Charles Blé Goudé

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Charles Blé Goudé

Alias
Le général des patriotes[1]
Le génie du kpô[2]
Blé la machette[2], Général de la rue[3]
Naissance 1er janvier 1972
Niagbrahio, Côte d'Ivoire
Nationalité Ivoirienne
Profession
Homme politique,
Président du COJEP
Formation
Université d'Abidjan

Charles Blé Goudé (né le 1er janvier 1972 à Niagbrahio, dans le centre-ouest de la Côte d'Ivoire) est un activiste et homme politique ivoirien. Ses actions durant les événements de novembre 2004 en pleine crise politico-militaire en Côte d'Ivoire sont controversées et il fait pour cela l'objet de sanctions de l'ONU pour notamment avoir participé à des actes de violences et d'avoir incité à la haine. Lors de la crise ivoirienne de 2010-2011, il soutient le camp de Laurent Gbagbo. Après la défaite de ce dernier, la Cour pénale internationale émet un mandat d'arrêt à l'encontre de Blé Goudé pour crimes contre l'humanité et le nouveau pouvoir ivoirien, un mandat d'arrêt international. Il est arrêté en janvier 2013 au Ghana, puis détenu en Côte d'Ivoire avant d'être transféré le 22 mars 2014 à la Cour pénale internationale à La Haye.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1991, il obtient son baccalauréat.

En 1990, il adhère à la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI) et à partir de ce moment occupe différents postes de secrétaire à différents niveaux. En 1996, il devient le Secrétaire national à l'organisation au bureau national et en 1998 succède à Guillaume Soro en tant que Secrétaire général de la FESCI pour un mandat de deux ans.

Entre 1994 et 1999, il est emprisonné huit fois pour son engagement dans la lutte syndicale estudiantine.

En 2001, il crée le Congrès panafricain des jeunes patriotes (COJEP), mouvement qui se déclare en lutte contre l'impérialisme et le néo-colonialisme.

Il obtient une licence d'anglais dans des conditions controversées[4],[5] et passe un master en gestion et prévention des conflits à Manchester en Angleterre avant de suspendre ses études pour regagner Abidjan lors du début de la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire en septembre 2002.

Cette même année il fonde l'Alliance des jeunes patriotes pour le sursaut national qui organise plusieurs manifestations, pour certaines violentes, pour le départ des forces armées non ivoiriennes et « l'indépendance économique » de la Côte d'Ivoire. D'une manière plus générale cette alliance, couramment appelée simplement Jeunes patriotes, apporte son soutien au président Laurent Gbagbo et joue un rôle important et controversé durant toute la durée de cette crise.

Le 6 novembre 2004 les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) bombardent des positions françaises et tuent neuf soldats français et un civil américain, la France réplique détruisant tous les moyens militaires aériens de FANCI. Dans la soirée Charles Blé Goudé lance à la télévision un appel à la résistance contre la présence française avec les mots : « Si vous êtes en train de manger, arrêtez vous. Si vous dormez, réveillez vous. Tous à l'aéroport, au 43e Bima. L'heure est venue de choisir entre mourir dans la honte ou dans la dignité » [6],[7]. S'ensuivent des manifestations violentes contre plusieurs Occidentaux et leurs propriétés.

Condamné par l'ONU le 7 février 2006, il est interdit de voyager et ses avoirs sont gelés, car accusé de[8] :

« déclarations publiques répétées préconisant la violence contre les installations et le personnel des Nations Unies, et contre les étrangers; direction et participation à des actes de violence commis par des milices de rue, y compris des voies de fait, des viols et des exécutions extrajudiciaires; intimidation du personnel de l'ONU, du Groupe de travail international (GTI), de l'opposition politique et de la presse indépendante; sabotage des stations de radio internationales; obstacle à l'action du GTI, de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) et des forces françaises et au processus de paix tel que défini par la résolution 1633 (2005). »

À la suite de l'élection présidentielle controversée de novembre 2010, Blé Goudé est nommé ministre de la Jeunesse, de la Formation professionnelle et de l’Emploi dans le gouvernement du Premier ministre Gilbert Marie N'gbo Aké, nommé par Laurent Gbagbo[9] mais non reconnu par l'opposition et par la communauté internationale.

La déroute des forces pro-Gbagbo après la reprise des combats en mars 2011 et l'approche des forces pro-Ouattara vers Abidjan l'incitent à vouloir prendre la fuite vers le Ghana le 12 mars 2011. Arrêté par les gendarmes à Aboisso, il est prié par ces derniers de retourner vers la capitale économique afin de poursuivre son combat[10]. Quelques jours après, le 21 mars, il mobilise une foule de jeunes Ivoiriens, venus s'enrôler dans les forces pro-Gbagbo[11]. Il organise ensuite une grande manifestation de soutien au président Gbagbo près du palais présidentiel, dans la soirée du 26 mars[12] avec un campement sur place dans la nuit suivante, qui rassemble entre 200 000 et 500 000 participants[13].

Après l'assaut des forces armées d'Alassane Ouattara, le 11 avril 2011, contre le palais présidentiel d'Abidjan tenu par Laurent Gbagbo et ses partisans, Charles Blé Goudé part en exil[14]. Sous le coup d'un mandat d'arrêt international, il est arrêté le 17 janvier 2013 à Accra[15], détenu par la police ghanéenne, puis extradé vers la Côte d'Ivoire le lendemain[16].

Le 1er octobre 2013, la Cour pénale internationale annonce avoir émis un mandat d'arrêt à son encontre le 21 décembre 2011. Blé Goudé y est visé pour des crimes contre l'humanité commis en 2010-2011 (meurtres, viols, persécutions…)[17]. Le 20 mars 2014, le conseil des ministres de Côte d'Ivoire accepte de remettre Blé Goudé à la CPI[3]. Il y est transféré le 22 mars 2014[18]. Il est le 3e ressortissant ivoirien, après Laurent Gbagbo et son épouse Simone à être poursuivi par cette juridiction pour les violences meurtrières de fin 2010-début 2011[18].

Fortune personnelle[modifier | modifier le code]

Charles Blé Goudé aurait largement profité de sa position privilégiée dans l'entourage de Laurent Gbagbo pour se convertir dans les affaires. En effet, selon des sources diplomatiques françaises révélées à leurs homologues américains, « Blé Goudé est devenu un homme d'affaires très prospère, avec des intérêts conséquents dans des hôtels, boîtes de nuit, restaurants, stations service et dans l'immobilier en Côte d'Ivoire ». Selon des diplomates américains, le financement de ses activités viendraient intégralement de Gbagbo et son entourage[19].

Idéologie[modifier | modifier le code]

En novembre 2005 il dit regretter les exactions contre les Occidentaux[20] et se présente comme un pacifiste en prônant la non-violence et le rejet des armes comme moyen d’accession au pouvoir. Il organise depuis des journées pacifiques[21],[22] (manifestation, congrès, réunion,…).

Suite à cela, il est nommé en avril 2007 « ambassadeur de la paix »[23] par le gouvernement de Guillaume Soro dans la perspective d'une réconciliation nationale. Cependant, ce titre, limité aux frontières de la Côte d'Ivoire, est purement factuel et ne s'apparente aucunement aux "ambassadeurs de la paix" de l'ONU. Cette posture pacifiste est vue selon des diplomates français comme un moyen pour Charles Blé Goudé de bien gérer ses affaires.

Références[modifier | modifier le code]

  1. www.abidjantalk.com
  2. a et b Blé Goudé, le patriote qui rêvait de diriger la Côte d'Ivoire - Slate Afrique. Consulté le 21 janvier 2013.
  3. a et b « La Côte d'Ivoire accepte le transfèrement de Blé Goudé à la CPI », Radio France internationale,‎ 20 mars 2014
  4. Affaire “Licence d’anglais volée”: Le Fpi confirme que Blé Goudé a volé sa licence
  5. Affaire “Blé Goudé a volé sa licence d`anglais…” : Gbagbo va-t-il se débarrasser de son Dnc chargé de la jeunesse ?
  6. Les événements entre le 31 octobre et le 9 novembre 2004 sur NouvelObs.com.
  7. Selon une autre source non disponible sur Internet, un reportage vidéo Évènement de 2004 distribué par Kaluila, le message serait : « Si vous dormez, réveillez-vous. Si vous mangez, déposez votre fourchette. Je ne vous demande pas d'aller attaquer les Français qui sont venus vivre avec vous, beaucoup de Français ont défilé avec nous contre la rébellion. Venez libérer l'aéroport. Abidjan n'est pas un quartier de Paris… »
  8. « Liste des personnes soumises aux mesures imposées par la résolution 1572 (2004) », Comité du Conseil de sécurité de l'ONU concernant la Côte d’Ivoire,‎ 7 février 2006 (consulté le 8 septembre 2007)
  9. Article Afrisccop.net du 7 décembre 2010
  10. Après avoir mis le feu au pays : Blé Goudé tente de fuir au Ghana, B.B. correspondance particulière à Aboisso, Le Jour, mardi 15 mars 2011, repris par abidjan.net
  11. onde/cote-d-ivoire-les-hommes-du-camp-gbagbo_980545.html Article de l'« Express » du 08 avril 2011
  12. Crise ivoirienne: démonstration de force des partisans de Laurent Gbabgo, RFI/AFP, samedi 26 mars 2011
  13. Côte d’Ivoire : Un demi-million de jeunes patriotes manifestent à Abidjan leur soutien au Président Gbagbo, Serge Touré, dimanche 27 mars 2011, IvoireBusiness
  14. « Côte d'Ivoire : interview exclusive de Charles Blé Goudé », Jeune Afrique, 3 juin 2011.
  15. « Le pro-Gbagbo Charles Blé Goudé arrêté », Le Figaro et Reuters,‎ 17 janvier 2013.
  16. Côte d'Ivoire : Charles Blé Goudé transféré à Abidjan - RFI Afrique. Consulté le 21 novembre 2013.
  17. « Côte d'Ivoire : Charles Blé Goudé visé par un mandat d'arrêt de la CPI », France 24,‎ 1er octobre 2013
  18. a et b "Côte d'Ivoire : Charles Blé Goudé transféré à la CPI", Le Monde avec AFP et Reuters, 22 mars 2014
  19. Jean-Philippe Rémy, « WikiLeaks : le "cas" Charles Blé Goudé en Côte d'Ivoire », Le Monde,‎ 9 décembre 2010 (consulté le 12 décembre 2010)
  20. « Les regrets de Blé Goudé regrette », sur L'Inter, AFP,‎ 7 novembre 2005 (consulté le 8 septembre 2007) Les regrets de Blé Goudé regrette journal de L'Inter
  21. Interview de Charles Blé Goudé, propos recueillis par Cheikh Yérim Seck, Jeune Afrique, 21/08/2006
  22. Ce que Charles Blé Goudé prépare, par JMK Ahoussou, L'Inter, 28/10/2006
  23. Thomas Hofnung, « Charles Blé Goudé, ambassadeur de la paix à Abidjan », Libération,‎ 8 mai 2007 (consulté le 8 septembre 2007)

Liens externes[modifier | modifier le code]