Camps de rééducation du Xinjiang

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Camps de rééducation du Xinjiang
Présentation
Nom local Camps de transformation par l’éducation
Type Camp d'internement
Gestion
Date de création 2014
Créé par Xi Jinping
Géré par Parti communiste chinois
Victimes
Type de détenus Musulmans ouïghours et kazakhs
Nombre de détenus 1 million (estimation)
Morts Plusieurs (nombre inconnu)
Géographie
Pays Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Région Xinjiang

Les camps de rééducation du Xinjiang sont des camps d’internement situés dans la province chinoise du Xinjiang, construits à partir de 2014 dans le but d'interner des centaines de milliers de musulmans pratiquants ouïghours et kazakhs. De nombreux Ouïghours y sont internés de façon préventive et sans procès dans le cadre d’une vaste campagne d’anti-terrorisme visant les islamistes et les indépendantistes après de nombreux attentats en 2013 et 2014.

est le nom officiel de camps d'internement situés dans la province chinoise du Xinjiang, construits à partir de 2014 dans le but d'interner des centaines de milliers de musulmans pratiquants ouïghours et kazakhs. Ces camps opèrent en dehors du droit chinois et de nombreux Ouïghours y sont internés sans procès ni aucune charge retenue contre eux. La Chine nie l'existence de ces camps avant d'en reconnaître officiellement l'existence en octobre 2018 sous le nom de « camps de transformation par l’éducation ». Elle les décrit comme des centres de formation professionnelle, avec pour objectif de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme musulmans. À l’étranger, plusieurs pays qualifient ces camps de camp de concentration et soulignent des conditions de détention portant atteinte aux droits humains ; d’autres pays soutiennent ouvertement la Chine, affirmant qu’elle lutte efficacement contre le terrorisme.

Les Xinjiang Papers, documents internes chinois transmis au New York Times en novembre 2019, documentent la répression contre la minorité musulmane et la nature des camps.

Historique[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

La Chine a longtemps utilisé des systèmes pénaux sévères pour les dissidents et les prisonniers politiques. Une branche, connue sous le nom de laojiao, ou rééducation par le travail, existait en dehors du système pénitentiaire ordinaire. Les personnes ont été envoyées pour être rééduquées par des organismes de sécurité publique sans procès ou procédure judiciaire. Ce dispositif a été largement utilisé pour les dissidents et les petits criminels, selon Adrian Zenz (spécialiste en méthodes de recherche sociale[1],[2],[3]). En 2013, le gouvernement chinois a fermé ce système, le voyant comme une relique du passé. À l'époque, Adrian Zenz estime qu'il disposait de 350 installations avec environ 160 000 personnes[4].

En 2013 et 2014, de nombreux attentats perpétrés par des indépendantistes ouïghours et des islamistes font des milliers de morts[5].

Débuts de la répression[modifier | modifier le code]

La campagne Frapper fort contre l’extrémisme violent (Strike Hard) a commencé en 2014. Selon Human Rights Watch : « Le degré de répression a nettement augmenté après que Chen Quanguo, secrétaire du Parti communiste, a quitté son poste dans la région autonome du Tibet pour prendre la tête de la région du Xinjiang, fin 2016 »[6].

À partir de 2017, les autorités chinoises commencent à ériger rapidement un système de « rééducation » destiné à la population ouïghours et à d'autres minorités musulmanes, y compris les Kazakhs. Comme la version antérieure du laojiao, le nouveau système d'incarcération devait être extrajudiciaire : aucune procédure régulière, aucune règle de droit. Selon Adrian Zenz, spécialiste allemand du Xinjiang, l'échelle est énorme ; Il y a maintenant plus de 1 million d'Uighurs et d'autres incarcérés, soit 11,5 % de la population ouïghoure du Xinjiang. Il peut y avoir près de 1 200 installations. Dans une conférence à l'Université de « Harvard Fairbank Center for Chinese Studies », Adrian Zenz les a décrits comme lugubres, avec des planchers rustiques, tours de guet, pas d'arbres, des clôtures et des heures sans fin de « rééducation » pour faire que les prisonniers pensent comme la majorité Han Chinoise. Il souligne que l'intention n'est pas de tuer les personnes, mais de tuer la mémoire de qui ils sont, d'anéantir leur identité distincte, la langue et l'histoire[4]. L'idéologie communiste est inculquée aux détenus qui subissent des tortures et sont forcés à manger du porc et à boire de l'alcool[7],[8].

Premières réactions internationales[modifier | modifier le code]

En avril 2018, une commission états-unienne estime qu’il s’agit de la plus grande incarcération de masse en cours d’une minorité[5].

La Chine reconnait officiellement l'existence de ces camps le 9 octobre 2018[9]. Les camps sont décrits comme des centres de formation professionnelle spécifiques aux musulmans[10]. Pour Shohrat Zakir, le numéro deux du Parti communiste chinois dans la province, « l'objectif de ce programme était de se débarrasser de l'environnement et du terreau qui nourrissent le terrorisme et l'extrémisme religieux[11] ». Pour Chen Quanguo, chef du Parti communiste de la région, les camps doivent « enseigner comme des écoles, être gérés comme à l'armée et défendus comme des prisons[12] ».

La télévision d'État explique que l'admission dans les camps est facultative. Elle montre des images d’étudiants apprenant le chinois et des métiers dans l’alimentation et le textile[10]. La Chine présente donc les camps comme des écoles. En 2018, le magazine Bitter Winter a toutefois publié des vidéos qui auraient été tournés à l’intérieur des camps, qui y apparaissent plutôt comme des prisons[13],[14]. Pour le sociologue Massimo Introvigne, les raisons ultimes de l'internement d'un grand nombre d'ouïghours sont aussi controversées. D’après la Chine, certaines mesures de « rééducation » s'imposent pour prévenir la radicalisation et le terrorisme. Des chercheurs occidentaux pensent que le gouvernement craint plutôt une renaissance religieuse à laquelle il ne s’attendait pas[15].

En , une survivante d'un camp affirme que des agents du gouvernement chinois se sont rendus chez elle pour détruire son dossier de détenue, afin de recréer un faux dossier montrant qu'elle n'a jamais été détenue mais qu'elle était restée chez elle sous la surveillance du PCC[16].

En , la Banque mondiale ouvre une enquête pour déterminer si un prêt de 50 millions de dollars effectué en 2015 par la Chine, officiellement pour financer cinq collèges locaux, aurait été utilisé pour financer les camps d'internement du Xinjiang. L'enveloppe faisait partie d'un plus gros prêt de 1,5 milliards de dollars prêtés par la Banque à la Chine cette année[17],[18].

De nombreuses sources parlent de camps de concentration[19],[20],[21],[22],[23],[24],[25].

Xinjiang Papers[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Xinjiang Papers.

Les Xinjiang Papers, documents internes chinois transmis au New York Times en novembre 2019[26], documentent la répression contre la minorité musulmane et la nature des camps[27],[28].

Caractéristiques des camps[modifier | modifier le code]

Nombre de détenus[modifier | modifier le code]

En 2018, le nombre des détenus est estimé à un million par Amnesty International[29] et par l'Organisation des Nations unies[30]. Selon Adrian Zenz les enfermements de Ouïghours, mais aussi des membres des minorités kazakhes et kirghizes se sont intensifiés en 2018, un musulman sur six serait concerné [31]. En mai 2019, le gouvernement américain estime le nombre de détenus à 3 millions[25].

Les camps contiennent une majorité de Chinois, mais également des Kazakhs détenus pendant leur voyage en Chine[5].

Conditions de détention[modifier | modifier le code]

Les camps regroupent de façon séparée les hommes et les femmes. Pour Rebiya Kadeer, « c’est un système arbitraire total, une sorte de détention préventive, basés sur la détention administrative, c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire d’avoir été condamné pour y être emprisonné. Nulle procédure, nulle possibilité de recourir à un avocat et même nul chef d’inculpation. On peut rester dans ces camps très longtemps, certains à perpétuité »[32]. Selon une directive de 2017, les participants aux camps passent leur temps « à crier des slogans, chanter des chants révolutionnaires et apprendre par cœur le Classique des Trois Caractères »[10].

Dans les camps de rééducation du Xinjiang, plusieurs techniques d’endoctrinement permettent d’inculquer aux détenus Ouïghours l’amour du Parti communiste chinois et de Xi Jinping. Dans certains camps, les prisonniers sont obligés d’abandonner la bénédiction musulmane habituelle dite avant de manger, bismillah, par des remerciements à Xi Jinping.[33]. Selon des témoignages d’anciens détenus, des femmes musulmanes sont stérilisées via des injections[34]. D'autres témoignent de tortures par électrocution et de violences sexuelles[35].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Adrian Zenz », Academia,
  2. (en) « Adrian Zenz - On the C-SPAN Network », C-SPAN,
  3. « La Chine réprime en masse les Ouïgours du Xinjiang », La Croix,‎ (lire en ligne)
  4. a et b (en) « China finally admits it is building a new archipelago of concentration camps. Will the world respond? », The Washington Post,‎ (lire en ligne)
  5. a b et c Gerry Shih, « 'Permanent cure': Inside the re-education camps China is using to brainwash Muslims », sur Business Insider (consulté le 20 novembre 2019)
  6. La Chine réprime en masse les Ouïgours du Xinjiang La Croix, 11 septembre 2018
  7. Du porc et de l'alcool pour punir les détenus : le scandale des « camps de rééducation » pour musulmans en Chine, Gentside, 19 mai 2018.
  8. D'ex-détenus témoignent des conditions atroces de « camp de rééducation » en Chine, RTBF.be, 17 mai 2018.
  9. Stéphane Lagarde, Ouïghours : la Chine reconnaît le recours à des camps de rééducation au Xinjiang, RFI, 10 octobre 2018.
  10. a b et c «Chaise tigre», «dents de loup», matraques électriques... : L’inquiétant arsenal des centres éducatifs pour musulmans en ChineCnews, 24 octobre 2018
  11. La Chine défend son programme d'internement de musulmans Le Figaro, 17 octobre 2018
  12. Chine: l'étrange arsenal des centres éducatifs pour musulmans La Croix, 24 octobre 2018
  13. "Les camps de Ouïghours, « écoles » ou prisons ?", Bitter Winter, 14 novembre 2018
  14. "Nouvelle vidéo exclusive : un nouveau camp de « rééducation » pour les Ouïghours découvert au Xinjiang", Bitter Winter, 26 novembre 2018.
  15. Massimo Introvigne, "Pourquoi les Ouïghours sont-ils persécutés ?", Bitter Winter, 22 novembre 2018.
  16. Chang Xin, « Un survivant des camps du Xinjiang révèle les fausses informations du PCC », sur fr.bitterwinter.org, (consulté le 2 septembre 2019)
  17. « Ouighours: «Aucune indication» que Pékin a détourné des fonds de la Banque mondiale », sur lefigaro.fr, Le Figaro, (consulté le 2 septembre 2019)
  18. (en) Alan Rappeport, « World Bank launches investigation into whether £40m loan to China funds Muslim persecution in detention centres », sur independent.co.uk, (consulté le 2 septembre 2019)
  19. (en) Alexia Fernández Campbell, « China’s reeducation camps for Muslims are beginning to look like concentration camps », sur vox.com, (consulté le 2 septembre 2019)
  20. (en) « China is creating concentration camps in Xinjiang. Here’s how we hold it accountable », sur washingtonpost.com, (consulté le 2 septembre 2019)
  21. (en) « Q&A with Dolkun Isa, president of the World Uyghur Congress », sur dw.com (consulté le 2 septembre 2019)
  22. « «Camps de concentration» au Xinjiang : Pékin dément l’accusation des Etats-Unis », sur leparisien.fr, (consulté le 2 septembre 2019).
  23. Heulard Mégane, « Chine : privé de médicaments, un écrivain meurt dans un camp de “rééducation” », sur actualitte.com, (consulté le 2 septembre 2019).
  24. « Chine : Ouïgours, un peuple en danger », sur arte.tv, (consulté le 2 septembre 2019).
  25. a et b Heike Schmidt, « Harcèlements, menaces, disparitions: les Ouïghours de France vivent dans la peur - RFI », sur RFI, (consulté le 2 septembre 2019).
  26. « Ouïghours opprimés dans le Xinjiang : «Soyez sans pitié», a dit Xi Jinping », sur Libération.fr, (consulté le 20 novembre 2019)
  27. (en-GB) Lily Kuo, « 'Show no mercy': leaked documents reveal details of China's Xinjiang detentions », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 20 novembre 2019)
  28. (en-US) Austin Ramzy et Chris Buckley, « ‘Absolutely No Mercy’: Leaked Files Expose How China Organized Mass Detentions of Muslims », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 20 novembre 2019)
  29. Chine. Les familles d’un million de personnes détenues dans le cadre d’une campagne massive de « rééducation » demandent des réponses, Amnesty International, 24 septembre 2018.
  30. Liselotte Mas ONG et ONU dénoncent les camps d’internement pour Ouïghours en Chine France 24, 17 août 2018
  31. Chine: «Au Xinjiang, un musulman sur six serait en détention» Libération
  32. Ouïgours. « Un système de détention préventive » des musulmans chinois Orient XXI, 11 octobre 2018
  33. Léa Polverini Le délire divin de Xi Jinping Slate, 24 novembre 2019
  34. (en) Peter Stubley, « Muslim women ‘sterilised’ in China detention camps, say former detainees », sur independent.co.uk, (consulté le 2 septembre 2019)
  35. (en) Harry Cockburn, « Muslim woman describes torture and beatings in China detention camp: ‘I begged them to kill me’ », sur independent.co.uk, (consulté le 2 septembre 2019)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]