Djemâl ad-Dîn al-Afghâni

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Djemâl ad-Dîn Asad Abadi

Sayyid Jamāl Al-Dīn Asad Abadi (s'écrit en langue persane/dari: سید جمال الدین اسد آبادی), connu aussi sous l'appellation de Sayyid Jamāl Al-Dīn Al- Afghâni, né en 1838 et mort en 1897, était un intellectuel réformiste musulman originaire d'Afghanistan, comme l'indique son appellation "Al-Afghâni" c'est-à-dire l'Afghan en arabe.

Début de la vie[modifier | modifier le code]

Sayyid Jamāl Al-Dīn Asad Abadi est né en octobre 1838 à Assadâbâd (Afghanistan) dans une famille sunnite Sayyid de Kunar (Sayyid c'est-à-dire de la lignée du prophète Mahomet).

Des doutes subsistent sur son lieu de naissance. al-Afghâni lui-même, et la tradition musulmane rapportent qu'il serait né en Afghanistan à Assadâbâd dans la province afghane de Kunar tandis que les Iraniens prétendent qu'il serait né dans un village homonyme d'Assadâbad près de la ville iranienne d'Hamadan, dans une famille chiite persane dont les origines remonteraient au petit-fils de Mahomet, Al-Husayn Ibn Ali. Bien que lui-même, ses compagnons de route et de combat, dont Muhammad Abduh l'Égyptien, ont tous toujours affirmé qu'il était Afghan, né dans une famille sayyid (descendant du prophète) d'Assadâbâd de Kunar et il parlait bien sûr les deux langues du pays : pachto et dari (ou persan d'Afghanistan). Les défenseurs de la thèse iranienne rapportent qu'il aurait prétendu être « Afghan » afin de se présenter lui-même comme un musulman sunnite - la branche à laquelle adhèrent la majorité des musulmans- et d'échapper à l'oppression par le gouvernement iranien[1], ou encore d'être associé à la plus grande branche de l'islam, afin d'« atteindre un public plus large »[2]. Il a d'abord étudié à la maison avec son père, puis a poursuivi ses études à Kunar, à Kaboul, les lieux sunnite ou saints de l'Inde, les villes de Qazvin, de Téhéran, et enfin, il a poursuivi des études et recherches dans les grandes villes sanctuaires musulmanes du Moyen et proche-orient aussi bien qu'elle soit sunnite ou chiite comme les villes de l'actuelIrak, Nadjaf et Kerbala[1]. Mortimer pense que les travaux du cheikh Ahmad Ahsa'i ont eu une influence sur al-Afghâni[2]. avant d'entreprendre un voyage d'étude dans les localité environnantes. Dans la capitale afghane, al-Afghâni fréquentait non seulement les milieux intellectuels ou des confréries religieuses mais aussi bien les princes royaux ou locaux, tel que le prince Mohammad Azam Khan[3] (fils de l'émir Dost Mohammad Khan), le prince Ghulam Mohammad Tarzi de Kandahar, bien d'autres... Ensuite, il est entré au service de l'émir Sher Ali Khan et par la suite au service du frère de ce dernier l'émir Mohammad Azam Khan comme conseiller dont il était très proche. À Kaboul, al-Afghâni est à l'origine de la presse locale, il a lancé le premier et éphémère journal nommé « Kaboul » qui apparaissait sous la forme d'un manuscrit. Mais à la chute de son protecteur Mohammad Azam Khan et le retour de l'émir Sher Ali Khan, al-Afghâni tombe en disgrâce, il se sert de la période du grand pèlerinage à La Mecque pour quitter l'Afghanistan, ce qui amorce la période de ses voyages à travers le monde (Inde, Perse, l'Égypte, la France, la Turquie ottomane, etc.).

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il apprend le dari (persan), le pachto et l’arabe au début de son parcours scolaire, et étudie le Coran ainsi que quelques rudiments de sciences islamiques. À dix-huit ans, il achève ses études religieuses et part en Inde pour étudier les sciences dites modernes. À l’âge de dix-neuf ans, en 1857, il se rend au Hijaz (l'actuel Arabie saoudite) pour accomplir le pèlerinage à La Mecque. En 1860, il retourne dans son pays natal, l'Afghanistan. Toute sa vie durant, il ne cessera d’étudier. Il entreprend ainsi d’apprendre le français à un âge avancé.

Lorsqu’un conflit éclate entre les princes afghans Shir Ali Khan et Muhammad Azam Khan, Jamāl Al-Dīn se joint aux côtés de second, auprès de qui, il a servi comme ministre-conseiller. Il va se heurter néanmoins au disgrâce du vainqueur l'émir Shir Ali Khan et la méfiance des Britanniques, ce qui le contraint à quitter l’Afghanistan en 1868. Il passe par l’Inde avant de se rendre en Égypte où il séjourne pendant quelque temps, fréquentant régulièrement la Mosquée al-Azhar. Sa maison est alors un lieu de visite pour un grand nombre d’étudiants et de chercheurs, en particulier des Syriens. Il part ensuite à Istanbul sous le gouvernement de Abdülhamid II. Sa réputation grandit et sa renommée s’accroît. Son appel à la nécessité de la réforme trouve de bons échos chez les Ottomans, ce qui fait dire au britannique Blint :

«  L’initiative des Ottomans de transformer leur empire en un état constitutionnel peut être attribuée en tout premier lieu à l’influence de Jamal Al-Dîn, qui, lorsqu’il s’installa dans leur capitale, se mit à discuter avec eux et à les appeler à rejoindre ses conceptions. »

[réf. nécessaire]

En Turquie puis en Égypte[modifier | modifier le code]

À Istanbul, il est désigné membre du Conseil Suprême des Sciences. Il est alors la cible d’une opposition et d’attaques virulentes de la part des savants stambouliotes et des prédicateurs des mosquées, à qui les idées et les discours du nouveau-venu déplaisent. Il quitte alors Istanbul pour revenir en Égypte en 1871, où il est accueilli avec tous les honneurs par les Égyptiens.

Le gouvernement d’Égypte l’avait accueilli et lui avait accordé une allocation pour rester dans le pays. À cette période, il rencontrera Muhammad Abduh et Saad Zaghloul (future grande figure de la politique égyptienne, il deviendra premier ministre en 1924). Durant ces années, ils s’étaient groupés autour de lui des personnes avec lesquelles il avait formé des cercles de formation, ces étudiants seront plus tard les futurs héros de l’indépendance et les élites du pays. Dans ses cercles de formation, ils abordaient la haute théologie, la philosophie spéculative traitant des sciences naturelles et intellectuelles, l’astronomie, le soufisme, et le droit musulman. Plus tard les orientalistes diront que durant ces années, l’action de Djamal al-Din al-Afghâni avait contribué à la fermentation des esprits. En 1879, son influence grandissante était devenue menaçante pour les colons Anglais d’Égypte, et il avait dû quitter le pays suite aux problèmes qu’ils lui avaient causés.

Avec Muhammad Abduh à Paris[modifier | modifier le code]

Ses articles de presse provoquent aussi bien le courroux des Britanniques que celui de la classe politique égyptienne. Lorsque le Khédive Tawfîq Pasha prend le pouvoir en Égypte, il chasse Jamāl Al-Dīn qui doit retourner en Inde en 1879, après avoir passé près de huit ans en Égypte. On note qu'à cette époque vers 1880, il avait écrit son principal livre « sa réfutation des matérialistes» à Hyderâbâd. Cette épitre donne ses explications sur la nouvelle doctrine du « Neïtchur », ou « nature » en persan, et du matérialisme qui en découlait.

Puis il quitte l’Inde pour rejoindre Londres, et ensuite Paris en 1882. En France, il se fait rejoindre pas ses étudiants dont Muhammad Abduh. Les deux hommes créent ensemble un hebdomadaire en arabe « al Urwa-al Wuthka » (le lien indissoluble, tiré du Coran). Le 1er numéro est paru le 13 mars 1884 et le 18e et dernier numéro le 17 octobre 1884. Cette revue avait été envoyée en Égypte et en Inde, elle avait été cependant considérable, elle avait attaqué l’action anglaise dans les pays à majorité musulmane et elle avait souligné les bases doctrinales sur lesquelles devrait s’appuyer l’islam pour retrouver sa force.

Au printemps 1883 éclata l’affaire du philosophe français Ernest Renan. Ce philosophe français avait présenté à l’université de la Sorbonne une conférence sur l’islamisme et la science dans laquelle il avait posé sous une forme accentuée l’antinomie de l’esprit scientifique et du fanatisme théologique. Ernest Renan s’était attaché à démontrer que la religion musulmane était, par son essence même opposé au développement de la science, et que le peuple arabe, par sa nature, n’aime ni les sciences métaphysiques, ni la philosophie. Djamal al-Din, devant cette provocation, avait publié en français en date du 18 mai 1883, dans « Le journal des débat » une réponse à la conférence d’Ernest Renan, dans laquelle il avait affirmé que l’islam est compatible avec la science et qu’il eut des esprits savants chez les musulmans, même arabe, et que seul l’état actuel de l’islam pouvait faire penser le contraire. Plus tard les orientalistes diront qu’al-Afghâni avait défié Renan sur ses propres terres. Par ailleurs, on note que Renan avait été l’objet de trois réfutations de savants musulmans éminents : en français par al-Afghâni (« Journal des Débats, Paris, 18 mai 1883, réponse de Renan, l.c, p. 402-409), en russe par l’imam Baïazitov (impr. Petersbourg 1883), en turc par Namık Kemal, où il avait critiqué notamment une source sur laquelle citait Renan. (² Louis Massignon, article REI p. 297-301, cahier 2, 1927)

À cette époque, les grands journaux européens avaient publié de lui des articles très remarqués dans les milieux influents, sur des thèmes comme la politique orientale de la Russie et l’Angleterre, la situation en Turquie et en Égypte.

La réponse à Ernest Renan dans le « Journal des Débats »[modifier | modifier le code]

La conférence du philosophe français Ernest Renan, à l’université de la Sorbonne, tentait de démontrer que la religion musulmane était par son essence même opposée au développement de la science métaphysiques, et que le peuple arabe, par sa nature, n’aime ni les sciences métaphysiques, ni la philosophie. al-Afghâni citait dans sa réponse : « cette plante précieuse [la religion musulmane], semble dire M. Renan, se dessèche entre ses mains [les arabes] comme brûlée par le souffle du vent du désert ».

Les principaux passages de la réponse d’al-Afghâni :

« En songeant toutefois que la religion chrétienne a précédé de plusieurs siècles dans le monde la religion musulmane, je ne peux pas m’empêcher d’espérer que la société mahométane arrivera un jour à briser ses liens et à marcher résolument dans la voie de la civilisation à l’instar de la société occidentale pour laquelle la foi chrétienne, malgré ses rigueurs et son intolérance, n’a point été un obstacle invincible. Non, je ne peux admettre que cette espérance soit enlevée à l’islam. Je plaide ici auprès de M. Renan, non la cause de la religion musulmane, mais celle de plusieurs centaines de millions d’hommes qui seraient ainsi condamnés à vivre dans la barbarie et l’ignorance ».

« Personne n’ignore, que le peuple arabe, alors qu’il était dans l’état de barbarie, s’est lancé dans la voie des progrès intellectuels et scientifiques avec une vitesse qui n’a été égalée que par la rapidité de ses conquêtes car, dans l’espace d’un siècle, il a acquis et s’est assimilé presque toutes les sciences grecques et persanes qui s’étaient développées lentement pendant des siècles sur le sol natal, comme il étendit sa domination de la presqu’île arabique jusqu’aux montagnes de l’Himalaya et au somment de Pyrénées. On peut dire que dans toute cette période les sciences firent des progrès étonnants chez les arabes et dans tous les pays soumis à leur domination. Rome et Byzance étaient alors les sièges des sciences théologiques et philosophiques ainsi que le centre lumineux et comme le foyer ardent de toutes les connaissances humaines. »

« Toutefois il est permis de se demander comment la civilisation arabe, après avoir jeté un si vif éclat dans le monde, s’est éteinte tout à coup ; comment ce flambeau ne s’est pas rallumé depuis, et pourquoi le monde arabe reste toujours enseveli dans de profondes ténèbres. »

« Les religions, de quelque nom qu’on les désigne, se ressemblent toutes. Aucune entente ni aucune réconciliation ne sont possibles entre ses religions et la philosophie. La religion impose à l’homme sa foi et sa croyance, tandis que la philosophie l’en affranchit totalement ou en partie. Comment veut-on dès lors qu’elles s’entendent entre elles ? Lorsque la religion chrétienne, sous les formes les plus modestes et les plus séduisantes, est entrée à Athènes et à Alexandrie qui étaient, comme chacun sait, les deux principaux foyers de la science et de la philosophie, son premier soin été, après s’être établie solidement dans ces deux villes, de mettre de côté et la science proprement dite et la philosophie, en cherchant à les étouffer l’une et l’autre sous les broussailles des discussions théologiques, pour expliquer les inexplicables mystères de la trinité, de l’incarnation et de la Transsubstantiation. Il en sera toujours ainsi. Toutes les fois que la religion aura le dessus, elle éliminera la philosophie ; et le contraire arrive quand c’est la philosophie qui règne en souveraine maîtresse. Tant que l’humanité existera, la lutte ne cessera pas entre le dogme et le libre examen, entre la religion et la philosophie, lutte acharnée et dans laquelle, je le crains, le triomphe ne sera pas pour la libre pensée, parce que, aussi, la science, si belle qu’elle soit, ne satisfait pas complètement l’humanité qui a soif d’idéal et qui aime à planter dans des régions obscures et lointaines que les philosophes et les savants ne peuvent ni apercevoir ni explorer. »

Épitre « Radd Neïtcheriye » ou « Réfutations des matérialistes » de Asad Abadi[modifier | modifier le code]

Ecrit en persan vers 1880, en Inde à Hyderâbâd, cette épitre en persan avait pour titre « Radd Neïtchuriyye ». C’est Muhammad Abduh qui avait traduit cette épitre en arabe, et en fit 3 éditions, la première en 1885, puis en 1894 et la troisième en 1902, l’œuvre en arabe s’intitule « Ar-Radd alä ad-Dahriyyîn ». À partir de cette dernière édition en arabe, Amélie-Marie Goichon, professeur orientaliste reconnu avait traduit ce livre en français avec le titre de « Réfutations des matérialistes »

Cet écrit se plaçait dans un contexte bien précis. al-Afghâni avait peur que les musulmans se soustraient à l’influence déprimante du matérialisme. Il avait vu le gouvernement Anglais attirer dans l’égarement un groupe d’habitants en Inde, en les sollicitant d’abandonner les religions, de dénouer les nœuds de la foi. Beaucoup parmi le peuple étaient séduit par les opinions étrangères et détournés de leurs propres croyances. On s’informait auprès d’al-Afghâni sur son point de vue sur les idées introduites par les étrangers ; ce fût le cas de Moulay Mohammed Wâcil, professeur de mathématiques au collège al-A’izza d'Hyderâbâd du Dekkan, dans l’Inde, qui lui écrivit pour lui demander des explications sur les partisans du « Neïtchur » ou autrement les « Neïtchuriyûn », les matérialistes.

La réponse du sheikh :

« Mon cher ami, « Neïtchur » signifie « nature », et la doctrine de la Neïtchur est cette doctrine matérialistes qui est apparue en Grèce au IVe et IIIe siècle av. J.-C.. Ses dirigeants ont pour but de faire disparaître les religions et de poser les fondements de la licence des mœurs, de la communauté des biens et de l’union libre entre tous les individus. Ils ont déjà fait de grands efforts pour exécuter leur dessin, ils ont multiplié leurs apparences, mais de quelque manière qu’ils se soient trouvés dans une nation, ils ont gâté ses mœurs et leur effort a tourné contre eux en les détruisant eux-mêmes. À quiconque est allé au fond des desseins de partisans de cette méthode, il apparait une seule conclusion [possible] aux prémisses qu’ils avaient posées : la corruption de la civilisation et la ruine de l’édifice social. Car, sans aucun doute, la religion en général est le fil du collier, qui retient tout l’ordre social, et nulle base parfaitement affermie ne s’offrira à là civilisation sans la religion. Le premier enseignement de cette secte, c’est l’anéantissement des religions et le rejet de tout lieu religieux. Si cette méthode n’est pas plus répandue et n’a pas plus d’adeptes depuis le temps qu’elle se développe, en voici la cause : l’ordre de l’harmonie humaine qui est un reflet de la sagesse divine et céleste, remporte la victoire sur ces principes fragiles de cette loi corrompue. Par ce mystère divin, des âmes humaines sont députées à l’abolition de ce qui s’en manifeste, et c’est pourquoi ils n’arrivent à se maintenir ni à s’affermir en aucun moment. Pour développer ce que nous venons de dire, nous allons composer une petite épitre, avec l’espoir qu’elle sera agréée par l’intelligence spontanée de notre excellent ami, et qu’elle sera acceptée avec bienveillance de ceux qui ont l’intelligence droite. »

L’épitre des « réfutations des matérialistes » se composent de dix-sept rubriques, dont la première évoque le dessein des matérialistes. Elle présente d’abord le contexte d’origine dans lequel cette doctrine était née. al-Afghâni présente, que dans la Grèce au IVe et IIIe siècle av. J.-C., il y avait deux groupes distincts de penseurs. Le premier croyait à l’existence séparé de la matière et de l’étendue, ils établissaient que la chaîne des êtres, matériels et immatériels, s’achève à un être pur de toute matière, unique à tous les points de vue, celui qui vraiment fait exister, le créateur de tous les êtres, immatériels et matériels, on les appelait les déistes, ceux qui sont à attachés à Dieu. C’était le parti de Pythagore, Socrate, Platon, Aristote. En revanche, l’autre groupe niait tout être autre que la matière et les êtres matériels. Ils croyaient à l’être par ce qu’ils saisissent les cinq sens (vue, toucher, l’ouïe, odorat, goût), et excluant toute autre chose, on les appelait les matérialistes (« maddiyûn » en arabe) et leur pensée était l’école hylozoïste d’Ionie pour les Grecs. Plus tard, cette école de pensée sera celle d’Épicure, avec l’épicurisme et des stoïciens. C’est ce deuxième groupe qu’al-Afghâni tâchera d’illustrer ses différentes composantes et leurs évolutions dans l’Histoire. al-Afghâni réfute dans son développement les théories de Démocrite avec son concept du hasard, la théorie des germes et les idées philosophiques de Leibnitz. Il réfute aussi Epicure et Diogène Laërce sur leurs hypothèses des stades et des degrés de constitution physique. Il parle aussi des sciences géologiques puis de l’école de Darwin sur la transformation graduelle des formes chez les animaux et les plantes.

Un extrait de la réfutation sur Darwin :

« Parmi les faibles données que rapporte Darwin, ceci encore : tout un groupe ethnique coupait la queue de ses chiens ; après des siècles de persévérance, les chiens naissaient sans queue ! Autant dire : le besoin n’ayant pas témoigné en faveur de la queue, la nature s’est abstenue d’en accorder le don. L’oreille de ce malheureux est-elle donc fermée au récit de l’histoire des hébreux et des arabes ? Ils ont pratiqué la circoncision des milliers d’années, pas un nouveau né ne naissait qui ne fût circoncis ; mais jusqu'à nos jours aucun enfant n’est né circoncis, à moins d’être impuissant. Un groupe de matérialistes modernes s’aperçut de la fausseté des positions maintenues par leurs prédécesseurs ; ils rejetèrent alors leurs opinions pour prendre une nouvelle voie. Il n’est pas possible, dirent-ils, que la matière privée de connaissance soit le principe de cet ordre parfait, de cette extraordinaire disposition, de ces figures merveilleuses, de ces belles formes et de tant d’autres choses encore qui gardent leur mystère et ne montrent que leur influence. Non, la cause de l’ordre de l’être est à la fois supérieur et inférieur ; ce qui nécessite la différence des formes, leur assigne figures et phases, et tout ce qui est indispensable à leur durée, c’est un composé de trois choses : matière, force et intelligence (mâdda, quwwa, idrâk) »

Dans une autre rubrique traitant des croyances et des vertus procurées par la religion, al-Afghâni dit :

« La religion fait acquérir aux intelligences humaines trois dogmes et elle dépose dans les âmes trois vertus : -L’homme est roi sur terre, et il est la plus noble des créatures -L’affirmation que l’homme n’est venu à la vie d’ici bas que pour chercher à atteindre une perfection qui le prépare à l’accès d’un monde plus élevé et plus vaste que celui-ci, ainsi qu’a l’abandon de cette demeure étroite, remplie d’adversités, digne de s’appeler la maison des tristesses et le domaine des douleurs, pour une demeure spacieuse, libre de tout sujet de peine, au bonheur sans fin et à la durée sans limite. - »

En Perse (l'actuel Iran)[modifier | modifier le code]

Le Chah de Perse Nasseredin Shah l’invite à venir à Téhéran où il l’honore et lui affiche son estime. Les Iraniens sont séduits par ses principes et ses idées. Mais le Chah sent que les idées d’al-Afghâni constituent un danger pour le trône de Perse. Il modifie alors son attitude envers son protégé. al-Afghâni demande alors au Chah la permission de quitter la Perse. Exaucé, il se rend à Moscou puis à Saint-Pétersbourg.

Lorsque al-Afghâni visita l’Exposition de Paris en 1889, il y rencontre le Chah Nasseredin. Celui-ci lui affiche beaucoup de respect et d’amitié, ce qui incite Jamal Al-Dîn à revenir une nouvelle fois à Téhéran. Mais très vite, l’attitude du Chah change à nouveau, en particulier depuis qu’al-Afghâni s’est mis à appeler à une réforme du gouvernement, critiquant ouvertement la situation politique de la Perse. Le Chah ne peut supporter cela plus longtemps. Il estimait que la présence d’al-Afghâni dans son pays menaçait directement sa couronne. Il lui envoie un détachement militaire qui le conduit depuis son lit de malade jusqu’aux frontières avec la Turquie.

al-Afghâni se dirigea alors vers Bassora puis vers Londres où la tribune du journal Diyâ Al-Khâfiqîn lui permet d’attaquer directement le Chah et de faire la lumière sur la situation de l’Iran durant son règne. L’influence d’al-Afghâni sur les Iraniens était très forte. Elle était tellement forte qu’il parvint à faire publier par certains savants iraniens une fatwa interdisant la consommation de tabac après que la Régie de Tabac fut cédée à une société britannique appartenant au Major Gerald Talbot[4]. C’est le cas de Mirzā Muhammad Hasan Ash-Shirāzi qui émet une fatwa interdisant aux Persans la consommation de tabac. Ces derniers observent scrupuleusement cette interdiction, allant jusqu’à demander l’annulation d’un accord signé avec une société arabe visant à fonder une régie du tabac en Iran. Le Chah est contraint d’annuler cet accord.

Les intrigues des délateurs et les complots[modifier | modifier le code]

Le Chah se tourne vers le Sultan Abdülhamid II afin qu’il demande à al-Afghâni de cesser de l’attaquer. Le Sultan parvient à attirer al-Afghâni vers Istanbul en 1892. Il voulait l’honorer par le grade de Qādī Askar, c’est-à-dire « Juge suprême des contrées européennes ». Mais l'intéressé rejette la proposition, déclarant à l’émissaire du Sultan :

« Dis à Sa Majesté le Sultan que Jamāl Al-Dīn considère que le grade de savant est le grade le plus élevé. »

Au cours de la présence d’al-Afghâni à Istanbul, le Khédive Abbās Hilmī vient visiter la capitale. Il a une brève entrevue avec al-Afghâni. Mais les délateurs et les jaloux, parmi les ennemis d’al-Afghâni et les proches du Sultan, trouvent dans cette rencontre un prétexte pour semer la zizanie entre le Sultan et Jamāl Al-Dīn. Ils exagèrent l’importance de cette rencontre, jettent la suspicion et le doute sur ce qui a été dit, font croire au Sultan que les deux hommes se sont longuement entretenus sur les problèmes du Califat, et l’avertissent du danger que peut représenter cette rencontre. Le Sultan ottoman convoque alors Jamāl Al-Dīn et lui fait part de ce qui se disait sur son compte. al-Afghâni clarifie alors sa position et critique les délateurs.

La méthodologie d’Asad Abadi dans la réforme religieuse[modifier | modifier le code]

Le retour au Coran est l’une des plus grandes ambitions d’al-Afghâni, tout au long de sa vie. Il estime que la base essentielle pour la réforme et la prédication religieuse est le Coran:

« Le Coran est l’un des plus grands moyens attirant le regard des Occidentaux sur la beauté de l’Islam. Car il les invite à lui-même à travers son propre cadre. Mais lorsqu’ils observent la situation déplorable des Musulmans à travers le spectre du Coran, ils dédaigneront de le suivre ou d’y croire. »

Le Coran est ainsi l’unique moyen de guidance et la base de toute réforme :

« Parmi les vertus du Coran, il y a celle-ci qu’avant sa révélation, les Arabes vivaient dans un état de barbarie indescriptible. Mais un siècle et demi à peine après sa révélation, ces mêmes Arabes devinrent les maîtres de leur monde et dépassèrent toutes les nations de la terre, en politique, en science, en philosophie, en industrie et en commerce.[...] La réforme religieuse doit donc se faire, en tout premier lieu, uniquement sur la base du Coran, puis sur sa compréhension authentique et libre. Pour se faire, nous devons donc parfaire nos connaissances, favoriser leur acquisition et faciliter leur accès à ceux qui les recherchent. »

Jamal Al-Din entre le sunnisme et le chiisme[modifier | modifier le code]

Certains spécialistes[Qui ?] pensent qu'il était un Iranien originaire d'Asadabadi, un village près de Hamedan, et qu’il était chiite d’obédience jafarite. Pourtant, il est réputé pour ses origines afghanes et sa doctrine sunnite. Il tenait par ailleurs beaucoup au qualificatif « al-Afghâni », qui signifie « l’Afghan », et fréquentait principalement les savants sunnites dans les pays musulmans qu’il visitait. Il faut toutefois tenir compte du fait, qu'à l'époque, que la séparation entre l'Iran et l'Afghanistan est récente et qu'aux yeux de beaucoup de gens, l'Afghanistan est toujours une province iranienne. Il s'agit d'une même nation sous l'autorité de deux souverains.

Ceux qui sont de cet avis essayent donc de trouver des preuves et des arguments appuyant leur thèse. Ils avancent notamment que :

  • la famille de al-Afghâni vivait en Iran, et n’a laissé aucune trace de sa présence en Afghanistan.
  • le prénom du père de al-Afghâni est Safdar, prénom iranien chiite signifiant « le héros qui brise les rangs adverses ». Il faut rappeler que le prénom « Safdar » n’est pas un prénom spécifiquement iranien et chiite. C’est un prénom d’origine persane, qui est porté des milliers de personnes dans le monde indo-iranien, en Afghanistan d’aujourd’hui, ce prénom est un peu démodée mais on trouve des « Safdar » dans les générations d’avant l’invasion soviétique, comme le professeur Safdar Etemadi, membre de la dynastie royale des Mohammadzai-Barakzai), qui est un Afghan pachtoun et sunnite, Safdar Tawakoli [5] le musicien traditionnel afghan, il faut aussi rappeler qu'un prince afghan, Safdar-Jang Khan (fils de l'ancien roi Zaman Shâh Saddozai-Durrani) s'était mis en rébellion à Kandahar en 1842 [6] contre l'autorité de Kaboul (ce prince était bien un Afghan Pachtoune et sunnite) et bien d’autres... Ce prénom est aussi porté par des indiens et pakistanais musulman, on peut cité entre autres le nom du physicien pakistano-américaine, Safdar Sarki [7] et le cinéaste-politicien indien, Safdar Hashmi [8], bien d'autres. D’autre part, on trouve aussi des localités portant ce nom comme par exemple en Afghanistan :« Safdar Kalay » [9](forteresse de Safdar) dans le zone pachtoun ou la localité de Safdar Karez [10], situé aux alentours de la ville de Kandahar (en Afghanistan).
  • al-Afghâni s’intéressait à l’Iran et à ses problèmes, plus qu’il ne le fit pour n’importe quel autre pays musulman.[réf. nécessaire]
  • Jamāl Al-Dīn parlait couramment le persan. Il faut rappeler le persan (le farsi/dari) est parlé par une grande majorité aussi bien en Afghanistan qu'en Iran actuel et le Tadjikistan. Le persan a été dans le passé, la langue véhiculaire et la langue de la cour par exemple aussi bien celle des Grands moghols de l'Inde, des émirats de l'Asie centrale comme l'ancienne Boukharie (actuel Ouzbékistan), l'empire ottoman, sans compter celle de Kaboul et de d'Ispahan. La connaissance de cette langue est indispensable pour un savant musulman, de plus, pour Al-Afghâni en tant qu'un Afghan, le persan c'est sa langue nationale avec le pachto.
  • Jamāl Al-Dīn glorifiait les Iraniens et les félicitait pour leur intelligence[Quoi ?].

Tous ces indices ne constituent cependant pas des arguments décisifs ou des preuves irréfutables. Ils sont en effet invalidés par la vie et les écrits de al-Afghâni qui démontrent qu’il était un Afghan sunnite.

Par exemple dans son livre Tatimmat Al-Bayân fî Târîkh al-Afghan (« Exposé complet de l’Histoire des Afghans »), il critique les chiites pour s’être éloignés de certains piliers de la religion au profit de phénomènes étrangers à celle-ci et de coutumes innovées. Il écrit :

« L’ensemble des Afghans sont d’obédience hanafite. Hommes ou femmes, citadins ou bédouins, ils ne badinent pas avec la prière et le jeûne, à l’exception de la secte de Nûrî, qui sont des Shî`ites extrémistes. Ces derniers se préoccupent en effet davantage de la commémoration du meurtre d’Al-Husayn - que Dieu l’agrée - dans les dix premiers jours du mois de Muharram, se flagellant alors le dos et les épaules dénudés avec des chaînes. »

Un certain nombre de spécialistes et d’intellectuels se sont dressés face à cette prétention, avec à leur tête le Docteur Muhammad Imārah. Celui-ci estime que le mérite de Jamāl Al-Dīn n’est en rien affecté, qu’il soit Afghan ou Iranien, chiite ou sunnite.

Jamal Al-Din et la franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

Jamal Al-Din s’engage dans les loges de la franc-maçonnerie[réf. nécessaire], afin de pouvoir se consacrer à des activités politiques. En 1878, il est élu président de l’ordre de l’Eastern Star, mais démissionne très rapidement. al-Afghâni consigne alors cette expérience dans un discours dans lequel il condamne la franc-maçonnerie, qui se dissimule derrière des slogans pompeux et des objectifs grandioses, sans mener la moindre action, se contentant de pieuses paroles.

A-t-il été empoisonné ?[modifier | modifier le code]

Après une rude vie pleine de difficultés, al-Afghâni meurt à Istanbul à l’âge de soixante ans. Tout comme sa vie avait suscité les polémiques et les passions, sa mort entraîne également de longues polémiques. Tandis que certains ont des doutes sur les causes de sa mort, d’autres pensent qu’il a été empoisonné.

Bien que le cheikh Abd Ar-Rashid Ibrahim, qui se rend au chevet de Jamāl Al-Dīn deux heures avant sa mort, ait assuré qu’il était malade et qu’il est mort de mort naturelle, le neveu d’al-Afghâni, Mirza Lutf Allah Khan, prétend que son oncle a été empoisonné. Il accuse même le gouvernement iranien d’être l’auteur du meurtre, disant que le gouvernement iranien a envoyé Nasir Al-Mulk à Istanbul pour assassiner Jamāl Al-Dīn, après que l’Empire ottoman a refusé de le remettre aux autorités iraniennes. al-Afghâni meurt le 10 mars 1897.

Son mausolée se trouve dans l'enceinte de l'Université de Kaboul. À proximité, le principal centre de formation des enseignants (Teachers Training Institute) d'Afghanistan porte le nom de Sayed Djemâl ad-Din al-Afghani. Les bâtiments, qui avaient été entièrement détruits pendant la guerre civile, ont été reconstruits et équipés par la France entre 2004 et 2005.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) N. R. Keddie, « Afghāni, Jamāl al-dīn », dans Encyclopædia Iranica en ligne
  2. a et b Edward Mortimer, Faith and Power, Vintage, (1982)p.110
  3. http://en.wikipedia.org/wiki/Mohammad_Azam_Khan
  4. Pierre-Jean Luizard, Histoire politique du clergé chiite : XVIIIe-XXIe siècle, Fayard,‎ 2014 (ISBN 9782213682686, présentation en ligne)
  5. http://en.wikipedia.org/wiki/Safdar_Tawakoli
  6. http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_chefs_d%27%C3%89tat_d%27Afghanistan
  7. http://en.wikipedia.org/wiki/Safdar_Sarki
  8. http://en.wikipedia.org/wiki/Safdar_Hashmi
  9. http://www.maplandia.com/afghanistan/kandahar/safdar-kalay
  10. http://www.getamap.net/maps/afghanistan/kandahar/_safdarkarez/

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Niki Keddie, Sayyid Jamal ad-Din al-Afghani : A Political Biography, University of California Press, Berkeley, 1972.
  • (en) N. R. Keddie, « Afghāni, Jamāl al-dīn », dans Encyclopædia Iranica en ligne
  • Tariq Ramadan, Aux sources du renouveau musulman, d’al-Afghani à Hassan al-Banna un siècle de réformisme islamique, 1998 Bayard Éditions / éditions Tawhid
  • P. Bearman, Th. Bianquis, CE Bosworth, E. van Donzel, WP Heinrichs, Encyclopédie de l’islam, établi avec le concours des principaux orientalistes, nouvelle éditions, version française, 1960, Leiden Brill, éditions

(Il s’agit d’un dictionnaire (10 tomes, index et suppléments) très complet sur tout ce qui touche le monde islamique, il traite des thèmes relatifs à la culture islamique, aux personnages et aux pays qui la composent. Le projet a été présenté au 21e congrès international des orientalistes tenu à Paris en juillet 1948. Il s’agit d’une refonte de la première édition de 1913)

  • Amélie Marie Goichon, Réfutations des matérialistes, traduction sur la 3e édition arabe avec introduction et notes, 1948, Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris
  • Louis Massignon, Revue des études islamiques, 1927 (p. 297-301), Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris

Articles connexes[modifier | modifier le code]