Opération Turquoise

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L’opération Turquoise est une opération militaire organisée par la France et autorisée par la résolution 929[1] du 22 juin 1994 du Conseil de sécurité de l'ONU pendant le génocide des Tutsis au Rwanda. Elle avait pour mission de :

« mettre fin aux massacres partout où cela sera possible, éventuellement en utilisant la force. »

L'objectif de cette opération est précisé, dans l'ordre d'opération lui-même, par les consignes suivantes du commandement relatives aux règles de comportement sur le théâtre d'opération (paragraphe QUINTO/Alpha)[2] :

« Adopter une attitude de stricte neutralité vis-à-vis des différentes factions en conflit. Insister sur l'idée que l'armée française est venue pour arrêter les massacres mais non pour combattre le FPR ni soutenir les FAR afin que les actions entreprises ne soient pas interprétées comme une aide aux troupes gouvernementales. Manifester la détermination de la France, dans cette action, tout en cherchant à favoriser l'amorce d'un véritable dialogue entre les bélligérants. Marquer si nécessaire par l'usage de la force la volonté française de faire cesser les massacres et de protéger les populations. »

Elle est dirigée par le général français Jean-Claude Lafourcade. La résolution n° 929 précise que le Conseil de sécurité :

« ...donne son accord à ce qu'une opération multinationale puisse être mise sur pied au Rwanda à des fins humanitaires jusqu'à ce que la MINUAR soit dotée des effectifs nécessaires. » Elle doit être « ...une opération temporaire, placée sous commandement et contrôle nationaux, visant à contribuer, de manière impartiale, à la sécurité et à la protection des personnes déplacées, des réfugiés et des civils en danger au Rwanda. »

Opération de l'ONU comme la MINUAR, le statut de l’opération Turquoise lui donne plus de moyens militaires puisqu'il se réfère au chapitre VII[3] de la Charte de l'ONU (Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression), contrairement à la MINUAR qui relève du chapitre VI[4] (Règlement pacifique des différends).

La genèse[modifier | modifier le code]

Le 16 mai 1994, Jean-Hervé Bradol, membre de Médecins sans frontières qui a ouvert une antenne chirurgicale le 13 avril à Kigali, met gravement en cause les autorités politiques françaises lors d'une interview sur TF1 : « Les responsabilités de la France sont particulièrement écrasantes. Les gens qui massacrent aujourd'hui, qui mettent en œuvre cette politique planifiée systématique d'extermination sont financés, entraînés et armés par la France [...]. On n'a pas entendu pour l'instant aucun responsable français condamner clairement ces massacres, et pourtant ces gens sont bien connus de l'État français puisqu'ils sont équipés par lui.»[5]. Le 18 mai, l'organisation demande publiquement aux autorités françaises d'user de leur influence pour faire cesser les massacres. Le 24 mai, elle témoigne devant la Commission des droits de l'homme à l'ONU, et le 18 juin, elle lance un appel à une intervention armée des Nations Unies en déclarant : « On n'arrête pas un génocide avec des médecins »[6] [7].

Sans qu'il soit facile de savoir dans quelles mesures ces interventions publiques ont pesé sur les décisions françaises, et bien qu'ayant voté la réduction des effectifs de la MINUAR [Pourquoi ?] le 21 avril 1994, la France devient très active à l'ONU dans les discussions sur le renforcement de la MINUAR en mai 1994 mais refuse de la renforcer par ses propres forces[8]. Dès la première semaine du génocide, le Nigeria s'était efforcé d'obtenir un renforcement de la MINUAR. Il en avait été de même, plus tard, de la République tchèque, de l'Espagne, de l'Argentine et de la Nouvelle-Zélande[9]. Mais l'ONU ne parvenait pas à se mettre d'accord pour que cette MINUAR 2 se mette rapidement en place. Devant ce qu'elle qualifie comme une inertie de la communauté internationale, la France décide d'intervenir et présente une proposition de résolution le 20 juin[10] [11], mais obtient difficilement[12] l'aval du Conseil de Sécurité de l'ONU, pour conduire l'opération Turquoise, du 22 juin au 21 août 1994, date prévue du renforcement de la MINUAR tant demandé par son commandant depuis le début du génocide[13]. Quelques pays africains[14] acceptèrent de se joindre à la France dans cette opération.

La difficulté de l'obtention de cette mission était liée à la perception que de nombreux pays avaient de la politique de la France au Rwanda et de ses intentions réelles ou supposées, compte tenu de son implication au Rwanda depuis plusieurs années, de son opposition au FPR, et du fait qu'elle ait été le seul pays[réf. nécessaire] à reconnaître le Gouvernement intérimaire rwandais, responsable du génocide[15]. Ce débat existait également au sein de l'État français. Face aux tenants[16],[17] d'une intervention militaire pour s'opposer au FPR, Édouard Balladur, alors premier ministre de la France, précisait par écrit le 21 avril au président français François Mitterrand qu'une des conditions de réussite de l'opération nécessitait de « limiter les opérations à des actions humanitaires et de ne pas nous laisser aller à ce qui serait considéré comme une expédition coloniale au cœur même du territoire du Rwanda »[18]. En outre, la présence française était limitée à deux mois. Devant la mission parlementaire d'information sur le Rwanda, M. Balladur précisera[19] que « certains responsables (ont) envisagé une intervention militaire, notamment à Kigali. Toutefois, un accord est très rapidement intervenu entre le Président de la République et lui pour rejeter cette hypothèse qui aurait pu entraîner la France dans un conflit ou l’exposer à être mise en accusation par des puissances de la région. »

Cette ambivalence[20] semble également partagée par les soldats et leurs officiers sur place. Lors de son entrevue à Goma fin juin avec le général Lafourcade pour délimiter les zones respectives occupées par le FPR et l'opération Turquoise, le commandant de la MINUAR, le général Dallaire, note que, si le général Lafourcade ne recherche pas l'affrontement direct avec le FPR, il n'en est pas de même de son entourage qui, au nom de la loyauté de la France avec ses anciens amis, pense que l'opération a pour but d'aider les FAR à contrer le FPR[21]. La confrontation avec les réalités du génocide fut un choc pour de nombreux membres de l'Opération.

Le déroulement de l'opération[modifier | modifier le code]

Le lancement, le 22 juin 1994[modifier | modifier le code]

Cette opération fut conduite à partir du Zaïre. L'ordre de mission de Turquoise du 22 juin 1994 dispose que l'armée française doit pénétrer au Rwanda à partir de Gisenyi, dans le nord-ouest du Rwanda, et par Cyangugu dans le sud-ouest du Rwanda.

L'objectif affirmé est de protéger, dans une « zone humanitaire sûre », les « populations menacées » aussi bien par le génocide que par le conflit militaire entre le FPR et le gouvernement intérimaire rwandais. Aucune hiérarchie n'est établie entre les personnes menacées par le génocide et celles qui sont menacées par les effets collatéraux du conflit armé. Elles étaient assimilées aux deux parties d'un conflit militaire. Le génocide était donc perçu comme un phénomène collatéral de la guerre. Il était ordonné de rester neutre entre ces parties. En particulier, il n'était pas question de procéder à des arrestations de responsables du génocide. La mission avait pour but de faire cesser les massacres en incitant les Forces armées rwandaises (responsables du génocide) à rétablir leur autorité[22]. La neutralité de l'intervention fut critiquée en particulier par Jean-Hervé Bradol, responsable de programme à Médecins sans frontières, une opération simplement humanitaire lui paraissant largement insuffisante pour stopper un génocide[23].

La composition de la force Turquoise[modifier | modifier le code]

La force comptait 2 550 militaires de l'armée française et 500 autres venus de sept pays d'Afrique (Sénégal, Guinée-Bissau, Tchad, Mauritanie, Égypte, Niger et Congo). Elle a bénéficié d'une couverture satellitaire de l'Union de l'Europe occidentale qui lui a permis de localiser les camps de réfugiés et les colonnes en mouvement. La flotte d'Antonov du trafiquant d'armes Viktor Bout a pour l'occasion été utilisée par l'armée française pour le transfert du matériel et des troupes[24].

Unités françaises engagées :

Les premières interventions[modifier | modifier le code]

Parachutistes français le 14 août 1994 gardant l'aéroport de Kigali.

Un commando explore le nord du Rwanda jusqu'aux environs de Kigali[modifier | modifier le code]

Les tutsis du camp de Nyarushishi[modifier | modifier le code]

Sauvetages de populations diverses[modifier | modifier le code]

Les forces françaises sauvèrent la vie d'environ 15 000 personnes[25].

Massacre de tutsis à Bisesero[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bisesero (1994).

Bisesero est une chaîne de collines de l'ouest du Rwanda, au sud de Kibuye, où 65 000 tutsis sont enterrés dans un mémorial. Ils ont été massacrés pendant le génocide.

Bisesero faisait partie de la zone nord de l'opération Turquoise. Au début de l'opération Turquoise, les commandos du COS avaient reçu des informations fausses des autorités rwandaises selon lesquelles des infiltrés du FPR seraient concentrés à Bisesero. En réalité il s'agissait de rescapés affaiblis par trois mois de résistance au génocide. Alertés par des journalistes, un détachement du COS découvre le 27 juin 1994 quelques dizaines de ces réfugiés et constate la réalité. Trois jours plus tard le 30 juin 1994, un autre détachement retrouve ces rescapés et leur porte secours. Mais la moitié d'entre eux a été massacrée entre temps, soit environ un millier sur les deux mille restant. Ces événements donneront lieu à une vive polémique en 1998 : pourquoi l'armée a-t-elle attendu trois jours pour porter secours à ces rescapés[26] ? Les informations du premier détachement ont-elles bien été transmises à sa hiérarchie ? Celle-ci en a-t-elle tiré les conséquences ? Le deuxième détachement a-t-il découvert les rescapés par hasard ? A-t-il reçu l'ordre de les secourir ? A-t-il agi de sa propre initiative ? Cette polémique sera ravivée en 2005 par des plaintes de Rwandais devant le tribunal aux armées de Paris.

L'affrontement avec l'armée du Front patriotique rwandais[modifier | modifier le code]

Selon le mandat attribué par l'ONU, tout contact militaire hostile entre militaires de l'Opération Turquoise et FPR devait être évité. Cependant, des affrontements militaires ont eu lieu avec les soldats du FPR de Paul Kagame du 2 au 20 juillet 1994[27] [réf. insuffisante]

Une dizaine de soldats de l'opération Turquoise, faits prisonniers par le FPR à la suite d'une embuscade dans la région de Butare, furent libérés à la suite de négociations. Lors d'un autre incident entre Kibuye et Gikongoro, deux soldats français survécurent aux tirs du FPR grâce à leur gilet pare-balles[28].

La création de la « Zone Humanitaire Sûre »[modifier | modifier le code]

Une « zone humanitaire sûre » fut créée dans le sud-ouest du Rwanda, visant à empêcher les affrontements entre les Forces armées rwandaises du gouvernement génocidaire et le Front patriotique rwandais qui gagnait du terrain.

Le repli des forces génocidaires au Zaïre[modifier | modifier le code]

Fuite du gouvernement intérimaire[modifier | modifier le code]

Ce n'est qu'à partir du 7 juillet, sur avis de l'ambassadeur de France au Rwanda et du général Lafourcade, commandant la force Turquoise, que la France commença à considérer le gouvernement intérimaire rwandais, responsable du génocide, comme discrédité. En particulier, la France refusa une extension de la « zone humanitaire sûre » que lui demandait ce gouvernement afin de se mettre à l'abri du FPR. Le 14 juillet, un télégramme était envoyé au général Lafourcade lui demandant de refuser l'accès de la « zone humanitaire sûre » aux membres du gouvernement intérimaire. Mais si la France n’a pas procédé à une opération d’exfiltration, elle n’a pas non plus procédé à l’arrestation des membres du Gouvernement intérimaire amenés à se trouver dans la ZHS, arguant que de telles mesures ne pouvait être prises que sur décision de l'ONU[29].

Aussi La « zone humanitaire sûre » put servir de refuge à plusieurs responsables du gouvernement intérimaire rwandais qui purent ensuite passer au Zaïre. En particulier, le 17 juillet 1994, un convoi civil escorté de membres armés de la garde présidentielle rwandaise s'arrête dans une villa de Cyangugu, sur les bords du lac Kivu, dans le sud de la ZHS contrôlée par les Français. Le commandant du secteur, le lieutenant-colonel Jacques Hogard, s'assure de l'identité des personnalités présentes, avec un groupe de commandos du 2e REP (Régiment Étranger Parachutiste), et identifient deux responsables politiques du gouvernement intérimaire rwandais  : le président de la république par intérim, Théodore Sindikubwabo, et le ministre des affaires étrangères, Jérôme Bicamumpaka. L'entrevue est tendue. Jacques Hogard annonce à ses interlocuteurs qu'il est hors de question qu'un gouvernement intérimaire s'installe à Cyangugu. Sans informations ni instructions sur le sort à réserver à ces personnalités, il rend compte à son supérieur, le général Lafourcade qui rend lui-même compte à Paris. Mais les fugitifs quittent dans les 24 heures la zone humanitaire sûre avant que des instructions les concernant n'arrivent[29],[30],[31].

Désarmement symbolique et non-arrestation des génocidaires[modifier | modifier le code]

Le rapport parlementaire français montrera de nombreux éléments qui attestent que le désarmement des génocidaires fut insuffisant, et qu'aucune arrestation de génocidaires n'a eu lieu. Lors de son audition, Alain Juppé, ministre français des affaires étrangères en 1994, arguera que, « compte tenu des effectifs affectés à l’opération Turquoise, il n’a pas été possible d’y procéder à l’arrestation de probables criminels de guerre, le Conseil de Sécurité de surcroît n’ayant jamais accordé un tel mandat »[32].

D'après la Commission d'enquête citoyenne[33], les autorités françaises auraient fourni des passeports [réf. souhaitée] à plusieurs membres du gouvernement intérimaire rwandais, aujourd'hui tous jugés ou en attente de jugement devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

En octobre 1994, la revue mensuelle de la légion, Képi blanc, écrira que l'état-major tactique a provoqué et organisé l'évacuation du gouvernement rwandais vers le Zaïre[34].

Le choléra dans les camps de réfugiés au Zaïre[modifier | modifier le code]

Les militaires de l'Opération Turquoise furent confrontés à une grave épidémie de choléra qui se déclara dans les camps des réfugiés hutus à Goma, au Zaïre. Près de 100 000 consultations médicales et 25 000 vaccinations furent effectuées[35].

Médecins sans frontières quitta les camps de réfugiés au Zaïre en novembre 1994 devant le constat de la mainmise des génocidaires sur les camps. Selon Médecins sans frontières :

Les camps […] sont transformés en base arrière pour la reconquête du Rwanda via les détournements massifs de l'aide, la violence, les recrutements forcés, la propagande et les menaces contre les candidats au rapatriement.

Le départ du Commandement des opérations spéciales[modifier | modifier le code]

[réf. souhaitée]

Le départ de la force Turquoise le 21 août 1994[modifier | modifier le code]

[réf. souhaitée]

Les controverses soulevées par cette opération[modifier | modifier le code]

L'ambiguïté de l'opération et le rôle de la France dans le génocide au Rwanda[modifier | modifier le code]

La classe politique française fut presque unanimement en faveur de cette opération. Valéry Giscard d'Estaing fut l'un des rares hommes politiques français à critiquer ouvertement l'existence même de cette opération, le 7 juillet 1994 par des propos rapportés par le journal le Monde : « …Qu’est-ce qu’on va faire ? s’est interrogé l’ancien président de la république française. Il y a des Tutsis qui avancent. Est-ce qu’on va s’opposer à leur avance, de quel droit ? s’est-il exclamé. Actuellement on a les Tutsis qui avancent, c’est-à-dire les victimes, et on a derrière nous une partie de ceux qui ont procédé aux massacres… ».

Si le but officiel de l'opération est humanitaire, son ambiguïté apparaît néanmoins dans un rapport datant du 16 juin 1994 : « Face à l'ampleur du désastre humanitaire et aux critiques dont sont l'objet à la fois l'ONU et notre propre politique, l'objectif est de susciter une action internationale dont la France prendrait la direction principale, et dont le but serait triple : l'arrêt des massacres, la sauvegarde des réfugiés et l'interruption de l'extension du conflit. Du point de vue français, il faut éviter que nous soit reprochées et l'action d'hier, et l'inaction d'aujourd'hui »[36]. La dernière phrase laisse penser à une opération de communication destinée à l'opinion publique. Quant à l'expression interruption de l'extension du conflit, et compte tenu du rôle passé de la France aux côtés du gouvernement Rwanda, elle a pu être comprise par certains militaires français sur place comme une volonté d'empêcher le FPR de prendre Kigali[37].

Plusieurs anciens militaires français ont témoigné de l’ambiguïté de l'opération Turquoise qui n'aurait pas été qu'une mission humanitaire, notamment le lieutenant-colonel Guillaume Ancel[38][39] et l'adjudant-chef Thierry Prungnaud[40][41]. Leurs témoignages interrogent plus largement sur le rôle de la France dans le génocide rwandais.

Les réticences des ONG[modifier | modifier le code]

Les ONG ne s'associèrent pas tout de suite au rôle humanitaire que l'armée attendait d'elles.

Les relations entre les responsables de la Minuar et ceux de Turquoise[modifier | modifier le code]

Lors du déploiement des troupes de l'opération Turquoise à la frontière zaïro-rwandaise, Roméo Dallaire, commandant de la Minuar, se rendit à Goma pour discuter des modalités de l'opération avec les militaires français. Ceux-ci lui réservèrent un accueil glacial. Les militaires français se dirent choqués que Roméo Dallaire n'ait pas pu retarder le FPR. Les militaires français étaient historiquement alliés aux FAR et en voulaient ouvertement à Roméo Dallaire ; ils lui reprochaient les déroutes des FAR[42]. Les Français ont accusé Dallaire d'aider les rebelles (FPR) à gagner sur le terrain parce que les FAR perdaient du terrain face au FPR[43].

Les articles de Patrick de Saint-Exupéry dans le Figaro[modifier | modifier le code]

Après ceux de 1994, les articles de Patrick de Saint-Exupéry relancèrent en 1998 la controverse sur la politique de la France au Rwanda, l'opération Turquoise et plus particulièrement les événements de Bisesero dont il fut un des témoins principaux. En 2004, il reprit son analyse dans un livre[44]. Il est généralement reconnu que le travail de Patrick de Saint-Exupéry est à l'origine de la création de la mission d'information parlementaire française sur le Rwanda en 1998.

L'attitude française à l'égard des génocidaires[modifier | modifier le code]

Procédure judiciaire en France[modifier | modifier le code]

En juin 2005, plusieurs plaintes sont déposées devant le Tribunal aux armées de Paris. Trois femmes tutsies ont porté plainte contre X pour viol par des militaires français devant la justice française[45]. Une seconde série de plaintes pour « complicité de génocide et complicité de crimes contre l'humanité » a été déposée en février 2005 par six survivants (cinq hommes et une femme tutsis) des massacres de 1994 au Rwanda. Ils accusent de complicité dans le génocide des soldats français engagés dans l'opération Turquoise, menée entre juin et août 1994 au Rwanda sous mandat de l'ONU. Selon les plaignants, des soldats français auraient aidé les miliciens « Interahamwe », principaux auteurs du génocide, à débusquer leurs victimes et ont commis eux-mêmes des exactions. [réf. souhaitée]

Cette plainte donne lieu à une controverse politique et judiciaire car le gouvernement français a toujours nié tout rôle dans le génocide, sauf Bernard Kouchner a posteriori.

Le 29 mai 2006, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a validé cette plainte[46] Elle a ainsi rejeté une requête du parquet de Paris qui estimait que quatre de ces plaignants n'avaient pas qualité à agir car ils n'avaient pas subi de préjudice direct. [réf. souhaitée]

Le 3 juillet 2006 une seconde décision de la cour d'appel de Paris a débouté le parquet de sa demande d'annulation [Pourquoi ?] des auditions des six plaignants rwandais, faites à sa demande au Rwanda fin 2005 par la juge d'instruction Brigitte Raynaud. [réf. souhaitée]

La juge d'instruction Florence Michon a pris la suite de Brigitte Reynaud en 2007[47].

Suite à ces plaintes, des anciens officiers au Rwanda créent une association France Turquoise dans le but de défendre l'honneur de l'armée française et des militaires français ayant servi au Rwanda[48].

Des témoignages de Rwandais connus en 2004[modifier | modifier le code]

[réf. souhaitée]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Résolution 929 du Conseil de sécurité
  2. Article du blog de Jean-Dominique Merchet "Rwanda 1994 : mettre fin aux massacres partout où cela sera possible"
  3. Chapitre VII de la Charte des Nations unies
  4. Chapitre VI de la Charte des Nations unies
  5. Médecins sans Frontières, Rwanda 20 an après
  6. Appel de MSF On n'arrête pas un génocide avec des médecins
  7. Le 14 juin 1994, François Mitterrand dira au personnel de MSF à propos du Gouvernement intérimaire rwandais et d'Agathe Habyarimana : « C’est une bande d’assassins. D’ailleurs, j’ai eu Agathe Habyarimana à la maison. C’est une folle qui voulait lancer un appel à la continuation du génocide sur les radios périphériques françaises. On a eu du mal à la calmer. Maintenant on en a marre, on va intervenir, on va essayer de mettre de l’ordre dans tout ça et de sauver des gens. » Ensuite, le président de la république française leur annonce l’opération Turquoise et Jean-Hervé Bradol commente : « Il y a un changement de la position française. […] De ce que j’ai vécu comme une position de neutralité bienveillante vis-à-vis du gouvernement intérimaire, on passe à une position humanitaro-hostile. Ces gens-là deviennent beaucoup moins fréquentables qu’avant. En France, on commence à comprendre qu’il va y avoir un problème politique international majeur pour la France et on se lance dans l’opération Turquoise. » Rapport Commission enquête citoyenne l'Horreur qui nous prend au visage Karthala, page 413.
  8. Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression, p. 530
  9. HWR, FIDH, Aucun témoin ne doit survivre, le génocide au Rwanda, Karthala (1999) p. 35
  10. Histoire vivante Rwanda, entretien avec Laure de Vulpian, TSR.ch
  11. Rapport de la commission indépendante d'enquête sur les actions de l'ONU lors du génocide de 1994 au Rwanda, p. 30
  12. Cinq membres du Conseil de Sécurité choisirent de s'abstenir, la Nouvelle-Zélande, le Nigéria, le Pakistan, la Chine et le Brésil. Cf. rapport de la mission d'information parlementaire française sur le Rwanda et Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), p. 543. Parmi les pays ayant voté la résolution figure le Rwanda, représentant le gouvernement intérimaire qui conduit le génocide.
  13. L'amertume de Dallaire se perçoit à travers l'observation qu'il fait du matériel mis à la disposition de l'Opération Turquoise lors de son arrivée à Goma pour rencontrer le général Lafourcade. Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre expression (2003), p. 557
  14. Le Sénégal, la Mauritanie, le Niger, l’Égypte, le Tchad, la Guinée-Bissau et le Congo, cf rapport de la mission parlementaire française d'information sur le Rwanda, [1], p. 312
  15. « C’est en partie en raison de son attitude par rapport au gouvernement intérimaire qu’il lui fut difficile de faire accepter le caractère strictement humanitaire de l’opération Turquoise, puisque certains y voyaient une intention cachée de soutien au régime qui organisait le génocide. » Rapport de la mission d'information sur le Rwanda, p. 362. Voir aussi [2], fichier auditio1.rtf, p. 212-214.
  16. Dans son audition par la mission parlementaire française d'information sur le Rwanda, Édouard Balladur ne précise pas qui est partisan d'une telle intervention, et la mission parlementaire ne le lui demande pas. Alain Juppé, alors ministre français des affaires étrangères, précise que le gouvernement français était unanimement de l'avis d'une intervention humanitaire (Cf [3], fichier auditio1.rtf, p. 85, p. 107, p. 111). Dans son audition, M. Bernard Debré (qui sera ministre de la coopération six mois après le génocide) affirme que M. Mitterand était favorable à une opération sur l'ensemble du territoire et au rétablissement d'un pouvoir Hutu, et que M. Balladur s'est opposé à ce dessein (cf [4] Audition de M. Debré).
  17. Lire aussi : Benoît Collombat, David Serveney, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), chapitre Les trois cercles du pouvoirs, qui décrit des divergences entre d'une part l'Élysée et Matignon, et d'autre part des tensions au sein du gouvernement opposant M. Balladur, soutenu par François Léotard aux chiraquiens tels qu'Alain Juppé et son directeur de cabinet Dominique de Villepin.
  18. Rapport de la mission parlementaire française d’information sur le Rwanda, annexe 9 - Turquoise, p. 373, [5], cité également par Patrick de Saint-Exupéry, L'inavouable, la France au Rwanda, les Arènes (2004) (ISBN 2-912485-70-3), p. 101.
  19. Mission d'information sur le Rwanda, audition de M Balladur
  20. Selon Patrick de Saint-Exupéry, l'Opération Turquoise fut « littéralement schizophrénique », les ordres étant à double volet. cf. L'inavouable, la France au Rwanda, p. 102. Plus loin, p. 143, il estime que la conjonction de la neutralité, de la détermination à arrêter les massacres et de la nécessité pour cela de rétablir l'autorité des responsables du génocide relève d'une « chimère ».
  21. Un colonel de l'Opération Turquoise, ancien conseiller militaire des FAR, déclara publiquement qu'il n'était pas au Rwanda pour désarmer les FAR ou les milices, mais qu'il mettrait tous les moyens à sa disposition pour défaire le FPR s'il s'avisait de s'approcher de la zone occupée par les Français. Ses propos furent repris par la RTLM. Il dut être désavoué par le Général Lafourcade. cf. Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), p. 559-569
  22. Extrait de l'ordre des opérations de Turquoise, en date du 22 juin 1994 : « Affirmer, auprès des autorités locales rwandaises, civiles et militaires, notre neutralité et notre détermination à faire cesser les massacres sur l'ensemble de la zone contrôlée par les forces armées rwandaises en les incitant à rétablir leur autorité ». cf Annexe du rapport de la mission d'information de l'Assemblée Nationale sur le Rwanda, p. 387, ou encore, p. 389 « Adopter une stricte neutralité vis-à-vis des différentes factions en conflit ». Au vu de cet ordre, Patrick de Saint-Exupéry, auteur de L'inavouable, la France au Rwanda, les Arènes (2004), jugera l'opération Turquoise comme une mystification.
  23. Rapport de la mission parlementaire française d'information sur le Rwanda, [6], p. 312.
  24. Laurent Léger, Trafic d’armes, Bout Turquoise, Bakchich, 20 septembre 2006.
  25. HWR, FIDH, Aucun témoin ne doit survivre, le génocide au Rwanda, Karthala, (1999), 32
  26. Pour le général Dallaire commandant la MINUAR, ce délai est dû à la difficulté de réunir suffisamment de camions pour évacuer l'ensemble des réfugiés. Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), p. 561
  27. Colonel Rosier, annexe 9.C.3 de la Mission Parlementaire de 1998,
  28. Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), p. 552-553
  29. a et b Rapport de la Mission d'information sur le Rwanda
  30. « les Larmes de l'honneur » de Jacques Hogard, éditions Hugo Doc 2205
  31. David Servenay, Quand la « France officielle » parle du génocide rwandais, Rue89, 7 avril 2008.
  32. Cf [7], fichier auditio1.rtf, p. 94.
  33. Initiée par les associations Survie, Aircrige, la Cimade, l'Obsarm [réf. souhaitée] et des personnalités universitaires françaises.
  34. Patrick de Saint-Exupéry, L'inavouable, la France au Rwanda, Les arènes (2003), p. 260
  35. Audition de François Léotard, ministre français de la défense en 1994, par la mission parlementaire française d'information sur le Rwanda. François Léotard précisa que « l’opération Turquoise pouvait se résumer à la formule “un million de réfugiés protégés par un millier d’hommes” », semblant oublier que ces réfugiés étaient pour beaucoup les auteurs du génocide. Cf [8], fichier auditio1.rtf, p. 95.
  36. Rapport déclassifié no 311 DEF/DAS/SDQR/JM/LD, cité par Benoît Collombat, David Servenay, Au nom de la France, guerre secrère au Rwanda, La Découverte, (2014), p. 118
  37. Ainsi, après avoir tenu des propos fermes envers le FPR dépassant le mandat de neutralité de l'opération Turquoise, le colonel Tauzin se verra rapatrier prématurément à Paris. cf Benoît Collombat, David Servenay, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 122. Pour défendre le point de vue des militaires au Rwanda, Didier Tauzin écrira un livre : Rwanda, je demande justice pour la France et ses soldats, Jacob-Duverney (2011)
  38. « Hanté par Turquoise, Libération juillet 1994 »
  39. « témoignage du Lieutenant-colonel Guillaume Ancel sur la préparation de frappes aériennes contre le FPR le 30 juin 94 »
  40. « témoignage adjudant-chef Prungnaud, Jeune Afrique »
  41. Laure de Vulpian et Thierry Prungnaud, Silence Turquoise, DonQuichotte,‎ 2012
  42. http://www.dailymotion.com/video/xvknu_rwanda-tuez-les-tous-bonus_people
  43. http://www.dailymotion.com/video/x361jz_dallaire-maintenir-le-genocide-en-v_news
  44. « L'inavouable, la France au Rwanda », les Arènes, 2004
  45. Benoît Collombat, David Servenay, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 129
  46. Validation des plaintes visant l'armée française au Rwanda, dépêche Reuters, 29 mai 2006.
  47. Dépêche AFP 20 février 2006 citée par Pressafrique
  48. Benoît Collombat, David Servenay, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), p. 130