Circulade

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Répartition des circulades

Une circulade est un village du Gard, de l'Hérault ou de l'Aude qui est bâti en cercle autour d'une église ou d'un château fort. L'« invention » du nom et de la chose est due à l'architecte-urbaniste Krzysztof Pawlowski en 1992. La dénomination employée par les géographes est celle de village rond. Les agglomérations de ce type sont médiatisées à des fins touristico-économiques par l'Association des villages circulaires du Languedoc.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Le néologisme et le concept ont été proposés en 1992 par Krzysztof Pawlowski, un architecte-urbaniste d'origine polonaise spécialiste des villes historiques, dans son ouvrage Circulades languedociennes de l'an mille.

Une appellation antérieure, employée par les géographes, est « village rond » comme l'atteste l'article de Louis Josserand, Les villages ronds du Razès (Aude), publié dans la Revue géographique des Pyrénées et du Sud-ouest en 1931. Mais l'existence de villages « bâtis en rond, avec faubourgs construits plus tard » dans le bas Razès, au sud-ouest de Carcassonne, est en fait signalée dès 1843 par l'écrivain limousin Alexandre Grimaud[1].

Aujourd'hui, le mot « circulade » est promu par l’Association des villages circulaires.

Bram (Aude)

Thèse de Pawlowski[modifier | modifier le code]

Exposé[modifier | modifier le code]

Selon Krzysztof Pawlowski, un village circulaire médiéval est un village dont le cercle est à la base de tout ou partie de l'organisation du système parcellaire[2]. L'élément essentiel du système baptisé « circulade » serait la succession d'anneaux disposés régulièrement autour du noyau central sous la forme de rubans de maisons mitoyennes. Jusqu'ici, les bastides du Sud-ouest, villes fondées sur le schéma rectangulaire, étaient considérées comme les premières manifestations de la création urbaine au Moyen Âge. Or, pour Krzysztof Pawlowski, en Languedoc le modèle circulaire se serait formé deux siècles avant les bastides et aurait ainsi marqué la naissance de l'urbanisme européen.

Ces agglomérations circulaires signeraient la naissance de l'urbanisme à l'échelle de l'Europe par la projection au sol de formes planifiées obtenues au moyen de l'utilisation du piquet central et de la corde matérialisant le rayon du cercle à tracer. Leur conception et leur construction serait le fait du pouvoir d'une famille aristocratique, les Trencavel de Carcassonne-Béziers, à la fin du XIe siècle et au début du XIIe[1].

Exploitation[modifier | modifier le code]

À partir de 1993, dans l'Aude, l'Hérault et le Gard, une quarantaine d'agglomérations de ce type (villages ou petites villes) se trouvent médiatisées à des fins touristico-économiques, site Internet à l'appui, par l'Association des villages circulaires du Languedoc, sous l'appellation générique de « circulades », néologisme formé pour les besoins de la cause. Les « circulades » rencontrent un écho favorable auprès des maires car susceptibles de susciter un tourisme culturel et des retombées économiques tout en freinant la désertification de la campagne. Elles bénéficient dès le départ du soutien de la collectivité régionale du Languedoc-Roussillon[1].

Yves Rouquette, un des grands noms de l'occitanisme contemporain, prend fait et cause pour les « circulades », y consacrant une exposition dans le cadre du Centre international de documentation occitane à Béziers en 1994-1995. Elles sont ressenties comme un vecteur de l'identité régionale, renvoyant à une époque où le haut Languedoc était hors de portée du pouvoir royal, avec en plus la dynastie des Trencavel, dernier lignage autochtone détruit par la Croisade contre les Albigeois[1].

Critique[modifier | modifier le code]

De nombreux chercheurs critiquent la thèse de Krzysztof Pawlowski, reprochant à l'auteur un manque de rigueur scientifique dans sa démarche. Selon eux, à l'instar des bastides ou des châteaux dits « cathares », la thèse des « circulades » sert d'instrument de promotion touristique et d'élément fédérateur de l'identité régionale à la collectivité du Languedoc-Roussillon[1].

Pour l'ethnologue Dominique Baudreu, l'arrière-plan de l'entreprise et les idées qui l'ont fait apparaître, reposent sur une fiction. Les interprétations de Pawlowski ont été réfutées sur le plan historique[1].

Villages concernés[modifier | modifier le code]

Dans l'Aude[modifier | modifier le code]

Alairac, dans l'Aude

Dans le Gard[modifier | modifier le code]

Dans l'Hérault[modifier | modifier le code]

Saint-Pons-de-Mauchiens, dans l'Hérault.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Dominique Baudreu, « Circulades » ou la naissance d'une fiction historique, dans Le CERCE, n°4, printemps 2002.
  2. Krzysztof Pawlowski, « Formes urbaines en Languedoc et les débuts de l'urbanisme en Europe médiévale ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Josserand, « Les villages ronds du Razès », dans Revue géographique des Pyrénées et du Sud-ouest, t. 2, fasc. 1, 1931, pp. 5-21, lire en ligne
  • Krzysztof Pawlowski, Circulades languedociennes de l'an mille - Naissance de l'urbanisme européen, éd. Presses du Languedoc, Montpellier, 1992, (ISBN 2859980954)
  • Dominique Baudreu, « Circulades ou la naissance d’une fiction historique », dans Le CERCE, n°4, printemps 2002, lire en ligne

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]