Malleus Maleficarum

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Malleus Maleficarum, Lyon 1669.

Le Malleus Maleficarum (« Marteau des sorcières », c’est-à-dire marteau contre les sorcières), est un traité des dominicains allemands Henri Institoris (Heinrich Kramer) et Jacques Sprenger, ayant eu place de coauteur, publié à Strasbourg en 1486 ou 1487[1]. Il connut de nombreuses rééditions.

Le 5 décembre 1484, le pape Innocent VIII fait paraître une bulle, à savoir une lettre pontificale faisant acte d'autorité, mettant en garde contre la sorcellerie. Ce document apporte de la légitimité aux deux inquisiteurs, Jacques Sprenger et Henry Institoris (Kraemer), qui s'attaquent alors au problème. Les deux hommes publient le livre Malleus Maleficarum (Le Marteau des sorcières). Catholiques et protestants l’accepteront par la suite comme faisant autorité dans la lutte contre la sorcellerie. Il présentait des arguments théologiques et juridiques contre la sorcellerie, et fournissait des directives pour repérer et éliminer les sorcières[2],[3],[4].

Dans l'étude qui précède sa traduction du Marteau des sorcières, Amand Danet a bien montré « comment la lecture cosmologique, attentive aux désordre et au mal du monde, fait progressivement place, chez les inquisiteurs, à une lecture démonologique centrée sur le maléfice, puis anthropologique et sexologique, accablant la femme, accusée d'être la complice de Satan. »[2]

Les auteurs[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Henri Institoris et Jacques Sprenger.

L'essentiel de l'ouvrage est l'œuvre d'Institoris, Sprenger n'ayant joué qu'un rôle mineur[1]. Institoris, inquisiteur pontifical, chassa les sorcières de l'Alsace à l'Autriche, au prix de nombreuses polémiques.

Le Malleus Maleficarum[modifier | modifier le code]

Il s’agit pour la majeure partie du texte d’une codification de croyances préexistantes, souvent tirées de textes plus anciens comme le Directorium Inquisitorum de Nicolas Eymerich (1376), et le Formicarius de Johannes Nider (1435). L'invention de Gutenberg permit de diffuser le manuel à grande échelle pour l'époque. L'ouvrage fut réédité de nombreuses fois, et largement utilisé en Europe occidentale, malgré son interdiction en 1490, peu après sa publication, par l'Église catholique, celle-ci le considérant comme étant en contradiction avec l'enseignement catholique en matière de démonologie (le pouvoir des démons de causer des catastrophes naturelles, par exemple, est une idée qui fut déclarée fausse lors du premier concile de Braga vers 561 dans le canon 8).

La première partie du livre traite de la nature de la sorcellerie. Une bonne partie de cette section affirme que les femmes, à cause de leur faiblesse et de l’infériorité de leur intelligence, seraient par nature prédisposées à céder aux tentations de Satan. Le titre même du livre présente le mot maleficarum (avec la voyelle de la terminaison au féminin) et les auteurs déclarent (de façon erronée) que le mot femina (femme) dérive de fe + minus (foi mineure). Le manuel soutient que certains des actes confessés par les sorcières, comme le fait de se transformer en animaux ou en monstres, ne sont qu’illusions suscitées par le Diable, tandis que d’autres actions comme, par exemple, celles consistant à voler au sabbat, provoquer des tempêtes ou détruire les récoltes sont réellement possibles. Les auteurs insistent en outre de façon morbide sur l’aspect licencieux des rapports sexuels que les sorcières auraient avec les démons.

La seconde partie explique comment procéder à la capture, instruire le procès, organiser la détention et l’élimination des sorcières. Cette partie traite aussi de la confiance qu’on peut accorder ou non aux déclarations des témoins, dont les accusations sont souvent proférées par envie ou désir de vengeance ; les auteurs affirment toutefois que les indiscrétions et la rumeur publique sont suffisantes pour conduire une personne devant les tribunaux et qu’une défense trop véhémente d’un avocat prouve que celui-ci est ensorcelé. Le manuel donne des indications sur la manière d’éviter aux autorités d’être sujettes à la sorcellerie et rassurent le lecteur sur le fait que les juges, en tant que représentants de Dieu, sont immunisés contre le pouvoir des sorcières. Une grande partie est dédiée à l’illustration des signes[5], dont la glossolalie, la voyance et la psychokinèse et les « marques du diable » (pattes de crapaud au blanc de l'œil, taches sur la peau, zones insensibles, maigreur, ...). Elle est dédiée aussi aux techniques d’extorsion des confessions, des preuves (notamment la pesée et l'ordalie par l'eau glacée) et à la pratique de la torture durant les interrogatoires : il est en particulier recommandé d’utiliser le fer rougi au feu pour le rasage du corps en son entier des accusées, afin de trouver la fameuse « marque du Diable », qui prouverait leur supposée culpabilité.

Réception de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

On en a recensé au moins 34 rééditions entre 1487 et 1669, période principale de la chasse aux sorcières et des polémiques et débats qu'elle entraîna.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

On retrouve plusieurs mentions du traité dans les fictions modernes :

  • le scénario de la bande dessinée Le Marteau des sorcières est basé sur ce traité ;
  • la trame de la comédie musicale norvégienne Which Witch provient du traité ;
  • l'ouvrage est régulièrement cité par le personnage du sorcier vaudou (Omar) dans le Service après-vente des émissions ;
  • le 9e épisode de la 3e saison de la série télévisée Supernatural se nomme Malleus Maleficarum (Les Reines du Sabbat en français) ;
  • l’ouvrage est mentionné dans le Da Vinci Code, et a donné son nom à une des chansons de Hans Zimmer dans la bande originale du film.
  • le nom de l'ouvrage est psalmodié par Dead (ancien chanteur du groupe de black métal Mayhem) au début d'une répétition
  • Il est matérialisé par un véritable marteau dans la bande dessinée Requiem, Chevalier Vampire d'Olivier Ledroit et Pat Mills;
  • C'est aussi le titre d'une chanson du groupe de punk-rock californien gothique AFI.
  • Dans le roman D'Outre Tombre de Jeaniene Frost (tome 6 des aventures de Chasseuse de la nuit), l'auteure cite le livre comme source principale de son intrigue.
  • Le nom de l'ouvrage a également été utilisé pour le premier album du groupe de Death metal néerlandais Pestilence, Malleus Maleficarum.
  • L'ouvrage est mentionné dans le roman Le Testament de Sherlock Holmes de Bob Garcia.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Pierre Dedieu (compte-rendu de « Henri Institoris et Jacques Sprenger, Le marteau des sorcières (Malleus Maleficarum) traduction d'Amand Danet, Grenoble, Jérôme Millon, 1990 » dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1991, vol. 46, n° 6, pp. 1294-1295.)
  2. a et b http://www.universalis.fr/encyclopedie/sorcellerie/2-la-sorcellerie-en-europe/
  3. http://www.britannica.com/EBchecked/topic/360358/Malleus-maleficarum
  4. http://www.liberation.fr/vous/2011/10/28/le-diable-a-toutes-les-sauces_770947
  5. Des « détecteurs de sorciers » et « détecteurs de sorcières », généralement d'anciens sorciers repentis, étaient habilités à les déceler aux XVIe et XVIIe siècle

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Institoris et Jacques Sprenger, Le marteau des sorcières (Malleus Maleficarum) traduction d'Amand Danet, Grenoble, Jérôme Millon, 1990 (compte-rendu dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1991, vol. 46, n° 6, pp. 1294-1295.)
  • Carmen Rob-Santer, Le Malleus Maleficarum à la lumière de l'historiographie : un Kulturkampf ?, Médiévales, 44 (2003), en ligne
  • Christine Pigné, Du De malo au Malleus Maleficarum, Cahiers de recherches médiévales, 13 | 2006, en ligne

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]