Mohamed Abduh

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Mohamed Abduh

Mohamed Abduh (ou Muhammad 'Abduh) (arabe:محمد عبده) (Delta du Nil, 1849 - Alexandrie, ) est un juriste et un mufti égyptien, fondateur avec Jamal al-Din al-Afghani du modernisme islamique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Originaire d'une famille de fellah de Basse-Égypte, Abduh a reçu une éducation musulmane dès son plus jeune âge. Il continue ses études à la mosquée Ahmadite à Tanta. En 1866, il entre à l'Université al-Azhar ou il étudie la logique, la philosophie et le mysticisme. Son éducation religieuse stricte ne l'empêche pas de se rapprocher du soufisme. Dans son livre, "Risâlat al-wâridât" (Epître des inspirations mystiques) il réserve à Dieu l'existence réelle et adopte une position proche de celle du monisme d'Ibn Arabi. Dans un traité de théologie écrit en 1876 sous forme de gloses qui accompagne la profession de foi d'un théologien acharite du XIVe siècle du nom d'Al-Iji, il prêche la tolérance envers les différentes sectes islamiques. Il y affirme le rôle de la raison comme guide de la vraie foi. Par ailleurs, des idées philosophiques font leur apparition dans cet ouvrage. Influencé par le savant afghan Jamal Al-Dîn Al-Afghani, qu'il a rencontré au Caire en 1872, il suivait régulièrement ses conférences. Afghani était un philosophe et un réformateur musulman qui a préconisé dans ses écrits l'union des pays musulmans pour résister au colonialisme européen. Sous l'influence d'Afghani, Abduh a combiné le journalisme, la politique et sa propre fascination pour la spiritualité mystique.

Après s'être lancé dans le journalisme et dans la politique, il écrit plusieurs articles pour le journal cairote Al-Ahram ou il critique la politique mené par le Khédive Ismaël. Il défendait dans ses papiers la renaissance de la civilisation arabo-islamique, le combat contre la domination étrangère, les gouvernements musulmans, la corruption et contre la division au sein de la communauté musulmane. Il défendait enfin les sciences modernes et l'idée d'une réforme de la langue arabe. De 1877 à 1882 il exerce la charge de professeur à l'université islamique "Dâr al-'ulûm". Il y donnait des cours novateurs, pour que les qadis applique le droit musulman d'une manière moderne. Il est révoqué de son poste par le Khédive Tawfiq qui le nomme rédacteur dans le journal gouvernemental "Al-Waqâ'i al-misriya". Dans ce journal, il écrit plusieurs articles sur l'importance de l'instruction et de la condamnation de la corruption et de la polygamie. Il y affirmait également que le régime parlementaire n'est pas incompatible avec l'Islam.

Après sa participation à la révolte Urabi, il est forcé de s'exiler, d'abord au Liban puis en France. Pendant plus de six ans il n'a plus eu le droit de retourner en Égypte. Abduh a passé plusieurs années de sa vie au Liban où il a travaillé à l'établissement d'un système d'éducation islamique. Il a traduit l'ouvrage d'Afghani "Réfutation des matérialistes" et dispense des conférences. En 1884, il part pour la France ou il rejoint al-Afghani, eux deux édité un journal révolutionnaire islamique, Al ‘Urwa al Wuthqa, qui avait des penchants antibritanniques, et qui était surtout lu par des orientalistes français. À son retour en Égypte en 1888, Abduh a commencé sa carrière dans la justice et il a été nommé juge dans un tribunal national de première instance, puis en 1891, il a été nommé juge dans une cour d'appel. Dans cette fonction, il lutta principalement contre la corruption. Il a continué à travailler sur une réforme islamique, et a édité en 1897 son propre traité philosophique (Risālat at-Tawhīd, ou Théologie de l'unité). En 1889, il devient mufti, un titre qu'il a conservé jusqu'à sa mort. Dans cette fonction il a promulgué de nombreuses fatwas, l'une d'elles permettait aux musulmans de déposer leur argent dans des caisses d'épargne légalisant ainsi le prêt à intérêt, une autre autorisait les musulmans du Transvaal à manger de la viande non Halal.

En 1892, il adhère à la Société de bienfaisance musulmane dont il deviendra président en 1900. Il fonde la même année la société pour le renouveau des sciences arabes.

Ses idées réformistes[modifier | modifier le code]

En 1892, il propose au Khédive Abbas II une réforme de l'enseignement donné à Al-Azhar, et réussit à introduire dans l'université des matières modernes avant de se heurter a une forte opposition qui le pousse à la démission en 1905.

Son traité est principalement adressé aux intellectuels occidentaux, vivant dans un pays musulman ou non. Il a rejeté l'effort de certain de mettre fin à l'ijtihad et la pratique du Taqlid. Il proclamait en effet l'existence du libre arbitre et condamnait la doctrine de la préméditation. Abduh a enseigné que les lois doivent être adaptés aux mondes modernes dans l'intérêt du bien commun. Il s'est par ailleurs principalement concentré sur l'éducation, il disait que « l’âme égyptienne est complètement absorbée par la religion, d’une telle manière qu’on ne peut plus les séparer. Si quelqu'un essayait d’éduquer la nation égyptienne sans la religion, c’est comme si un fermier essayait de planter une graine dans un sol non fertile … ses efforts seraient vains ».

Abduh affirmait que la foi des ancêtres était raisonnable et pratiques. Pour lui l'Islam est réformable bien que sa réforme soit entravée par des structures religieuses rigides imposées par des personnalités religieuses contemporaines. Les plus fidèles disciples d'Abduh étaient Mohammed Rachid Rida avec qui il participait au journal Al-Manar et Ali Abderraziq. Les deux étudiants se sont notamment exprimés sur l'abolition du califat par Atatürk en 1924, et sur la réforme qu'ils pensaient nécessaire de l'islam. Ses idées ont eu une grande influence dans les pays musulmans, surtout en Indonésie et en Algérie où elle influença l'association des Oulémas.

Son esprit de fraternité religieuse[modifier | modifier le code]

Sunnite comme son ami intime l'afghan Jamal Al-Dîn Al-Afghani, avec qui, Abduh employait de grands efforts pour prôner l'harmonie entre ces deux courants majeurs de l'islam, qu'est le sunnisme et le chiisme et leurs subdivisions internes. D'une manière générale, il prêchait la fraternité entre tous les groupes musulmans, même si dans ses analyses, il critiquait telles ou telles erreurs de certains groupes, comme les superstitions venant du soufisme populaire[1].

Abduh ne négligeait pas de prêcher pour l'amitié interreligieuse. Étant donné que la communauté chrétienne des coptes constitue la deuxième communauté religieuse du pays, il employait des efforts particulier pour l'amitié islamo-chrétienne. Il avait de nombreux amis chrétiens et par plusieurs occasions il défendait des coptes[2]. Ces derniers étaient particulièrement cibles de la colère des foules musulmanes lors de la révolte d'Orabi (en) (1881-1882).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les nouveaux penseurs de l'islam, pp. 43-44.
  2. Les nouveaux penseurs de l'islam, p. 44.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Benzine, Rachid (2004, 2008). Les nouveaux penseurs de l'islam. Éditions Albin Michel. (ISBN 978-2-226-17858-9)
  • Black, Antony (2001). The History of Islamic Political Thought. New York: Routledge. (ISBN 0-415-93243-2).
  • Watt, W. Montgomery (1985). Islamic Philosophy and Theology. Edinburgh: Edinburgh University Press. (ISBN 0-7486-0749-8).
  • Dictionnaire historique de l'islam, Janine Sourdel, Dominique Sourdel, édition Quadrige.
  • Khaldi, Souad. L'ijtihad dans la pensée de Mohammad Abduh, Paris, Bayane Editions, 2012.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Courants d'idées en Islam: du sixième au vingtième siècle, Volume 57 de Notre temps, Albert Nader, Médiaspaul, 2003, (ISBN 2894205694).

Liens externes[modifier | modifier le code]