Aller au contenu

Jacqueline Audry

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Jacqueline Audry
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 68 ans)
PoissyVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Fratrie

Jacqueline Audry est une réalisatrice française, née le à Orange, et morte le à Poissy (Yvelines). Elle est l'une des rares réalisatrices françaises de la première partie du XXe siècle et l’unique réalisatrice française de longs métrages de fiction dans l’immédiat après-guerre[1].

Origines et formation

[modifier | modifier le code]

Issue d'une famille d'origine protestante ayant pris ses distances avec la religion, Jacqueline Audry naît le à Orange dans le Vaucluse[2]. Elle est la petite nièce du président Gaston Doumergue[3]. Leur mère renonce à des études supérieures pour raisons familiales, mais pousse ses filles à en faire, afin d'avoir une indépendance financière[4].

Elle est élève au lycée Molière à Paris, comme sa sœur aînée, la romancière et féministe Colette Audry[5], mais n'y décroche pas son baccalauréat.

Carrière dans le cinéma

[modifier | modifier le code]

D'abord antiquaire, assistante du professeur Mondor, elle veut devenir actrice puis metteur en scène. Dans l'industrie du cinéma exclusivement masculine, elle débute à la fin des années 1930 d'abord comme scripte aux côtés de Jacques Deval, Henri Decoin, Augusto Genina, Richard Pottier, Georg Wilhelm Pabst, Marcel L'Herbier[3], et comme assistante de Jean Delannoy et Max Ophuls[4], dix ans de labeur quasi anonyme sur vingt-cinq films[6].

Durant la Seconde Guerre mondiale, elle intègre le Centre artistique et technique des jeunes du cinéma, qui devient en 1944 l'IDHEC)[4].

Elle réalise un court métrage en 1943, Les Chevaux du Vercors puis, en 1945, un premier long métrage, Les Malheurs de Sophie[7], d'après la comtesse de Ségur. Après être revenue au découpage technique, le producteur Dolbert lui propose, devant la défection d'un metteur en scène, de tourner Sombre Dimanche en 1948[3]. Elle gagne la confiance des producteurs, ce qui lui ouvre la voie des longs métrages, bénéficiant à force de ténacité de financements du Crédit national[8].

Grande admiratrice de Colette, elle adapte plusieurs de ses romans entre 1949 et 1956 : Gigi, L'Ingénue libertine et Mitsou. Après Colette, elle porte à l'écran le roman Olivia de Dorothy Bussy[4], dont les relations amoureuses entre trois des protagonistes féminines ont largement divisé l'opinion, puis Huis clos de Jean-Paul Sartre en 1954.

Faute de producteur, elle échoue à réaliser une adaptation du roman Le Rouge et le Noir. Elle filme une troisième adaptation de La Garçonne en 1958, basée sur le roman sulfureux de Victor Margueritte. On lui doit aussi le film érotique Fruits amers, d'après la pièce Soledad de sa sœur Colette Audry, pour lequel elle reçoit le grand prix du cinéma français[9]. Elle réalise à la fin des années 1960 Le Lis de mer d'après André Pieyre de Mandiargues.

La plupart de ses films sont dialogués par son mari, Pierre Laroche.

En 1960, elle apparaît dans le court métrage Le Rondon d'André Berthomieu.

Résolument féministe, Jacqueline Audry est une des rares réalisatrices françaises de la première partie du XXe siècle, à l'instar d'Alice Guy, Germaine Dulac, Solange Térac, Lucie Derain, Marie-Louise Iribe, Renée Carl, Juliette Bruno-Ruby, Marie-Anne Colson-Malleville ou Nicole Vedrès. Elle lutta toute sa vie pour réaliser chacun de ses films dans un environnement hostile aux femmes, réalisant la prouesse de faire plusieurs films aux protagonistes féminins qui dépassèrent le million d'entrées.

En dépit de l’originalité de ses personnages féminins, ses films souvent en costumes, tournés en studio, sont trop associés à la « qualité française » ; ainsi elle fait partie des cinéastes dont la carrière est balayée par l’irruption de la Nouvelle Vague[10].

Décoration

[modifier | modifier le code]

Elle reçoit la Légion d'Honneur en 1957.

Reconnaissance

[modifier | modifier le code]

Elle est la première réalisatrice à faire partie du jury du festival de Cannes, en 1963[11].

Elle meurt en des suites d'un accident de la route en région parisienne[9].

Commentaire

[modifier | modifier le code]

Selon sa biographe Brigitte Rollet,

« c'est sans doute la première cinéaste qui se soit à ce point adressée aux femmes du public dans ses films en permettant une identification très positive. Elle-même est construite et présentée dans la presse de cinéma populaire de l'époque comme une sorte de modèle implicite de “femme qui réussit dans un métier d'hommes”, malgré les obstacles qu'elle rencontre[11]. »

Filmographie

[modifier | modifier le code]

Réalisatrice

[modifier | modifier le code]

Télévision

[modifier | modifier le code]

Assistante-réalisatrice

[modifier | modifier le code]

Récompense

[modifier | modifier le code]

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. « Jacqueline Audry, la pionnière oubliée du 7e art | CNC », sur www.cnc.fr (consulté le )
  2. Archives du Vaucluse, commune d'Orange, acte de naissance no 148, année 1908 (vue 60/82) (avec mention marginale de décès).
  3. a b et c Christine Garnier, « Comment réussissent les femmes. Jacqueline Audry : "Travailler plus vite que les hommes" », Revue des Deux Mondes,‎ , p. 666-673 (ISSN 0035-1962, lire en ligne, consulté le ).
  4. a b c et d Christine Bard et Sylvie Chaperon (Notice rédigée par Brigitte Rollet), Dictionnaire des féministes : France, XVIIIe – XXIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, , 1700 p. (ISBN 978-2-13-078720-4, OCLC 972902161, BNF 45220443, lire en ligne), p. 96 à 99.
  5. « Jacqueline Audry (1908-1977), la disparue du cinéma français », sur France Culture (consulté le ).
  6. Charles Ford, Femmes cinéastes, ou le triomphe de la volonté, Denoël, .
  7. « Jacqueline Audry », sur Premiere.fr (consulté le ).
  8. La Cinémathèque française, « Jacqueline Audry, sortir du cadre », sur cinematheque.fr (consulté le ).
  9. a et b Yannick Resch, 200 femmes de l'histoire des origines à nos jours, Eyrolles, , p. 203
  10. « Jacqueline Audry (1908-1977), la disparue du cinéma français : épisode /11 du podcast Les icônes du cinéma français », sur France Culture (consulté le ).
  11. a et b Brigitte Baronnet et Léa Bodin, « Alice Guy, Jacqueline Audry, Hedy Lamarr… Ces femmes de cinéma que l’Histoire a tenté de faire oublier », sur Allociné.fr, (consulté le ).

Bibliographie

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]