Perchloroéthylène

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Perchloroéthylène
Tetrachloroethylene.svgTetrachloroethylene-3D-vdW.png
Identification
Nom IUPAC tétrachloroéthylène
No CAS 127-18-4
No EINECS 204-825-9
Apparence liquide incolore, d'odeur caractéristique[1].
Propriétés chimiques
Formule brute C2Cl4  [Isomères]
Masse molaire[3] 165,833 ± 0,01 g/mol
C 14,49 %, Cl 85,51 %,
Diamètre moléculaire 0,564 nm[2]
Propriétés physiques
fusion -22 °C[1]
ébullition 121 °C[1]
Solubilité dans l'eau à 20 °C : 0,15 g·l-1[1],
soluble dans
l'éthanol, l'acetone,
le diéthyléther,
le benzène,
miscible avec
le chloroforme
Paramètre de solubilité δ 19,0 MPa1/2 (25 °C)[4]
Masse volumique 1,6 g·cm-3[1]
Pression de vapeur saturante à 20 °C : 1,9 kPa[1]
Viscosité dynamique 0,89 cP at 25 °C
Thermochimie
Cp
Propriétés électroniques
1re énergie d'ionisation 9,326 ± 0,001 eV (gaz)[6]
Propriétés optiques
Indice de réfraction \textit{n}_{D}^{25} 1,503[2]
Précautions
Directive 67/548/EEC
Nocif
Xn
Dangereux pour l’environnement
N



Transport
60
   1897   
NFPA 704

Symbole NFPA 704

SIMDUT[9]
D1B : Matière toxique ayant des effets immédiats graves
D1B, D2A, D2B,
SGH[10]
SGH08 : Sensibilisant, mutagène, cancérogène, reprotoxiqueSGH09 : Danger pour le milieu aquatique
Attention
H351, H411,
Classification du CIRC
Groupe 2A : Probablement cancérogène pour l'homme[8]
Écotoxicologie
LogP 2,6[1]
DJA 0,014 mg/kg p.c./jour[11]
Seuil de l’odorat bas : 2 ppm
haut : 71 ppm[12]
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le perchloroéthylène ou tétrachloroéthylène est un composé chimique de formule Cl2C=CCl2. Ce solvant est parfois simplement appelé « perchlo ».

Ce composé organique volatil (COV) est surtout utilisé pour le nettoyage à sec de tissus et pour dégraisser des métaux. Il figure sur la liste des cancérogènes du groupe 2A du CIRC et peut causer des troubles neurologiques, rénaux et hépatiques.

Propriétés[modifier | modifier le code]

À température ambiante, c'est un liquide ininflammable et inexplosible. Il s'évapore facilement dans l'air et a une odeur âcre. La plupart des gens peuvent sentir le perchloroéthylène dans l'air à partir d'une concentration d'1 ppm (partie par million). Certaines personnes peuvent le sentir à une concentration encore plus basse.

Le perchloroéthylène est quasiment insoluble dans l'eau mais miscible dans la plupart des solvants organiques. Il est lipophile (attiré par la graisse) et dissout des substances telles que graisses, huiles ou résines.

Sa température de fusion est de -22 °C et sa température d'ébullition de 121 °C.

Il peut réagir violemment avec les métaux alcalins ou alcalino-terreux, les alcalis (soude et potasse) et l'aluminium.

Historique[modifier | modifier le code]

Le perchloroéthylène a été synthétisé pour la première fois en 1821 par Michael Faraday, qui a chauffé de l'hexachloroéthane jusqu'à ce qu'il se décompose en perchloroéthylène et en dichlore (Cl2).

Production[modifier | modifier le code]

La plupart du perchloroéthylène est produit à partir de l'éthylène en passant par le 1,2-dichloroéthane. Quand du 1,2-dichloroéthane (ClCH2-CH2Cl) est chauffé à 400 °C avec du dichlore, du perchloroéthylène est obtenu selon la réaction suivante :

ClCH2-CH2Cl + 3 Cl2 → Cl2C=CCl2 + 4 HCl.

Cette réaction peut être catalysée par un mélange de chlorure de potassium et de chlorure d'aluminium, ou par du charbon actif. Le trichloroéthylène est le principal sous-produit de cette réaction. Le perchloroéthylène et le trichloroéthylène, qui est également un solvant commercialisé, sont collectés ensemble puis séparés par distillation.

Il existe un autre procédé d'obtention moins courant à partir d'hydrocarbures légers partiellement chlorés, sous-produits de processus chimiques. Quand ces composés sont chauffés en présence de dichlore en excès, ils donnent un mélange de perchloroéthylène, de tétrachlorométhane et de chlorure d'hydrogène.

Utilisation[modifier | modifier le code]

En général, le perchloroéthylène est utilisé comme solvant. La plupart des composés organiques se dissolvent dans le perchloroéthylène. Le perchloroéthylène est le solvant le plus couramment utilisé pour le nettoyage à sec. Il sert aussi à dégraisser les pièces métalliques dans les industries automobile et métallurgique. On le trouve également dans quelques produits de consommation comme des solvants pour la peinture ou pour enlever les taches.

Le perchloroéthylène servait comme matière première pour la fabrication de réfrigérants aux chlorofluorocarbures (CFC ou Fréon) avant leur interdiction totale en 2010 pour cet usage en vertu du Protocole de Montréal. Il est toujours utilisé comme matière première pour la synthèse d'hydrocarbures fluorés et de polymères fluorés.

Un autre usage est la régénération de catalyseurs dans l'industrie pétrolière.

Effets sur la santé[modifier | modifier le code]

Dans l'Union européenne, le perchloréthylène est classé comme « nuisible à la santé » et « dangereux pour l'environnement »[13]. Il figure dans la Catégorie 3 des cancérogènes [Substance préoccupante pour l'homme en raison d'effets cancérogènes possibles. Des études appropriées ont fourni des éléments mais ils sont insuffisant pour classer la substance dans la catégorie 2 (preuves insuffisantes)] avec la phrase de risque R40 (Effet cancérogène suspecté - preuves insuffisantes). Il figure sur la liste des cancérogènes du groupe 2A du CIRC, qui inclut les produits probablement cancérigènes pour l'homme. Le CIRC s'est basé sur résultats de cinq études de cohorte dont deux seulement concernaient des sujets exposés uniquement au perchloroéthylène. Toutefois les facteurs de confusion (tabac, alcool, facteurs psychosociaux) n'ont pas été pris en compte dans ces études, ce qui limite la portée de ces résultats[13]. Il est aussi inclus, en France, dans le tableau 12 RG des maladies professionnelles[14]

Le perchloroéthylène est absorbé par inhalation, par voie orale et par la peau (quand il est sous forme liquide). Il est toxique pour le système nerveux et le rein. L'exposition au perchloroéthylène peut causer une irritation des voies respiratoires et des yeux, des vertiges, nausées, maux de tête et pertes de mémoire, une somnolence et cela peut aller jusqu'à la perte de connaissance et la mort. Un cluster de cancer (leucémie et autres), impliquant des composés organiques volatils dégagés par une entreprise de nettoyage à sec, dont du trichloréthylène, du 1,2-dichloroéthylène, du perchloroéthylène, du dichlorométhane et du chlorure de vinyle, a été découvert à Camp Lejeune, en Caroline du Nord[15].

Selon le docteur Dolores Malaspina, directrice du département de psychiatrie de la New York University School of Medicine, il serait aussi un facteur schizophrénique : selon elle, les enfants exposés à du perchloroéthylène du fait du travail de leurs parents dans des centres de nettoyage à sec auraient 3,5 fois plus de risque de développer des symptômes de schizophrénie[16]. Aussi, selon le docteur Malaspina, il est possible que Cho Seung-hui, le tueur de Virginia Tech, ait été affecté par ce produit, ses parents ayant une entreprise de nettoyage à sec[16].

D'autre part, une étude menée en Suède auprès de 10 000 employés de pressings sur une période de 20 ans a récemment conclu qu’il n’y avait pas de lien de causalité entre une exposition prolongée au perchloroéthylène et l’apparition de cancers [17].

La Californie a interdit l'installation de nouveaux pressings utilisant le perchloroéthylène, produit qui devrait y être totalement retiré en 2023 [18]. Le Danemark a restreint les possibilités d'utilisation du perchloroéthylène pour le nettoyage à sec[19]. L'UE a engagé une politique de réduction du risque et des émissions de perchloroéthylène avec la directive 1999/13/CE relative à la réduction des émissions de composés organiques volatils dues à l’utilisation de solvants organiques dans certaines activités et installations[20] qui impose p. ex. une limite de 20 g·kg-1 de vêtements aux émissions de perchloroéthylène dans le nettoyage à sec, mais aucun pays de l'UE n'interdit l'usage du perchloroéthylène.

En France, 15 000 personnes seraient exposés, au travail, au « perchlo »[21]. Les trois principales alternatives au perchloroéthylène sont le nettoyage au mouillé, l’utilisation de siloxanes (procédé GreenEarth), d’hydrocarbures et l’utilisation du dioxyde de carbone[20].

Lors de l'ouverture du hublot d'une machine d'ancienne génération de nettoyage à sec, les vapeurs de perchloroéthylène s'échappaient de la machine. Les personnes travaillant dans un pressing étaient exposées à ces vapeurs. Mais la norme NF EN ISO 8230 a permis de rendre le circuit fermé opérationnel à 99% [22]. Les vapeurs de perchloroéthylène seraient capables de traverser le béton et les planchers jusqu'à trois étages[référence nécessaire].

Les pressings sont des ICPE (Installations Classées pour la Protection de l'Environnement [23], et les pouvoirs publics français font appliquer la réglementation qui les concerne. Si un pressing n'applique pas la rubrique 2345 des ICPE, les alentours peuvent être "contaminés et sont dangereux pour les passants, clients et voisins des pressings au perchloroéthylène <André Cicolella>". Cependant, les machines modernes de cinquième génération sont équipées de systèmes empêchant l'ouverture du hublot tant que le niveau de perchloroéthylène n'est pas descendu à une valeur où il ne présente plus aucun danger.

Le Réseau environnement santé dénonce au cours d'une conférence de presse le 16 février 2012 à Paris le danger de ce produit pour la santé[24]. La profession a réagi en démontrant que l'utilisation contrôlée du perchloroéthylène en respectant la législation européenne ne présent aucun danger [25].

Il est recommandé de bien aérer les textiles qui ont été nettoyés à sec. En cas de contact du perchloroéthylène avec la peau ou les yeux, rincer à grande eau, appeler le centre antipoison et consulter un médecin.

La France met en place une interdiction progressive du perchloréthylène dans des pressings contigus à des locaux occupés par des tiers. À compter du 1er janvier 2022 au plus tard, toutes les machines situées dans des locaux contigus à des locaux occupés par des tiers ne pourront plus utiliser de perchloroéthylène[26].

Un recours devant le Conseil d’État a été déposé par la Fédération Nationale de l'Entretien du Textile (FNET), selon Le Parisien[27].

Effets sur l'environnement[modifier | modifier le code]

Le perchloroéthylène est dangereux pour l'environnement. Rejeté dans l'eau ou l'air, il se dégrade très lentement. Les machines de nettoyage à sec laissent échapper des vapeurs de perchloroéthylène dans l'air et produisent des boues chargées de perchloroéthylène qui peuvent être recyclées mais partent souvent dans les égouts. Rejeté dans l'eau, le perchloroéthylène perturbe le fonctionnement des stations d'épuration et est toxique pour les organismes aquatiques[28].

Ce solvant fait partie des composés organiques volatils (COV) : il intervient dans la production d'ozone dans la basse atmosphère, mais bien moins que d'autres solvants courants.

Normes, seuils[modifier | modifier le code]

En France, la valeur-guide de qualité de l'air intérieur (VGAI) mise à jour par l'AFSSET[29] en 2010 est :

  • 1 380 μg·m-3 pour les expositions de courte durée ;
  • 250 μg·m-3 pour les expositions de longue durée.

L'observatoire de la qualité de l'air intérieur signalait en 2006 que le taux habituel dans l'air intérieur était de quelques μg.m-3, mais que des taux de plusieurs milliers de µg.m-3 ont été mesurés dans certains logements situés au-dessus de pressings[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g TETRACHLOROETHYLENE, fiche de sécurité du Programme International sur la Sécurité des Substances Chimiques, consultée le 9 mai 2009
  2. a et b (en) Yitzhak Marcus, The Properties of Solvents, vol. 4, England, John Wiley & Sons,‎ 1999, 239 p. (ISBN 0-471-98369-1)
  3. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  4. (en) James E. Mark, Physical Properties of Polymer Handbook, Springer,‎ 2007, 2e éd., 1076 p. (ISBN 0387690026, lire en ligne), p. 294
  5. (en) Carl L. Yaws, Handbook of Thermodynamic Diagrams, vol. 1, 2 et 3, Huston, Texas, Gulf Pub. Co.,‎ 1996 (ISBN 0-88415-857-8, ISBN 0-88415-858-6, ISBN 0-88415-859-4)
  6. (en) David R. Lide, Handbook of Chemistry and Physics, CRC Press,‎ 2008, 89e éd., 2 736 p. (ISBN 9781420066791), p. 10-205
  7. tétrachloroéthylène dans la base de données European chemical Substances Information System (ESIS). Consulté le 18 février 2012
  8. IARC Working Group on the Evaluation of Carcinogenic Risks to Humans, « Evaluations Globales de la Cancérogénicité pour l'Homme, Groupe 2A : Probablement cancérogènes pour l'homme », sur http://monographs.iarc.fr, CIRC,‎ 16 janvier 2009 (consulté le 22 août 2009)
  9. « Perchloroéthylène » dans la base de données de produits chimiques Reptox de la CSST (organisme québécois responsable de la sécurité et de la santé au travail), consulté le 23 avril 2009
  10. Numéro index 602-028-00-4 dans le tableau 3.1 de l'annexe VI du règlement CE N° 1272/2008 (16 décembre 2008)
  11. Concentrations/doses journalières admissibles et concentrations/doses tumorigènes des substances d'intérêt prioritaire calculées en fonction de critères sanitaires, publié par Santé Canada
  12. « Tetrachloroethylene », sur hazmap.nlm.nih.gov (consulté le 14 novembre 2009)
  13. a et b Institut national de recherche et de sécurité (INRS), Fiche toxicologique no 29 Tetrachloroéthylène, 2004.
  14. Voir aussi Dichlorométhane (maladie professionnelle).
  15. Agency for Toxic Substances and Disease Registry (ATSDR), Survey of Childhood Cancers and Birth Defects at USMC Camp Lejeune (Full Report), juillet 2003.
  16. a et b Kesner, Julian, Toxic fumes may have made gunman snap, New York Daily News, 20 avril 2007.
  17. Al Seldén, Int Arch Occup Environ Health, 2011
  18. California Environmental Protection Agency, Air Resources Board Dry Cleaning Program
  19. Bekendtgørelse nr. 532 af 18. juni 2003
  20. a et b INERIS, Note sur les produits de substitution du perchloroéthylène dans les installations de nettoyage à sec. Analyse de la réglementation et des pratiques à l'étranger, 2005.
  21. http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/risque-chimique/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=69&dossid=238
  22. Encyclopédie de sécurité et de santé au travail du Bureau international du Travail [1]
  23. [2]
  24. Le Monde du 17 février 2012
  25. Fédération Française des Pressings et des Blanchisseries, communiqué de presse « perchlo » dans les pressings : Une utilisation encadrée, des alternatives incertaines, Paris, lundi 27 février 2012
  26. [3]
  27. http://www.leparisien.fr/espace-premium/air-du-temps/solvant-toxique-les-pressings-ripostent-07-06-2013-2873953.php
  28. « http://www.univ-fcomte.fr/download/ufr_st/document/masters/docs_ess/m2/bioremediation » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  29. a et b Air intérieur : valeurs guides Affset, Avril 2010

Liens externes[modifier | modifier le code]