Trotula de Salerne

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Trotula de Salerne, selon un manuscrit de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle.

Trotula de Salerne (? - 1097), ou Trotula di Ruggiero, ou Trotula Platearius (ou encore Trota), est une femme médecin et chirurgien qui travailla à Salerne, petite ville du sud de l’Italie, au XIe siècle. Elle faisait partie de l'École de Salerne.

Plusieurs ouvrages traitant de la santé des femmes lui sont attribués, dont Les Maladies des femmes, Traitements pour les femmes, et Soins cosmétiques pour les femmes (désignés collectivement sous le nom de Trotula[1]). Au Moyen Âge et après, ces textes ont constitué une source d'information gynécologique essentielle[2]. Ces œuvres sont écrites en latin.

Au Moyen Age, les hommes cherchent à s'approprier la pratique de la médecine en accusant leurs consœurs de sorcellerie. Au XIe siècle, Salerne, était devenue le centre de la médecine européenne. Son hôpital soignait les riches romains et les Croisés de retour d'Orient. Salerne abritait la plus importante école de médecine du Moyen âge qui enseignait la pratique et la théorie médicales en s’appuyant sur les textes anciens grecs, arabes et juifs. Salerne fut donc la toute première école de médecine laïque de l'Histoire et l'une des rares à y former des femmes qui étudiaient aux côtés des hommes, voire y enseignaient.

Biographie[modifier | modifier le code]

On sait peu de chose de sa vie. Célèbre pour sa beauté, Trotula enseigna à Salerne et y dirigea même l'école de médecine. Constantin l’Africain l'a décrite en train de pratiquer une césarienne à une patiente afin de sauver la vie de la mère et de l’enfant. Trotula a décrit une intervention de réparation d'un périnée endommagé après un accouchement.

Trotula de Salerne prôna l'accouchement sans douleur grâce à l'opium[réf. nécessaire] dans son ouvrage Curandarum aegritudinum mulierorium ante et post partum (Traitement des femmes malades avant et après l'accouchement) et jeta les bases de la médecine féminine avec son ouvrage fondamental De passionibus mulierum curandarum ante, in et post partum (Les maladies des femmes avant, pendant et après l'accouchement).

Dans Les maladies des femmes avant, pendant et après l'accouchement, Trotula aborde tous les aspects de la féminité y compris les considérations psychologiques et esthétiques. « Puisque donc les femmes sont par nature plus faibles que les hommes, écrit-elle, par conséquent sont plus fréquentes chez elles les maladies, surtout dans les parties vouées à l'œuvre de la nature ; et comme ces parties se trouvent en des endroits secrets, les femmes par pudeur et fragilité de condition, n'osent pas révéler à un médecin les angoisses causées par ces maladies. C'est pourquoi émue de leurs malheurs et à l'instigation d'une certaine matrone, j'ai commencé à examiner avec attention ces maladies qui frappent très souvent le sexe féminin. » Elle proclamait que les femmes ne doivent pas accoucher dans la douleur et a recours pour ce faire, à l'opium et assurait que la stérilité d'un couple pouvait être le fait de l'homme.

Entre Anciens et Modernes, Trotula n’en prescrivait pas moins des remèdes parfois basés la superstition : bains de sable de mer aux femmes dodues, excréments d'âne frits pour les femmes stériles de se nourrir, cœur farci de truie afin d'oublier la mort d'un être cher. Ces remèdes puisaient leur origine dans les traditions d'orales, les vieux textes arabes, et parfois les écrits de Galien ou d'Hippocrate.

On tenta souvent d'attribuer ses ouvrages à un homme, ne pouvant concevoir qu'elle avait occupé un poste important d'habitude réservé aux hommes ou écrit ses ouvrages. Elle sentait même le soufre puisqu'elle ne voyait pas comme un destin inéluctable d'« enfanter dans la douleur », selon la condamnation de la Genèse (3:6). Dans Les Contes de Canterbury, Chaucer met son livre dans la bibliothèque de Jankyn. Le spécialiste du Moyen Âge qu'était Caspar Wolff (1734–1794) affirma que les textes de Trotula avait en réalité été écrits par un homme, un esclave romain libéré[3].

On considère aujourd'hui qu'elle a réellement existé, l'attribution de ses œuvres à des hommes étant un effet Matilda. À l'inverse, les écrits d'un homme auraient pu être attribués à une femme pour leur donner plus d'autorité et d'authenticité ou simplement pour détourner l'accusation d'avoir ignoré le tabou de l'observation des organes féminins[4].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Le Trotula[modifier | modifier le code]

Depuis la fin du XIIIe siècle, on regroupe trois textes sous ce titre.

Maladies des femmes[modifier | modifier le code]

Illustration du De passionibus mulierum curandarum

Le titre latin est De passionibus mulierum curandarum. Le livre constitue à lui seul la « Trotula Major », la partie la plus importante de son œuvre.

Composé de 27 sections, il décrit toute une série de problèmes de santé concernant les femmes, tels que ceux liés aux règles et à l'accouchement. À la différence de Traitements pour les femmes, ce texte propose des explications théoriques des différentes affections. Ces explications proviennent des théories gynécologiques de Galien. Celui-ci affirme que les femmes sont plus froides que les hommes et sont donc incapables de « cuire » leurs aliments ; aussi ont-elles recours aux règles pour éliminer le surplus. Dans la gynécologie selon Galien, la menstruation est considérée comme un phénomène important et sain. L'auteur de Maladies des femmes décrit en détail différentes manières de réguler la menstruation.

La question du mouvement de la matrice féminine, autre point important de la gynécologie selon Galien, est également abordée en détail. Le mouvement vers le haut, appelé « suffocation » de la matrice, provoque un certain nombre de problèmes. L'auteur explique que cette « suffocation » provient d'un excès de la « semence » de la femme (de nouveau une idée de Galien), et propose plusieurs remèdes possibles.

D'autres problèmes sont traités en détail, comme le traitement de la fistule vaginale, et le régime à faire suivre à un nouveau-né. L'auteur du texte a probablement été initiée à la gynécologie de Galien au travers de textes médicaux arabes, tels que le Viatique d'Ibn Al Jazzar[5].

Traitement pour les femmes[modifier | modifier le code]

Ce texte dresse la liste des traitements pour les différentes affections féminines (ainsi que quelques problèmes de santé masculins). On y trouve peu d'explications sur les causes du problème de santé ; ce sont les soins à donner qui sont d'abord et avant tout décrits. Les problèmes abordés sont variés, allant du coup de soleil à la stérilité. Les remèdes font souvent appel à des mélanges d'herbes et d'épices. Les traitements recensés dans ce texte trouvent leur source dans la tradition orale des régions méditerranéennes, plutôt que dans des textes arabes ou autres venant de la médecine de Galien[6].

Soins cosmétiques pour les femmes[modifier | modifier le code]

Le De Ornatu Mulierum (L'Ornement des dames), de Trotula

Le titre latin est De ornatu mulierum, L'ornement des dames.

On y voit décrites des techniques pour blanchir les dents, purifier la peau, s'épiler, et colorer les lèvres. On peut voir dans ce texte, plus court que les deux autres, le premier traité de cosmétique. Beaucoup des soins qui y sont décrits sont d'origine arabe[7].

Traductions du Trotula[modifier | modifier le code]

Sir John Harington (1560-1612) a fait une traduction en anglais.

En italien on a :

  • Sulle malattie delle donne, Pina Boggi Cavallo (dir.), trad. Matilde Nubiè et Adriana Tocco, Turin, 1979 ; La Luna, 1994 (ISBN 887823043X et 9788878230439)
  • Trotula : un compendio medievale di medicina delle donne, Monica H. Green (dir.), trad. Valentina Brancone, Florence, Sismel - Edizioni del Galluzzo, 2009

Autres ouvrages[modifier | modifier le code]

On attribue à Trotula le manuscrit Practica secundum Trotam, retrouvé à Madrid à l'université Complutense[8]. Il contient 66 articles de gynécologie et d'obstétrique.

Œuvres en ligne[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • La première version de cet article était une traduction de l'article correspondant de la Wikipédia en anglais.
  1. Le premier étant la Trotula major (grande Trotula), les deux autres la Trotula minor (petite Trotula).
  2. Green 2001, p. xi
  3. Beryl Rowland, Medieval Woman’s Guide to Health, pp. 3-4 Kent State, 1981.
  4. Claudie Duhamel-Amado et Guy Lobrichon, Georges Duby, p. 370 sur Google Livres (ISBN 280412049X et 9782804120498)
  5. Green 2001, p. 17-25, 65-87
  6. Green 2001, p. 89-112
  7. Green 2001, p. 113-124
  8. Monica H. Green, Making Women's Medicine Masculine sur Google Livres

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Monica H. Green, The Trotula: a medieval compendium of women's medicine, Philadelphie, University of Pennsylvania,‎ 2001 (ISBN 0-8122-3589-4)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Josette Dall'Ava Santucci, Des sorcières aux mandarines : Histoire des femmes médecins, Calmann-Lévy,‎ 2004, 272 p. (ISBN 2702134998)
  • Marc Nagro, Sous l'œil d'Hippocrate

Liens externes[modifier | modifier le code]