Conséquences de l'accident nucléaire de Fukushima sur l'industrie nucléaire au Japon

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Article général Pour un article plus général, voir Accident nucléaire de Fukushima.

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 déclenche un tsunami qui dévaste la côte Pacifique du Tōhoku au Japon et provoque l'accident nucléaire de Fukushima : la centrale nucléaire est endommagée, provoquant un défaut de refroidissement, des fusions de cœur dans plusieurs réacteurs puis des ruptures de confinement et d'importants rejets radioactifs.

La première conséquence de la catastrophe nucléaire est le retournement massif de l'opinion publique japonaise envers les associations anti-nucléaires, brisant la confiance traditionnelle envers les autorités publiques de l'État qui instituait le rapport social du consensus antérieur. La voix autrefois étouffée des hibakushas, qui remonte aux lendemains de la défaite de 1945, a maintenant droit de cité. Donnant suite à ces mouvements, l'État a ordonné la mise à l'arrêt temporaire de l'intégralité des réacteurs pour le printemps 2012, la dernière centrale à s'arrêter étant située à Hokkaïdo, la plus contributrice pour le réseau électrique de cette île. Le Japon puise son électricité à partir d'autres sources, quel que soit leur coût.

Cet événement entraîne des conséquences sur les installations de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, quatre des réacteurs sont définitivement arrêtés en juin 2011, mais aussi sur toute l'industrie nucléaire au Japon : tous les réacteurs nucléaires sont progressivement mis à l’arrêt[1].

Le Japon annonce en mai 2011 une réorientation de sa politique vers une plus grande sécurité des centrales et un développement accru des énergies renouvelables pour diminuer la part du nucléaire. Il suspend les activités de la centrale nucléaire de Hamaoka et gèle la construction de nouvelles centrales.

Mi-juin 2012, le Premier ministre nippon, Yoshihiko Noda, ordonne le redémarrage de deux réacteurs nucléaires de l'ouest du Japon[2].

Impact sur les installations existantes[modifier | modifier le code]

L'État japonais décide en avril 2011 de geler toute nouvelle construction de centrale nucléaire avant prise en compte de mesures complémentaires à la suite de l’analyse complète de l’accident[3].

Le 6 mai 2011, le Premier ministre japonais Naoto Kan a demandé à l’exploitant Chubu Electric Power de suspendre le fonctionnement de tous les réacteurs de la centrale nucléaire de Hamaoka. Il y a en effet une probabilité de 87 % qu'un séisme de magnitude 8,0 frappe la région de Tōkai, dans les 30 ans. Des mesures complémentaires doivent donc être prises pour résister aux effets d’un tsunami consécutif à un tel séisme[4]. En réponse, l'exploitant Chubu Electric Power annonce le 22 juillet 2011 qu'il va construire un mur anti-tsunami de 18 mètres de haut et de 1,6 km de long qui permettra de faire face à un séisme similaire à celui du 11 mars 2011, la centrale n'étant actuellement protégée que par des dunes de sable de 10 à 15 mètres de haut. Le coût de cette infrastructure serait de 100 milliards de yens (885 millions d'euros)[5].

Au nom des évêques catholiques japonais, l'évêque auxiliaire d'Osaka appelle fin mars à la solidarité des fidèles chrétiens du monde pour mener une campagne visant à combattre les projets de construction de nouvelles centrales nucléaires au Japon et dans le monde entier[6].

Organisation administrative de la sûreté nucléaire[modifier | modifier le code]

Afin de renforcer son dispositif sécuritaire et durcir les normes nucléaires dans le pays, le Japon entreprend une révision de l’administration nucléaire et va notamment créer une nouvelle entité de contrôle de la sûreté nucléaire indépendante du ministère de l’industrie[7],[8]. Concrètement, en raison des défaillances de l'Agence japonaise de sûreté nucléaire avant et pendant l'accident nucléaire de Fukushima, son directeur a été remercié en août 2011, et l'agence elle-même va être entièrement refondue[9].

Évolution du programme nucléaire japonais[modifier | modifier le code]

2011-2012, arrêt des centrales[modifier | modifier le code]

Le 11 mai 2011, à la suite de la catastrophe, le premier ministre annonce une nouvelle orientation du programme nucléaire japonais, abandonnant son objectif de 50 % de d’énergie nucléaire pour réaliser « des efforts pour promouvoir les énergies renouvelables »[10].

Le 13 juillet 2011, après que l’ancien premier Ministre, Naoto Kan, ait pour la première fois évoqué la possibilité à terme d’un abandon total du nucléaire sur le sol nippon[11], son successeur Yoshihiko Noda nuance cette position, en visant « une réduction aussi forte que possible de la dépendance à l’énergie nucléaire à moyen ou long terme »[12]. Il annonce le retour à l’exploitation des centrales existantes qui auront passé les tests de sécurité, précisé que la construction de nouvelles usines « serait difficile » et que le sort des usines prévues ou en construction serait à envisager au cas par cas [13]. À l’inverse, les autorités et représentants de l'industrie nucléaire affirment leur volonté de continuer les constructions à l’export[14].

En juillet 2011, 16 des 54 réacteurs du Japon sont encore en activité[15]. Le 17 août le METI (ministère de l’Économie et de l’industrie japonais) autorise le redémarrage d'un réacteur de la centrale nucléaire de Tomari[16]. Ce réacteur est arrêté en mai 2015.

Le , Yūhei Satō, gouverneur de la Préfecture de Fukushima, informe l'exploitant Tepco de son intention de décommissionner toutes les centrales nucléaires situées dans la préfecture[17].

Fin janvier 2012, seulement cinq des 54 réacteurs restent en activité. Les autorités locales hésitent en effet à autoriser le redémarrage des unités à l'arrêt pour maintenance devant les réticences de la population. Pour faire face à la demande en électricité, des centrales thermiques ont dû être remises en exploitation par les différents opérateurs[18]. Le dernier réacteur en activité, Tomari 1 sur l'île de Hokkaido, ferme pour inspection le [19].

Le 11 juin 2012, TEPCO annonce la signature d'un contrat avec Qatar Liquefied Gas Company pour l'achat d'un million de tonnes de gaz naturel liquéfié sur un an, afin d'alimenter ses centrales thermiques, ses centrales nucléaires étant à l’arrêt[20].

Le 15 juin 2012, avec l’accord des autorités locales, le gouvernement japonais autorise le redémarrage des deux réacteurs Ohi 3 & 4 pour raisons économiques; alors que la nouvelle autorité de régulation nucléaire qui devra être indépendante du ministère japonais de l’industrie ouvertement pro-nucléaire, n’est toujours pas en place[21]. Ces centrales seront arrêtes en Mars 2013.

Le 28 juin 2012, la compagnie TEPCO est nationalisée par l’État japonais[22].

Le 14 septembre 2012, le gouvernement japonais décide de sortir du nucléaire dans le courant des années 2030 dans le cadre d'une nouvelle stratégie en matière de production énergétique[23],[24]. La politique envisagée est de ne plus construire de nouveaux réacteurs, et de ne pas prolonger ceux existants au-delà de 40 ans, ce qui correspond à l'arrêt des derniers réacteurs livrés en 2005, vers 2045[25]. Cette réorientation du bouquet énergétique doit être accompagnée par un effort en faveur des énergies renouvelables, dont le détail doit être déterminé avant la fin de l'année[25].

En septembre 2013, tous les réacteurs nucléaires Nippons sont arrêtés. Les autorités locales hésitent en effet à autoriser le redémarrage des unités à l'arrêt pour maintenance devant les réticences de la population. Pour faire face à la demande en électricité, des centrales thermiques sont remises en exploitation par les différents opérateurs.

2013-2014 : vers une reprise d'activité[modifier | modifier le code]

Le 27 décembre 2012, le nouveau ministre japonais de l'Industrie, Toshimitsu Motegi (PLD), se prononce pour une révision de l'objectif zéro nucléaire prévu par son prédécesseur, passé désormais à l'opposition (PDJ)[26]. Le 1er janvier, le nouveau premier ministre Shinzo Abe déclare envisager la construction de nouveaux réacteurs nucléaires[27]. Un sondage publié le 6 janvier par le Yomiuri Shinbun révèle que 54 % des maires des 135 communes abritant des réacteurs ou se situant à proximité immédiate d'une centrale approuveraient le redémarrage des centrales, et que seuls 18 % s'y opposeraient[28].

En juillet 2014, la Commission de réglementation de l'énergie nucléaire japonaise a approuvé le dossier de certification de la sûreté de deux des 48 réacteurs nucléaires du Japon - Sendai 1 et 2, situés dans le sud-ouest du pays[29].

Selon le quotidien économique japonais Nihon Keizai Shinbun du 5 septembre 2014, le gouvernement japonais aurait l'intention de demander aux compagnies électriques de démanteler 12 réacteurs sur 48, les plus anciens ou les plus coûteux à mettre aux nouvelles normes de sécurité, afin d'obtenir le soutien populaire nécessaire au redémarrage des réacteurs les plus récents[30].

2015 : reprise timide[modifier | modifier le code]

En 2015, Le gouvernement souhaite que la production couvre de 20 à 22 % de la production d’électricité à l’horizon 2030 au lieu des 50 % prévus avant la catastrophe de Fukushima. Avant 2011 le nucléaire représentait 29 %. Pour parvenir à son nouvel objectif, le Japon prévoit de développer ses énergies renouvelables, en faisant grimper la part du solaire, de l’éolien et de l’hydroélectricité de 10 % en 2014 à 22-24 % de la production électrique à l’horizon 2030.

2015 est aussi l'année du timide redémarrage de l'industrie nucléaire nippone après de grands travaux d'amélioration de la sûreté, une mise aux normes post-Fukushima et une réforme du gendarme du nucléaire japonais, la Commission de réglementation de l'énergie nucléaire (NRA).Kyushu Electric Power Company redémarre le réacteur Sendai 1, à Satsumasendai dans le sud-ouest de l’Archipel. La NRA donne son autorisation définitive au redémarrage des deux réacteurs de Sendai au mois de mai 2015.

Le 11 août 2015, le réacteur Sendai 1 est remis en marche, dans l'optique de produire de l'électricité à partir du mois de septembre. Mais le redémarrage est interrompu le 21 août après la détection d'un problème technique[31]. Le réacteur Sendai 1 a repris le 10 septembre un fonctionnement normal[32].

Sendai 2 redémarre en septembre, et trois autres réacteurs devaient suivre. Selon un sondage réalisé par le quotidien Mainichi Shimbun auprès de 1 000 personnes, 57 % sont contre la relance de Sendai et 30 % la soutiennent[33].

En février 2016, la compagnie Kansai Electric Power redémarre les unités 3 et 4 de la centrale de Takahama , mais un tribunal, saisi par un groupe de riverains décide de l'arrêt des deux réacteurs quelques semaines après, le juge estimant que la compagnie n’avait pas fourni suffisamment d’explications sur les mesures de sûreté. La Haute Cour de justice d’Osaka invalide cette décision en mars 2017.

En avril 2017, sur 42 réacteurs restants dans l’archipel (contre 54 avant le drame de Fukushima), trois seulement sont en service : Sendai 1 et 2, Ikata 3[34].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Nouvel Observateur - 06/05/2012 : Après l'arrêt du nucléaire, pénuries en vue au Japon cet été
  2. AFP - 15/06/2012 : Le Japon relance deux réacteurs nucléaires, les premiers depuis Fukushima
  3. Le Japon gèle la construction de nouvelles centrales nucléaires du 19/04/2011
  4. (en)« EIA programme for new Loviisa plant submitted », sur www.neimagazine.com (consulté le 11 mai 2011)
  5. AFP, « Japon: un mur de 18m pour une centrale », sur http://www.lefigaro.fr/ (consulté le 26 juillet 2011)
  6. Chrétienté.info : une leçon pour le Japon et le monde entier - 29 mars 2011.
  7. Le gouvernement japonais prépare un nouvel organisme de contrôle nucléaire - 04 août 2011
  8. Le Japon va créer une deuxième entité de contrôle de la sûreté nucléaire - enerzine
  9. (en)« Fukushima Probe Puts Regulator, Cellphones on List of Failures », Bloomberg, (consulté le 26 décembre 2011)
  10. « Nucléaire: Le Japon va davantage se tourner vers les énergies renouvelables », sur www.20minutes.fr, (consulté le 11 mai 2011)
  11. Overseas Promotion of Nuclear Power Generation after the Fukushima Nuclear Accident
  12. Le Gouvernement japonais approuve le Libre Blanc sur la politique énergétique/
  13. Remarques et vision du gouvernement Noda sur l’énergie et l’énergie nucléaire, MAJ 14-09-2011
  14. JAIF-Overseas Promotion of Nuclear Power Generation after the Fukushima Nuclear Accident
  15. « Japon : réticence locale à relancer trois réacteurs, même après les tests », Romandie News, 26 juillet 2011.
  16. Pour la première fois depuis Fukushima, un réacteur nucléaire autorisé à redémarrer au Japon - RFI le 17/07/2011
  17. (en)« Fukushima tells TEPCO no more nuclear plants », NHK World, (consulté le 29 décembre 2011)
  18. Barbara Leblanc, « Tous les réacteurs nucléaires en activité au Japon à l’arrêt dès cet été », sur www.usinenouvelle.com, (consulté le 25 janvier 2012)
  19. Régis Arnaud, « Le Japon arrête son dernier réacteur nucléaire », Le Figaro, le 5 mai 2012
  20. Japon: Tepco va acheter 1 million de tonnes de gaz naturel par an au Qatar, AFP sur Romandie, le 11 juin 2012
  21. Nucléaire. Le Japon passe à la relance, malgré une vive opposition Ouest France du 16 juin 2012
  22. https://www.lemonde.fr/japon/article/2012/06/27/tepco-qui-gere-la-centrale-de-fukushima-nationalisee-par-le-japon_1725037_1492975.html
  23. « ALERTE - Le Japon annonce l'arrêt progressif de sa production nucléaire » , Romandie.com avec l'AFP du 14 septembre 2012.
  24. « Nucléaire : le Japon se donne 30 ans pour arrêter ses centrales » , latribune.fr du 14 septembre 2012.
  25. a et b 'Innovative' strategy to end Japanese nuclear, WNN, 14 September 2012.
  26. Japon: le nouveau gouvernement est prêt à relancer les réacteurs jugés sûrs, AFP sur Google News, le 27 décembre 2012
  27. Hiroshi Hiyama, « Japon: Abe envisage de construire de nouveaux réacteurs nucléaires », AFP sur Google News, le 1er janvier 2013
  28. Japon: une majorité de communes abritant des centrales pour leur redémarrage, AFP sur Romandie, le 6 janvier 2013
  29. La catastrophe de Fukushima plus coûteuse que prévu, Le Monde, 31 août 2014.
  30. Tokyo compterait démanteler le quart des réacteurs nucléaires du pays, La Tribune, 5 septembre 2014.
  31. « Le Japon suspend le redémarrage du réacteur nucléaire de Sendai », Le Monde.fr (ISSN 1950-6244, consulté le 28 septembre 2015)
  32. Japon : le réacteur nucléaire Sendai 1 est de nouveau exploité, Actu-environnement, 11 septembre 2015.
  33. Véronique Le Billon, « Nucléaire : le Japon redémarre son premier réacteur », Les Échos,‎ (lire en ligne)
  34. « Au Japon, la justice autorise le redémarrage de deux réacteurs nucléaires », sur lemonde.fr, (consulté le 28 juin 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]