes pouvoirs et nous célébrerons ensemble l'union retrouvée des français »[8].

Plusieurs tentatives du maréchal Pétain de collaborer avec de Gaulle ont été refusées par celui-ci[8]. Tout comme Dungler, le 11 août 1944, l'amiral Auphan est chargé par le maréchal Pétain d'organiser une passation de pouvoir envers le général de Gaulle. Néanmoins, le général de Gaulle refuse de le recevoir[9].

Selon Michel Audiard, qui vécut cette époque[10], elle était très répandue dans la population en 1940, et disparut suite aux rafles de 1942. Pour d'autres, elle disparut à la suite de l'absence de réaction lors de l'invasion de la zone libre en novembre 1942.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Cette théorie est présentée explicitement comme moyen de défense au procès du maréchal Pétain[11]. Cette vision est aussi défendue par les responsables de l'époque de Vichy, comme l'amiral Auphan, lors de leur procès[12].

La thèse du bouclier et de l'épée est reprise par l'écrivain Robert Aron, dans son livre Histoire de Vichy en 1954[13]. Aron minimise par ailleurs le rôle de l'État français du maréchal Pétain dans la déportation juive et la collaboration avec l'Allemagne nazie.

En 1953, dans son discours de réception à l'Académie française au fauteuil du maréchal Pétain (celui-ci avait été exclu de l'Académie après sa condamnation en 1945 mais son fauteuil ne fut réattribué qu'après sa mort), le diplomate André François-Poncet reprit la thèse d'un Pétain « bouclier » et d'un De Gaulle « glaive»[14].

Mais la mémoire officielle assimile la France à la Résistance[15] et tente d'effacer l'épisode de Vichy[16]. Il faut attendre les années 1970 pour voir remis en cause la mémoire officielle de la Seconde Guerre mondiale et le développement des études sur l'histoire de la Shoah et des déportations. Le rôle de Vichy dans la Shoah a été mis en valeur par l'historien américain Robert Paxton[17]. L'historien Henri Guillemin fait aussi référence à cette théorie[18].

La théorie aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Cette vision est considérée généralement comme non conforme aux faits [19],[20],[21],[22],[23]. Cette thèse continue cependant à séduire quelques milieux, et pas uniquement d’extrême droite et conservateurs : bien que ses défenseurs soient souvent des nostalgiques de Pétain, on y trouve aussi d’authentiques résistants partisans de la réconciliation et de l'amnistie[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Les mémoires oubliées ou refoulées », CRDP de Champagne-Ardenne, 2000-2008 (consulté le 25 mars 2017).
  2. « "Le bouclier et le glaive", l'étrange comparaison de Cambadélis sur Valls et Hollande », 20 minutes.fr, 6 mai 2015.
  3. « "Glaive et bouclier" : Cambadélis et ses métaphores à l’eau de Vichy », Pascal Riché, L'Obs.com, 6 mai 2015.
  4. Jean Quellien, « La France et l’attitude des Français sous l’Occupation », conférence du 15 mars 1998, Association des professeurs d’histoire et géographie de l’Académie de Caen, consulté le 7 août 2012.
  5. Frédéric Salat-Baroux (interviewé), Philippe Reinhard (interviewer), « De Gaulle-Pétain : une relation houleuse depuis 1912 », interview parue dans Le Télégramme le 18 juin 2010, consultée le 7 août 2012.
  6. a et b Caroline Baudinière, « Une mobilisation de victimes illégitimes. », Raisons politiques 2/2008 (no 30), p. 21-39.
  7. Le maréchal Pétain donna 500 000 F de sa cassette personnelle permettant la création d'une résistance alsacienne. Mercadet, La Brigade Alsace-Lorraine, p. 37.
  8. a et b Mercadet, La Brigade Alsace-Lorraine, p. 63.
  9. Robert O. Paxton (trad. Claude Bertrand, préf. Stanley Hoffmann), , Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points-Histoire », 1997 (réimpr. novembre 1999) (1re éd. 1973), 475 p. (ISBN 978-2-02-039210-5), p. 382-383.
  10. Audiard par Audiard[réf. insuffisante].
  11. a et b Pierre Laborie, Le Chagrin et le venin, Paris : Bayard, 2011, (ISBN 978-2-227-47735-3), p. 156, note 61.
  12. Amiral Auphan, L'Honneur de servir (1978).
  13. Jean-Pierre Azéma, « Vichy et la mémoire savante : quarante-cinq ans d’historiographie » in Jean-Pierre Azéma et François Bédarida (sous la direction de), Vichy et les Français, Paris, Fayard, 1992, pp. 26-27.
  14. Jérôme Cotillon, Ce qu'il reste de Vichy, Armand Collin, coll. « Histoire au présent », (ISBN 2200263821, lire en ligne).
  15. De Gaulle, Discours de l’hôtel de ville, 26 août 1944.
  16. Ordonnance du 9 août 1944
  17. Robert Paxton, La France de Vichy.
  18. « Pétain était-il un "traître" ? », Jean-Christophe Plot, francetvinfo.fr, 9 avril 2015 (consulté le 21 septembre 2015).
  19. Renaud Dély, « Buisson, l'homme qui va faire perdre Sarkozy », Le Nouvel Observateur, 26 avril 2012, consulté le 19 février 2013.
  20. Conférence de Laurent Douzou, professeur à l'IEP de Lyon, « Les Mémoires de la Seconde Guerre mondiale », académie de Versailles, consulté le 19 février 2013.
  21. Jacques Le Groignec, « Pétain et De Gaulle », Nouvelles Éditions latines, 1998, p. 151-152.
  22. Jacques Nobécourt, « Autopsie d'un désastre », L'Express, 2 décembre 1993, consulté le 19 février 2013.
  23. Alain Chatriot, compte-rendu de lecture de Frédéric Saulnier, « Joseph-Barthélemy 1874-1945. La crise du constitutionnalisme libéral sous la IIIe République », Cahiers Jaurès 2/2004 (no 172-173), p. 5

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]