Urbain Grandier

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Portrait d'Urbain Grandier

Urbain Grandier, né vers 1590 à Bouère et mort sur le bûcher le 18 août 1634 à Loudun, est un prêtre français accusé de sorcellerie dans l'affaire des démons de Loudun et exécuté.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un notaire royal de Sablé-sur-Sarthe, Grandier fut, après son noviciat, nommé à vingt-sept ans curé de l’Église Saint-Pierre-du-Marché et chanoine de l’Église Sainte-Croix de Loudun, dans le diocèse de Poitiers, en juillet 1617. Cultivé, ses sermons de dimanche marqués par sa liberté de penser faisaient déplacer les foules[1]. Il avait acquis une réputation de séducteur et eut plusieurs relations sexuelles et affectives avec des femmes : il mit enceinte la fille du procureur du roi Louis Trincant, élève de quinze ans à qui il enseignait le latin, puis l'abandonna pour se mettre en ménage avec Madeleine de Brou, orpheline issue de la haute noblesse dont il avait la charge spirituelle et qu'il devait préparer à prendre le voile. Comme ils étaient amoureux l'un de l'autre, Madeleine de Brou réclama le mariage. Grandier construisit tout un argumentaire dans un pamphlet, le Traité contre le célibat des prêtres, alors que l'Église catholique menait sa Contre-Réforme, pour pouvoir l'épouser secrètement en tenant le rôle du marié, du prêtre officiant et du témoin. Arrêté pour débauche, Grandier gagna son premier procès et revint à Loudun[2].

La supérieure mère Jeanne des Anges, du couvent des Ursulines de Loudun, lui proposa peu après de devenir confesseur de sa communauté. Grandier se récusant, la mère supérieure porta son choix sur le chanoine Mignon, ennemi de Grandier qui réprouvait sa conduite. Pendant dix ans, le père Mignon et des notables de Loudun menèrent une cabale contre le prêtre, enchaînant les procédures judiciaires pour « mauvaise vie, impiété ». Les historiens s'interrogent sur l'influence du cardinal de Richelieu dans cette affaire[3]. Loudun était une cité où cohabitaient réformés et catholiques, Richelieu voulait abattre son château, ce à quoi s'opposa Grandier. Enfin la ville de Loudun fut frappée par une épidémie de peste début 1632[4].

Des religieuses de ce couvent l’accusèrent en septembre 1632 de les avoir ensorcelées, en leur envoyant, entre autres, le démon Asmodée, pour les amener à commettre des actes impudiques avec lui. Les critiques modernes qui ont étudié l’affaire estiment que les accusations ont commencé après le refus de Grandier de devenir le directeur de conscience du monastère, sans se douter que la mère supérieure, Sœur Jeanne des Anges, était devenue folle de lui après l’avoir vu de loin et avoir entendu parler de ses exploits amoureux. On pense que, mise hors d’elle par ce refus, Jeanne proposa cette place de directeur au chanoine Mignon, ennemi juré de Grandier qu’elle accusa alors d’avoir employé la magie noire pour la séduire. Les autres nonnes se mirent peu à peu à lancer des accusations du même genre. Bien des érudits modernes y voient un cas d’hystérie collective. Grandier fut arrêté, interrogé et jugé par un tribunal ecclésiastique, qui l’acquitta.

Malheureusement pour lui, Grandier s’était, pour l’avoir publiquement attaqué en paroles, attiré l’hostilité du puissant cardinal de Richelieu qui ordonna un nouveau procès, qu’il confia à un homme spécialement envoyé par lui : Jean Martin de Laubardemont, un parent de la mère supérieure. La « procédure extraordinaire » imposée par Richelieu ne donna pas le droit à Grandier, arrêté de nouveau à Angers, de faire appel au Parlement de Paris. Interrogées une deuxième fois, les nonnes (et jusqu’à la mère supérieure) ne répétèrent pas leurs accusations, mais cela ne changea rien au procès où tout était décidé d’avance.

Après avoir torturé Grandier aux brodequins, les juges (Laubardemont, Lactance, et Tranquille) produisirent des documents prétendument signés par le prêtre et plusieurs démons comme preuve qu’il avait passé un pacte diabolique. Un des actes était écrit en latin et se donnait comme signé par Grandier ; un autre, presque illisible, comportait une foule de symboles étranges et était « signé » par plusieurs démons avec leurs cachets, aussi bien que par Satan lui-même (une signature se lit nettement Satanas). On ne sait pas si Grandier a écrit ou signé de tels actes sous la contrainte, ou s’ils ont été entièrement contrefaits.

Malgré la défense de son ami Claude Quillet, Grandier fut reconnu coupable et condamné à mort. Les juges ordonnèrent sa mise à la « question extraordinaire », forme de torture qui était d’habitude fatale, mais pas immédiatement, et qui n’était donc appliquée qu’aux victimes qui devaient être exécutées ensuite. Malgré la torture, Grandier refusa d’avouer ce dont on l’accusait. Il fut brûlé vif.

Publications[modifier | modifier le code]

On lui a faussement attribué le libelle intitulé :

  • Lettre de la cordonnière de la Reine-mère à Monsieur de Barradas (page de Louis XIII), 1634. Cette lettre, signée Catherine d’Amour, ci-devant cordonnière de la Reine mère, était injurieuse à la personne et à la naissance du cardinal de Richelieu ; Grandier fut accusé d’en être l’auteur.

Documents officiels[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Père Tranquille, capucin, Véritable relation des justes procédures observées au fait de la possession des Ursulines de Loudun, et au procès d’Urbain Grandier, avec les thèses générales, touchant les diables exorcisés, La Flèche, 1634 Lire en ligne.
  • George Griveau, La démonomanie de Lodun [sic]. Qui montre la véritable possession des religieuses ursulines et autres séculières. Avec la liste des Religieuses & Seculieres possedées, obsedées, & maleficiées, le nom de leurs Demons, le lieu de leur residence, & signe de leur sortie. La mort de Grandier, auteur de leur possession. La Flèche, 1634.
    Seconde edition augmentée de plusieurs preuves.
  • Récit véritable de ce qui s’est passé à Loudun. Contre Maistre Urbain Grandier, Prestre Curé de l’Église de S. Pierre de Loudun, attaint & convaincu du crime de Magie, malefice & possession arrivée par son faict és personnes d’aucunes des Religieuses Ursulines de la ville de Loudun. À Paris, de l’imprimerie de Pierre Targa, 1634.
  • La gloire de Saint-Joseph, victorieux des principaux démons de la possessions des Ursulines de Loudun ; où se voit particulièrement ce quy arruva le jour des Rois 1636, en la sortie d’Ysacazon du corps de la mère prieure, par les RR. PP. exorcistes de Loudun, Le Mans, 1636.
  • Nicolas Aubin, Histoire des Diables de Loudun, ou de la possession des Religieuses Ursulines, et de la condamnation & du suplice d’Urbain Grandier, Cure de la même Ville. Cruels effets de la vengeance de Richelieu. 1693, Amsterdam, Étienne Roger, 1716. Aux dépens de la compagnie, Paris. 1752.
  • « Urbain Grandier » dans Crimes célèbres, Alexandre Dumas, 1839-1841
  • Gabriel Legué, Urbain Grandier et les possédées de Loudun. Documents inédits de M. Charles Barbier, Paris, Librairie d’Art de Ludovic Baschet, 1880, Paris, (ISBN 978-2-911298-25-7).
  • Alfred de Vigny donne une description romancée du procès d’Urbain Grandier dans les chapitres II à V de son roman Cinq-Mars.
  • Michel de Certeau, La possession de Loudun, édition revue par Luce Giard, Paris, Gallimard/Julliard, coll. Folio histoire, 2005
  • Aldous Huxley, The Devils of Loudun 1953. Traduction française Les diables de Loudun, réédité en mars 2011 chez Tallandier. Essai sur les phénomènes de possession et d'hystérie collective en plus d'une étude historique.
  • Urbain Grainier dans De roses et de feu, un roman écrit par Eyvind Johnson, 1949.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Michel Carmona, « Les possédées de Louden : une manipulation de Richelieu ? », émission L'ombre d'un doute, 15 février 2012
  2. L'affaire Urbain Grandier
  3. Franck Ferrand, « Les possédées de Louden : une manipulation de Richelieu ? », émission L'ombre d'un doute, 15 février 2012
  4. Loudun

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]