Colette Audry

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Colette Audry
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Naissance
Orange, Vaucluse
Décès (à 84 ans)
Issy-les-Moulineaux, Hauts-de-Seine
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Genres

Œuvres principales

Derrière la baignoire

Colette Audry, née le à Orange et morte le à Issy-les-Moulineaux, est une dramaturge, romancière, scénariste et dialoguiste française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issue d'une famille d'origine protestante ayant pris ses distances avec la religion, Colette Audry est la petite-nièce de l'homme politique radical Gaston Doumergue, qui deviendra plus tard Président de la République. Après l'entrée de son père, proche des milieux socialistes, dans l'administration préfectorale, elle passe une partie de son enfance balloté entre les différentes affectations : d'abord à Nice, puis comme préfet de l'Ardèche en 1914, et enfin des Cotes-du-Nord en 1918. Ce n'est qu'après que son père aura obtenu une disponibilité pour raisons de santé, en 1920, que la famille se stabilise à Paris.

Après des études secondaires brillantes, elle entre à l'école normale supérieure de Sèvres, et obtient l'agrégation de lettres en 1928. Elle débute sa carrière de professeur au lycée Pasteur à Caen (1928-1930) puis à Rouen (1930-1936), où elle rencontre Simone de Beauvoir, avec qui elle entretiendra une relation d'amitié jusqu'à sa mort.

C'est à cette période qu'elle s'engage dans le militantisme, au travers de l'amicale de son lycée, au sein de laquelle les débats sont essentiellement politiques. Sous l'influence des enseignants communistes membres de cette amicale, elle envisage d'adhérer au PCF, mais s'engage plutôt dans le syndicalisme, au sein de la très minoritaire fédération unitaire de l'enseignement, membre de la CGTU, l'année suivante. Elle participe d'ailleurs à tous les congrès de la fédération, et collabore à sa revue, l'école émancipée. Elle est alors proche de la "majorité fédérale", opposée aux communistes, et prend d'ailleurs la direction, en 1934, de la revue L'Avant garde syndicale, fondée à partir de la direction de la FUE par les minoritaires de la CGTU.

Membre du bureau national du comité de vigilance des intellectuels antifascistes, elle participe en 1934 à la création, derrière Marceau Pivert, de la Gauche révolutionnaire, courant "de gauche" de la SFIO.

L'année 1936 marque un tournant dans sa vie et son engagement. Elle est nommée au lycée Molière, à Paris (comme sa sœur Jacqueline), tandis que la FUE disparaît, dans le cadre de la réunification syndicale entre CGT et CGTU.

Avec les autres membres de la Gauche révolutionnaire, elle critique la timidité du gouvernement de Front populaire mené par Léon Blum. Mais c'est surtout sur la question espagnole qu'elle va prendre ses distances. Après un voyage en Espagne à l'été 1936, où elle rencontre les responsables du POUM, elle participe à la création du Comité d'action socialiste pour l'Espagne, dont le journal L'Espagne socialiste, prône notamment la levée de l'embargo sur les armes décidé par Blum.

Exclue de la SFIO avec l'ensemble de la gauche révolutionnaire en 1938, elle participe à la création du Parti socialiste ouvrier et paysan, et tient une revue de presse internationale dans le journal de ce parti, Juin 36.

Ultra-pacifiste, comme une bonne partie des militants du PSOP, elle signe le "manifeste des femmes contre la guerre", mais n'est pas tentée ensuite, comme d'autres socialistes pacifistes, par la collaboration.

Au tout début de la guerre, elle épouse Robert Minder, enseignant chercheur germaniste. Leur union ne durera cependant que quelques années, car ils divorcent à la Libération.

Si, pendant la guerre, elle est proche des milieux résistants, et notamment, après sa mutation à Grenoble, en 1941, des communistes du front national au travers de Sofia Jancu, compagne de Gabriel Péri, son activité au sein de la Résistance est semble-t-il assez faible.

Ayant retrouvé son poste à Paris en 1944, elle est ensuite, de 1945 à 1946, chargée de mission au Ministère de l'information. Elle reprendra ensuite son poste de professeur, sauf de 1952 à 1957, où elle obtient un détachement au CNRS pour faire une thèse sur le double en littérature sous la direction de Gaston Bachelard.

Elle se détourne cependant de l'action militante pour se consacrer à des activités artistiques et littéraires. Elle participe à l'écriture de La Bataille du rail, de René Clément, collabore jusqu'en 1955 aux Temps modernes de Sartre, collabore au scénario de certains films de sa sœur, Jacqueline (Les Malheurs de Sophie (1946) et Fruits amers (1967)), et publie des ouvrages littéraire.

Le premier, un recueil de nouvelles, On joue perdant, est publié en 1946 chez Gallimard. Elle écrit une pièce de théâtre, Soledad, qui est un des succès de l'année théâtrale 1956, et obtient en 1962 le prix Médicis pour son roman Derrière la baignoire.

À partir de 1964, elle dirige la collection « Femme » aux éditions Denoël, la première en France à proposer des ouvrages français et étrangers tous écrits par des femmes, au rythme d'un titre par mois. Elle publie La femme mystifiée de Betty Friedan, Aucun de nous ne reviendra de Charlotte Delbo, La Vie des femmes d'Évelyne Sullerot, Ma vie d'Eleanor Roosevelt.

Mais au milieu des années 50, elle renoue avec l'engagement militant, adhérant à la "Nouvelle gauche" menée par Gilles Martinet, Claude Bourdet et Louis Vallon, qui se dissout ensuite dans l'Union de la gauche socialiste avant de participe à la création du Parti socialiste unifié en 1960.

Colette Audry participe aussi, aux côtés d'Edgar Morin, au groupe qui publie à partir de 1956 Arguments, revue qui cherche la voie d'un marxisme déstalinisé mais non trotskiste.

Au début des années 1960, en compagnie de Madeleine Guilbert, Marguerite Thibert, Gisèle Halimi, Andrée Michel, Évelyne Sullerot, elle crée le « Mouvement démocratique féminin » (MDF), considéré comme un laboratoire d'idées féministes et socialistes[1] et sorte d’union de la gauche avant la lettre qui soutient la candidature de François Mitterrand aux présidentielles de 1965[2].

Dans les années 1960, elle est à de nombreuses reprises candidate aux élections, dans la capitale, sous l'étiquette PSU, mais n'est jamais élue. Au sein du parti, elle se rapproche cependant de Jean Poperen et le suit lorsque celui-ci rompt avec le PSU pour créer en 1967 l'Union des groupes et clubs socialistes.

Après la création du nouveau Parti socialiste, elle devient responsable de la rédaction de Synthèse Flash, bulletin du courant poperéniste. Elle représente d'ailleurs ce courant au sein du comité directeur du PS du congrès d'Epinay jusqu'en 1983.

Dans les années 1970, elle se consacre à la formation des militants, rédigeant plusieurs brochures pour le Parti socialiste, et à l'Institut socialiste d'études et de recherches (ISER) fondé en 1974, dont elle est la directrice, puis, après 1986, la présidente. La place de Colette Audry au sein de l'institut est telle que l'ISER est dissout en 1990, peu de temps après sa mort.

Pendant les deux dernières années de sa vie, elle entretient une correspondance avec un moine bénédictin. Ils échangent sur la littérature entre autres. Ce sont les lettres de Colette Audry qui ont été publiées trois ans après sa mort sous le titre Rien au-delà qui sont les derniers mots de la dernière lettre qu'elle a écrite à son correspondant avant d'être hospitalisée.

Depuis le 6 mars 2013, la cour d'honneur du siège du Parti socialiste, rue de Solférino à Paris porte son nom[3].

Publications[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Séverine Liatard, Colette Audry 1906-1990, Engagements et identités d'une intellectuelle
  2. Sylvie Chaperon, Une génération d’intellectuelles dans le sillage de Simone de Beauvoir sur Clio.revues.org
  3. Hommage à Colette Audry, Solférino mercredi 5 mars 2013, consulté le 6 mars 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Cabanel, « Colette Audry », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 1 : A-C, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2015, p. 113-114 (ISBN 978-2846211901)
  • Séverine Liatard, Colette Audry (1906-1990). Engagements et identités d'une intellectuelle, Presses universitaires de Rennes, 2011 (ISBN 2753512353 et 978-2753512351)

Liens externes[modifier | modifier le code]