Syndrome de Stockholm

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le syndrome de Stockholm désigne un phénomène psychologique où des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers développent une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers.

L'expression « syndrome de Stockholm » a été inventée par le psychiatre Nils Bejerot en 1973. Ce comportement paradoxal des victimes de prise d'otage fut décrit pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg, en relation avec un fait-divers qui eut lieu en cette même ville.

Inversement, le syndrome peut s'appliquer aux ravisseurs, qui peuvent être influencés par le point de vue de l'otage. On parle dans ce cas du syndrome de Lima[1].

Le fait-divers à l'origine[modifier | modifier le code]

Le , un évadé de prison, Jan Erik Olsson, tente de commettre un braquage dans l'agence de la Kreditbanken du quartier de Norrmalmstorg à Stockholm. Lors de l'intervention des forces de l'ordre, il se retranche dans la banque où il prend en otage quatre employés. Il obtient la libération de son compagnon de cellule, Clark Olofsson, qui peut le rejoindre. Six jours de négociation aboutissent finalement à la libération des otages. Curieusement, ceux-ci s'interposeront entre leurs ravisseurs et les forces de l'ordre. Par la suite, ils refuseront de témoigner à charge, contribueront à leur défense et iront leur rendre visite en prison. Une relation amoureuse se développa même entre Jan Erik Olsson et Kristin, l'une des otages. La légende veut même qu'ils se soient mariés par la suite, mais ce fait fut démenti[2].

Autres exemples[modifier | modifier le code]

Analyse du syndrome[modifier | modifier le code]

Trois critères :

  • le développement d'un sentiment de confiance, voire de sympathie des otages vis-à-vis de leurs ravisseurs ;
  • le développement d'un sentiment positif des ravisseurs à l'égard de leurs otages ;
  • l'apparition d'une hostilité des victimes envers les forces de l'ordre.

Pour que ce syndrome puisse apparaître, trois conditions sont nécessaires[3] :

  • l'agresseur doit être capable d'une conceptualisation idéologique suffisante pour pouvoir justifier son acte aux yeux de ses victimes ;
  • il ne doit exister aucun antagonisme ethnique, aucun racisme, ni aucun sentiment de haine des agresseurs à l'égard des otages ;
  • il est nécessaire que les victimes potentielles n'aient pas été préalablement informées de l'existence de ce syndrome (dans certains cas, l'agresseur peut faire preuve d'une conceptualisation idéologique capable de convaincre une victime préalablement informée du syndrome).

Il apparaît plus difficilement si les victimes potentielles sont préalablement informées de l'existence de ce syndrome.

Le syndrome de Stockholm semble être une manifestation de l'inconscient, poussé par le premier but de l'être humain : la survie. En effet, dans les fantasmes du sujet concerné, en s'attirant la sympathie de l'agresseur, l'agressé se croit hors du danger, croyant contrôler, même inconsciemment, les émotions de l'agresseur. Ce qui lui vaudra peut-être l'épargne de sa vie au profit d'une pacification pouvant être poussée à une fraternisation. En fait, c'est de l'angoisse que le sujet se protège, car le danger est toujours réel.

Le syndrome de Stockholm est un syndrome émergent psychotique, comme tant d'autres pouvant émerger dans une situation limite, même si le sujet qui le subit n'a pas une personnalité psychotique.

C'est Erich Fromm qui en 1940, dans La Peur de la liberté établit les bases psychologiques donnant origine à ce syndrome, même s'il ne parle pas de syndrome de Stockholm, terme vulgarisé après l'incident à Stockholm en 1973. Le sujet étant prêt à renoncer à sa propre identité par peur de l'autorité.

Mécanismes sociologiques et psychologiques similaires[modifier | modifier le code]

  • Relation entre le dictateur et son peuple : le dictateur finit par devenir l'objet d'admiration et d'idolâtrie que l'on s'interdit de critiquer ou de détester. Ce n'est pas par hasard si les dictateurs comptent avec un grand nombre d'apologistes (artistes, écrivains) et pas les grands hommes d’État.
  • Les membres du gouvernement de la Suisse ont réagi de manière similaire, à l'occasion de la prise d'otages par le gouvernement libyen entre 2008 et 2010[4],[5]

Dans ces trois derniers cas, les individus battus ne se plaignent pas, n'osent pas résister ou dénoncer et, malgré des moments de doute, croient éprouver de l'affection pour leur(s) tortionnaire(s).

Culture[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Opéras[modifier | modifier le code]

  • Ariane et Barbe-Bleue, Paul Dukas, livret Maurice Maeterlinck, composé en 1907
  • Le Château de Barbe-Bleue, Béla Bartók, livret Béla Balázs, composé en 1911

Films et séries[modifier | modifier le code]

  • Le Cercle des intimes, qui raconte l'histoire d'un projectionniste vénérant Staline.
  • Le monde ne suffit pas, un film de James Bond, (sorti en 1999), le personnage d'Elektra King (incarné par Sophie Marceau), est atteinte du syndrome de Stockholm après avoir été kidnappée par le terroriste Renard.
  • Die Hard - Piège de Cristal, un prétendu expert en terrorisme parle à tort de « syndrome d'Helsinki » à la place du syndrome de Stockholm.
  • X-Files, saison 5 épisode 19 "Folie à deux", l'agent Mulder évoque également à tort le « syndrome d'Helsinki » dans la version originale, au lieu du syndrome de Stockholm.
  • Un monde parfait, de et avec Clint Eastwood, le petit garçon âgé de huit ans éprouve de l'empathie et de la compassion pour son ravisseur en l'aidant à se soigner de sa blessure par balle.
  • Contre toi, de Lola Doillon, avec Kristin Scott Thomas, des sentiments naissent entre le ravisseur et sa victime. Ayant réussi à s'échapper, cette dernière va tout faire pour le retrouver.
  • Attache-moi ! de Pedro Almodovar avec Victoria Abril et Antonio Banderas.
  • V pour Vendetta, on peut voir qu'Evey Hammond commence à éprouver de la sympathie envers V, son ravisseur qui l'oblige à rester dans son repaire.
  • Les Fugitifs de Francis Veber avec Gérard Depardieu et Pierre Richard, Lucas (Gérard Depardieu) finit par se prendre d'amitié et de compassion pour François (Pierre Richard) alors qu'il a reçu une balle à la cuisse tirée par ce dernier.
  • Dans la Saga Saw, Amanda Young développe ce syndrome à un niveau extrême après avoir survécu à un piège de Jigsaw.
  • Dans la série Une femme d'honneur épisode 36, le syndrome est évoqué à la fin par le personnage principal incarné par l'actrice Corinne Touzet, l'épisode portait sur le sujet d'une prise d'otage.
  • Les Simpson : Homer Simpson est pris en otage par un conducteur de taxi sans licence, à Rio de Janeiro au Brésil, et sympathise avec ses ravisseurs, allant même jusqu'à faire un album-photos avec ces derniers.
  • Flashpoint : dans cette série, le syndrome de Stockholm est fréquemment cité. L'équipe 1 de l'escouade d'intervention d'élite « implante » le syndrome de Stockholm chez les preneurs d'otages. (En réalité syndrome de Lima)
  • Dans la série The Unit : Commando d'élite, Saison 3 épisode 7, un journaliste détenu en otage présente ce syndrome. Il veut se rendre et compromettre la mission. Jonas, un membre de l'unité pour ramener le journaliste à la raison lui montre une photo de sa famille.
  • Dans la série Ghost Whisperer, une femme a été victime de ce syndrome (Saison 4 - Épisode 10)
  • Un après-midi de chien (Dog Day Afternoon), film américain réalisé par Sidney Lumet en 1975.
  • Sugarland Express (The Sugarland Express, film américain de 1974 par Steven Spielberg) : le policier pris en otage sympathise avec le couple qui l'a enlevé. Il les met en garde contre les peines encourues tout au long du film, et leur dit même qu'ils vont tomber dans un piège tendu par la police, lorsqu'ils veulent aller chercher leur fils dans une maison.
  • Parker, film policier américain de 2013, dès le premier braquage, le policier pris en otage pris d'une crise de panique, est aidé par Parker qui est l'un des braqueurs. Il finira par le remercier et ira jusqu'à ne pas témoigner contre lui lors de son interrogatoire.
  • The Town, thriller américain dans lequel une otage et son ravisseur se lient d'amour.
  • La Belle et la Bête

Autres[modifier | modifier le code]

  • Un roman de Stephen King, Rage, dans lequel un collégien abat l'un de ses professeurs et prend l'ensemble de la classe en otage ; à la fin du roman, la quasi-totalité des élèves otages prennent fait et cause pour leur camarade qui les séquestre.
  • La bande dessinée Inspecteur Moroni, tome 3 : Le Syndrome de Stockholm de Guy Delisle sur ce sujet.
  • Un roman de Lucy Christopher dont le titre est Lettre a mon ravisseur, dans lequel une jeune fille est enlevée dans un aéroport et écrit une lettre à son ravisseur en y développant les divers sentiments qui la secouent durant son enlèvement.
  • Solid Snake y fait allusion dans le jeu vidéo Metal Gear Solid en référence à la relation entre Sniper Wolf et le docteur Hal Emmerich.
  • Le roman de George Orwell, 1984 se termine sur l'introspection de Winston, fortement torturé dans les locaux du ministère, puis relaché, et se découvrant alors sincèrement aimer Big Brother.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) N. Kato, et al. 2006, Ptsd: Brain Mechanisms and Clinical Implications, p. 149, Springer Publishers ISBN 4-431-29566-6
  2. « Un jour, dans une banque de Stockholm », Le Temps, 29 août 2006
  3. (en) Ian K. McKenzie, « The Stockholm Syndrome Revisited: Hostages, Relationships, Prediction, Control and Psychological Science », Journal of police crisis negotiations, vol. 4, no 1,‎ 2004, p. 5-21 (OCLC 450231529, DOI 10.1300/J173v04n01_02, résumé)
  4. http://lecourrier.ch/index.php?name=News&file=article&sid=446212
  5. http://pikereplik.unblog.fr/2010/06/17/syndrome-de-stockholm/

Articles connexes[modifier | modifier le code]