Tahar Djaout

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Tahar Djaout

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Tahar Djaout en 1980

Nom de naissance Tahar Djaout
Activités écrivain, poète, romancier, journaliste
Naissance 11 janvier 1954
Oulkhou, Aït Chafâa (Algérie)
Décès 2 juin 1993 (à 39 ans)
Alger
Langue d'écriture Français

Signature

Signature de Tahar Djaout


Tahar Djaout (11 janvier 1954 à Oulkhou, commune d'Aït Chafâa, en Algérie - 2 juin 1993 à Alger) est un écrivain, poète, romancier et journaliste algérien d'expression française. En 1993, il fut l'un des premiers intellectuels victime de la « décennie du terrorisme » en Algérie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Journaliste et écrivain algérien, Tahar Djaout est né le 11 janvier 1954 à Oulkhou (Ighil Ibahriyen) près d'Azeffoun en Kabylie dont il fréquente l'école jusqu'en 1964. Sa famille s'installe ensuite à Alger.

En 1970 sa nouvelle Les insoumis reçoit une mention au Concours littéraire « Zone des tempêtes ». Il achève ses études l'année suivante au Lycée Okba d’Alger et obtient en 1974 une licence de mathématiques à l’Université d’Alger, où il s’est lié avec le poète Hamid Tibouchi.

Tahar Djaout écrit ses premières critiques pour le quotidien El Moudjahid, collabore régulièrement en 1976 et 1977 au supplément El Moudjahid Culturel puis, libéré en 1979 de ses obligations militaires, reprend ses chroniques dans El Moudjahid et se marie.

Responsable de 1980 à 1984 de la rubrique culturelle de l’hebdomadaire Algérie-Actualité, il y publie de nombreux articles sur les peintres et sculpteurs (Baya, Mohammed Khadda, Denis Martinez, Hamid Tibouchi, Mohamed Demagh) comme sur les écrivains algériens de langue française dont les noms et les œuvres se trouvent alors occultés, notamment Jean Amrouche, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Mohammed Dib, Rachid Bey, Jean Sénac, Bachir Hadj Ali, Hamid Tibouchi, Messaour Boulanouar, Youcef Sebti, Kamel Bencheikh, Abdelhamid Laghouati, Malek Alloula, Nabile Farès

En 1985 Tahar Djaout reçoit une bourse pour poursuivre à Paris des études en Sciences de l’information et s'installe avec sa femme Ferroudja et ses filles dans un plus que modeste deux pièces aux Lilas. De retour à Alger en 1987, il reprend sa collaboration avec "Algérie-Actualité". Alors qu'il continue de travailler à mieux faire connaître les artistes algériens ou d'origine algérienne (par exemple Mohamed Aksouh, Choukri Mesli, Mokhtar Djaafer, Abderrahmane Ould Mohand ou Rachid Khimoune), les événements nationaux et internationaux le font bifurquer sur la voie des chroniques politiques.

Il quitte en 1992 Algérie-Actualité pour fonder avec quelques-uns de ses anciens compagnons, notamment Arezki Metref et Abdelkrim Djaad, son propre hebdomadaire : le premier numéro de Ruptures, dont il est le directeur, paraît le 16 janvier 1993.

Victime, devant son domicile dans la banlieue ouest d'Alger, d'un attentat islamiste organisé par le Front islamique du salut (FIS), le 26 mai 1993, alors que vient de paraître le no 20 de son hebdomadaire et qu’il finalise le no 22, Tahar Djaout meurt le 2 juin et est enterré le 4 juin dans son village natal d'Oulkhou.

À la suite de son assassinat, le Carrefour des littératures (Strasbourg, France) lance un appel en faveur de la création d'une structure de protection des écrivains. Cet appel réunit rapidement plus de 300 signatures, et est à l'origine de la création du Parlement international des écrivains[1].

Après sa disparition la BBC réalise sur lui un documentaire intitulé « Shooting the Writer », avec la participation notamment de Rachid Mimouni, Omar Belhouchet, sa mère Zineb Djaout, sa femme Ferroudja Djaout[2]. En hommage, Matoub Lounès, lui-même assassiné en juin 1998, compose en 1994 une chanson dont le titre est le prénom d'une de ses filles, Kenza.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : source utilisée pour la rédaction de cet article

Poèmes[modifier | modifier le code]

  • Solstice barbelé (poèmes 1973-1974), couverture et 3 dessins de Denis Martinez, Éditions Naaman, Sherbrooke, Québec, Canada, 1975.
  • L’Arche à vau-l’eau (poèmes 1971-1973), Éditions Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1978.
  • Insulaire & Cie (poèmes 1975-1979), couverture de Denis Martinez, Éditions de l'Orycte, Sigean, 1980.
  • L’Oiseau minéral (poèmes 1979-1981), couverture et dessins de Mohammed Khadda, Éditions de l'Orycte, Alger, 1982.
  • L’Étreinte du sablier (poèmes 1975-1982), "Écrivains Algériens au présent" no 6, Centre de Documentation des Sciences Humaines, Université d’Oran, 1983; réédition, préface d'Abdelkader Djeghloul, Dar el Gharb, Oran, 2004.
  • Pérennes (poèmes 1975-1993), précédé de "Pour saluer Tahar Djaout" par Jacques Gaucheron, couverture et encres de Hamid Tibouchi, "Europe/Poésie, Le Temps des Cerises", Paris, 1996 (ISBN 2841090566).

Romans[modifier | modifier le code]

  • L’Exproprié (roman, 1974-1976), Société Nationale d’Édition et de Diffusion, Alger, 1981; réédition ENAG, Alger, 2002. Traduction en allemand, 1995.
  • Les Chercheurs d'os (roman), Éditions du Seuil, Paris, 1984, (ISBN 2020067102). Réédition dans la Collection "Points', no 824, Éditions du Seuil, 2001 (ISBN 2020484919). Traduction en allemand, 1988. Traduction en catalan, 2003.
  • L'Invention du désert (roman), Éditions du Seuil, Paris, 1987 (ISBN 2020095173). Traduction en italien, 1998.
  • L’Exproprié (roman, version définitive), Éditions François Majault, Paris, 1991 (ISBN 2908898012).
  • Les Vigiles (roman), Éditions du Seuil, Paris, 1991 (ISBN 2020127660), Prix Méditerranée. Réédition dans la Collection Points, Éditions du Seuil, no 171, 1995. Traduction en allemand, 1998. Traduction en anglais, 2008. Traduction en portugais, 2004.
  • Le Dernier Été de la raison (roman), Éditions du Seuil, Paris, 1999 (ISBN 2020367106). Traduction en anglais, 1999. Traduction en italien, 2009.
  • 1954-2014, j’aurais eu 60 ans…, coffret rassemblant 4 romans de Tahar Djaout : Les Chercheurs d'os, L'Invention du désert, Les Vigiles, Le Dernier Été de la raison, Éditions Quipos, Alger, 2014.

Nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Les Rets de l'oiseleur (nouvelles, 1973-1981), couverture et dessins de Slama, Entreprise Nationale du Livre, Alger, 1984; réédition, ENAG, Alger, 2002.

Essais[modifier | modifier le code]

  • Les Mots migrateurs, Une anthologie poétique algérienne, présentée par Tahar Djaout, (Youcef Sebti, Rabah Belamri, Habib Tengour, Abdelmadjid Kaouah, Hamid Tibouchi, Mohamed Sehaba, Hamid Nacer-Khodja, Tahar Djaout, Amine Khan, Daouia Choualhi), Office des Publications Universitaires, Alger, 1984.
  • Mouloud Mammeri, entretien avec Tahar Djaout, suivi de "La Cité du soleil", Éditions Laphomic, Alger, 1987.
  • Tahar Djaout, Ruptures et fidélités (articles de Tahar Djaout publiés dans « Ruptures » et témoignages), Comité International de Soutien aux Intellectuels Algériens (CISIA), Cahiers, no 1, Paris, 1993. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ali Marok et Tahar Djaout, La Kabylie, avec le concours de Farida Aït Ferroukh, préface de Mohammed Dib, éditions Paris Méditerranée, Paris et EDIF 2000, Alger, 1997. (ISBN 2842720334) (ISBN 978-2842720339)
  • Fragments d'itinéraire journalistique, Actualité de l'émigration, mai 1986 - mars 1987, Éditions Dar El Gharb, Oran, 2004 [une quarantaine d'articles de Tahar Djaout publiés à Paris entre mai 1986 et mars 1987 dans Actualité de l'émigration].
  • Youcef Merahi, Tahar Djaout, premiers pas journalistiques, éditions Alpha, 2010, 137 p. [articles de Tahar Djaout publiés à Alger entre 1976 et 1979 dans le quotidien El-Moudjahid et l’hebdomadaire Algérie Actualité].
  • Une mémoire mise en signes, Écrits sur l'art, textes réunis par Michel-Georges Bernard, Préface de Hamid Nacer-Khodja, El Kalima Éditions, Alger, 2013, 287 p. [ensemble des textes, articles et préfaces d'expositions, de Tahar Djaout, entre 1976 et 1991, sur les peintres et sculpteurs algériens ou d'origine algérienne] (ISBN 978-9931-441-10-6)

Entretiens[modifier | modifier le code]

  • Écriture et mémoire, Interview de Tahar Djaout par Salima Aït Mohamed, dans Écrits d'Algérie, Les Écrits des Forges, Québec, et Autres Temps, Marseille, 1996 (ISBN 2908805928). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • De vive voix, paroles de Tahar Djaout transcrites par Michel-Georges Bernard, dans "Algérie Littérature/Action" no 73-74, septembre-octobre 2003, Paris, 2003 (ISBN 2913868487). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Adaptation cinématographique[modifier | modifier le code]

  • Les Suspects, scénario de Kamal Dehane et Mahmoud Ben Mahmoud d'après Les Vigiles, 105 min., production Saga Film, Flash-Media, RTBF, ENTV avec l'aide du Ministère algérien de la Communication et de la Culture, du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel de la Communauté française de Belgique et des télédistributeurs wallons, 2004.

Sur Tahar Djaout[modifier | modifier le code]

Ouvrages sur Tahar Djaout[modifier | modifier le code]

  • Vols du guêpier, Hommage à Tahar Djaout, Volume no 1, (textes de Afifa Berehi, Nora Kazi-Tani, Malika Hadj Naceur, F. B. et S. A., F. A.), Équipe de recherche ADISEM, Université d’Alger, Alger, 1994. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Kaléidoscope critique, Hommage à Tahar Djaout, Volume no 2, (textes de Jean Pélégri, Youcef Merahi, Rabah Belamri, Moncef Ghacem, Leila Sebbar, Marc Gontard, Isaac-Célestin Tcheho, Jeannine Fève-Caraguel, Afifa Bererhi, A. Z., Malika Hadj Naceur, Juliana Toso Rodinis, Nora-Alexandra Kazi-Tani, F. A., Saléha Amokrane, Farida Boualit et Michel-Georges Bernard), Équipe de recherches ADISEM, Université d’Alger, Alger, 1995. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ali Chibani, Tahar Djaout et Lounis Aït Menguellet. Temps clos et ruptures spatiales, Paris, L'Harmattan, 2012.
  • Présence de Tahar Djaout, poète, textes et dessins réunis par Amin Khan, Éditions Barzakh, Alger, 2013 (ISBN 978-9931-325-49-9).
  • Djoher Amhis-Ouksel, Tahar Djaout, ce tisseur de lumière, Casbah-Éditions, collection  Empreintes, Alger, 2014 (248 p.)

Articles[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jeunes poètes algériens, choix de Jean Déjeux, Éditions Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1981. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Éditions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de poche, Paris, 1990 (ISBN 2-253-05309-0) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Poètes algériens d’aujourd’hui, présentés par Christiane Achour, Poésie 91, no 37, Paris, 1991. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jeune Poésie algérienne, no 60 de la revue Traces (Le Pallet), anthologie de poètes algériens, introduction et choix de Kamel Bencheikh.
  • Mohamed Balhi, Tahar Djaout: l'enfant d'Oulkhou dans Chroniques infernales : Algérie 1990-1995, Éditions Marinoor, Alger, 1997. (ISBN 2913868487). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Tahar Djaout, introduction d’Emmanuel Hiriart, choix de poèmes et documents, "Poésie/première" no 26, Éditions Editinter, Soisy-sur-Seine, 2003. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Tahar Djaout, un poète peut-il mourir ?, version langue française (titre original : Tahar Djaout, Amedyaz ur yettmattat), réalisation Abderrazak Larbi-Cherif, 52 minutes, Production Ralyan Vidéo, 2012.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Il y a toujours dans le groupe en marche (en fuite?) un jeune homme à l'esprit délétère qui porte, en plus du poids du ciel affalé sur le désert, une peine supplémentaire – dans les couloirs de sa tête des milliers de battements d'ailes, des pâturages sans limites, des filles aux lèvres fruitières. Il connaît déjà la mer, la vastitude de l'eau dansante et l'écartèlement des rivages. Une solitude l'enveloppe, lui tisse une aura d'étrangeté, l'exclut de la caravane. C'est pourtant à lui de trouver l'eau, la parole qui revigore, c'est à lui de révéler le territoire – de l'inventer au besoin. C'est à lui de relater l'errance, de déjouer les pièges de l'aphasie, de tendre l'oreille aux chuchotements, de nommer les terres traversées. »
Tahar Djaout, L'invention du désert, 1987
  • « Dans la ville oppressante où il vivait et où il vit encore, le Rêveur avait échafaudé – oh! Il n'ose plus le faire – des rêves sur la cité idéale où il aimerait vivre et voir s'épanouir ses enfants. Il y aurait d'abord de la verdure – arbres et pelouses -, beaucoup de verdure qui fournirait l'ombre, la fraîcheur, les fruits, la musique des fleurs et les gîtes d'amour. Il y aurait des créateurs de beauté, de rythmes, d'idylles, d'édifices, de machines. (...) Mais la vie avait continué, avec son masque de laideur et de désillusion. Puis le rêve lui-même devint interdit. Des hommes, se prévalant de la volonté et de la légitimité divines, décidèrent de façonner le monde à l’image de leur rêve à eux et de leur folie. Le résultat est là, sous les yeux : couples forcés, attelés sous le même joug afin de perpétuer et multiplier l’espèce précieuse des croyants. Les femmes réduisent leur présence à une ombre noire sans nom et sans visage. Elles rasent les murs, humbles et soumises, s’excusant presque d’être nées. Les hommes devancent leurs femmes de deux ou trois mètres ; ils jettent de temps en temps un regard en arrière pour s’assurer que leur propriété est toujours là : ils sont gênés, voire exaspérés, par cette présence à la fois indésirable et nécessaire. »
Tahar Djaout, Petite fiction en forme de réalité, dans Ruptures no 16, 27 avril-3 mai 1993; réédité dans Europe, n° hors série Algérie, novembre 2003. Texte modifié dans Le dernier été de la raison, 1999.
  • « Avec ces gens là,
Si tu parles, tu meurs,
Si tu te tais, tu meurs
Alors parle et meurs! »
(Souvent attribués à Tahar Djaout, ces mots ne figurent dans aucun de ses ouvrages. Selon son confrère et ami Mohamed Balhi, dans El Watan du 29 mai 2008 et dans Présence de Tahar Djaout, poète, 2013 (p. 42), ils sont du Palestinien Moueen Bessissou ou Mouin Bsissou.)

Jugements[modifier | modifier le code]

  • « Djaout s'insurge sans doute d'abord contre tous les opiums – et il le fait avec une précision féroce. Mais son impatience de l'amour fait surtout éclater les murs, bouscule les tergiversations et les formules convenues. Lui aussi veut vivre en joie et en gloire. (...) La poésie de Djaout est enfin très enracinée dans le terroir africain. Ses racines et ses adhérences viennent à bout du macadam de la Ville; elles plongent dans l'humus ancestral du grand continent et dans ses rythmes. »
Jean Déjeux, Jeunes poètes algériens, Paris, Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1981
  • « C'était, au sens philosophique du terme, un libertin. Cheveux de jais, regard malicieux derrière ses lunettes, il aimait à lisser ses moustaches. Il avait le sens de la repartie, celle qui désarçonne les bonimenteurs. Son humour agira, dans son œuvre, tel un claquement de fouet. En ce sens, il était fondu dans le même moule que le Marocain Driss Chraïbi. Djaout, donc ? Il commence par la poésie. »
Mohamed Balhi, conférence à Tizi Ouzou, 22 mai 2008

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source : « International Network of Cities of Asylum », article de Yvonne van der Heijden sur le site de la Nieman Foundation for Journalism d'Harvard (automne 2004, page consultée le 29 mars 2010).
  2. Documentaire accessible en 6 parties sur YouTube (consulté le 5 janvier 2011)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]