Michée Chauderon

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Femme suisse accusée de sorcellerie et condamnée au bûcher (gravure, vers 1700)

Michée Chauderon fut la dernière femme exécutée à Genève pour sorcellerie, le 6 avril 1652. Le déroulement de son procès manifeste selon Michel Porret un basculement dans la façon dont on envisage en Occident le rapport à la sorcellerie et plus largement à l'intercession entre les figures du mal et les vivants. Dans le cadre de la « Crise de la conscience européenne » (Paul Hazard) et de l'émergence du cartésianisme, l'hypothèse d'un « corps enchanté » des sorciers et des sorcières (qui par exemple se manifesterait par des « marques » diaboliques insensibles) devient en effet à cette époque de plus en plus difficile à admettre. Les tergiversations autour du cas de Michée Chauderon montrent ce basculement ; l'outillage mental des Européens leur permet à partir de ce moment de moins en moins d'admettre, dans le cadre de leurs pratiques, leurs croyances, leurs systèmes philosophiques, que des individus seraient en mesure d'intercéder avec le mal[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Née en 1602 ou 1603 à Boëge, dans la région catholique du Faucigny, en Savoie, Michée Chauderon rejoignit vers 1620 la protestante Genève pour y travailler comme domestique, dans un mouvement migratoire alors classique. Michée Chauderon, analphabète, assista peut-être peu de temps après son arrivée, en 1623, à l'exécution de la dernière femme brûlée vive pour sorcellerie à Genève, Jeanne Broilet, sur dénonciation de plusieurs femmes ; cela expliquerait sa volonté de « négocier » lors de son propre procès la faveur d'être étranglée avant de connaître le bûcher[1].

Plan de la plaine de Plainpalais, où fut exécutée Michée Chaudron

Michée survécut aux disettes des années 1622-1623 et 1629-1631, ainsi qu'aux pestes de 1628-1631 et 1636-1640. Célibataire, elle fut bannie de Genève en 1639 pour « paillardise », tout comme son compagnon de débauche, un ouvrier agricole, le veuf Louis Ducret. Elle était alors enceinte de cinq mois d'un valet mort quelques mois plus tôt ; l'enfant ne survécut pas[2]. Après s'être marié, le couple revint quelques années plus tard clandestinement à Genève ; en 1646, Louis y fut emporté par une peste[3].

À partir de 1648, Michée Chauderon se maintint hors de la marginalité grâce à sa fonction de lessiveuse, qui assurait son insertion dans la société populaire de son quartier, jusqu'à connaître certains des aspects les plus intimes de certaines familles dont elle blanchissait les draps et les linceuls. En outre, elle disposait d'une réputation de guérisseuse, notamment pour une « soupe blanche » de sa composition aux vertus thérapeutiques, faite de gros sel, de farine, de pain et de fèves, soit des éléments extrêmement nutritifs dans une société d'Ancien Régime. Connue en outre pour sa capacité à « toucher » les corps fiévreux, Michée Chauderon fut dès lors considérée comme pouvant intercéder contre le mal qui affligeait les vivants[4].

Michée Chaudron s'est vue attribuée une rue à Genève en 1997

Michée pratiquait la médecine naturelle[5] et c'est visiblement son refus de poursuivre cette pratique qui amena huit de ses clientes habituelles à l'accuser de sorcellerie. Son procès manifeste un basculement dans la façon d'envisager les éléments susceptibles de tenir lieu de preuves de sorcellerie. Les chirurgiens et médecin convoqués pour examiner son corps et établir son innocence ou sa culpabilité s'opposèrent en effet : les plus jeunes d'entre eux manifestèrent un certain scepticisme quant à la validité des conclusions de leurs confrères de la génération précédente, concernant notamment les marques visibles sur le corps de Michée Chauderon, alors âgée d'une cinquantaine d'année[1]. Elle fut malgré tout pendue et son corps brulé[6] dans la plaine de Plainpalais. Elle est la dernière à être exécutée pour sorcellerie à Genève[3].

En 2001, pour son bicentenaire, la commune de Chêne-Bougeries organise un nouveau procès, débouchant sur une réhabilitation populaire en la déclarant innocente[7],[8],[9]. Une rue de Genève porte son nom depuis le 22 juillet 1997[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c http://www.franceculture.fr/emission-la-fabrique-de-l-histoire-histoire-des-grands-proces-34-2013-05-08
  2. http://www.unige.ch/communication/Campus/campus98/recherche2.html
  3. a et b Michel Porret, « Le cas genevois et le procès de Michée Chauderon », sur rts.ch (consulté le 1er avril 2012)
  4. Michel Porret, « La dernière sorcière de Genève », L'Histoire n°353, mai 2010, p. 81
  5. « Déclin de la chasse aux sorcières », sur le site de l'université de Genève
  6. Étienne Dumont, « 1730 - Fallait-il exécuter Michée Chauderon? », La Tribune de Genève,‎ 20 février 2010
  7. « M. Porret : L’Ombre du Diable », sur hu-berlin.de (consulté le 24 mai 2013)
  8. Sylvie Arsever, « Michée Chauderon, sorcière bien aimée », sur www.letemps.ch,‎ 27 février 2010 (consulté le 24 mai 2013)
  9. « Le cas genevois et le procès de Michée Chauderon », sur www.rts.ch (consulté le 24 mai 2013)
  10. Michel Porret, « La dernière sorcière de Genève », L'Histoire n°353, mai 2010, p. 84

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Porret, L'Ombre du Diable - Michée Chauderon, dernière sorcière exécutée à Genève, Georg, 2010